Qu’est-ce que le cancer ?

Un cancer c'est une multiplication anarchique et incontrôlée de cellules, échappant alors aux mécanismes de régulation de l'organisme qui en assurent l'organisation et le développement harmonieux.

  • Cancer et cancer

Dans l’esprit du public, un cancer et des cellules cancéreuses c’est la même chose. Eh bien non. Des cellules cancéreuses nous en fabriquons tous les jours, des centaines, et heureusement notre immunité en vient à bout. Parfois, nos défense sont dépassées, et là il se peut qu’un cancer se développe.

  • De la cellule au nodule

Parfois ces cellules s’amassent en petits nodules ou tumeurs (petites boules) cancéreuses. Ces tumeurs peuvent croître, ou rester latentes du vivant de la personne, et même disparaître. Dans des situations plus rares, ces cellules échappent à tout contrôle, se multiplier, envahir l’organisme et conduire au décès du patient.

  • Des cellules, chez tout le monde !

Dans le cas de la prostate par exemple, chez l'homme, des cellules c’est d’une très grande banalité. La moitié des hommes de plus de 60 ans, et presque tous les hommes de plus de 90 ans ont des cellules cancéreuses dans leur prostate. 80% des hommes de plus de 80 ans ont un cancer muet.

Dans le cas du cancer du sein, une étude sur des autopsies de femmes décédées d’autre chose montre que 37% des femmes sont porteuses de cancers inexprimés entre 40 et 54 ans, 39% entre 40 et 49 ans. Sur 686 femmes autopsiées, décédées d’autre cause que le cancer : le taux de tumeurs trouvées dans les seins est de 4X celui de la population vivante, dans le même temps de l’étude. Ces tumeurs sont restées « silencieuses »

Il faut remettre les choses en perspective :

Sur 100 décès de femmes, il y en a 4 par cancer du sein, 20 par autre cause de cancer, 30 par maladie cardio-vasculaire. (réf. : Hill C. Dépistage du cancer du sein. Presse med. 2014 mai;43(5):501–9.)

Les deux seuls critères pour évaluer l'efficacité d'un dépistage d'un cancer sont :

  • une diminution significative de la mortalité par ce cancer,
  • une chute du taux des cancers avancés.

Voir la présentation :

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Comment se développe un cancer ?

Le cancer ne se développe pas toujours comme on l'imagine, de manière linéaire et inéluctable d'une cellule vers la généralisation puis le décès.

Le modèle longtemps enseigné était celui d'une cellule qui devient hors contrôle, se multiplie de façon incontrôlée, devient une tumeur d'organe, s'étend de façon loco-régionale, puis générale pour entraîner fatalement la mort de l'organisme si on n'intervient pas.

Comment se développe le cancer du sein ?

Les données modernes de la sciences, les études épidémiologiques et les études d'autopsies permettent de concevoir d'autre modèles de croissance des cancers du sein.

On sait maintenant que le cancer du sein ne se développe pas de façon linéaire, mais qu'il existe un buisson de possibilités, avec des cancers lents, stagnants même, qui, s'ils sont méconnus, n'impacteront pas la vie ou la santé de la personne ; certains peuvent même régresser, au contraire d'autres peuvent évoluer très rapidement, et sont intrinsèquement, de par leurs caractéristiques moléculaires d'emblée agressifs, ce sont eux qui conduisent à une véritable cancer-maladie.

Les schémas ci-dessous expliquent pourquoi le dépistage a failli, avec plusieurs types de développements cancéreux.

  • Le cancer à croissance rapide, intrinsèquement agressif a une grande vélocité et un temps de séjour court dans l'organe, il sera manqué par le dépistage.  Les métastases sont souvent présentes, même si non encore visibles, dans les noeuds lymphatiques ou les organes à distance. Il est souvent gros au moment du diagnostic car rapide, gros ne signifie donc pas diagnostic tardif.
  • Le cancer très lent, stagnant, ou régressif, qui n'aurait pas impacté la vie de la patiente, a un temps de séjour très long dans l'organe et sera de ce fait préférentiellement détecté par des dépistages répétés. Son diagnostic est inutile pour la patiente, il sera pourtant traité avec la même agressivité. Il est petit au moment du diagnostic car lent ; petit ne signifie donc pas obligatoirement "précoce".
  • Le cancer qui croît progressivement sera un jour symptomatique et détecté par la patiente par l'apparition d'un signe clinique, ce cancer pourra être traité en temps et en heure, car l'évolution vers le stade de généralisation se fait dans un laps de temps très long (10, 20 à 30 années).

Avoir une tumeur cancéreuse, cela ne conduit pas automatiquement à un cancer-maladie. C'est pourtant ce qu'on fait croire aux femmes en les convaincant de les avoir guéries grâce au dépistage d'une tumeur qui ne les aurait jamais tuées. En revanche, le taux de cancers graves lui, ne faiblit toujours pas depuis qu'on dépiste.

Voir la vidéo explicative sur la mécanique du cancer :

Lire aussi : https://cancer-rose.fr/2019/09/09/halsted-avait-tort/

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Qu’est-ce qu’un surdiagnostic ?

Un surdiagnostic se définit comme le diagnostic histologique (c'est à dire sous le microscope) d'une "maladie" qui, si elle était restée méconnue, n'aurait jamais entraîné d'inconvénient sur la santé de la patiente durant sa vie, ni n'aurait mis en danger sa vie.

Ce n'est pas une erreur de diagnostic ni une fausse alerte. C'est réellement un cancer au vu de sa définition actuelle, qui repose uniquement sur le diagnostic d'un prélèvement d'organe (le sein) sous le microscope.

Le diagnostic est juste mais sans utilité pour la patiente. C'est la médecine qui fabrique cet excédent de "maladies". En effet, être porteur de cellules cancéreuses ne fait pas de l'individu un cancéreux- malade. Mais plus on fait de la détection, et plus on trouve.

Sa réalité est absolument irréfutable de nos jours, sa démonstration se base sur des études épidémiologiques de haut niveau de preuve, c'est une réalité comptable, partout où le dépistage existe ; le surdiagnostic n'est pas identifiable à l'échelle de l'individu, car pour l'individu concerné, ou pour le médecin qui constate la présence de cellules cancéreuses, il s'agit d'un diagnostic. Le surdiagnostic est mis en évidence par la comparaison de populations soumises à des intensités de dépistage différentes.

Quelles sont les preuves du surdiagnostic en matière de cancer du sein ?

Tout d'abord plusieurs études comparatives, dont une fondamentale qui est celle de l'Institut d'Oslo en 2008 (Zahl P-H, Maehlen J, Welch HG. The natural history of invasive breast cancers detected by screening mammography. Arch Intern Med. 2008 Nov 24;168(21):2311–6.)

Deux groupes de femmes ont été comparés, l’un dépisté tous les deux ans, l’autre examiné une seule fois au bout de six ans. Résultat : 22% de cancers en excès dans le groupe dépisté. Or, si toutes les tumeurs évoluaient en cancers perceptibles, on aurait dû trouver autant de cancers dans ces deux groupes de femmes au profil identique. Si on en trouve davantage dans le groupe dépisté tous les deux ans, cela signifie qu’il y a excès de diagnostics.

Les études d'autopsies corroborent encore ce résultat. Presque la moitié des femmes (les pourcentages varient selon les tranches d'âge), décédées d'autres causes que le cancer du sein, sont porteuses de lésions mammaires inexprimées. On trouve ce même phénomène aussi chez les hommes dans leur prostate, raison pour laquelle le dépistage systématique du cancer de la prostate n'est plus recommandé par la Haute Autorité de Santé.

Le problème du surdiagnostic est qu'il s'accompagne de surtraitement, tout cela sans aucun gain de survie pour les femmes, il n'y a aucune différence dans les chiffres de mortalité entre les groupes de femmes dépistées et non dépistés.

Mais la présence de toujours davantage de diagnostics de cancers du sein qui ne se seraient jamais manifestés, permet de justifier aux yeux des promoteurs du dépistage et des autorités de santé les résultats apparemment positifs de ce dispositif de santé.

En détectant des cancers « inoffensifs », le dépistage donne l’illusion de contribuer à des guérisons. Avec le surdiagnostic généré, le dépistage fait croire à son efficacité aux patientes présentant un cancer prouvé par l'examen au microscope certes, mais qui n'impactera pas leur santé (ces cancers surdiagnostiqués restent quiescents, n'évoluent pas ou très peu ou régressent). Ainsi, en sélectionnant des femmes non-malades, le dépistage justifie un traitement et donne l'illusion à ces femmes de les guérir d'une maladie qu'elles n'auraient jamais eue sans lui.

C'est le dépistage massif qui engendre ainsi du surdiagnostic et se nourrit de lui pour convaincre le corps médical et l’opinion publique d’une efficacité qu’il ne possède pas.

Le surdiagnostic est une source de préjudice considérable pour les femmes qui se soumettent à une mammographie de dépistage. La considération du concept de surdiagnostic du cancer par la communauté médicale a été lent, mais en 2019 il n’est plus acceptable de minimiser le poids de celui-ci, ni ses conséquences, et de continuer à ne pas en informer les principales intéressées.

Probablement dans 10 ans, si on continue de la sorte, une femme sur six sera diagnostiquée porteuse d’un cancer du sein au cours de sa vie, peut-être même plus puisqu'une femme taxée de "cancéreuse" constitue elle-même un facteur de risque familial pour sa descendance, laquelle sera encore plus incitée à se faire dépister. Avec la certitude que le dommage global induit par le dépistage ne fera qu’augmenter...

Quelles sont les conséquences du surdiagnostic?

Les conséquences sont celles du surtraitement. Toutes les lésions, surdiagnostiquées ou pas, seront traitées.

Les femmes subiront les conséquences des effets secondaires des traitements. Les mastectomies n'ont fait qu'augmenter, dans tous les pays où on dépiste (voir le chapitre dédié).
La radiothérapie présente un risque d'induction de cancers secondaires radio-induits, et augmente le risque coronarien lors de l'irradiation du sein gauche.

La chimiothérapie présente des effets secondaires connus, sur les lignées sanguines, peut entraîner des nausées, vomissements, perte des cheveux, ménopause induite etc...

L'hormonothérapie prescrite ensuite sur 4 à 5 ans en vue de diminuer le risque de récidive, dans le cas de  cancers à récepteurs hormonaux positifs, peut être bien tolérée, mais aussi entraîner fatigue, arthralgies, complications thrombo-emboliques et augmenter, pour le Tamoxifène, le risque de cancer de l'endomètre (muqueuse utérine).

Tous ces effets ont un retentissement non négligeable sur la vie affective, sociale, professionnelle, économique de la femme, sur sa santé physique et psychique.

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Qu’est-ce que la survie ?

Que signifie le critère "survie", et tout d'abord, qu'est-ce qu'il ne signifie pas ?

  • Être en vie 5 ans après le diagnostic ne veut pas dire être guéri.
  • La survie n'a aucun impact sur la longévité ou l'espérance de vie, qui n'est en rien modifiée par l'amélioration de la survie.

    Prenons pour exemple une femme qui aurait une longévité de 65 ans.

  • Une survie de 90% à 5 ans signifie que 9 femmes sur 10 seront en vie à 5 ans. Mais ceci uniquement pour des cancers détectables à un stade précoce, lorsque peu agressifs.
    Les cancers à potentiel agressif et rapidement évolutifs ne peuvent souvent pas être détectés à un stade précoce, ce qui améliorerait grandement leur prise en charge, les taux de survie sont en conséquence bien moins bons....

Un biais bien connu qui améliore artificiellement la survie

Il s'agit du biais dit de "devancement".

En effet, la survie mesure la durée de vie du patient en connaissance de son cancer. avec une détection par le dépistage, on anticipe la "date de naissance" du cancer qui se serait manifesté, sans dépistage, plus tard. La durée de vie du patient avec son cancer apparaît ainsi plus longue.

Voici un schéma pour comprendre [1] :

Pour prendre une analogie :

un train qui roule vers Paris déraille à Orléans à 15 heures emportant la vie de nombreux passagers. Si vous montez dans ce train à Bordeaux, alors vous vivrez encore trois heures et demie. Si vous montez dans ce même train à Tours, vous vivrez encore 30 minutes. Quoi qu’il en soit, votre train, lui, déraillera toujours à 15 heures.

La survie dépend surtout de deux paramètres qui l'amplifient

1°- L'efficacité thérapeutique
L'accumulation des données épidémiologiques apportent, surtout depuis 2015, la preuve accablante que les améliorations dans la prise en charge des patients ont joué un rôle prépondérant dans les réductions de mortalité par cancer du sein observées en Europe, en Océanie et en Amérique du Nord, alors que celui de la mammographie de dépistage est marginal. 
Autant la survie est un critère inadaptée pour juger de l'efficacité du dépistage, autant la survie reste le marqueur le plus utilisé, et probablement pertinent, pour mesurer l'efficacité d'un traitement.

2° - le surdiagnostic

Plus le surdiagnostic augmente, et plus la survie s'améliore automatiquement de façon fallacieuse; en effet, les lésions surdiagnostiquées par définition ne tuent pas, plus on détecte et on comptabilise des lésions qui de toute façon n'auraient jamais conduit au décès, et plus la survie tendra vers 100%.

Prenons là aussi une analogie : admettons que nous traitions tous les petits rhumes hivernaux par une trithérapie antibiotique, on pourra alors prétendre avoir sauvé tous les patients de graves pneumonies. Mais on sait que même sans aucun traitement antibiotique la très grande majorité des rhumes saisonniers guérit spontanément. On enjolive ainsi un effet de l'action humaine de façon trompeuse, en la présentant comme salutaire alors que la contrepartie sera l'induction de nombreuses résistances médicamenteuses.

D'où vient le chiffre de 99% de survie ?

Les chiffres sont issus de données américaines du programme américain SEER[2] ; mais cette survie n'est pas la même selon le stade du cancer :
- cancers du sein localisés : 99%  de survie à 5 ans
- cancers du sein avec extension régionale : 86% de survie à 5 ans
- cancers du sein avec métastases à distance : 29% de survie à 5 ans.

Dire que le taux de survie du cancer du sein et de 99% à 5 ans tend à faire croire qu'avec le dépistage 99% des cancers vont guérir. Mais comme on le voit ci-dessus, la survie est meilleure dans les formes peu évoluées que dans les formes avancées ; ces formes avancées gagneraient à être détectées très tôt, mais la véritable question est : le dépistage est-il capable d'éviter les formes avancées ?
Les formes graves le sont souvent d'emblée, elles sont à évolution très rapide parce qu'intrinsèquement agressives, de telle sorte que le dépistage les rate[3]. Le dépistage est davantage apte à trouver trop de petits cancers peu évolutifs et les moins menaçants, dont une bonne partie est de détection inutile. Cette aptitude à trouver des cancers essentiellement non évolutifs augmente le surdiagnostic avec une illusion de guérisons de lésions qui de toute façon n'auraient pas tué, et de ce fait les taux de survie sont artificiellement améliorés.

Une survie qui augmente, sans bénéfice pour les femmes

Les deux schémas ci-dessous (reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteur[4]) montrent comment la survie est améliorée avec l'augmentation du surdiagnostic, et cela sans aucun bénéfice en termes de mortalité pour les femmes.

Attention, ceci est une démonstration pour illustrer comment, selon l'ampleur du surdiagnostic, un taux de survie est susceptible de présenter des variations importantes, il s'agit d'un scénario hypothétique. Mais il figure à quel point les deux paramètres sont étroitement liés, plus on accentue le surdiagnostic, d'autant plus on "améliore" fallacieusement un taux de survie.

Si la survie n'est pas un bon critère d'efficacité du dépistage, quels sont les bons critères alors ?

Les trois critères principaux de l'efficacité d'un dépistage sont :

  • la diminution significative de la mortalité spécifique
  • la diminution des formes avancées de la maladie
  • la diminution des traitements les plus lourds.

_______________________

En conclusion

1. La survie des cancers localisés est exagérément optimiste du fait des 
surdiagnostics qui augmentent, avec l'illusion de guérison qui les accompagne.
2. La survie serait en effet meilleure dans les formes évoluées mais le dépistage est inapte à les détecter à temps.
3. La survie n'est pas un bon marqueur de l'efficacité des dépistages, mais de l'efficacité des traitements.

Références


[1] https://apps.who.int/iris/handle/10665/330852

[2] Le programme Surveillance, Epidemiology, and End Results ( SEER ) du National Cancer Institute (NCI) est une source d' information épidémiologique sur l'incidence et les taux de survie du cancer aux USA.

[3] https://cancer-rose.fr/2017/06/10/les-petits-cancers-du-sein-sont-ils-bons-parce-quils-sont-petits-ou-parce-quils-sont-bons/

[4] https://www.armchairmedical.tv/media/The+Lisa+Schwartz+Lecture+Steve+Woloshin/0_1y9lo5q5

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Une analyse critique de l’étude « Dépistage du cancer du sein : impact sur les trajectoires de soins »

23 octobre 2021

Par Dr Vincent Robert

Glossaire
ALD = Affection de Longue Durée
CCAM = Classification Commune des Actes Médicaux = nomenclature de tous les actes médicaux, chirurgicaux, de radiologie, .... Cette nomenclature est utilisée aussi bien à l'hôpital (pour le PMSI) qu'en ville pour la facturation à la Caisse.
CIM-10 = Classification Internationale des Maladies 10ème révision = système de codage des pathologies actuellement utilisé en France.
PMSI = Programme de médicalisation du système d'information = recueil de données concernant toutes les hospitalisations (conventionnelles, en hôpital de jour, en séances), incluant les diagnostics, codés en CIM-10, et les actes réalisés, codés en CCAM.
DO = dépistage organisé

Rappel de l'étude

PDF de l'étude

Cette étude a été réalisée en s'appuyant sur des données de remboursement, pour les prises en charge en ville, et du PMSI, pour les prises en charge hospitalières. Les codes CIM-10 des ALD ou du PMSI ont permis de répérer les cancers du seins et l'existence d'un envahissement ganglionnaire ou de métastases. Les codes de la CCAM ont permis de repérer les actes réalisés, en particulier: mammographies (en distinguant mammographies dans le cadre du dépistage organisé, mammographies de dépistage en dehors du dépistage organisé et autres mammographies), chirurgie du cancer du sein, séances de radiothérapie, séances de chimiothérapie. Les auteurs ont eu accès à des données nominatives, ce qui a permis de rattacher à chaque femme l'ensembe de codes CIM-10 et CCAM (y compris attribués à des moments différents lors de prises en charge différentes).

L'étude porte sur l'ensemble des cancers du sein codés pour la 1ère fois en 2014 chez des femmes de 50 à 74 ans, après exclusion des femmes en ALD pour cancer du sein entre 2010 et 2013, ayant déjà un autre code de cancer, ayant un code d'antécédent familial de cancer du sein ou un code de dysplasie mentionné entre 2010 et 2013 et des dossiers sans code de mammographie.

Les cancers retenus pour l'étude ont été classés en 2 groupes : groupe DO (dépistage organisé) si le dossier comprenait un acte CCAM de mammographie de dépistage dans le cadre du dépistage organisé et groupe DIDC dans le cas contraire (le groupe DIDC comprend donc des femmes non dépistées et des femmes dépistées sur initiative individuelle).

Les résultats, détaillés dans les tableaux 1 et 3 ci-dessous, montrent dans le groupe DO une plus forte proportion de cancers localisés et une plus faible proportion de cancers avec envahissement ganglionnaire ou métastases. Parallèlement, les proportions de mastectomies totales et de chimiothérapie sont plus faibles dans le groupe DO.

Les auteurs en concluent que :

  • –  le dépistage organisé permet de détecter des cancers à un stade plus précoce
  • –  le dépistage organisé est associé à des traitements moins lourds (notamment moins de mastectomies totales et moins de chimiothérapie)

Critique

Outre les limites, discutées dans l'article, sur les possibles erreurs de codage, cet article et sa conclusion me semblent poser 2 problèmes.

  1. Les 2 groupes sont composés de femmes qui ne sont certainement pas comparables. Dans ces conditions, il est impossible d'attribuer au dépistage organisé l'intégralité des différences observées, tant dans les stades tumoraux que dans les traitements.
  2. Raisonner en pourcentage, c'est négliger le problème des surdiagnostics.
    Les surdiagnostics sont quasi-exclusivement des cancers localisés. Dans une expression des résultats en pourcentage, les surdiagnostics augmentent la proportion de cancers localisés et par contre-coup diminuent celle des cancers avec envahissement ganglionnaire et celle des cancers métastatiques.
    Le même raisonnement s'applique pour les traitements. Les surdiagnostics font l'objet de traitements moins lourds que des cancers évolués et ils faussent les proportions de traitements lourds.

Pour illustrer le problème des surdiagnostics et de l'erreur de raisonner en pourcentage, faisons l'hypothèse suivante : dans la cohorte de l'étude, les proportions de femmes DO et DIDC sont conformes à la participation

des femmes au dépistage organisé, autrement 52,1% de la cohorte sont dans le groupe DO et 47,9% de la cohorte dans le groupe DIDC (en 2014, la participation au dépistage organisé était de 52,1%).
(Remarque : si l'hypothèse d'une cohorte composée de 52,1% de femmes dans le groupe DO et 47,9% dans le groupe DIDC n'est pas, au moins approximativement respectée, l'étude n'a aucun intérêt car elle décrit une population de femmes "hors sol" qui n'existe pas dans la réalité.)

Sous cette hypothèse, on peut dresser le tableau suivant :

Conclusion

Ce tableau décrit une situation beaucoup plus contrastée que celle présentée dans l'article.
Le DO permettrait de réduire le nombre de cancers avec envahissement ganglionnaire ou métastase mais au prix d'un nombre considérable de surdiagnostics.
Le DO permettrait de réduire le nombre de mastectomies totales mais en augmentant sensiblement le nombre d'interventions chirurgicales. Le DO diminue le nombre de chimiothérapies mais augmente le nombre de radiothérapies et d'hormonothérapies.

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l’INCa toujours scandaleusement malhonnête et non-éthique

15 octobre 2021-par le collectif Cancer Rose

https://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publications/DEPLIANT-Depistage-des-cancers-du-sein.-Guide-pratique

Au mois de juin 2021 l'Institut National du Cancer français publie un dépliant, complémentaire au livret transmis aux femmes uniquement lors de leur première convocation au dépistage, dépliant qui sera envoyé, lui, à toutes les femmes lors des convocations suivantes, donc dès l'âge de 52 ans.

PDF du dépliant

RAPPEL:

1) La concertation citoyenne et scientifique de 2015[1] a permis d’exprimer deux scénaris: " Scénario 1 : Arrêt du programme de dépistage organisé…"; Scénario 2 : Arrêt du dépistage organisé tel qu’il existe aujourd’hui [2], …" et de revendiquer pour les femmes concernées par un dépistage du cancer du sein de pouvoir disposer: "de renseignements équilibrés et complets" . [3]

2) Seulement deux ans plus tard, l'Institut National du Cancer français sort un livret très insuffisant[4], énonçant du bout des lèvres et sans les détailler les méfaits du dépistage (la douleur de l'examen, le surdiagnostic..) insistant très largement sur les bien maigres bénéfices, avantageusement mis en avant

3) Dans une étude internationale l'indigence de l'INCa en matière d'information objective et son caractère manipulateur ont été sévèrement épinglés[5], comme déjà dans le rapport de concertation

Aujourd'hui, 6 ans après la concertation, l'INCa, persiste et signe.

Pour preuve ce dépliant que nous allons examiner, joint dorénavant aux futures convocations biennales des femmes.

Analyse

La pauvreté informative du contenu de ce flyer permet d'en faire une analyse très rapide : AUCUN des effets adverses du dépistage n'est mentionné.

En revanche on peut y lire :

Cette détection précoce augmente les chances de guérison : elle permet à 99 femmes sur 100 d’être en vie 5 ans après le diagnostic.

ATTENTION : être en vie 5 ans après le diagnostic ne veut pas dire "guérison"

Qu'en est-il de cette survie généreusement mise en avant ?

Tout d'abord il serait plus juste de présenter la survie à 5 ans de 100 femmes ayant subi un dépistage et celle de 100 femmes n'ayant pas subi de dépistage (manipulation quand tu nous tiens)

Pour mieux comprendre à quoi correspond la survie et pourquoi elle n'est en rien un indicateur d'efficacité du dépistage, voici un article éclairant: https://formindep.fr/cancer-des-chiffres-et-des-hommes/

Voilà ce que signifie la survie :

La « survie » mesure plutôt la durée de vie du cancer, ou la durée de vie du patient avec son cancer, mais en aucun cas la longévité, ou l'espérance de vie. 
Le dépistage entraîne une illusion d'optique en anticipant la date de naissance du cancer par sa détection avant qu'il n'y ait de symptôme. Si le résultat est le même, c’est-à-dire le décès quel que soit le moment du diagnostic, cela donne l’impression que la vie de la patiente s’en trouve allongée. En réalité, la longévité des femmes n’est pas accrue par le dépistage, il s'agit seulement d'un glissement de la « fenêtre d’observation » dans l’histoire de la maladie.

Un schéma tiré du guide des dépistages édité par l'OMS, page 47, illustre ce biais de devancement [6] :

Ou encore ce schéma-ci [7]

"On parle de biais de temps d'avance lorsque le dépistage permet de trouver un cancer plus tôt que celui qui aurait été diagnostiqué en raison des symptômes, mais que ce diagnostic précoce ne change rien à l'évolution de la maladie." National Institute of Cancer (NIH) USA.

Pour illustrer encore autrement le phénomène, raisonnons par analogie : un train qui roule vers Paris déraille à Orléans à 15 heures emportant la vie des passagers. Si je suis monté à Tours j'aurais une survie de 30 minutes, si je suis monté à Bordeaux, j'aurai une survie de 2heures. Artificiellement on peut dire que les personnes montées à Bordeaux ont une survie plus longue que celles montées à Tours alors qu'elles ont fait la même chose: monter dans le train à un moment donné.


L’allongement de la survie est ainsi le résultat de deux phénomènes : l’efficacité des traitements qui rallongeraient la durée de vie du patient avec son cancer, et l'anticipation et la détection d'une foule de lésions qui de toute façon n'auraient pas tué. Or, par définition, toutes les femmes surdiagnostiquées ne meurent pas ! On a donc une illusion de succès dans le cas du cancer du sein, parce qu'on diagnostique par un dépistage massif des lésions en quantité qui n'auraient jamais tué...

La survie est donc un mauvais marqueur, car on lui fait dire ce qu'il ne peut restituer : à savoir l'efficacité du dépistage.

Les seuls marqueurs d'efficacité d'un dépistage sont la diminution du taux de mortalité et la diminution des cancers avancés. Or, il ne suffit pas de dire: " PLUS UN CANCER DU SEIN EST DÉTECTÉ TÔT, PLUS LES CHANCES DE GUÉRISON SONT GRANDES", il faudrait déjà avoir les données et là, l'INCa, occulte soigneusement ce point dans son dépliant…

Pourquoi ce dépliant est-il scandaleusement malhonnête et  non-éthique ?

  1. Les femmes françaises sont encore privées de l'information neutre tant demandée, et à laquelle des femmes, dans d'autres pays, ont droit, ce qui constitue un grave manquement éthique.[8] Les citoyennes demandaient en effet des pictogrammes faciles à comprendre.
  2. L'information sur les risques du dépistage n'est pas directe et le mot "risque" n'est même jamais mentionné, ce qui est un procédé fourbe pour rendre le moins accessible possible cette information.
    En effet :
    Sur une des pages du dépliant nous pouvons lire : "Pour en savoir plus, parlez-en avec votre médecin ou rendez-vous sur "cancersdusein.e-cancer.fr "
    La femme convoquée doit donc activement faire l'effort, si elle souhaite connaître les effets indésirables du dépistage, de se rendre sur ce site internet [9], et de rechercher elle-même la ou les rubriques concernant ces effets indésirables. 
    Le surdiagnostic n’apparaît jamais en titre sur la page d'accueil de ce site, les risques du dépistage peuvent être retrouvés en cliquant sur l'encart "les bénéfices et les limites du dépistage", et sur l'encart intitulé "le dépistage du cancer du sein, risque 0 ou pas ?

Le mot "limites" est trompeur et non approprié. L'OMS, dans son guide version française  utilise le terme "effets nocifs" du dépistage qu'il met en balance avec les bénéfices.[10]Pour une femme, dire que le dépistage a des limites signifie que le dépistage n'est pas complètement efficace et que probablement il y a des cancers qui échappent. Mais ce terme n'évoque pas que le dépistage comporte de risques.

3-Répondre aux demandes citoyennes ne veut pas dire que l'INCa peut diffuser une information délibérément tronquée, fallacieuse, trompeuse et incomplète, enjolivant les bénéfices et occultant les risques, en même temps que la lettre de convocation. Il s'agit encore d'un mépris affiché des femmes qui n'auront ainsi jamais accès à une information honnête à laquelle elles ont droit.

4-Ce procédé répétitif tous les deux ans est bien sûr fortement incitatif, de par sa répétition même.

5-Le livret initial était déjà très incomplet et n’a pas été modifié depuis 2018 malgré ses insuffisances4. Mais au moins il évoquait la possibilité du surdiagnostic. Ce livret s'adresse aux femmes de 50 ans qui sont invitées pour la première fois à réaliser un dépistage du cancer du sein, il n'est reçu que lors de leur premier dépistage, ce qui fait que les femmes qui ont eu 50 ans avant 2017, âgées à présent de 55 ans ou plus, ne l'ont jamais reçu et devrons se contenter de ce dépliant trompeur et incomplet.

6-Ce dépliant est prétendument "calqué" sur le livret, ce qui est un mensonge, le surdiagnostic n'y étant jamais évoqué.

7-Le dépliant mentionne : "pour en savoir plus parlez- en avec votre médecin ou rendez-vous sur le site...". Le médecin généraliste peut, certes, être sollicité mais en réalité la femme prend directement rendez-vous au cabinet de radiologie, d'autant que l'information du livret axe toute sa communication sur les bénéfices du dépistage, ne laissant pas la possibilité au praticien de renseigner correctement ses patientes avant qu'elles recourent au dépistage mammographique. De toute façon, quelle question une femme poserait-elle à son praticien puisque la notion-même du "risque" n'apparaît nulle part sur le dépliant ?

8-Dans les infos clé, il est indiqué que la mammographie est "fiable". Cette information est ici encore mensongère, puisque la mammographie expose à des faux positifs (des suspicions de cancers qui ne se confirment pas) et des faux négatifs (des cancers occultes ou se développant entre deux mammographies et donc "loupés" par le dépistage).

Pourquoi une telle constance de l’INCa à fournir une information promotionnelle sur le dépistage du cancer du sein par mammographie ?

Pourquoi l’INCa ne varie-t-il pas au cours des années dans sa communication partiale, biaisée et promotionnelle ? C’est une question que tout le monde devrait se poser.

Les connaissances scientifiques sur le dépistage du cancer du sein par mammographie ont évolué depuis la mise en place du dépistage organisée en 2004 et pourtant l’INCa n’a jamais varié dans sa « communication ». Il présente toujours, comme ici dans cette brochure, le dépistage comme très bénéfique aux femmes sans quasiment évoquer ce qui fait débat en France et à l’international. Le bénéfice important est toujours affirmé alors qu’il est de plus en plus mis en doute. De plus de nombreux risques ont été mis à jour mais cette brochure ne cite même pas le terme « risque » laissant ainsi penser qu’ils sont inexistants. L’INCa substitue le terme de risque avec celui de  « limite » , terme jamais utilisée nulle part dans les publications scientifiques sur le sujet. Les « limites » d’un examen, ne correspondent en rien aux risques. Ainsi les limites de la mammographie sont l’absence de visibilité de certaines lésions.

Pourquoi alors l’utilisation de cette communication ?

L’INCa a axé depuis toutes ses années sa communication dans le sens de la promotion du dépistage du cancer du sein par mammographie. Cette communication est très éloignée de ce qui se fait à l’étranger 8.

L’INCa n’a pas comme objectif d’informer correctement les femmes sur le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie mais d’intensifier celui-ci dans le but de « gagner la compétition européenne ». Et cela au mépris évident des connaissances scientifiques sur le sujet.
Pour preuve : dans son rapport détaillé « Stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021/2030 » [11] on peut lire p20 « Réaliser un million de dépistages en plus à horizon 2025. Il nous appartient de dépasser les objectifs de couverture recommandés au niveau européen en matière de dépistage et rejoindre le peloton de tête en termes d’adhésion (70 % pour le Dépistage Organisé, du Cancer du Sein ……., ».

Il apparaît donc que l’INCa  ne fait que se soumettre aux injonctions des gouvernants. Or les citoyens sont en droit d’attendre d’une telle autorité sanitaire des informations objectives et non de la « propagande ».

Pourquoi l'existence d'autres sources d'information, indépendantes de l'INCa, sont absolument nécessaires pour le citoyen ?

Le rôle de l'INCa a été défini lors de sa création : (article L1415-2 du Code de la santé publique), deux missions contradictoires lui ont été attribuées : informer (alinéa 3) et promouvoir le dépistage (alinéa 6).

Informer c'est donner aussi bien les bénéfices que les inconvénients d'un dispositif de santé publique, sans parti pris. Promouvoir, c'est faire en sorte que le public soit efficacement influencé pour y adhérer, ce qui de toute évidence est en contradiction avec une information neutre puisqu'on aura alors tendance à masquer tout ce qui va dissuader les personnes.

Il y a donc une incompatibilité insoluble entre ces deux missions, et un conflit d'intérêt manifeste lorsque, comme avec ce dépliant indigne, l'INCa peut se flatter d'accéder à la requête des citoyennes d'information, tout en faisant en sorte que cette information reste outrageusement biaisée.

Pour augmenter le recours au dépistage, comme nous l'apprend une publication française[12], il faut ne pas informer correctement les femmes qui sont appelées à s’y soumettre. C’est exactement ce que l’INCa fait avec cette brochure, ce qui s'apparente à un processus d'infantilisation des femmes en les maintenant dans l’ignorance, supposant leur incapacité de faire un choix autonome.

Face à ce constat, médecins et patientes devrons donc s'adapter et rechercher en dehors de la communication des autorités sanitaires françaises les informations nécessaires à chacun pour prendre des décisions éclairées.

Exemple de brochure :

Il n'est pas forcément étonnant de constater cette information manipulatoire émanant d'un institut qui n'hésite pas à classer le débat scientifique sur le dépistage dans les "Infox" ou Fake news .[13]

Notre collectif Cancer rose s'est attelé, il y a plusieurs années déjà, à délivrer de l'information plus équilibrée en un dépliant, sans débauche de moyens financiers. Il est en format A5, téléchargeable et pliable, pour les femmes et pour les médecins qui ont la possibilité de le distribuer aux patientes en fin de consultation.

Notre collectif se fera un devoir d’informer les responsables du Conseil Scientifique International de l'INCa et alertera les acteurs et groupes internationaux qui se battent, dans de nombreux pays, pour que les femmes soient considérées comme des êtres dotés d'intelligence et dignes de recevoir l'information leur permettant de garantir leurs choix et leur autonomie en matière de santé dans le cadre du consentement éclairé.

Références


[1] https://cancer-rose.fr/2016/12/15/nouvelles-du-front-premiere-manche/

[2] page 132-133 du rapport https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2019/07/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf

[3] page 128 du rapport https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2019/07/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf

[4] https://cancer-rose.fr/2017/09/17/analyse-critique-du-nouveau-livret-dinformation-de-linca/

[5] https://cancer-rose.fr/2021/04/20/les-methodes-dinfluence-du-public-pour-linciter-aux-depistages/

[6] https://apps.who.int/iris/handle/10665/330852

[7] https://www.cancer.gov/about-cancer/screening/research/what-screening-statistics-mean 

[8] https://cancer-rose.fr/2021/06/27/outils-daide-a-la-decision-internationaux/

[9] https://cancersdusein.e-cancer.fr/

[10] https://apps.who.int/iris/handle/10665/330852

[11] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/feuille_de_route_-_strategie_decennale_de_lutte_contre_les_cancers.pdf

[12] https://cancer-rose.fr/2020/09/08/information-objective-et-moindre-soumission-des-femmes-au-depistage/

[13] https://cancer-rose.fr/2021/07/13/linca-relegue-le-debat-sur-le-depistage-du-cancer-du-sein-a-la-rubrique-infox/

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Une considération écologique du surdiagnostic

6 octobre 2021

Une opinion publiée dans le BMJ

https://www.bmj.com/content/375/bmj.n2407

Le surdiagnostic augmente l'empreinte carbone des soins de santé

BMJ 2021 ; 375 doi : https://doi.org/10.1136/bmj.n2407 (Publié le 04 octobre 2021)

Alexandra Barratt , professeure de santé publique, École de santé publique, Université de Sydney, Australie membre fondateur de Wiser Healthcare
Wiser Healthcare est un groupe de chercheurs collaborateurs en Australie qui vise à mener des recherches pour réduire surdiagnostics et surtraitements, en Australie et dans le monde entier. Parmi les domaines sur lesquels ils se consacrent figurent les mammographies pour la détection précoce du cancer du sein ; l'échographie, la tomodensitométrie et l'IRM pour la détection précoce du cancer de la thyroïde, le test de l'antigène spécifique de la prostate pour la détection précoce du cancer de la prostate.

Forbes McGain , professeur agrégé, Département d'anesthésie et de soins intensifs, Western Health, Melbourne, Australie ; Département des soins intensifs, Université de Melbourne, Australie ; École de santé publique, Université de Sydney, Australie

La lutte contre le surdiagnostic revêt une nouvelle urgence dans le contexte de l'urgence climatique

Les deux auteurs, des scientifiques engagés dans la lutte contre la surmédicalisation, rappellent la grande variabilité de la pratique clinique actuelle. D'un côté on assiste à une offre de soins de très haute qualité, mais en même temps co-existe une pratique de soins de faible valeur, voire nuisibles.

Certains de ces soins de piètre qualité sont générateur de surdiagnostic.

Quel est le problème du surdiagnostic, combien sont concernés ?

Le surdiagnostic est la détection d'affections inoffensives qui pourraient ne pas être diagnostiquées et ne pas être traitées, sans que cela représente un danger pour la santé et la vie des personnes.
Mais pour toute lésion, une fois diagnostiquée, il s'ensuivra une cascade de tests et de traitements, qui ne profitera pas aux patients qui n'étaient pas malades au départ. En effet il faut toujours avoir à l'esprit que les tests de routine s'adressent à des gens qui ne se plaignent de rien et qu'on propulse ainsi dans une maladie qu'ils n'auraient pas connue eux.

L'identification des cas individuels de surdiagnostic est difficile (ou même impossible), c'est un concept visible en population lorsqu'on compare des populations dépistées et non dépistées, avec un excédent de découvertes inutiles chez les dépistés.

Pour les auteurs, ce qui est certain, c'est qu'il est une réalité comptable et répandue, transformant de nombreuses personnes en patients inutilement. 

Dans le monde, nous disent A.Barratt et F.Mc Gain :

  • 500 000 personnes sont surdiagnostiquées chaque année avec un cancer de la thyroïde, y compris dans les pays à revenu faible et intermédiaire,
  • 70 000 femmes par an peuvent faire l'objet d'un surdiagnostic de cancer du sein aux États-Unis et
  • 4 000 par an en Australie,
  •  8000 hommes australiens par an sont surdiagnostiqués avec le cancer de la prostate. [1]

Le surdiagnostic affecte tous les âges et tous les stades de la vie. 

Au Royaume-Uni, le problème du surdiagnostic et du surtraitement préoccupe tellement le Royal College of General Practitioners qu'un groupe permanent sur le surdiagnostic a été créé, qui a formulé des recommandations pour tenter de le combattre. 

Les auteurs pointent du doigt le paradoxe suivant : malgré une liste croissante d'affections exposées aux surdiagnostics de façon notoire, le fardeau de ces surdiagnostics sur les patients, sur les services de santé et sur le personnel de santé est aisément négligé.

Un enjeu environnemental ?

Pour les auteurs, le surdiagnostic génère des émissions de carbone sans améliorer la santé.

Le changement climatique poussera de plus en plus de personnes à rechercher des soins médicaux en raison d'une exposition à des changements environnementaux délétères : exposition à des chaleurs extrêmes, à la sécheresse, aux inondations, aux incendies, aux maladies transmissibles, à la pollution de l'air et aux perturbations de l'approvisionnement en nourriture et en électricité. 

En effet l'augmentation des émissions de carbone plus l'augmentation du surdiagnostic et donc de la demande de toujours plus de soins se sont déroulées de manière synchrone avec l'urgence sanitaire causée par le changement climatique. 

Il s'agit d'une nouvelle urgence dans le contexte de l'urgence climatique. Les émissions de carbone pour un gain nul en termes de santé deviennent intolérables.

Le fardeau supplémentaire d'un plus grand nombre de patients en raison du surdiagnostic s'ajoutera à ces poussées de demande de soins de santé induites par le changement climatique. L'effet combiné des deux menace de submerger les systèmes de santé déjà surchargés à travers le monde.

Objectif de réduction de l'empreinte carbone, exemple Outre-Manche

Le NHS (National Health Service, système de la santé publique du Royaume-Uni),

 s'est fixé des objectifs ambitieux pour atteindre des soins de santé zéro carbone d'ici 2040. Les données du NHS England rapportées par Tennison et ses collègues[2] sont révélatrices : elles montrent que la plupart de la réduction des émissions de CO 2  entre 1990 et 2019 est venue de la décarbonisation de l'énergie britannique ( avec de fortes réductions des émissions énergétiques des bâtiments) et du changement des propulseurs dans les inhalateurs-doseurs respiratoires médicaux[3]

Les émissions générées par la prestation de soins cliniques et ses activités associées sont généralement restées stables ou ont augmenté. Les émissions par les instruments médicaux sont restées stables et les émissions des 'soins commandés' (services cliniques achetés par le NHS auprès de prestataires de soins de santé privés[4]) ont quintuplé. 

Ainsi globalement, entre 2001 et 2012, les émissions totales du NHS-England ont légèrement augmenté. 

Pour réduire encore et durablement l'empreinte carbone des soins de santé, il faudra donc modifier les modèles de soins cliniques. La lutte contre le surdiagnostic et le surtraitement en est une étape clé.

Conclusion

La réduction du surdiagnostic et du surtraitement est une piste inexploitée pour réduire les émissions de carbone des soins de santé, tout en préservant la qualité des soins et en veillant à ce que les résultats pour les patients ne soient pas affectés négativement. Un bénéfice concomitant précieux sera celui de la réduction des coûts des soins de santé.

Les cliniciens et les patients se soucient profondément du changement climatique et de nombreux cliniciens mettent déjà en œuvre le changement. Le projet Gassing Greener[5] encourage les anesthésistes à utiliser moins de desflurane et de protoxyde d'azote et à suivre leur performance carbone.  Les équipements anesthésiques et chirurgicaux réutilisables plutôt qu'à usage unique, tels que les blouses, peuvent réduire les émissions dans les endroits où il y a une alimentation électrique décarbonée, à un coût équivalent ou inférieur.

Le désir de rendre plus écologique les soins cliniques, dans tous les domaines de la santé, doit motiver et soutenir les cliniciens à relever les défis de la lutte contre le surdiagnostic. 

Traiter le problème est important et gratifiant, sachant que la réduction du surdiagnostic a le potentiel de réduire les émissions carbone et de conserver les ressources (financières et humaines) tout en préservant la qualité et la sécurité des soins de santé.

Une action politique concertée et un leadership clinique sont nécessaires pour permettre et accélérer les initiatives visant à lutter contre le surdiagnostic et les émissions de carbone des soins de santé. 

Pour les auteurs en tous cas, dans le contexte d'urgence climatique, il est vital que cette prise de conscience du surdiagnostic se produise. 

Références


[1] Lire aussi cette évaluation australienne de 2020 : https://cancer-rose.fr/2020/01/28/30-000-cancers-surdiagnostiques-par-an-dans-une-etude-australienne-un-enjeu-de-sante-publique/

[2] Tennison I, Roschnik S, Ashby B, et al - Health care’s response to climate change: a carbon footprint assessment of the NHS in England. Lancet Planet Health2021;5:e84-92. doi:10.1016/S2542-5196(20)30271-0 pmid:33581070

[3] Les inhalateurs-doseurs (qui peuvent utiliser des propulseurs 3 000 fois plus puissants comme gaz à effet de serre que le dioxyde de carbone) représentent une grande partie de l'empreinte de prescription.
Le remplacement des propulseurs chlorofluorocarbures par des hydrofluoroalcanes (HFA) a entraîné la refonte des inhalateurs-doseurs dans les années 1990. Pour une variété d' inhalateurs de béclométhasone , cette refonte a entraîné la production de particules d'aérosol considérablement plus petites

[4] Les principales instances locales du NHS sont responsables de l’essentiel de l’organisation de l’offre de soins à l’échelon local. Trois grandes missions leur sont assignées :

  • Elles fournissent des soins primaires, essentiellement sous forme de consultations de médecine générale ;
  • Elles achètent des soins secondaires auprès de prestataires locaux ;
  • Elles sont chargées de la santé publique à l’échelon local.

[5] "Gassing Greener" aide les anesthésistes à mettre en place des pratiques respectueuses de l'environnement. Par exemple il existe une application qui comprend deux calculatrices fournissant aux anesthésistes des rapports sur les émissions de carbone en fonction de l'utilisation d'anesthésiques inhalés. 

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Le combat d’un « NON » farouche vers un « OUI » du bout des lèvres.

Témoignage de la pratique de Dr M.Granger, sénologue, 2 octobre 2021

Mme PL, 22 ans de vie partagée avec un cancer du sein,
ou le combat d’un « NON » farouche vers un « OUI » du bout des lèvres.

Février 1999 : Mme PL, 58 ans, consulte pour un nodule du sein droit, qui existerait depuis deux ans, mais qui a récemment subi une évolution inflammatoire. Cliniquement ce nodule est typiquement un kyste sébacé, égaré sur son sein droit.

Cependant la mammographie montre, outre une opacité sous cutanée ovoïde, très bien limitée et en accord avec le diagnostic clinique, un semi de calcifications punctiformes et poussiéreuses, à distance de ce nodule, réparties en une demi- douzaine de petits foyers comportant de nombreux éléments serrés, sans densification ni distorsion architecturale associée. La conclusion de cette première rencontre, pour un motif bénin, est l’existence probable d’un « carcinome intra- canalaire rétro-mamelonnaire droit, une histologie est nécessaire ».

Cette dame étant suivie par un médecin homéopathe très proche de ses patientes, aucune directive de prise en charge n’est donnée, hormis la conclusion rapportée ci-dessus. Sans nouvelles les mois suivants, j’écris à mon confrère : Mme PL a bien été opérée, et la réponse a été « positive ».

M’étant procuré les compte-rendus opératoire et histologique, j’apprends qu’il s’agissait d’un CCI de 6 mm, exérésé in sano à plus de 2 mm. Le contingent intra- canalaire périphérique comporte de fines calcifications régulières. Il entre en contact avec les limites d’exérèse. Le curage fait dans un second temps (pas d’extemporané initial, s’agissant d’une simple biopsie chirurgicale de micro calcifications [nous sommes en 1999]), associé à la reprise du lit tumoral montre : aucun résidu tumoral, et un curage des 3 étages négatif (0/15).

Septembre 1999 : premier suivi post-opératoire à 6 mois. Cet examen est satisfaisant, avec une banale zone de stéato-nécrose du foyer opératoire. Un nouveau rendez-vous est donné à 6 mois, surveillance classique.

Juin 2000 : contrôle 14 mois après la chirurgie initiale.
Mme PL précise alors qu’elle n’a pas consulté en oncologie, qu’elle redoute « les rayons » et ne les fera pas, conseillée en cela par son médecin homéopathe qui estime inutile de faire des rayons « pour rien », les résultats de la reprise du lit tumoral et du curage ayant été normaux.

Mme PL reviendra ensuite scrupuleusement, chaque année en juin, pendant 12 ans. Elle m’apprend en 2011 qu’elle divorce. L’année suivante l’imagerie s’est transformée : une micro opacité, non significative jusqu’alors, a doublé de volume, apparait spiculée, et mesure 6 mm en échographie. Même sein, à proximité du lit initial. La cytoponction faite d’emblée montre une purée cellulaire caractéristique d’un carcinome. Il s’agit donc d’une récidive in situ. Il faut réopérer.

Juillet 2012 : Mme PL choisit de ne pas revoir son chirurgien initial, et de consulter une célébrité parisienne. L’opération faite en juillet 2012 devra se limiter à une
« large quadrantectomie », car la patiente a refusé la mastectomie préconisée. Malgré cela l’histologie de la pièce opératoire est... négative : le pathologiste n’a pas retrouvé de prolifération tumorale.

Octobre 2012 : quand Mme PL revient pour un nouveau contrôle post-opératoire à 3 mois, je découvre cette « discordance » : je questionne – Mme PL la découvre aussi, et finis par m’étrangler... Car j’ai une foi absolue en ma méthode de ponction et en la lecture pointue de ma cyto-pathologiste, formée à l’école Zajdela de l’institut Curie : où est l’erreur ?... L’IRM montrera la persistance d’un intense et précoce rehaussement correspondant à la lésion recherchée. Mon échographie retrouve la lacune mitotique, inchangée, de 6 mm. La conclusion s’impose dans un soupir: la lésion est restée en place.

Novembre 2012 : la patiente est alors réopérée, dans la même clinique parisienne : « hémi-mastectomie droite » emportant l’hameçon de repérage. On pourrait voir dans cette hémi-mastectomie, soit une certaine « largesse » du chirurgien, peut-être gêné par cette reprise involontaire, soit une technique de repérage mal maitrisée ? Ce qui est sûr c’est que l’analyse histologique ne montre toujours pas la lésion tumorale, mais de banals remaniements inflammatoires. Cette discordance récidivante ne soulève toujours pas de question métaphysique.

Avril 2013 : nouvel examen de contrôle, difficile. Le sein est défiguré, la cicatrice est collée, au décours d’un très volumineux hématome post-opératoire. Doute sur la persistance de l’anomalie initiale, toujours à l’union des quadrants externes du sein droit. Une nouvelle IRM reviendra pourtant normale. OUF, les tribulations de ce cancer semblent terminées (?), mais avec le goût amer de ne pas avoir tout compris : où donc est passée cette tumeur de 6 mm ?...

Octobre 2013 : six mois plus tard, Mme PL révèle qu’elle est suivie en Belgique, qu’elle prend du 2LC1-N pour soutenir son immunité. Elle acceptera cependant mon suivi régulier.

Mai 2016 : je la revois en effet régulièrement, tous les ans désormais. En mai 2016 elle me signale un petit grain intradermique, à l’union des quadrants externe du sein droit, donc toujours dans la même localisation. La cytologie est... obstinément maligne. Cette fois, un peu las de tous ces errements, j’explique haut et clair que les choix effectués jusqu’à ce jour n’ont pas résolu le problème, et qu’il conviendrait de faire une « vraie » mastectomie associée à une RT de la paroi. Cet avis est confirmé par la Faculté (CHU de P...). Pourtant Mme PL continue de refuser et la micro biopsie et la mastectomie.

Septembre 2016 : sous la pression d’un autre CHU (T...), Mme PL acceptera l’exérèse biopsique de son nodule : le CCI est cette fois bien estampillé, les récepteurs hormonaux sont fortement positifs. Une mastectomie est programmée : elle sera refusée, de même que l’hormonothérapie. De même que la radiothérapie, une nouvelle fois.

Mars 2017 : le nodule récidivera encore, après son exérèse localisée, au même endroit... Une nouvelle ponction (maligne) convaincra enfin la patiente... Une mastectomie simple, sans radiothérapie, sera finalement réalisée en mai 2017, soit 18 ans après la première tumorectomie, et trois interventions « conservatrices » qui avaient déjà très largement entamé le sein...

Octobre 2020 : trois ans et demi plus tard. Après cet (ultime?) épisode, Mme PL va bien, elle a maintenant 80 ans, elle reste d’un commerce doux et agréable. Elle s’accommode de sa cicatrice de mastectomie. Elle n’a jamais eu un mot de doute sur son chirurgien ou son pathologiste parisiens, ni sur les délabrements successifs qui lui ont été imposés.

Cette observation comporte plusieurs points saillants, pour le moins : que peut-on en retenir pour la Défense et Illustration de la Sénologie ?

1- Que répondre à ce confrère homéopathe qui se questionne quant à l’intérêt d’une radiothérapie « pour rien »?

D’abord : qu’il n’y a pas « rien » puisque sa patiente est porteuse d’un cancer invasif, certes peu développé localement, du moins en apparence. Mais peut-on connaître à l’avance et avec certitude le potentiel évolutif d’un cancer ? L’histoire a prouvé son haut potentiel de récidive.

Ensuite : que les berges opératoires soient saines à la reprise chirurgicale initiale était certes une bonne nouvelle, mais qui ne préjugeait en rien de la réalité biologique, inaccessible à l’anapath. C’est la notion de champ de cancérisation, qui nous place devant cette évidence : on ne peut toujours pas connaître, en 2021, les frontières biologiques d’un processus de cancérisation. La chirurgie est donc nécessairement approximative.

Dans le contexte d’un traitement conservateur la radiothérapie est l’arme privilégiée pour réduire drastiquement l’incidence des récidives locales, qui sans elle seraient quasi systématiques. En résumé : un traitement chirurgical conservateur doit être nécessairement associé à une radiothérapie adjuvante.

Il faut enfin convenir avec ce confrère que les patientes d’un médecin homéopathe ont toujours une grande « foi » en la méthode, et que ses propres doutes ont alimenté, sciemment ou non, la phobie des rayons de Mme PL.

2- Comme toute chose, cette histoire doit répondre à la logique : si un diagnostic de récidive maligne a été porté et que l’histologie de la pièce opératoire est normale, il y a contradiction : et donc une erreur quelque part, qu’il convient de résoudre. Cette erreur peut être le diagnostic initial (faux positif de l’une des techniques utilisées...), la méthodologie opératoire (repérage de la zone à biopsier, topographie/étendue du prélèvement...), ou encore l’analyse histologique elle-même (difficultés d’identification, nombre de coupes faites... [des coupes tous les 5 mm peuvent par exemple laisser passer les plus petites tumeurs]).

Hélas cette enquête n’a pas été faite après la première récidive... Cette affaire n’ayant pas été judiciarisée, nous ne connaîtrons hélas pas le mot de la fin.

Un mot quand même sur le diagnostic initial : celui-ci n’a pas comporté de microbiopsie qui, on le sait, est devenue le graal des oncologues, par refus de la patiente. Il faut pourtant admettre que la ponction à l’aiguille fine, d’une technique très simple, fournit le plus souvent une cytologie très riche et sans ambiguïté pour un cyto-pathologiste entraîné. Je ne connais pas de faux positif dans mon expérience. Dans cette histoire toutes les cytologies ont été caractéristiques, et le diagnostic final leur a donné raison. Ce n’est donc pas le diagnostic initial qui a pêché.

3- L’attitude constante de Mme PL nous interroge, nous médecins, sur le niveau de risque que nous faisons subir à nos patientes. Un radiologue très anxieux, et/ou très entreprenant, qui souhaite macrobiopsier le moindre groupement de microcalcifications (sans attendre l’épreuve d’une surveillance minimale, qui permettrait de juger de leur évolutivité), et Mme PL qui a attendu la 4ème récidive locale pour se laisser convaincre, du bout des lèvres, d’entreprendre le traitement préconisé, vivent manifestement dans des mondes médicaux radicalement opposés et incompatibles. Ce niveau de risque acceptable est si variable d’un patient à l’autre, d’un médecin à l’autre, que toute discussion stratégique est un exercice périlleux, voire aveugle.

4- Il ne vous a pas échappé que la première récidive de Mme PL est apparue l’année suivant son divorce, alors que les 12 premières années de son suivi s’étaient déroulées sans accroc, malgré un traitement initial incomplet, la radiothérapie ayant été récusée. Une nouvelle fois le cancer se montre sous son vrai jour, celui d’une maladie psycho-somatique, le psychisme étant le plus souvent initiateur/ accélérateur de ce processus.

Commentaire Cancer Rose

Nous rajouterions une autre leçon à retirer de cette observation, et c'est "la leçon d'humilité".

On met souvent dans la tête des femmes l'urgence de la situation dès lors qu'on a fait un diagnostic de lésion cancéreuse, comme si chaque minute compte. Tout le monde court, s'active, s'affole, il faut agir, réagir, opérer au plus vite ! Or la patiente ici a bel et bien traîné des années avec son cancer, et elle est arrivée à 80 ans sans perdre la vie !
Alors, il n'est jamais trop tard pour bien faire, il n'est jamais trop tard pour traiter et pour guérir.
Où est donc l'urgence dans laquelle on propulse les femmes diagnostiquées ? Si le cancer est métastatique il l'est d'emblée ; dans la très très grande majorité des cas très souvent on voit bien qu'il n'est nul besoin d'affoler les femmes comme on le fait. On n'est pas à une minute près. Oui, on peut se donner parfois le temps de la surveillance (les classifications ACR3 (simple surveillance) ont quasiment disparu, on envisage, dans l'urgence qui est la nôtre, d'emblée des prélèvements et des interventions.
Oui il faut traiter, bien entendu, mais sans paniquer ! Le cancer ne métastase pas en 5 minutes (à moins qu'il ne l'ait déjà fait et là on a de toute façon une longueur de retard), il ne tue pas sur le champ, on ne va pas mourir demain !. 
Ce cas nous montre l'humilité que le corps médical devrait avoir, et nous montre qu'il faut sortir de 'l'affolisme' et de 'l'urgentisation' qu'on inflige aux femmes quand on leur trouve un cancer, leur donnant l'impression d'une mort imminente, mais qu'on va leur sauver la vie, nous, parce qu'on a fait vite.

Le sort des patientes n'est absolument pas dans nos mains de grands "sauveurs". Il n'est jamais "trop tard" pour traiter et pour guérir.

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Le dépistage médical nécessite une réévaluation régulière indépendante

2 octobre 2021, DrC.Bour

BMJ 2021 ; 374 doi : https://doi.org/10.1136/bmj.n2049 (Publié le 27 septembre 2021)
https://www.bmj.com/content/374/bmj.n2049

Auteurs :

Fabienne G Ropers , conseillère, Département de pédiatrie générale,
Willem Alexander Children's Hospital, Leiden University Medical Center, Leiden, Pays-Bas
Alexandra Barratt , professeur , École de santé publique de Sydney, Université de Sydney, Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, Australie
Timothy J Wilt , professeur, Minneapolis VA Center for Care Delivery and Outcomes Research et Université du Minnesota, Minneapolis, MN, États-Unis
Stuart G Nicholls , chercheur, Programme d'épidémiologie clinique, Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa, Ottawa, Canada
Sian Taylor-Phillips , professeur, École de médecine de Warwick, Coventry, Royaume-Uni
Barnett S Kramer , conseiller , Division de la lutte contre le cancer et des sciences de la population, National Cancer Institute, Bethesda, MD, États-Unis
Laura J Esserman , professeur ,
Helen Diller Family Comprehensive Cancer Center, Université de Californie San Francisco, San Francisco, Californie, États-Unis
Susan L Norris , docteur, Université de la santé et des sciences de l'Oregon, Portland, OR, États-Unis
Lorna M Gibson , conseillère, Centre des sciences cliniques du cerveau, Université d'Édimbourg, Édimbourg, Royaume-Uni
Russell P Harris , professeur émérite, École de médecine, Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, Caroline du Nord, États-Unis
Stacy M Carter , directrice, Australian Centre for Health Engagement, Evidence and Values, Université de Wollongong, Wollongong, NSW, Australie
Gemma Jacklyn , conseillère, École de santé publique de Sydney, Université de Sydney, Sydney, Nouvelle-Galles du Sud, Australie
Karsten Juhl Jørgensen , médecin-chef,  Centre for Evidence-Based Medicine Odense (CEBMO) et Cochrane Danemark, Département de recherche clinique, Université du Danemark du Sud, Odense, Danemark 

Selon les auteurs (chercheurs, professeurs de médecine, médecins etc...) des circonstances nouvelles et différentes du contexte initial dans lequel on a implanté des programmes de dépistage peuvent modifier l'équilibre entre les bénéfices et les risques de ces programmes.

Depuis les débuts anciens des dépistages, conçus pour détecter les maladies ou des facteurs de risque avant l'apparition des symptômes,  on constate à présent que le dépistage offre diversement des avantages, mais aussi des préjudices et des coûts pour la santé. 
Il est important de noter que ces constats ne sont pas des constantes : ils changent avec de nouvelles preuves, varient selon les contextes et au fil du temps.

Les pratiques de dépistage (qu'elles soient organisées sous forme de programmes ou non) ont tendance à réagir lentement à ces changements ; les modifications sont souvent contestées et controversées. 

Selon les auteurs, les raisons de la résistance aux changements des programmes établis et ancrés dans les pratiques incluent à la fois les intérêts financiers (de personnes, groupes ou lobbys qui ont intérêt à faire perdurer un dépistage), l'attention portée aux coûts irrécupérables[1], le manque de preuves de haute certitude ou encore le manque d'évaluation appropriée des preuves existantes. Mais il y a aussi une croyance problématique selon laquelle une détection précoce est toujours la meilleure, et tout simplement une inertie et une préférence pour le statu quo. 

Les programmes de dépistage sont souvent financés dans le cadre de budgets limités de soins de santé collectifs. Ils ciblent les personnes asymptomatiques, dont la plupart ne sont pas celles qui ont le plus besoin de soins de santé. 

La poursuite de dépistages face à des circonstances changeantes mérite donc un examen attentif, car elle peut potentiellement nuire aux citoyens en bonne santé et gaspiller des ressources rares.

Bien qu'il existe des principes bien établis pour commencer un dépistage, il n'en existe aucun pour l'arrêter.  

En tant qu'experts qui ont travaillé sur le dépistage pendant de nombreuses années, les auteurs voient à présent un besoin urgent de méthodes claires et agréées pour réévaluer activement les pratiques existantes.

Pourquoi les pratiques de dépistage doivent être réévaluées

La valeur du dépistage peut être modifiée par plusieurs facteurs, notamment les changements dans l'incidence de la maladie, les progrès du diagnostic et du traitement, les données probantes des programmes en cours et les possibilités de prévention.

Par exemple dans certains cas, la prévention dite primaire, donc celle en amont de la maladie peut faire en sorte qu'un dépistage n'a pas de raison d'être.
De nouvelles données montrant que les évolutions thérapeutiques contribuent plus que le dépistage à l'amélioration de mortalité par maladie sont bien évidemment capitales.

Dans le cadre du cancer du sein

Cet article est bien sûr tout à fait "up to date" à l'aube de la déferlante d'octobre rose. Depuis les années 2000 déjà des lanceurs d'alerte, épidémiologistes pour la plupart, alertent sur les méfaits du dépistage du cancer du sein, dont il faudrait impérativement informer les femmes.
Selon plusieurs synthèses, les effets adverses l'emportent lorsqu'on inclut dans le calcul de mortalité et morbidité les effets nocifs imputables aux dépistages et ux surtraitements.[2]
Dans tous les cas, et selon des évaluations indépendantes, le bénéfice du dépistage est toujours minime comparé aux inconvénients additionnés auxquels il expose. De ce fait plusieurs pays ont pris le parti d'informer les femmes grâce à des outils d'aide à la décision[3], tandis que la communication franco-française poursuit inlassablement sa promotion dans les médias avec contre-vérités, comme dans le magazine Dr Good où on apprend aussi que la mammographie délivre des UV[4]...

Ou encore dans le magazine 'Envoyé Spécial' où la "sensibilisation" au dépistage semble être une préoccupation majeure plutôt que de l'information objective.

Une très bonne synthèse sur le fossé énorme entre la réalité et la promotion quasi industrielle des dépistages et de certains traitements sur la base des distorsions des données scientifiques a été écrite par John Horgan, un journaliste scientifique américain.[5]

Nous connaissons à présent bien les problèmes du surdiagnostic[6] et du surtraitement que le dépistage à tout va entraîne, en face d'une réduction non significative de la mortalité[7], notamment pour le cancer du sein. Il devient urgent de prendre en compte ces connaissances modernes dans le questionnement sur la pertinence de dépistages peu contributifs comme celui du cancer du sein.

Les réactions à l'article du BMJ

1° Réaction de Pr.M.Baum

Professeur Michael Baum est professeur émérite de chirurgie et professeur invité en sciences humaines à l'University College London.

Il dit :

" (Le) mantra, « attrapez-le tôt (le cancer) et sauvez une vie » a entraîné le gaspillage d'énormes ressources humaines et techniques, retardé l'introduction d'initiatives de santé publique plus précieuses et a nui à d'innombrables personnes asymptomatiques par un surdiagnostic et un surtraitement. En tant qu'ultime reductio ad absurdum, un programme de dépistage utilisant des biopsies liquides pour identifier 30 cancers différents a été très médiatisé au cours de la semaine dernière. (voir ce lien ;https://www.annalsofoncology.org/article/S0923-7534(21 02046-9/texte intégral). Cela atteint le point culminant de la farce lorsqu'ils revendiquent la sensibilité la plus élevée pour les cancers métastatiques avec des primitifs inconnus. Je déteste penser à quel point des dommages ont été causés au patient dans la recherche effrénée du primitif. Je suggérerais humblement que le premier point à l'ordre du jour de ce nouveau comité serait de tuer cela dans l'œuf."

Nous avions parlé des biopsies liquides qui ont montré assez vite leurs limites en termes de dépistage. En effet, trouver une cellule circulante ne fait pas de l'individu un cancéreux en devenir. Que ferons-nous alors de toutes ces "trouvailles" chez des personnes ne se plaignant de rien et qu'il faudra soumettre à des explorations complémentaires lourdes et répétitives pour trouver hypothétiquement un jour quelque chose ou ..rien du tout.[8]

Ces recherches d'ADN tumoral circulant souffriront, si appliquées au dépistage du cancer dans une population asymptomatique, en plus de leur coût et de leur complexité élevés, des mêmes problèmes de sensibilité et spécificité que les biomarqueurs traditionnels.

2° Réaction de Dr Shyan Goh

Dr Goh est chirurgien orthopédique (Sydney, Australie)

Il cite le document OMS, un guide sur les programmes de dépistage que nous reproduisons également dans nos pages[9], et téléchargeable en français pour les lecteurs intéressés[10].

Ce document sur les dépistages en population, explique Dr Goh, regorge d'exemples sur la façon dont une idée de dépistage ne fonctionne pas nécessairement de la même manière dans un contexte international.

L'une des prémisses importantes du dépistage des populations est que « les avantages du dépistage l'emportent sur les dommages potentiels ».
La question ici est alors de savoir, dit l'auteur, quels sont les "dommages potentiels" du dépistage.


De nombreux cliniciens préconisent divers programmes de dépistage en mettant l'accent sur les dommages potentiels causés par la maladie faisant l'objet du dépistage, souvent sous la forme de taux de mortalité dus à la maladie.
Mais d'autres, et une bonne partie du public, s'intéressent aussi à la mortalité et la morbidité globales du programme de dépistage lui-même, englobant aussi les complications du dépistage. Car souvent les dépistages réalisés donnent lieu à d'autres investigations complémentaires encore plus invasives (p.ex. la biopsie pour le dépistage mammographique en cas de fausse alerte, NDLR)

Conclusion

Concluons avec la pertinente question de Dr Goh : quel est le point de vue qui compte le plus, celui des cliniciens axés sur la recherche de toujours plus de cas, ou celui du public davantage intéressé par la mortalité et la morbidité globales, celle qui restitue aussi les méfaits des dépistages ?

En 2021, au bout de plusieurs décennies d'errements, de controverses, les données actuelles ne parviennent plus à montrer la suprématie du programme de dépistage du cancer du sein.

Quand, mais quand, et au bout de combien de campagnes roses infantilisantes les pouvoirs publics et autorités sanitaires trouveront-elles enfin le courage, avec l'appui des médias, d'en informer les femmes ?

Références


[1] En économie comportementale, les coûts irrécupérables (sunk costs en anglais) sont les coûts qui ont déjà été payés définitivement ; ils ne sont ni remboursables, ni récupérables par un autre moyen.

[2] https://cancer-rose.fr/2019/08/08/synthese-detudes-un-exces-de-mortalite-imputable-aux-traitements-lemportant-sur-le-benefice-du-depistage/

[3] https://cancer-rose.fr/2021/06/27/outils-daide-a-la-decision-internationaux/

[4] http://link.mag.nl.drgoodletter.com/m/view/200101/501233/kztFMyVWSJxvreVukpVatg==
Interview du Dr Pierre-Yves Pierga "  Enfin, concernant l’exposition aux rayons UV, si on cumule toutes les mammographies réalisées dans une vie dans le cadre du dépistage, cela représente moins qu’un scanner. Donc l’exposition reste réduite."

Nous avons signalé l'erreur à la rédaction, il s'agit bien de rayonnement X.

[5] https://cancer-rose.fr/2020/02/14/lindustrie-du-cancer-battage-mediatique-versus-realite/

[6] https://cancer-rose.fr/2019/09/03/quest-ce-quun-surdiagnostic/

[7] https://cancer-rose.fr/2019/09/12/quest-ce-quun-depistage-efficace/

[8] https://cancer-rose.fr/2021/04/22/couverture-mediatique-des-depistages-2/

[9] https://cancer-rose.fr/2021/06/27/outils-daide-a-la-decision-internationaux/

Le guide OMS est le troisième outil d'aide à la décision dans l'article, en partant du haut

[10] https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/330852/9789289054799-fre.pdf

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Dépistage : révision de rentrée !

10 septembre 2021

Le 9 septembre 2021, le Professeur Michael Baum a déroulé un fil d'information résumant la problématique du dépistage.
https://threadreaderapp.com/thread/1435559200571146240.html

Michael Baum est professeur émérite de chirurgie et professeur invité en sciences humaines de l'University College London. Il fut initialement artisan de l'instauration de la campagne de dépistage au Royaume Uni, puis en est devenu l'un de ses principaux détracteurs et critiques au vu des inconvénients émergents de ce dispositif de santé. Il est notamment l'auteur de l'étude "Harms from breast cancer screening outweigh benefits if death caused by treatment is included", parue dans le BMJ en 2013, et du livre "The history and mystery of breast cancer", paru en 2019.

Dépistage, révisons. 

"Pour chaque problème complexe, il existe une réponse claire, simple et erronée. (HL Mencken, journaliste américain 1880-1956)"

Cette caricature que M.Baum cite met en lumière à quel point les slogans simplistes ("le dépistage sauve des vies" ; "plus tôt c'est mieux c'est") sont enjoliveurs, séduisants, mais ne correspondent pas à une réalité bien plus complexe.

Pourquoi le dépistage est un échec ?

"Le dépistage échoue car il repose sur une hypothèse erronée selon laquelle la cinétique de croissance est linéaire ou log-linéaire, comme illustré ici."

En effet on a longtemps pensé que la croissance du cancer était mécanique et linéaire, un amas cellulaire devient forcément un nodule plus gros, qui devient forcément envahissant et forcément tuera son hôte si on ne fait rien.

Or le développement cancéreux n'est pas aussi simple, il s'agit plutôt d'un "buisson de possibilités", voir : https://cancer-rose.fr/2019/08/31/comment-se-developpe-un-cancer/

Certains cancers évoluent très vite et sont d'emblée agressifs, dépistés ou non ils sont malheureusement graves d'emblée et ont souvent déjà métastasé lors de leur détection. Souvent d'ailleurs, le dépistage les rate, car leur vitesse de croissance est importante et ils se développent en très peu de temps.

D'autres cancers restent latents du vivant de la patiente, et leur détection est inutile. Ces détections inutiles sont des surdiagnostics, ce sont des lésions qui n'auraient jamais impacté la vie ni la santé des femmes s'ils n'avaient pas été trouvés, le dépistage détecte préférentiellement ces cancers peu ou pas agressifs parce qu'ils ont un temps de séjour très long dans le sein, et cela sans commettre de dommage. Mais dès lors qu'ils sont détectés, ils seront traités comme les cancers agressifs.

M.Baum écrit :

"Les incohérences logiques de ce modèle sont multiples, par exemple : 

1. Les récidives peuvent survenir entre 1 et 25 ans avec un pic de risque relatif à 2 ans après la chirurgie et un deuxième pic plus large à 7-9 ans. 
2. L'amplitude du premier pic reflète des facteurs pronostiques."

En effet, les taux de cancers graves ne baissent pas. Le fait d'opérer de plus en plus petites lésions n'empêche pas les formes plus avancées ni leurs récidives.

Dans les populations dépistées, on assiste toujours à un excédent d'incidence, c'est à dire de nouveaux cas de cancers détectés, excédent de détection sans que la survie ne soit améliorée par rapport aux groupes non dépistés. Cette surdétection concerne les cancers invasifs mais aussi une entité particulière, les carcinomes in situ (CIS). La très grande majorité des CIS a un excellent pronostic, leur détection néanmoins entraîne de facto leur traitement, parfois très agressif par rapport au "danger" qu'ils représentent pour les femmes porteuses.

M Baum explique  :

"Dans les populations dépistées, l'incidence du CCIS augmente de 1 à 20 % sans aucune baisse correspondante dans les « stades ultérieurs ». De plus, le CCIS est souvent multifocal et nécessite une mastectomie, mais les cancers multifocaux invasifs sont très rares."

Concernant la mortalité par cancer, " la bonne nouvelle est que le traitement systémique adjuvant a permis de réduire de près de 50 % la mortalité depuis le bilan de 1985. De plus, la baisse de la mortalité profite aux moins de 50 ans qui ne sont pas invités au dépistage."

En effet les observations épidémiologiques montrent que la décroissance de la mortalité par cancer du sein depuis les années 90 est intervenue au moment des améliorations des traitements, en tous cas est intervenue avant la mise en place des campagnes de dépistage et ne s'est pas accentuée lors de la mise en place des campagnes de dépistage. Cette amélioration de la mortalité par cancer ne peut donc en aucun cas être attribuée au dépistage.

"En revanche, le sur-diagnostic associé au dépistage signifie que de nombreux patients souffrent des effets secondaires toxiques d'un sur-traitement. Nous avons donc un jeu à somme nulle où la rare mortalité due au traitement annule les 1/2 000 décès par cancer évités."

M.Baum cite ici notre visuel à points que vous pouvez retrouver en page d'accueil de notre site Cancer Rose et avec les explications ici : https://cancer-rose.fr/oad/
Ce visuel a été conçu sur la base de la méta-analyse Cochrane et sur l'étude de 2013 de M.Baum.

Théorie du chaos cancéreux

"Nous pouvons expliquer ces incohérences logiques en utilisant le modèle mathématique du système complexe, qui suit les règles de la théorie du chaos. Cela explique les longues périodes de latence à la fois pour la tumeur primaire et ses métastases." 

Extrait d'article

"Enfin", écrit M.Baum,  "pour vous aider à comprendre ce que cela signifie, examinez les prévisions météorologiques. Le temps et le climat sont des systèmes chaotiques très sensibles aux conditions initiales comme le battement d'aile d'un papillon."

Pour conclure,

Si on veut arriver au bout du cancer du sein, maîtriser son "génie" complexe", il nous faut retourner aux fondamentaux, à l'histoire naturelle du cancer, il nous faut la comprendre mieux et comprendre pourquoi et sous quelle impulsion un cancer devient d'emblée agressif et se développe vers une vraie "cancer-maladie", par rapport à d'autres formes qui ne mettront jamais en danger le porteur de cellules cancéreuses.

Car avoir un cancer et être malade du cancer, ce n'est pas la même chose.


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