La (vraie) prévention, parent pauvre du «plan de lutte contre» le cancer du sein

La (vraie) prévention, parent pauvre du «plan de lutte contre» le cancer du sein

Annette LEXA

Docteur en toxicologie, EUROTOX,

Expert en toxicologie réglementaire santé environnement

Le cancer du sein a tué 11 886 femmes en France en 2012. On enregistre une très légère baisse, comparé à l’année 1996, baisse attribuée à la baisse de prescriptions de traitement hormonal substitutif à la ménopause. Le dépistage, organisé ou non, nous est présenté comme la seule parade à ce fléau, mais désormais, nous savons qu’il n’a pas démontré sa capacité à réduire la mortalité.

La question que nous nous posons alors est « existe-il d’autre moyens d’action pour éviter ce cancer ? »

Rappelons tout d’abord comment se forme un cancer

Comme tous les cancers, il n’existe pas un cancer du sein, mais de multiples formes .

Un cancer est une prolifération anarchique de cellules résultant d’une perturbation de l’équilibre (homéostasie) des tissus. Dans un état sain, un tissu contrôle la croissance de ses cellules grâce à des gardiens. Ces gardiens peuvent être amenés à ne plus être écoutés si des signaux différents sont envoyés, ou alors ils deviennent dépassés par la situation.

A l’origine de cette insensibilité aux signaux émis par les gardiens de notre génome, de nos cellules et nos tissus, il y a des altérations répétées du génome (une seule altération ne suffit pas) conduisant progressivement à rendre ineffectifs les systèmes de réparation naturels du génome.

 

Ces altérations répétées du génome peuvent se produire de diverses manières :

  • Une instabilité génétique héritée (comme les gènes BRCA1 et 2 pour le cancer du sein)
  • Des altérations naturelles (méthylation de l’ADN)
  • Des altérations dues à des substances chimiques (molécules étrangères à notre organisme absorbées par l’alimentation ou la pollution, physiques (rayonnements), prise d’hormones artificielles, parasites, virus, tabac, alcool, stress chronique, émotions…

Cependant ce mécanisme ne suffit pas pour conduire à un cancer mortel. Il faut faire muter au moins 300 gènes pour conduire à une cancer. A tout moment, des mécanismes réparateurs génétiques, épigénétiques et notre système immunitaire peuvent réussir à prendre le dessus et contrôler la prolifération anarchique conduisant certaines de nos cellules à devenir «immortelles » jusqu’à mettre notre vie en danger et nous tuer.

De ceci il ressort que nous pouvons affirmer qu’un cancer n’est jamais une suite d’évènements inéluctables conduisant à des traitements lourds de conséquences ou une mort certaine. Il apparaît à la suite d’une longue suite d’agressions multiples et répétées qui peuvent être de nature très différente.

Peut-on éviter de développer un cancer du sein qui nous tuera?

On vante un peu trop le dépistage comme seul moyen de « prévention ». Vous l’aurez compris, le dépistage n’est pas un outil de prévention puisqu’il détecte des cellules cancéreuses. Donc, le dépistage intervient lorsque le processus a déjà commencé. L’histoire naturelle du cancer du sein, insuffisamment connue à ce jour, ne permet pas de différencier une toute petite tumeur latente peut-être là depuis 10 ans d’une grosse tumeur évolutive susceptible d’apparaître en quelques jours et échappant de facto au dépistage. Le processus peut se développer très lentement, ou au contraire très rapidement, il peut s’arrêter régresser ou se poursuivre, çà, le dépistage n’est pas capable de le prédire (sauf pour des cancers dits de mauvais pronostics qui demeurent mortels malgré le dépistage, hélas, et dans ce cas précis, la médecine ne fait que retarder le moment fatal).

Le dépistage étendu conduit donc inéluctablement à surtraiter certaines femmes chez qui pourtant les processus de réparation naturels sont opérants, rendant le bénéfice du dépistage au niveau collectif très incertain du fait de la dangerosité intrinsèque des traitements.

Le test génétique est une solution intéressante lorsqu’il se présente des nombreux cas de cancer du sein et des ovaires dans une lignée de femmes. Mais un test positif ne signifie pas que l’on développera inéluctablement un cancer (les mécanismes de réparation existent) et un test négatif ne garantit pas que l’on n’aura jamais de cancer. Il est un outil d’aide à la décision à manipuler avec des spécialistes compétents.

 

Si le dépistage et les tests génétiques ont montré leurs limites, que nous reste-t-il actuellement pour éviter de développer un cancer ?

A côté du dépistage et des tests génétiques, il y a aussi des éléments réels de prévention (hygiène de vie) relevant du simple bon sens et qui, dans nos sociétés consuméristes, ne sont pas suffisamment favorisés et valorisés. Si l’on met à part les prédispositions génétiques (5-10% des cancers du sein) héritées de nos ancêtres, 1/3 des cancers au moins sont des cancers évitables, voire la majorité pour le CIRC (OMS 1; CIRC 2 ; INCa 3 ) et c’est valable pour le cancer du sein dont on connaît certains facteurs de risque.

La bonne nouvelle est que nous avons une marge de manœuvre :

  • Le tabac est à l‘origine de nombreux cancers ;
  • Les excès alimentaires responsables de surpoids et d’obésité particulièrement chez les femmes après la ménopause;
  • La consommation régulière d’alcool ;
  • La sédentarité et l’absence d’activité physique ;
  • Une prise importante et répétée de médicaments ;
  • L’exposition à des agents infectieux ;
  • L’exposition à la pollution (attention à l’air intérieur) aux pesticides ;
  • L’exposition à des substances chimiques au travail ;
  • Les rayonnements ionisants : soleil, radioactivité naturelle comme le radon, imagerie médicale, radiothérapie ;
  • La prise prolongée (+10ans) et précoce de pilule contraceptive ainsi que des formulations trop dosées en éthynil estradiol, contenant du diacétate d'éthynodiol ou triphasiques 4 , le traitement hormonal substitutif de la ménopause ;
  • L’exposition répétée au stress psychique que ce soit en milieu professionnel ( harcèlement, burn out, horaires décalés, travail de nuit) et en milieu familial et personnel (entourage toxique, précarité, chocs psychologiques , émotions mal digérées ) .

De simples mesures d’hygiène de vie prises le plus tôt possible dans la vie, permettent d’éviter de nombreuses pathologies dont le cancer du sein. Pour cela, il est important de ne pas considérer son corps comme un fardeau ou une simple machine. Cela demande de cultiver l’écoute de ses besoins et de le respecter le plus tôt possible dans la vie :

Une alimentation raisonnée, riche en fruits et légumes, pauvre en produits industriels trop sucrés et trop riches en mauvaises graisses, sans additif alimentaire ;

Une vie saine sans tabac et pauvre en alcool, une activité physique régulière (quelques heures par semaine d’activité soutenue) ;

Un contrôle de sa fertilité avec une sexualité inventive et responsable, adaptée à chaque âge, en limitant au maximum la prise d’hormone artificielle et une ménopause naturelle (oui, tout cela est possible !) ;

Privilégier l’allaitement, concevoir ses enfants jeune, éviter le recours aux traitements hormonaux agressifs pour concevoir ;

Une vie psychique bien gérée permet de ne pas se laisser dépasser par ses émotions mais les comprendre, les accepter et, idéalement s’en détacher (colère, peur, tristesse, sentiments d’abandon, de trahison, d’humiliation…) ? Aujourd’hui de nombreux professionnels peuvent nous aider. Remettre de la spiritualité dans sa vie est une vraie richesse pour qui est réceptif car cela permet de redonner du sens et nous apaiser sur le sens que nous lui donnons.

Pourquoi ne nous parle-t-on pas suffisamment de ces moyens de prévenir un cancer ?

 

Nous pouvons choisir d’être des individus capables de prendre le contrôle de leur vie, d’être responsables et ceci sans attendre, dès le plus jeune âge. Si nous sommes parents, nous avons un rôle fondamental à jouer. Cela demande un peu d’effort, de l’éducation (accès à l’information loyale de la part de professionnels, éducation à la santé et au sport dès l’école, cantines scolaires…) , de la responsabilisation. Cela n’est pas facile pour tous. Mais beaucoup d’entre nous en sont capables, capables de résister aux habitudes, aux injonctions, aux conduites mimétiques et de faire des choix qui sont bons pour nous et pour notre santé. N’oublions jamais que notre corps est notre seul véhicule, capable de nous faire vivre de très belles choses, et que nous en sommes le Maître. N’attendons pas tout de la société, des ‘experts’, des professionnels à qui nous avons un peu trop tendance à déléguer notre santé et nos vies.

Nos sociétés ne privilégient hélas pas l’éducation à la santé et n’actionnent que tièdement les leviers de manœuvre qui permettraient pourtant de faire baisser significativement les cancers, et ceci pour toutes sortes de raisons :

  • les conduites destructrices ont longtemps été valorisées ;
  • l’hygiène et la prévention sont supposées ne pas être hédonistes ;
  • le champ du curatif est économiquement plus intéressant ;
  • les cancers professionnels continuent d’être négligés et minimisés par les caisses de santé elles-mêmes (CPAM,MSA) obligeant à des procédures longues, improbables et coûteuses ;
  • la société, si prompte pourtant à contrôler ses citoyens lorsque le système politico-économique est en danger, prétend craindre que cela s’apparente à de la réduction des « libertés » individuelles (libertés de fumer, de boire…) ;
  • tabac, alcool, aliments industriels marketés par la publicité rapportent énormément en TVA ;
  • la pilule contraceptive, symbole d’émancipation féminine, pourtant cancerogène avéré par l’IARC 5 et perturbateur endocrinien est encore et toujours présentée comme le moyen de contraception le plus populaire tout en minimisant savamment les effets indésirables, tant l’enjeu collectif sur la sexualité est majeur. Combien de jeunes femmes achètent des cosmétiques « bio » garantis sans bisphénol A 6 et sans parabène supposé cancérogène tout en prenant la pilule et fumant ?Nos sociétés modernes n’ont pas su réinventer de rituel de passage à l’âge adulte, enfermant ses adolescents dans des conduites à risque (addiction au tabac, à l’alcool, aux drogues, banalisation et précocité des pratiques sexuelles à risque...) .

Enfin, le marketing opportuniste visant à développer une connivence avec les femmes (cosmétiques, mutuelles, professionnels de l’e-santé, évènements « sportifs ») symbolise à lui seul le pouvoir de manipulation et de désinformation ainsi que le cynisme d’une société toute entière affairée à développer les affaires en se donnant une caution vertueuse et même parfois pensant sincèrement réparer maladroitement les dégâts qu’elle a elle-même créés, alors qu’elle devrait mettre toute son énergie (moins rentable certes) dans la prévention des cancers et fournir à chacun dès le plus jeune âge les clés d’une vie et d’une santé optimales.

 

Bibliographie

1/ http://www.who.int/cancer/prevention/fr/

« Un tiers au moins de l’ensemble des cas de cancer sont évitables. La prévention constitue la stratégie à long terme la plus rentable pour lutter contre le cancer »

2/ Mission du CIRC: La recherche sur le cancer au service de la prévention

http://www.iarc.fr/fr/about/index.php

« la majorité des cancers sont, directement ou indirectement, liés à des facteurs environnementaux et sont donc en principe évitables »

3/ La prévention primaire des cancers en France, Juin 2015, INCa

http://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publications/Fiche-Repere-La-prevention-primaire-des-cancers-en-France

« moins de 10 % des cancers seraient héréditaires, et plus d’un tiers des cas et des décès par cancers pourraient être évités grâce à des changements de comportements et de modes de vie »

4/ Combined estrogen–progestogen contraceptives, Monograph IARC 2007

http://monographs.iarc.fr/ENG/Monographs/vol100A/mono100A-19.pdf

Recent Oral Contraceptive Use by Formulation and Breast Cancer Risk among Women 20 to 49 Years of Age, Elisabeth F. Beaber et al., Cancer Res, 2014;74:4078-4089.

5/ http://www.cancer-environnement.fr/479-Classification-par-localisations-cancereuses.ce.aspx#Seins

6/ Le Bisphénol A, qui a une affinité 10 000 fois plus faible que l’ethinyl estradiol, est réglementairement limité (Dose journalière admissible) à 0.05mg/kg/jour alors que l’éthinyl estradiol synthétique contenu dans les pilules contraceptives est dosé à 0.0005mg/kg/jour (pour une dose moyenne d’ethinyl estradiol de 35 µg et une femme de 60kg). Les toxicologues ne cessent d’alerter sur le potentiel cancerogène du BPA (et notamment du cancer du sein) qui agirait à très faibles doses et dès l’exposition fœtale, en se fixant sur les récepteurs cellulaires de l’éthinyl estradiol naturel.

http://www.breastcanceruk.org.uk/uploads/Body_of_Evidence.pdf

http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/222/Chapitre_29.html

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Mammographies et radiosensiblité

Mammographies et radiosensiblité

Annette LEXA, Docteur en Toxicologie, nov 2016

 La mammographie , un examen anodin ?

Le dépistage organisé du cancer du sein recommande 1 mammographie tous les 2 ans pour les femmes de 50 à 74 ans en l’absence de symptôme particulier, ce qui signifie 13 examens. Lorsque les médecins envoient leurs patients dès 40 ans, cela conduit une femme à faire 18 mammographies.

Pour une femme considérée comme à risque, cela peut la conduire à subir plus de 20 mammographies, sans compter les autres examens qu’elle subira au cours de sa vie (scanners, radiologie). De plus, au cours d’une mammographie , une femme peut subir plusieurs clichés, donc recevoir des doses répétées sur de courtes durées.

D’une manière générale, les examens radiologiques ont doublé en 10 ans, ainsi que les traitements radiothérapiques (du fait que l’on découvre de plus en plus de petits cancers qui sont systématiquement traités alors que potentiellement non mortels pour le porteur) sans pour autant que l’on ait remis en cause l’évaluation du risque lié à l’exposition aux radiations.

En effet, si les radiations ionisantes ont permis de sauver de nombreuses vies, on ne doit pas oublier qu’elles sont toxiques et cancérigènes et que leur emploi devrait répondre à une stricte balance bénéfice/risque. Selon les estimations actuelles le nombre de cancers du sein radio -induits serait faible, mais ce nombre est probablement sous-estimé du fait de la difficulté d’ estimer l’origine d’un cancer et aussi du fait du manque de marqueurs biologiques spécifiques .

Alors qu’une mammographie correspond à 1000 radiographies dentaires et 400 radiographies osseuses, alors que le sein est considéré comme un organe radiosensible, aucun suivi individuel de la dose de radiations ionisantes reçues n’est mis en place, pas plus que des tests préalables de prédiction de la radiosensibilité du fait de susceptibilités individuelles.

Sommes nous protégées par une dose autorisée de radiations ?

Dans le cadre de l’exposition médicale, on sait que la dose limite autorisée de 1 mSv(Sievert)/an est dépassée (aux USA, on est passé de 0.54 mSv/an en 1980 à 3 mSv/an en 2006).

Cette dose reçue à ne pas dépasser a été calculée sur de larges populations et ne tient pas compte des variations individuelles. Elle repose sur un modèle dit «  à seuil de dose » (c’est-à-dire qu’il existe une dose en dessous de laquelle il n’y a pas de risque de cancer). C’est ce modèle qui est utilisé pour calculer la dose limite autorisée. Or ce modèle ne tient pas compte des spécificités de chaque individu ni du type d’exposition. Pourtant , nous savons que des doses faibles, voire très faibles, peuvent conduire à des cancers radio-induits par défaut de réparation des cassures double brin de l’ADN , et que ceci conduit certains sujets prédisposés génétiquement à un risque de cancer 10 fois plus élevé que les radiorésistants. De plus l’accumulation de petites doses peut conduire à un risque d’effet d’amplification. Or ce risque n’est actuellement pas pris en compte par les médecins pour les patientes jeunes à risque familial de cancer du sein. Et on on ne sait pas à ce jour si la susceptibilité au cancer du seins chez les porteuses de mutations (de type BRCA1ou BRCA2 ou d’autres…) est ou non corrélée avec la radiosensibilité.

Enfin on ne connaît pas grand-chose sur l’effet de l’étalement dans le temps des doses reçues : les doses reçues par minute, heure, jour, année ont-elle les mêmes effets ?

Et pour finir, on connaît encore mal les mécanismes cellulaires de réparation cellulaire.

Non, nous ne sommes pas égaux devant les radiations

On a identifié 3 types de radiosensiblité parmi la population humaine :

  • les radio-résistants ( 75 à 85% )
  • les radio-sensibles intermédiaires, à risque significatif de cancers radio-induits (5 à 20 %)
  • les radio-sensibles prédisposés à des syndromes génétiques rares et généralement diagnostiqués très tôt dans leur vie.

Il est actuellement reconnu que 5 à 15 % des patients subissant une radiothérapie ont des réactions indésirables allant de la fibrose, la dermite, à un cancer secondaire voire au décès. Ce sont les personnes radiosensibles.

Les traitements radiothérapiques délivrent par séance des doses répétées plusieurs fois durant le traitement. Parfaitement ciblés, ils n’exposent pas les tissus sains. Parfois la zone voisine est irradiée et il y a un risque de cancer radio-induit au-delà de la zone ciblée pour ce type de patients.

Malgré la très grande variabilité individuelle, les thérapeutes continuent à délivrer les mêmes doses pour tous, sans qu’il existe actuellement de tests mis en place permettant de prédire la radiosensibilité des patients.

Au nom du principe de précaution

Si la mammographie reste l’examen de première intention en situation de diagnostic, le recours trop précoce ou à outrance à la mammographie de dépistage sur des femmes en bonne santé fait courir un risque de cancers radio-induits à des femmes qui ne se savent pas radiosensibles et avec lesquelles la plus grande prudence devrait être de mise au nom du principe de précaution .

Le recours de plus en plus fréquent à des traitements radiothérapiques pour des petits cancers peu évolutifs fait courir un risque de développer un cancer radio-induit chez les femmes radiosensibles.

Il serait temps que ce risque soit mieux pris en compte dans la course au dépistage forcené et aux sur-traitements qui en découlent.

Il serait temps qu’on s’interroge sur la sur-irradiation des femmes à risque de susceptibilité au cancer du sein qui sont possiblement radiosensibles.

Il serait temps qu’on cesse de brandir l’ « égalité des chances » pour recruter toujours plus de femmes radiosensibles dans le dépistage du cancer du sein avant que ne soit mis au point des tests prédictifs.

Il serait temps qu’on fasse une pause dans cette course effrénée et qu’on réfléchisse à tout cela.

Bibliographie

Perez A.F. et col, Les faibles doses de radiations : vers une nouvelle lecture de l’évaluation de risque, Bull.Cancer, 2015 .
Nicolas Foray, Catherine Colin et Michel Bourguignon , Radiosensibilité : L’évidence d’un facteur individuel, Médecine/sciences 2013 ; 29 : 397-403.

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Diagnostic de cancer : l’os de mort ou l’efficacité symbolique

Diagnostic de cancer : l’os de mort ou l’efficacité symbolique

Par Annette LEXA

Docteur en toxicologie (Eurotox)

Expert toxicologue réglementaire-évaluateur de risque en santé-environnement

22 février 2016

Dans le système de santé actuel, un diagnostic de cancer peut être l’annonce la plus traumatisante qu’un(e) patient(e) ait à vivre. Et pour certain(e)s l’annonce sera plus fatale encore que le cancer lui même ou que son traitement. C’est ce qu’a magistralement démontré une étude de cohorte parue en 2012 dans le New England Journal of Medicine. Le suivi de cette cohorte historique portant sur 6 millions de suédois entre 1991 et 2006 a permis d’examiner l’association entre le diagnostic de cancer et le risque immédiat de suicide ou de mort par accident cardiovasculaire. La première semaine qui suit l’annonce, le risque relatif de se suicider est de 12.6 , celui de mourir d’un accident cardiaque est de 5.6 comparé au groupe témoin sans diagnostic de cancer . Ce résultat sans appel s’observe de manière équitable chez les hommes et chez les femmes.

D’après les auteurs, une attitude négative du professionnel de santé, ses croyances entourant un diagnostic vont instiller un désespoir profond chez le patient, particulièrement pour les cancers de mauvais pronostic, conduisant à sa mort dans la semaine qui aura suivi le diagnostic.

Les grandes campagnes de santé publique, le système de santé et les professionnels de santé eux-mêmes, partie prenante de ce redoutable colloque singulier, devrait mieux connaître ce syndrome, dans leur processus de décision basée sur l’analyse bénéfice-risque, ce stress psycho-physiologique potentiellement fatal induit par le diagnostic lui-même.

 

Marcel Mauss et l’os de mort

Cette étude qui a suivi les standards de l’Evidence Bases Medicine, vient confirmer ce que les ethnologues comme Claude Levy-Strauss en 1946 ou Marcel Mauss en 1926 avaient déjà étudié au XXe siècle . Ce syndrome fatal est plus connu sous le terme de «  l’os de mort » (« bone pointing syndrome » en anglais) . Cette pratique ancestrale a été décrite chez les peuples premiers d’Australie, Nouvelle Zélande et Polynésie. Elle consiste à condamner une personne à mourir après avoir pointé à quelque mètres vers elle un os effilé (souvent un fémur de kangourou ou d’émeu d’environ 45 cm) . Ce rituel est encore à l’œuvre aujourd’hui en Australie où les professionnels de santé sont entraînés à faire face à ces redoutables situations où la force de la croyance l’emporte au point de faire mourir la victime de peur panique venant désorganiser l’instinct de conservation, la vie elle-même. Ce n’est pas une mort d’inanition où l’individu se serait laissé mourir de faim et de soif, non, c’est une peur panique qui entraîne une mort très rapide qui n’est pas un choix délibéré de l’individu ou une mort due à des troubles psychologiques pré-éxistants, ce que les chercheurs ont vérifié dans l’étude suédoise.

 

Voici ce que Marcel Mauss (1872-1950) écrivait en 1926 : « Les australiens ne considèrent comme naturelles que les morts que nous appelons violentes. (…) Toutes les autres morts ont pour cause une origine magique ou bien religieuse(…). M. Mac Alpine employait un jeune Kurnai en 1856-57. Ce nègre* était fort sain. Un jour, il tomba malade. Il explique qu’il avait fait ce qu’il ne devait pas. Il avait volé une femelle d’opossum avant d’avoir la permission d’en manger. Les vieux l’avaient découvert. Il savait qu’il ne grandirait plus. Il se coucha, pour ainsi dire sous l’effet de cette croyance ; il ne se releva plus jamais et mourut en trois semaines.

(…) Deux observateurs récents, dont un médecin racontent comment on meurt de l’os de mort chez les Wonkanguru : on est très effrayé. Si cet os se retrouve, l’ensorcelé va mieux ; sinon, il va plus mal. Le médecine européenne n’inspire pas confiance. Elle ne peut rien(…) »

Mauss cite Sir Barry Tuke, médecin qui atteste avoir connu « un individu en bonne santé, de constitution herculéenne ». Il mourut en moins de trois jours de cette « mélancolie », un autre, « en excellente apparence, et sûrement sans aucune lésion des viscères thoracique, se chagrina de la vie  : il dit qu’il allait mourir et mourut en 10 jours. Dans la plupart des cas étudiés par le médecin, la période fut de deux ou trois jours.

Marcel Mauss nous rappelle que la sociologie comme la psychologie n’est qu’une partie de la biologie . Les idées qui hantent le corps social (la mort par cancer) ont une immense capacité de développement et de persistance dans les consciences individuelles . C’est au niveau de la biologie, de la psychophysiologie de l’individu que se cristallise la suggestion collective  ; La conscience est tout entière envahie par des idées et des sentiments qui associent le cancer et la mort inéluctable et qui sont entièrement d’origine collective. Les individus en meurent « par enchantement ». Nos société humaines sont des sociétés animales, hautement évoluées certes, mais des sociétés animales avant tout. Et l’homme n’est qu’un mammifère social symbolique pour qui le langage et les symboles sont des puissances qui soutiennent sa pulsion de vie et de mort.

 

Claude Lévy-Strauss et l’efficacité symbolique

Claude Levy Strauss (1908-2009) formula plus tard le concept d’efficacité symbolique , en s’appuyant sur les travaux du physiologiste américain Waler Bradford Cannon (1871-1935) . Cannon a théorisé le fameux principe de la réponse combat-fuite . Face à une menace, si le combat ou la fuite n’est plus possible, le stress physiologique met l’organisme en danger (maladie, mort) . « Un individu conscient d’être l’objet d’un maléfice est intimement persuadé, par les plus solennelles traditions de son groupe, qu’il est condamné : parents et amis partagent cette certitude. Dès lors la communauté se rétracte : on s’éloigne du maudit, on se conduit à son égard comme s’il était, non seulement déjà mort, mais source de danger pour tout son entourage… »

Bien sûr , il faut qu’il y ait croyance en la « magie ». Cette puissance symbolique implique un macabre ballet à trois : le sorcier, la victime et le groupe, tous doivent partager la même croyance, la même confiance et la même exigence. Le problème fondamental est le rapport d’un certain type d’individus que nous pourrions qualifier d’influençables avec certaines exigences et croyances du groupe (le cancer est une maladie affreuse inexorablement mortelle qui nous menace et nous terrorise tous).

 

La consultation d’annonce ou « l’os rose »

La patiente-victime passive et le médecin-chamane actif s’engagent alors dans cette danse macabre orchestrée par le système de santé autour de la peur panique du cancer : le médecin doit à tout prix combattre cette peste moderne qui vient menacer la collectivité toute entière. Sa fébrilité à engager les prises de rendez-vous pour des examens complémentaires et traitements renforcent l’idée d’imminence de la mort. Certaines patientes sont convaincues qu’elles sont déjà en quelque sorte bannies du monde des vivants. La société tout entière est menacée par le cancer (comment expliquer sinon cette obsession collective à « se battre contre le cancer » ?) et chaque nouvelle diagnostiquée se sait menacée d’expulsion du corps social (travail, famille, assurance, banque..). Son stress est tel que certaines d’entre elles peuvent perdre tout contrôle de leur vie, tout choix. Leur équilibre métabolique, psychophysiologique, voire leurs fonctions vitales sont en danger. La victime succombe sans avoir pu ni combattre ni fuir : elle meurt de crise cardiaque si sa constitution le lui permet, sinon elle se suicide sous l’effet de l’effondrement dramatique de son équilibre en neurotransmetteurs.

L’obsession du dépistage du cancer du sein, avec son lot de surdiagnostics, procède de cette danse macabre hystérisée, reliant la femme, le médecin et le corps social : terrorisées à l’idée d’être bannies socialement, combien d’estampillées pré-cancereuses ou cancéreuses ont-elles été déjà victimes de ce sort funeste par effondrement de leurs défenses vitales ? Nul ne le sait et personne ne veut le savoir, l’important est de combattre à tout prix le cancer, n’est ce pas ? Sans aller jusqu’à la mort, l’annonce de la présence d’une tumeur cancéreuse peut déclencher chez certaines femmes l’effondrement des défenses psycho-neuro-immunologiques, rendant encore plus difficile le combat médical à mener lors des lourds traitements engagés parfois en excès (chirurgie, radio- et chimiothérapie) et acceptés car ils semblent être le prix à payer pour continuer à garder sa place parmi les vivants.

La société tente bien de se disculper et sauver la face en multipliant les campagnes « empathiques » visant à donner des « trucs et astuces » pour « bien vivre son cancer tout en restant féminine et en gardant son moral, son énergie et son sourire », certaines victimes, elles, une fois pointées ACR4 , n’ont pas la chance de disposer d’un mental d’acier face à l’efficacité symbolique de l’os rose.

 

* terme à replacer dans le contexte de l’époque

 

Bibliographie

Cannon W.C., Voodoo death, American anthropologist, 1942, 44(2), 169-181.

Gaudard P.Y., Suggestion de l’idée de mort chez Marcel Mauss, catatonie mortelle aiguë, phobie et nmdalités symboliques, Journal français de psychiatrie, 2010/4 (n°39)

Marcel Mauss, Définition de la suggestion collective de l’idée de mort. Dans Sociologie et Anthropologie, 313-320

Suicide and Cardiovascular Death after a Cancer Diagnosis, Fang Fang et al, N Engl J Med 2012;366:1310-8.

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Participation au dépistage du cancer du sein chez les femmes de 50 à 74 ans en France : Situation actuelle et perspectives d’évolution

Compte rendu de lecture

Annette LEXA, Docteur en Toxicologie (EUROTOX)

a.lexa@rcma-expert.eu

RECOMMANDATION de la Haute Autorité de SANTÉ PUBLIQUE

(Novembre 2011) : La participation au dépistage du cancer du sein chez les femmes de 50 à 74 ans en France : Situation actuelle et perspectives d’évolution

Ce document publié par la Haute Autorité de Santé et dont les signataires sont Isabelle HIRTZLIN et Stéphane BARRE (assistés d’un groupe de travail de 22 médecins et professeurs pour la plupart, mais aussi une représentante d’ EUROPADONNA …), reconnaît les éléments de la controverse autour de l’intérêt du dépistage mais ferme le ban en affirmant que la controverse n’était pas tranchée au moment de la présente saisine dont l’objectif « n’est pas de remettre en cause l’intérêt du dépistage mais de d’évaluer l’opportunité de conserver ou supprimer la coexistence du Dépistage organisé (DO) et du dépistage individuel (DI) par les femmes pour les femmes de plus de 50 ans ».

Les auteurs ajoutent « Toutefois si cette controverse était largement diffusée dans la presse médicale, elle pourrait induire chez les professionnels et/ou les femmes un manque de confiance dans le dispositif en place, les amenant à se détourner du DO ». On entre de suite dans l’ambiance...

L’évaluation a consisté à faire une analyse de la situation actuelle et de ses perspectives d’évolution comme l’étude des freins à la non participation du DO.

Et c’est la que çà se complique :

1/ Nous apprenons au détour du rapport que les médecins sont vivement encouragés à recruter les patientes, qu’ils doivent développer une information positive sur le dépistage, afin de lever les éventuelles réticences de ses patientes, qu’ils s’engagent dans des objectifs chiffrés (idéalement 80% de patientes) et qu’il leur est versé une rémunération proportionnelle à la réalisation de leurs objectifs (par le dispositif CAPI)

2/ Le rapport affirme qu’il n’est pas possible de conclure quant à l’impact du dépistage organisé en France :

- sur l’incidence du cancer du sein du fait de la coïncidence avec l’arrêt de l’utilisation massive du Traitement Hormonal Substitutif et du vieillissement de la population

- sur la mortalité par cancer du sein (indicateur final de l’efficacité du dépistage, rappelons le …) compte tenu du faible recul en termes d’années (généralisation du dépistage en 2004), mais également en raison de la coexistence en France du dépistage organisé et du dépistage individuel, et de l’absence de recueil systématique de données pour ce dernier.

L’étude de l’InVS de 2010 a par ailleurs montré que la mesure de l’impact du dépistage organisé sur la mortalité pose des difficultés méthodologiques en raison de l’impact des traitements sur la survie et de l’existence de sur-diagnostics.

(Pas un mot sur le risque lié à une sur-irradiation due aux examens radiologiques)

2/ Il est rappelé quand même que « les médecins généralistes sont également tenus de délivrer une information loyale sur les risques associés à ce dépistage » et que « les informations délivrées (sur les bénéfices et risques) doivent être comprises des femmes afin qu’elles puissent confronter les avantages et les inconvénients liées à la décision de dépistage à leur propre système de valeurs ». (4 lignes en tout sur un rapport de 210 pages)

C’est que le rapport se doit tout de même de faire croire qu’il s’inscrit dans le paradigme de l’Evidence Based Médicine qu’il évoque car il est «utilisée par les gestionnaires, les cliniciens, et ce, pour des objectifs aussi divers que le renouvellement de la pédagogie médicale, l'aide au jugement clinique ou encore comme justification de programmes de rationalisation des ressources financières et matérielles dans l'organisation des soins».

Pour information, l’Evidence Based Médicine s’appuie sur les 3 piliers suivants :

-l’expertise du clinicien

- l’accès et l’évaluation critique des meilleurs données disponibles

- le respect des droits, valeurs et préférences du patient (ce dernier item ayant été très largement oublié en France, et plus particulièrement dans la course au DOCS) .

3/ le problème pour les auteurs du rapport est surtout les refus de certaines femmes à participer du DO. Pour cela, le rapport distingue 2 catégories de femmes  rétives au DO : les femmes « vulnérables » (en gros les abruties des campagnes) et les femmes de villes qui utilisent le DI (en gros les classes socio-professionnelles élevées) qui pensent que le DO, c’est fait pour les pauvres.

Nos experts - qui envisagent tous les scenarii possibles, certains relevant d’un état Stalinien comme celui de l’interdiction du DI ou l’application du protocole du DO au DI - ont calculé qu’un basculement de 100 % des DI vers le DO se traduirait par « un gain de 283 cas de cancers supplémentaire grâce à la 2ème lecture ». Chouette comme objectif, non ?

Mais le meilleur reste à venir  et nous entrons dans le cœur du sujet : comment recruter un maximum de femmes dans le DO et idéalement atteindre les objectifs de 80 % de recrutement (au passage, on appréciera la sémantique militaire)

Pour cela, plusieurs pistes sont étudiées :

Le 1er axe (rapidement évacué pour passer aux choses sérieuses par la suite) propose de permettre une décision libre et éclairée des femmes vis-à-vis du dépistage du cancer du sein. Ainsi les auteurs écrivent que « Le niveau de connaissance et d’information des femmes sur le dépistage du cancer du sein après 50 ans doit être complété afin de permettre une prise de décision libre et éclairée. » . « Les informations délivrées (sur les bénéfices et risques) doivent être comprises des femmes afin qu’elles puissent confronter les avantages et les inconvénients liées à la décision de dépistage à leur propre système de valeurs. »

Jusque là, pas de problème, on est pour .

« Afin de permettre des choix éclairés, il est nécessaire de développer une information adaptée afin de favoriser, son appropriation par les femmes ainsi que par les professionnels de santé (i.e. sensibilisation et incitation directes ou indirectes)."

Et là, patatra, ma rigueur scientifique est mise à mal . Les dés sont pipés car pour nos experts « donner de l’information » = « sensibiliser et inciter au DO ».

 

Le 2ème axe propose de « Maintenir le cap du dépistage organisé et renforcer le dispositif »

(quand on a lu le rapport et qu’on a compris que personne ne savait si le DO était efficace ou non, qu’on ne connaissait pas les résultats de la controverse et qu’il fallait « fournir une information adaptée aux femmes afin qu’elles puissent prendre une décision libre et éclairée », on reste sans voix )

L’axe 2 décrit toute une série d’actions de communication et d’information, mais « qui se révèlent insuffisantes lorsqu’il s’agit de modifier les comportements et les représentations » (dans le but de respecter le choix libre et éclairé et respecter le système de valeurs et préférences des femmes ?..j’ai du mal à suivre..).

De ce point de vue, des actions de promotion et d’éducation (par des « actions communautaires ») à la santé sont également nécessaires. Il est recommandé de dédramatiser le dépistage en le faisant sortir de l’univers de la maladie, du registre de l’inquiétude et en favorisant les messages positifs de valorisation de soi (pour convaincre les femmes des campagnes qui, c’est bien connu - on appréciera la finesse d’analyse sociologique et psychologique de nos 2 experts - ne vont pas au DO car elles ont une image dégradée de leur corps) .

Pour les femmes pratiquant le DI, il faudrait «  favoriser les messages permettant de rompre avec l’image sociale du DO en insistant sur son niveau de qualité supérieur ( la 2e lecture.. vous savez celle qu’on refait quand on a eu une 1ere lecture négative , parce que une 2e lecture en cas de 1ere lecture positive , çà fait pas partie du protocole).

Enfin, il faut emporter l’adhésion des professionnels de santé vis-à-vis du dépistage organisé, et clarifier les rôles des acteurs institutionnels ou associatifs du programme .Il ressort clairement de ce rapport que c’est la Haute Autorité de Santé qui a encouragé les actions de promotion des mouvements associatifs.

Enfin, vient le 3ème axe , digne d’une tract stalinien: Limiter le dépistage individuel (nos experts en économie de la santé auraient sans doute préféré l’interdire , car cela aurait permis de gagner 283 cancers en plus, rappelez vous, plus haut)

Mais, rassurez vous braves gens, l’Etat veille sur vous : on trouvera 2 lignes sur les 210 pages du rapport pour rappeler quand même que « Il est, de plus, rappelé la nécessité d’évaluer l’impact du programme en termes de réduction de la morbi-mortalité du cancer du sein en France ainsi que son efficience. »

Pour ce faire la HAS propose de s’interroger sur une possibilité de se documenter sur la question de la réduction de la mortalité par cancer du sein atrribuable au dépistage en France. (non, je ne plaisante pas du tout : on aurait pas pu commencer par là ? En gros, personne ne sait si c’est efficace pour réduire la mortalité - ce qui est toute même l’objectif intitial - mais il faut ENROLER les femmes)

A la fin du rapport, totalement irresponsable dans son processus incitatif à atteindre des objectifs ne reposant sur aucun socle de connaissance scientifique pertinent, réduisant le DO à un recrutement digne du service militaire, nos experts écrivent qu’ « il faudrait aussi améliorer les connaissances sur la balance bénéfice risque » (on appréciera au passage l’utilisation du conditionnel)

Trois ans et demi plus tard....

Nous sommes en Juillet 2015, la HAS peut se targuer d’avoir sans doute augmenté son recrutement de 10 % environ, donc d’avoir obtenu un gain de 25 % de petits cancers supplémentaires et de 7% de plus grands cancers et par voie de conséquences, aucune diminution des chirurgie invasives (mastestomies) censées diminuer, comme vient de le montrer Harding et coll.(2015). Et c’est sans compter sur l’incidence du surtraitement qui n’est absolument pas connue à ce jour (cancers radio-induits par mammographie, cancers radio-induits du fait des surtraitements radiothérapiques…).

Car, nous l’aurons compris en lisant ce rapport, l’objectif n’était pas de diminuer la mortalité par cancer du sein mais d’augmenter le nombre de diagnostics de cancers. 

 

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Article pour l’abrogation de l’arrêté de 2006

Plaidoyer pour l’abrogation de l’arrêté ministériel du 29 septembre 2006 encadrant le dépistage du cancer du sein

Annette LEXA, 5/11/2016

Docteur en Toxicologie EUROTOX

Le principe de connaissance , premier principe des politiques de santé publique

Les neuf grands piliers des politiques de santé publique sont définis à l’annexe de la Loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique1. Toutes les politiques découlant du Plan Cancer - notamment les programmes de dépistages - reposent sur ce socle.

- Principe de connaissance : principe selon lequel les objectifs sont définis et les actions sont choisies en tenant compte des meilleures connaissances disponibles ; réciproquement, la production de connaissances doit répondre aux besoins d'informations nécessaires pour éclairer les décisions.

- Principe de réduction des inégalités (avec la prise en compte les groupes les plus vulnérables)

- Principe de parité (prise en compte les spécificités de la santé des hommes et de la santé des femmes)

- Principe de protection de la jeunesse (santé des nourrissons, des enfants et des adolescents)

- Principe de précocité : principe selon lequel la définition des objectifs et l'élaboration des plans stratégiques doivent privilégier les actions les plus précoces possible sur les déterminants de la santé pour éviter la survenue ou l'aggravation de leurs conséquences.

- Principe d'efficacité économique - Principe d'intersectorialité (intervention de l'ensemble des secteurs concernés)

- Principe de concertation (avec les professionnels de santé, les acteurs économiques et le milieu associatif)

- Principe d'évaluation (des actions menées).

Un arrêté obsolète et désormais dangereux

L’Arrêté du 29 septembre 2006 relatif aux programmes de dépistage des cancers 2 a été écrit à une époque où on était persuadé que le dépistage du cancer du sein pouvait réellement « sauver des vies ». L’objectif était louable. Cet arrêté définit dans les moindres détails les objectifs et les plans stratégiques relatif à la politique publique de dépistage du cancer du sein. Les principes de réduction des inégalités, de précocité, de parité, d’intersectorialité, d’évaluation et de concertation3, tous ces grands principes sont appliqués avec un zèle scrupuleux et font l’objet de reports dans des tableaux de bords munis d’alertes verte/orange/rouge selon le degré de réussite de l’objectifs. Encore un petit effort et nous serons bientôt au recrutement de 80 % de femmes ! Les évaluations attestant que le recrutement des femmes plafonne, des initiatives territoriales n’ont pas hésité à permettre le recrutement en prison, chez les handicapées ou au fond de la forêt guyanaise5. On a même été jusqu’à évoquer la mauvaise image que les femmes défavorisées auraient d’elles mêmes pour expliquer leur réticence à se rendre à la convocation de dépistage4.

Or cet arrêté a 10 ans. 10 années, c’est beaucoup lorsqu’il s’agit de données scientifiques. 10 années durant lesquelles les preuves irréfutables se sont accumulées, attestant inéluctablement de la fin d’un mythe : le dépistage du cancer du sein par mammographie ne contribue pas à sauver des vies, pire il contribue à surdiagnostiquer donc inquiéter et traiter inutilement et donc à mettre en danger la vie d’autres femmes. Son bilan bénéfice-risque est négatif.

Le premier des grands principes qui gouvernent les politiques de dépistage de cancer du sein a été tout simplement «ignoré». Pourtant, nous pouvons supposer que nos fonctionnaires en charge de ces politiques ne sont pas sans ignorer ce corpus d‘études internationales d’envergure parus depuis 2006 (des organismes indépendants alertent depuis 2006 sur le risques liés au dépistage avec les travaux épidémiologiques de Bernard Junod, Peter Gøtzsche, l’étude du Harding Center, celle de Philippe Autier, etc.). Mais il semble qu’on préfère se taire. On ment et on continue de désinformer les femmes et ne pas les informer loyalement. On préfère demander l’avis aux citoyennes désinformées lors d’une mise en scène de démocratie de façade sur un site rose bonbon visant à « améliorer le dépistage ». Il est vrai qu’il y va de l’application dudit arrêté ministériel de 2006 et du principe d’efficacité économique car il faut bien rentabiliser les investissements consentis pour atteindre les objectifs. Le principe de connaissance attendra.

Pire, au principe de connaissance (et à la vraie prévention) qui remettrait en cause l’intérêt du dépistage systématique, le 3e plan cancer préfère le principe de réduction des inégalités : engager des sommes exorbitantes dédiées à des mesures de soutien financier pour pallier les conséquences sociales, familiales et professionnelles dramatiques des femmes diagnostiquées et traitées - à tort ou à raison - comme le remboursement des prothèses, des perruques, l’aide à domicile, aménagement du temps de travail, etc. L’étude Harding 6 a pourtant magistralement démontré que l’augmentation du dépistage n’a pas contribué à faire baisser le nombre de mastectomies totales qui ont explosé sans que le réduction de la mortalité par cancer du sein n’en soit améliorée. Il est certain que les femmes surdiagnostiquées, surtraitées et mastectomisées inutilement ont un coût pour la société.

Le monstre technocratique engendré tourne par et pour lui même : peu importe que pour atteindre l’objectif de sauver une vie il faille en sacrifier 5 au passage, tout doit être mis en œuvre pour augmenter le nombre de diagnostics de cancers du sein chez les femmes françaises métropolitaines et ultramarines. Oui, vous avez bien lu : augmenter le nombre de diagnostics de cancer du sein et non pas, comme le voudrait une approche réellement préventive et bienveillante, diminuer l’incidence de cancers du sein et sa mortalité.

 

Pour une abrogation pure et simple de l’arrêté ministériel

Cet arrêté a été construit pour mettre tout en œuvre afin de sensibiliser et inciter au dépistage. A chaque article, chaque ligne de cet arrêté, il s’agit de tout mettre en œuvre pour sensibiliser et inciter le plus de femmes possible au dépistage : tout le monde est investi dans cette haute mission salvatrice : les fonctionnaires des structures de gestion, les médecins du travail, les médecins libéraux, les pharmaciens, les kinésithérapeutes, les infirmières, les travailleurs sociaux, les sages-femmes…, c’est toute une armée sanitaire qui s’est organisée afin de sensibiliser et inciter les femmes coûte que coûte.

On cherche en vain dans cet arrêté le premier principe de connaissance et son corollaire, l’information nécessaire à la prise de décision.

Une rapide recherche avec le mot clé « information » fait ressortir 2 mentions d’information faite aux femmes :

1/ il s’agit de données relatives à la lettre d’invitation systématique que chaque femme reçoit dès 50 ans. On peut lire que « Ce document doit comporter une information sincère sur les avantages et les possibles inconvénients du dépistage, en cohérence avec les messages nationaux ». Depuis 10 ans, les possibles inconvénients présentés aux femmes se limitent à rassurer les pauvrettes qui vont se faire écraser les seins entre 2 plaques glaciales tous les 2 ans : « non, la mammographie, çà ne fait pas mal ! ».

2/ lors de la description minutieuse de la « réalisation pratique du dépistage », il est précisé que « La femme est accueillie et informée (éventuellement avec l'aide de documents d'information conformes aux messages nationaux). Lesdits messages nationaux étant eux même des outils de propagande visant à inciter les femmes à se faire dépister, c’est le serpent qui se mord la queue.

 

On cherchera en vain dans cet arrêté ministériel des termes relatifs au principe de connaissance, tels que« dans l’état actuel des connaissance scientifiques et épidémiologiques», « basées sur les données de la science », « mise à jour de connaissances», ou une phrase faisant référence à une revision des objectifs en fonction des données nouvelles de la science ce qui eut été pourtant honnête et prudent. De toute évidence, cette phraséologie ne fait partie du langage technoscientifique.

Pourtant les données de la science accumulées depuis 10 ans viennent quelque peu contrecarrer ce plan admirable.

Il est temps de reconnaître que les données de la science rendent cet arrêté obsolète et désormais dangereux s’il devrait être poursuivi en l’état. Il n’est plus possible de désinformer sciemment les femmes et les professionnels de santé afin de poursuivre la mise en oeuvre de cet arrêté ministériel. Au nom de l’éthique médicale, au nom du respect à l’intégrité physique et de la dignité des femmes7, le principe de connaissance doit prévaloir sur le caractère incitatif dudit arrêté qui doit être abrogé au plus vite .

Bibliographie

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000787078

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000460656

http://www.concertation-depistage.fr/

4 La participation au dépistage du cancer du sein chez les femmes de 50 à 74 ans en France : Situation actuelle et perspectives d’évolution, Haute Autorité de Santé, Novembre 2011

5 Plan 2014-2019, 152 p.

6 Comprendre l’étude Harding : https://www.cancer-rose.fr/analyse-etude-jama/

7 article R.4127-2 du code de la santé publique : Respect de la vie et de la dignité de la personne

 

 

 

 

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Life is rose

Imaginerait-on une marque de tabac qui sortirait une « cartouche spéciale » en édition limitée dont un euro serait reversé sur chaque vente à une association de lutte contre le cancer du poumon ? On crierait au cynisme et à la provocation .

Nous sommes habitués au pink-washing qui consiste à surfer sur une « cause » caritative pour légitimer un objectif commercial.

Nous demandions ici : http://cancer-rose.fr/qui-fait-quoi/partenairescommerciaux-marques/

que soit exigé des enseignes un cahier des charges « éthique », les obligeant à décliner les pourcentages des dons reversés à la « cause », leur budget marketing, les recherches financées, et aussi de répondre à la question de la toxicité du produit labellisé rose et de ses potentielles retombées sur la santé publique, et plus spécifiquement ici sur la santé des femmes.

Mais ce n’est pas près de voir le jour….

L’association « life is rose » http://www.lifeisrose.fr/ venant en aide aux malades du cancer précarisés par la maladie propose une cuvée spéciale de vin rosé en édition limitée, dont 1 euro de chaque vente sera reversé par la maison Osmin et Cie à cette association sponsorisée par les laboratoires Roche et Pfizer, mais par bien d’autres « mécènes » encore ….

Renseignement pris auprès de la maison Osmin et Cie, la cuvée n’est vendue qu’à des cavistes et non aux particuliers, la bouteille de rosé tourne autour de 10 euros mais les cavistes, selon les régions, peuvent pratiquer les tarifs qu’ils souhaitent comme on me l’a expliqué au téléphone.

Un mail a donc été envoyé à l’association Life is rose pour comprendre comment on peut imaginer, créer et vendre une bouteille d’alcool au profit d’une association aidant les malades précarisés à cause du cancer, sachant que l’alcool est lui–même un facteur de risque pour tous cancers y compris celui du sein, et que la précarité est un facteur incitatif à l’alcoolisme ?

Voici la réponse de Mme Nathalie Savariaud, à l’origine de l’association :

"Bonjour

Vous n'avez rien d'autre à faire ?
Je trouve cela assez dommage de ne pas comprendre que ce n'est pas une démarche de consommateur mais plus de collectionneur afin de récolter des fonds qui nous sont précieux afin de venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin.
Vous faites fausse route et vous devriez conserver votre énergie pour mener des combats qui sont utiles.
Ou éventuellement envisager de porter plainte contre tous les viticulteurs de France et de Navarre, voir les grossistes en alcool.
Vous ne croyez pas qu'il est plus utile de choisir les bons combats au lieu de perdre son temps en propageant des messages négatifs et erronés ?
Je pense que l'ensemble des patients et patientes a qui nous avons permis de manger ou de garder un toit sur la tête ces 4 dernières années seront ravis de voir votre façon de mettre des battons dans les roues sur une simple récolte de fonds...
Si vous souhaitez apporter une contribution utile penchez vous sur des vrais sujets et je vous y aiderai avec grand plaisir... Car il y a de quoi faire ? Peut être des ravages de la mauvaise ou fausse communication faite sur le droit à l'oubli ? Cela serait utile aux patients qui sont en train de se mettre dans des situations qu'ils ne soupçonnent pas.
Cela est un sujet...
Et si nous n'avons pas répondu à votre mail c'est parce qu'il ne faut pas confondre les buts et les moyens. Et c'est malheureusement ce que vous faites.
Mais je me ferai un plaisir de répondre à vos interrogations. Si tant est qu'elles soient constructives.
Bien cordialement.

Nathalie Savariaud, et l'ensemble des bénévoles et partenaires life is rose."

Etre utiles à des malades qui se mettent dans des situations qu’ils ne soupçonnent pas fait bien partie de nos objectifs, et même mieux, nous cherchons à faire en sorte que des femmes ne se mettent pas dans une situation de malades qu’elle ne soupçonnent pas faute d’information, incitées qu’elles sont par ce genre de marketing rose, désinformant, véhiculant des slogans pernicieux lors d’octobre rose précisément. On devrait se rejoindre sur nos objectifs donc…

Dans ce triumvirat gagnant association-enseigne commerciale-industrie pharmaceutique chacun des trois acteurs y trouve tellement bien son intérêt qui existe entre les « partenaires », qu’on arrive à justement à ne plus s’interroger sur l’absurdité de ses actions.

L’industrie pharmaceutique sponsorise volontiers ces associations ayant un certain poids médiatique et qui leur permettent une visibilité vertueuse. La marque, elle, pratique tout bonnement son commerce en vendant plus, sous couvert de favoriser une bonne cause avec un reversement assez ridicule n’impactant pas son budget, avec mise en scène glamour et publicité gratuite. L’association est sponsorisée ainsi par les enseignes et l’industrie pharmaceutique à la fois, tout se petit monde s’y retrouvant sur le mode gagnant-gagnant-gagnant.

Les problèmes habituels dans ces montages sont l’interdépendance des intérêts, de ce fait l’ouverture à la controverse et à la critique sont, comme on peut le voir dans l’échange, mis à mal.

L’information-santé au profit du malade souffre également, ce qui ne paraît malheureusement pas évident à l’association caritative.

Et de plus se referme sur les femmes à nouveau le sempiternel piège de leur corps, rosifié, dans des stéréotypes rosifiants, et même malade utilisé comme jouet commercial, les femmes elles-mêmes comme population « concernée- acheteuse » en puissance.

 

Bon, finalement, le collectif opte pour un dépôt de plainte auprès le l’ARRP (autorité de régulation professionnelle de publicité) ainsi qu’auprès de l’ANPAA d’Anglet ( Association Nationale Prévention Alcool Addictologie), ne serait-ce que pour avoir un avis sur la question, pouvant déboucher sur l’interrogation : les marques et les industriels peuvent-ils ainsi sans condition tirer profit d’une maladie pour améliorer leurs affaires en se donnant bonne conscience, développer un plan commercial en utilisant des produits notoirement toxiques, de plus sans aucune démarche d’information-santé ou d’information sur les mesures préventives potentielles des maladies ?

Ne serait-ce pas enfin temps d’introduire un peu de moralité dans le maladie-business ?

Affaire à suivre…..

 

P.S. : peu après notre plainte, cette publicité a été retirée du site Life is rose

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Cancer du sein, travail de nuit et inégalités professionnelles de genre

Cancer du sein, travail de nuit et inégalités professionnelles de genre

Annette LEXA

Docteur en Toxicologie EUROTOX

Le sujet du risque de cancer du sein au travail est un sujet négligé.

Alors que, selon les statistiques européennes, environ 7% des salariés de l’UE travaillent de nuit (7.2% en France en 2010), les études sur le risque de cancer du sein en milieu professionnel fait l’objet de peu d’attention. Il y a peu de littérature scientifique à ce sujet. Ce manque d’intérêt est d’autant plus paradoxal que le dépistage précoce du cancer du sein chez la femme fait l’objet d’une attention extrême - voire tatillonne - de la part des technocrates et leurs bataillons de fonctionnaires territoriaux de la santé depuis l’arrêté ministériel de 2006 .

En France, la prévention primaire sur le lieu de travail, l’amélioration des conditions de travail, le suivi par la médecine du travail des femmes à risques (travail de nuit, hôtesses de l’air) ne font pas partie du plan cancer ni de l’arrêté de 20063.

Pourtant, depuis 2008, le travail de nuit posté (avec alternance irrégulière de périodes de travail de jour et de nuit) a été classé par le Centre International de Rechercher sur le Cancer (CIRC) comme cancérogène probable pour l’être humain. Le CIRC s’est appuyé sur des modèles animaux et des études épidémiologiques réalisées auprès d’infirmières de nuit et d’hôtesses de l’air soumises au décalage horaire. Ces études mettent en évidence un risque accru de développer un cancer du sein parmi ces femmes par rapport à celles qui travaillent de manière classique . Le travail de nuit provoquerait de perturbations de l’horloge biologique interne qui régule l’alternance de veille et de sommeil . A long terme, l’exposition nocturne à la lumière bloque la synthèse de mélatonine (hormone du sommeil) et cela entraîne une baisse des défenses immunitaires. On pense également que cette exposition à la lumière pourrait altérer l’expression de certains gènes pouvant aboutir à la formation de cellules cancéreuses. Le rôle de la mélatonine sur les estrogènes expliquerait l’excès de risque de cancer du sein1 et 6. Par contre, le rôle des expositions professionnelles dans l’apparition de cancer du sein chez l’homme (l’individu de sexe masculin) est connu depuis longtemps (solvants, rayonnements ionisants) .

La sociologue Marie Ménoret va plus loin 4 : « Zeneca Pharmaceutical , le plus grand vendeur au monde de médicaments anticancéreux pour le cancer du sein, grâce à son brevet pour le Tamoxifène est également producteur de pesticides et autres produits délétères, connus pour être cancérigènes » .

Selon une étude réalisée par le Breast Cancer Fund en 2015, le risque de développer un cancer du sein est augmenté de 50% chez les infirmières. Il est multiplié par 5 chez les coiffeuses et les esthéticiennes ainsi que dans l’industrie alimentaire. Il est multiplié par 5 parmi les travailleuses du nettoyage à sec et de la blanchisserie et par 4 chez les ouvrières de l’industrie papetière et des arts graphiques ainsi que dans la production de produits en caoutchouc et plastique. Les facteurs de risque sont multiples et peuvent en outre s’ajouter les uns aux autres : le stress au travail est pointé du doigt, le travail de nuit et les décalages horaires fréquents, les rayonnements ionisants et les substances chimiques telles que le benzène, les solvants organiques, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les pesticides et de nombreux perturbateurs endocriniens peu ou pas identifiés par la réglementation.

Une prévention professionnelle féminine au rabais

En France 2, 61 % des salariés mentionnent connaître le CHSCT (Comité de Sécurité, d’Hygiène et Conditions de Travail) mais 62.7% des hommes contre seulement 59% des femmes. Les femmes sont donc moins bien informées. Seulement 35% des hommes salariés connaissent l’existence du document d’évaluation des risques contre 24% des travailleuses. Ce %age doit descendre beaucoup plus bas lorsqu’il s’agit de la connaissance de la fiche individuelle d’exposition pourtant obligatoire. Pire, être une femme multiplie par 2 la probabilité d’être oubliée par la médecine du travail (sans doute parce qu’elle considère que les femmes consultent plus facilement à titre privé). Et cette situation de déni rend encore plus compliqué - voire impossible - la reconnaissance en maladie professionnelle d’un cancer du sein.

« Penser politiquement le cancer du sein »

L’invisibilité des risques spécifiques de cancer du sein pour les femmes au travail démontre de manière criante l’inégalité de genre des politiques de prévention des risques professionnels, alors que des millions de femmes en Europe, souvent employées par de petites structures, mal informées et insuffisamment suivies, sont exposées à des produits chimiques, des horaires de nuit, des rayonnements ionisants (y compris dans le diagnostic médical) ainsi qu’au stress de la double journée5 d’autant plus pénible pour les femmes en situation de monoparentalité .

Pour paraphraser Marie Ménoret, le cancer du sein est décidément une affaire politique que les féministes ont totalement oublié de traiter. Il en va de la vie des femmes elles-mêmes. Il est urgent que les jeunes générations s’en emparent.

Bibliographie

1/ Travailleurs de nuit : des travailleurs en rupture, HESA Mag n°5 , 1er semestre 2012, 31-35

2/ « Chausser les lunettes du genre » pour comprendre les conditions de travail, Laurent Vigel, HESA mag,N°12, 2e semestre 2015, 12-17

3/ Arrêté du 29 septembre 2006 relatif aux programmes de dépistage des cancers

4/ Ménoret M., 2006, « Prévention du cancer du sein : cachez ce politique que je ne saurais voir », Nouvelles questions féministes, 25(2), 32-47.

5/ Le temps de travail hebdomadaire moyen des femmes s’élève à 64 heures contre 53.4% pour les hommes. Le différence provient du travail domestique non rémunéré (26.4h pour les femmes contre 8.8h pour les hommes)

6/ Document pdf « Travail posté de nuit et cancers » par  M. Druet-Cabanac, Y. Aubert, D. Dumont, Consultation de Pathologies Professionnelles, CHU de Limoges

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Le cancer et l’abîme effrayant de la mort

L’arbre qui cache la forêt

Par Annette Lexa, 2016

Il est aisé de voir dans la frénésie de dépistage et l’explosion du recrutement des patients dans les essais cliniques un jeu de dupes qui sert avant tout l’industrie. Cependant, il est à peu près certain que la réalité est plus complexe et que cet angle d’analyse n’est pas le seul qui puisse expliquer cette situation, il n’en est qu’une conséquence et non la cause première.

II apparaît de plus en plus certain que le dépistage précoce tant promu dépiste sans discrimination les cancers de bon et de mauvais pronostic. Le problème est juste que les traitements qui suivent ne discriminent pas non plus. (« Nous allons vous guérir d’une maladie que vous n’avez pas encore » ,dit un médecin dans le documentaire de France 5, Au nom de tous les seins). Cela conduit à surtraiter un certain nombre de patients avec des nouveaux médicaments anticancéreux censément « innovants » extrêmement coûteux et pas plus efficaces que ceux existant déjà sur le marché et dont les effets indésirables graves (morts, second cancer) sont largement méconnus du grand public.

En terme de politiques publiques le cancer bénéficie de toutes les attentions, avec un tropisme certain pour les cancers féminins en partie du fait d’une clientèle captive et docile (voir sur ce même site « Le dépistage du cancer du sein, dernier avatar de la misogynie médicale »). Il est des maladies mortelles tout aussi graves telles que la sclérose en plaque, les maladies cardiovasculaires, le SIDA, le diabète qui ne bénéficient pas de la même attention que le cancer avec ses grand plans nationaux . Et ne parlons pas des maladies nosocomiales et iatrogènes. Il ne s’agit pas ici d’un silence du corps mais d’un silence sociétal voire d’une indifférence ou une sorte de fatalité difficilement explicable si l’on suppose que la vocation de l’Etat dans le domaine de la santé est de réduire la mortalité prématurée et augmenter l’espérance de vie de ses concitoyens.

A la différence des autres pathologies, même les plus graves et les plus mortelles, le cancer est traité à part comme s’il était « le diable, le prédateur invincible » . Car le cancer est plus qu’une maladie, il est un symbole d’une puissance extraordinaire.
Il a remplacé la peste du moyen âge, la tuberculose et la syphilis de nos ancêtres. Il représente le mal sournois, le tueur silencieux, il semble surgir sans cause évidente (sauf les cas avérés de cancers du fumeur) . Pour les experts, il demeure extrêmement difficile de prouver le lien de causalité entre une exposition à une substance et l’apparition d’un cancer, tant l’environnement , la génétique, semblent se mêler pour créer un terrain propice à son développement jusqu’au stade métastasique et à la mort.

La médecine ne dispose que depuis quelque décennies d’outils d’imagerie médicale lui permettant de confirmer le diagnostic. Avant on mourrait sans trop savoir de quoi. Désormais nous mourrons toujours mais nous savons de quoi et on annonce même avec une froideur technoscientifique sidérante le pronostic (« il ne vous reste que 6 mois à vivre » ) .

La médecine a fait de gros progrès en cancérologie, là n’est pas la question. Ce qui importe ici est de reconnaître que ces progrès ont peu impacté ce qu’on appelle pudiquement les cancers de mauvais pronostic (cancers du poumon, gliomes, sarcomes, leucémie aiguës, certains cancer de la peau.. ) . Alors, pourquoi continuons- nous à focaliser autant sur le « combat contre le cancer » tout azimut ? Il existe pourtant de nombreuses pathologies toutes aussi mortelles sur lesquelles nous pourrions faire des progrès énormes rien que par la prévention ou simplement en nous y intéressant plus au niveau de la recherche et de grand plans nationaux.

L’effroi du néant de la mort

Le cancer cristallise collectivement toutes nos pensées et tabous sur la mort. Or nos sociétés ont « tué » la mort en tuant Dieu. L’existentialisme, l’athéisme (avec la laïcité , devenue religion d’État en France) sont devenues philosophies modernes, marqueurs de progrès et allant dans la sens de l’Histoire.

Dans une vision matérialiste, quand nous considérons qu’il n’y a rien après la mort, cette mort ayant perdu toute signification ; il ne nous reste que le combat contre cette « injustice » absolue. Et le combat contre le cancer est devenu le dernier combat eschatologique (concernant l’ultime destinée du genre humain) des croisés postmodernes dans une société ayant perdu tout projet et tout sens commun.

Il existe même des courants de pensées post-humanistes qui promettent la disparition de la mort (clonage, congélation, transfert de la pensée de cerveau à disque dur…).

La discussion autour de la mort se réduit donc désormais au « droit à » et non aux questions existentielles sur le sens de la mort, qu’il soit individuel ou collectif. L’individu, l’Homme nouveau, forcément émancipé, est censé être renvoyé à lui-même au nom de ses convictions personnelles sur la mort. Et l’individu n’a pas forcément acquis les outils psychiques lui permettant de relever ce défi personnel. Il est seul et il a peur, très peur et où qu’il se tourne, il ne trouve plus de réponse satisfaisante . S’il trouve une religion lui offrant une chemin de vie clé en main , il signe parfois sans hésiter. A-t-il raison ? A-t-il tort ? En tout cas, on ne peut pas trop lui en vouloir devant le vide sidéral.

Dans une toute autre vision, que nous appellerons « spirituelle » (et non pas religieuse) de l’existence, la mort est un passage et cette conviction profonde se vit de manière sereine, calme, avec beaucoup moins d’angoisse. Elle crée un autre rapport de confiance par rapport à la vie et la mort. On peut ressentir du chagrin de ne plus voir ceux que nous aimons bien sûr mais on a la conviction que quelque chose de nous même survit au-delà de la disparition de notre corps et de notre moi et l’on y attache une extrême importance morale par exemple. C’est une vision à 360° de la Vie de la naissance à la mort.

Aujourd’hui la terreur, l’effroi n’est plus devant le Jugement dernier, comme nos ancêtres depuis le Moyen Age jusqu’au XIXe siècle, mais devant le vide, le néant de la mort : les enterrements contemporains en sont le résultat (absence de rites, bricolage…). C’est une situation inédite lorsque l’on sait que les rituels d’inhumation, les premières sépultures remontent à 100 000 ans et sont les premiers marqueurs de civilisation (même Néanderthal enterrait ses morts).

Affirmer que la mort n’est rien comme Epicure n’est pas vrai collectivement. Individuellement et collectivement c’est la pierre d’achoppement de toute vie humaine sur Terre depuis que l’Homme a pris conscience de sa propre mort. Tant que nos sociétés n’auront pas transcendé ce drame qu’est devenu la mort dans les sociétés contemporaines, nous ne pourrons pas sortir de cette individualisme adolescent qui veut tout tout de suite et surtout ne pas mourir. Il n’y aura pas de retour en arrière (avec le retour des religions traditionnelles en l’état) mais il faudra que nos sociétés englobent et transcendent les grandes religions monothéistes et les autres visions du monde transmises par les peuples premiers.

Si nous sommes en mesure de poser ce constat, nous n’avons pas de réponse collective à ce jour, chacun étant renvoyé à lui même devant cette question existentielle vertigineuse. La mort est devenu une affaire personnelle à laquelle la société tente de répondre comme elle le peut. Et le dépistage frénétique des cancers est une réponse sociétale technocratique et économique pour calmer la peur de la mort.

La biomédecine est encore une médecine de combat qui fonctionne sur des prémisses guerrières, « masculines » . Le prix exorbitant des anticancéreux, les grands plans cancer et leur lots d’actions « innovantes » teintées de velléités totalitaires devenant parfois ridicules à force d’obstination dans la réalité de la mort, procèdent de cette vision du monde.

Les dérapages du dépistage obsessionnel visant à traquer chez tous et par tous les moyens de l’imagerie médicale la moindre cellule prétendument cancéreuse pour la « combattre » ; sont le résultat de la domination du petit moi de l’individu possessif, qui veut tout maîtriser, angoissé de la mort qu’il ne peut pas maîtriser. Pire, comme des adolescents immatures, nous avons enrobé ce « combat contre le cancer » trop guerrier, trop viril , dans une dégoulinante guimauve rose émotionnelle et régressive, visant à masquer le manque de préparation des individus face à la mort, leurs occupations quotidiennes les ayant totalement exemptés d’avoir à réfléchir sur le sens de leur vie et de leur mort.

Nos vies, notre lointaine filiation depuis nos ancêtres de Cro-Magnon, les défis qui attendent l’humanité de demain sur une planète qui atteindra bientôt 10 milliards d’individus, méritent mieux que cela. Si au lieu de se replier sur soi et se laisser prendre en charge par un État paternaliste et d’une économie monopolistique, ; chacun d’entre nous se met à retrouver le sens de sa vie , le courage de vivre, le bon sens face aux destins individuels et collectifs, nos sociétés occidentales sortiront grandies et sauront remettre du sens face à la mort. Sinon, ce sont des scenarios tels que Le meilleur des Monde qui nous attend. Nous avons encore le choix, à nous de choisir aujourd’hui et sans attendre.

Guide biblio : Bertrand VERGELY , Entretien au bord de la mort , 2015

ANNETTE LEXA , Docteur en Toxicologie
8 MARS 2016

Cancer Rose est un collectif de professionnels de la santé, rassemblés en association. Cancer Rose fonctionne sans publicité, sans conflit d’intérêt, sans subvention. Merci de soutenir notre action sur HelloAsso.

A propos du plan cancer 2014-2019

Par Dr Bour

En ce temps béni de l’an 2016 où les vocables « concertation citoyenne », « démocratie sanitaire », « information éclairée », « usager impliqué » sont à la mode, est sorti aussi le plan Cancer 2014-2019.

 

Ayant été cordialement invitée à participer à deux tables rondes lors de la concertation citoyenne, ce dont je peux témoigner, c’est que la remise en question du dépistage du cancer du sein, pourtant l’objet d’une âpre controverse, n’est nullement à l’ordre du jour. La concertation n'était encore pas achevée et le rapport final du comité d'orientation pas encore sorti (publié octobre 2016) que la tonalité générale était déjà bien actée dans l’énoncé du plan cancer. Il s’agit bien de faciliter l’accès au dépistage et de l’améliorer, le dépistage étant ainsi entériné de facto au mépris de l’avis du panel et du rapport final. Si le rapport final était allé dans le sens de ce que désiraient les pouvoirs publics, il eut été amplement diffusé. Mais, prônant l'arrêt du dépistage, il a bien failli servir de cale-chaise d’un des bureaux ministériels, et n'a dû sa publication, pas très bruyante, qu'à l'acharnement des membres du comité d'orientation, puis des relais médiatiques ensuite, et de blogs et sites comme le nôtre, entre autres.

 

Examinons à présent, dans ce plan cancer, les points particuliers concernant le dépistage du cancer du sein :

 

1- page 54/55 :

« Axe 1. Guérir plus de personnes malades 

 

Favoriser des diagnostics plus précoces .

Mettre en place des formations-actions régionales de femmes relais pour relayer la sensibilisation au dépistage des cancers (dépistage organisé du cancer du sein) en direction des  femmes en précarité (partenariat avec IREPS2 ) (Picardie) »

 

Justement la notion même du « diagnostic précoce », c’est ce qui est remis en question dans l’épineux problème du surdiagnostic, c’est donc volontairement qu’on fait ici comme si cela n’existait pas, en persistant sur la nécessité de détecter de plus en plus tôt, alors que c’est un des éléments de la contestation précisément.

 

« Formations-actions » ???? Encore un élément de la novlangue chère à nos technocrates ; ça fait dynamique, punchy..

Si cela doit se traduire par la mise en place de cette manière de comités de femmes « sensibilisées », donc prônant le dépistage à l’instar des comités féminins chapeautés par la Fédération des Comités de Femmes, parrainés par l’INCA (et aussi par les détaillants en lingerie), qui ne servent à rien sauf à publier de fausses informations (cf ; leur site), si c’est cela , alors l’enfer est vraiment pavé de bonnes intentions.  Le problème c’est qu’on ne trouve pas un mot sur un éventuel concept d’information loyale, pas d’explication des surdiagnostic et des surtraitements, des inconvénients du dépistage qui sont pourtant le véritable talon d’Achille du dispositif. Ces « cycles d’information aux populations défavorisées afin de sensibiliser au dépistage » comporteront-ils aussi une sensibilisation aux effets délétères qui l’accompagnent ? Rien sur le sujet…

Le dépistage organisé du cancer du sein n’a jamais permis l’égalité des soins, parce que ces populations défavorisées craignent l’accroissement de leur précarisation, la perte de leur emploi, la fragilisation de leurs conditions de vie du fait de la maladie. Les groupes de « sensibilisation-information-action » pousseront-ils la loyauté envers ces femmes précarisées pour ne rien leur cacher des tenants et aboutissants du dépistage ? Du risque d’être surmédicalisées et entraînées abusivement dans un parcours de soins ? D’être malades à cause de lésions qui pouvaient être ignorées ? Leur dira-t on tout cela lors de la « sensibilisation » ?

 

Mais que dis-je ! Foin de précarité puisqu’il est prévu de « favoriser l’accès au dépistage des femmes les plus éloignées du dépistage en organisant la prise en charge des frais de transport pour une mammographie à Cayenne (Guyane) et lutter contre les inégalités d’accès et de recours (Martinique). »
Pour les autres (Guadeloupe, Réunion, Lot et Garonne, Creuse ??), bah tant pis, elles n’avaient qu’à vivre en Martinique.

 

-« Réaliser des états des lieux de l'accès au dépistage organisé du cancer du sein des personnes handicapées dans les établissements sociaux et médico-sociaux (Franche-Comté). »

Les femmes valides étant déjà pour la moitié récalcitrantes au dépistage, il faut l’élargir à une autre clientèle, celle de ces captives d’un handicap physique et /ou mental, captives aussi des centres desquels elles dépendent, et qui ne pourront guère opposer de résistance. On essaie d’imaginer la pertinence de découvrir chez ces personnes fragiles le cancer in situ ou le carcinome micro-invasif, ensuite l’annonce de la maladie,  l’information sur les soins qu’on lui infligera et pour finir le parcours de soin dans lequel elle sera engagée pour améliorer….sa qualité de vie ??  La perte de chance de ces femmes est-elle vraiment dans l’omission d’une petite lésion qui ne mettra jamais en danger sa vie, tout simplement déjà parce que la longévité de certaines est réduite du fait de leur handicap ? Le cynisme n’a pas de limite puisqu’il s’agira aussi de « réaliser des actions de sensibilisation adaptées aux personnes en situation de handicap au sein des Comités locaux d’accompagnement aux dépistages (CLAD) (Nord-Pas-de-Calais) », autrement dit il s’agira bien sûr d’actions d’incitation à des personnes qui pour certaines, entravées par le handicap, ne poseront pas beaucoup de questions..

 

-Enfin « faciliter l’accès au dépistage des personnes détenues en sensibilisant les équipes des Unités de consultations et de soins ambulatoires (Océan Indien) ». Encore des captives….

Alors à la Réunion, si les femmes désirent bénéficier d’un accès plus facile par la prise en charge de leurs frais de transport (voir plus haut), le mieux, c’est qu’elles se fassent incarcérer.

 

L’INCA n’est pas en reste des «actions «, puisqu’il est question d’ «  Accroître l’efficacité des programmes de dépistage organisé du cancer du sein », on persiste, et on signe !

2- Pages 72 et 74:

«  l’objectif d’un taux de couverture du dépistage organisé ou spontané du cancer du sein des femmes de 50-74 ans de 75% au 31/12/2018 « 

« accroître l’efficacité des programmes de dépistage organisé du cancer du sein »,

En avant toutes, et marchons droit dans le mur puisque si l’on en croit les toutes dernières études parues (étude Harding https://www.cancer-rose.fr/analyse-etude-jama/) l’accroissement de la participation des femmes au dépistage de 10% augmente la détection des petites lésions de 16% sans aucun changement sur la mortalité, sans amélioration de la survie. Là non plus, toujours pas question d’information sur le surdiagnostic qui découlera mécaniquement de l’augmentation du taux de participation…

 

3-Page 75 : «  encadrer et limiter les pratiques (de dépistage individuel) dont l’efficacité n’est pas avérée voire délétère. »

On ne se rend même pas compte du caractère scandaleux et stalinien de cette phrase : c’est partir d’un pré-requis du caractère anodin du dépistage organisé, et en plus faire fi du droit au libre choix des femmes.

Qu’on informe correctement de toutes les données du dépistage, le pour, le contre, celui qui est organisé et celui qui est non-organisé (individuel), mais qu’on laisse les femmes décider elles-mêmes de ce qu’elles veulent, quand elles le veulent, de la façon dont elles veulent, avec qui et quoi elles le veulent !

Page 75 toujours, on nous parle de " démarches innovantes, ciblées et géolocalisées sur le web afin de toucher très directement les personnes concernées par les dépistages, notamment celles y ayant peu recours”.

Alors là on atteint des sommets, on ne sait toujours pas faire de l’information correcte, on ne voit toujours pas clair dans l’utilité et la nocivité potentielle du dépistage qu’on songe déjà à l’appli Androïd pour ne surtout pas oublier la date de son mammotest, ou peut-être à la puce implantable pour géolocaliser les heureuses bénéficaires et surtout faire en sorte qu’elles viennent bien se présenter. Brave new world…

 

____________________________________

 

CONCLUSION :

Ce plan cancer 2014-2019, qui n’aborde que le côté technocratique du dispositif et anticipe dans ses termes ce que les hautes instances ont envie de promouvoir, confirme que tout est décidé d’ores et déjà, au mépris des alertes, au mépris de l’information sur les doutes à laquelle la population féminine a droit.

 

 

 

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Chimiothérapies anticancéreuses : un marché de dupes

Chimiothérapies anticancéreuses : un marché de dupes

ANNETTE LEXA , Docteur en Toxicologie

8 MARS 2016

A priori, si l’on en croit les messages officiels diffusés dans le plan national cancer 2014-2019 (1), nous assistons à de véritablement progrès dans le domaine des thérapies anticancéreuses et la société (via les associations de patients) est prête à permettre à tout un chacun – au nom de la sacrosainte « égalité des chances » - de pouvoir disposer des meilleurs traitements, en particulier expérimentaux. Dans le cas contraire, la société et les associations de patients considère même que cela s’apparenterait à une « perte de chance ».

Face à l’essor de la chimiothérapie orale, le plan national cancer 2014-2019 – qui est muet sur l’origine de cet essor - donne une grande importance (bien plus qu’à la prévention) à l’amélioration de la «  compliance (adhésion au traitement ) et à la gestion des événements indésirables » des nouvelles thérapeutiques anticancéreuses « innovantes » .

Le terme « compliance » (page 16 du rapport) donne froid dans le dos et en dit long sur la nécessité gestionnaire de les faire accepter coûte que coûte au corps et au psychisme des patients rétifs en « sécurisant » leur « parcours » de soin.

Nous assistons en effet depuis 10-15 ans à un empressement quasi frénétique à mettre sur le marché de nouvelles molécules anticancéreuses. Parallèlement le prix de ces nouvelles molécules explose. Les patients sont quasiment contraints de se voir enrôler dans des essais thérapeutiques. Ce que les patients ignorent, c’est qu’il n’y a pas de corrélation entre le prix, le coût de mise sur le marché et l’efficacité en terme de taux de survie. De plus, ces nouvelles molécules ne font pas l’objet d’une grande rigueur en matière d’essais cliniques ni de recherche de la preuve de leur efficacité. Leur efficacité - si elle existe - est purement statistique et c’est l’uniformisation des traitements qui prévaut par type de cancer et non par type de patient. Une lecture attentive des articles scientifiques parus sur ce sujet ces dernières années laisse même entendre qu’il est plus important de les mettre sur le marché que de s’assurer de leur efficacité et de leur sécurité (3). Ces médicaments bénéficient d’une procédure accélérée de mise sur le marché. Pourtant, il est prouvé que ces médicaments mis prématurément sur le marché ont plus d’effets indésirables graves que ceux mis sur le marché de manière plus rigoureuse. Pire, une fois la molécule mise sur le marché (comme le bevacizumab), il est difficile de les retirer du marché.

Aux USA, sur les 71 molécules approuvées par la FDA (Food and Drug Administration) entre 2002 et 2014 , l’amélioration de la survie, tous cancers confondus, est de 2 mois (5). En ce qui concerne les tumeurs solides, une revue de l’EMA (Agence Européenne du médicament) atteste d’une amélioration de 1,5 mois (3) .

Actuellement, en Europe et aux USA , les agence de régulation acceptent des essais non randomisés, des essais sans témoin, des protocoles biaisés, des essais en phase III alors que la phase II n’était pas convaincante et elles ferment les yeux sur la qualité des publications de ces essais. Pire, elles acceptent comme preuve d’ « efficacité » des nouvelles molécules « innovantes » des « surrogate end points » , mesures de sous-paramètres biochimiques, moins coûteux à mettre à en œuvre, et venus se substituer au seul critère qui devrait prévaloir en oncologie, la survie comme critère d’efficacité. Peu importe que vous mourriez dans 10 jours, l’oncologue regardera avec satisfaction vos biomarqueurs remonter.

Le ciel s’assombrit encore un peu plus lorsque l’on apprend (9) qu’un grave retour en arrière est annoncé dans la nouvelle loi de santé aux USA (21st Century Cures Act) dont l’objectif avoué est de rentabiliser au mieux les investissements en réduisant le temps et le nombre de patients des essais cliniques voire de supprimer tout essai clinique pour le remplacer par des « surrogate end point » ( sous-paramètres biochimiques) , des études in vitro et in silico. Les USA ouvrent la voie d’une régression d’autant plus grave qu’actuellement, aux USA, un tiers de médicaments sont approuvés après des essais de moins de 6 mois et que le nombre moyen de patients est de 760. Les négociations en sous-main autour du futur traité transatlantique rendent ce scenario de plus en plus probable en ce qui nous concerne.

Aux USA, un certains nombre d’experts en oncologie pensent même que la ligne rouge morale entre profits raisonnables et bénéfices a été dépassée 3, 6. D’une part parce que les plus pauvres ne peuvent se permettre de payer, n’ayant plus assurance médicale (un traitement de cancer coûte à l’assuré environ 20000 à 30 000 $). En France, les coûts sont les mêmes mais nous ne nous en rendons pas compte car nous sommes tous couverts par une assurance maladie et un remboursement optimal.

En matière de « combat contre le cancer », il est important de rappeler aussi que 85% de la recherche est publique donc financée par le contribuable et les dons, le marché oligopolistique (qui a trait à l'oligopole, marché caractérisé par un petit nombre de vendeurs face à un grand nombre d'acheteurs ) de ces entreprises pharmaceutiques ne dépensant que 1.5% de ses revenus à cette recherche, entre 5 à 13% pour les essais cliniques et entre 20 à 45% en marketing.

Après cette petite mise au point, on a une lecture toute différente du dernier plan cancer 2014-2019 : l’explosion du recrutement de patients dans les essais cliniques de phase précoce de médicaments « innovants » (ont-ils d’ailleurs réellement le choix ?), la participation financière publique à cette marche forcée saluée comme il se doit, laissent un étrange goût amer : est-ce la santé des patients ou le marché qui prime? Non seulement on ment aux patients mais cela dessert gravement et les patients et la recherche. Ne serait ce que pour leur sécurité, les patients et les médecins doivent exiger une plus grande rigueur. Il en va aussi de l’équilibre budgétaire de la santé. Enfin il est permis de se demander si les agences de santé sont au service de l'intérêt des patients ou de celle des laboratoires : à la lumière de la nomination du Pr Agnès Buzyn à la tête de la Haute Autorité de Santé, on peut raisonnablement s’interroger 7 8. Les agences de santé devraient retrouver leur vocation première qui est d’assurer la protection du public et elles lui devraient une information claire et transparente.

BIBLIOGRAPHIE

1. Plan Cancer 2014-2019 , 2E RAPPORT AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE , Février 2016

2. Au nom de tous les seins, documentaire France 5

3. Light D.W., Lexchin J., Editorials, Why do cancer drugs get such an easy ride? Rushed approvals result in a poor deal for both patients and cancer research , BMJ 2015;350:h2068

4. Prasad V et coll., The Strength of Association Between Surrogate End Points and Survival in Oncology: A Systematic Review of Trial-Level Meta-analyses. JAMA Intern Med. 2015 Aug;175(8):1389-98

5.Fojo T, Mailankody S, Lo A. Unintended consequences of expensive cancer therapeutics

- the pursuit of marginal indications and a me-too mentality that stifles innovation and

creativity, JAMA Otolaryngol Head Neck Surg 2014;140:1225-36.

6. Hagop Kantarjian et coll., High Cancer Drug Prices in the United States: Reasons and Proposed Solutions J Oncol Pract 2014 Jul 6;10(4):e208-11.

7. Les petits arrangements de la nouvelle présidente de la Haute autorité de santé (7 mars 2016) https://www.mediapart.fr/journal/france/070316/les-petits-arrangements-de-la-nouvelle-presidente-de-la-haute-autorite-de-sante

8. Le professeur Agnès Buzyn nommée Directeur de la HAS. La victoire de big onco (8 mars 2016) http://docteurdu16.blogspot.fr/2016/03/le-professeur-agnes-buzyn-nommee.html

9. Avorn J and Kesselheim A.S., The 21st Century Cures Act — Will It Take Us Back in Time? N Engl J Med 2015; 372:2473-2475

Cancer Rose est un collectif de professionnels de la santé, rassemblés en association. Cancer Rose fonctionne sans publicité, sans conflit d’intérêt, sans subvention. Merci de soutenir notre action sur HelloAsso.