Retours presse

Article dans le JIM du 20/11/2018

par François Haroche

article JIM

Dépistage du cancer du sein : MyPeBS une fausse bonne étude ?

Paris, le mardi 20 novembre – En décembre sera lancé le programme MyPeBS (pour Personalising Breast Screening) dont l’objectif est de repenser le dépistage du cancer du sein, en renforçant sa personnalisation. Cette étude doit inclure 80 000 femmes volontaires âgées de 40 à 70 ans (30 000 en Italie, 20 000 en France, 15 000 en Israël, 10 000 en Belgique et 10 000 au Royaume-Uni). Pour chaque participante, le niveau de risque de cancer du sein sera évalué en tenant compte de leur âge, leurs antécédents familiaux, la densité du sein et un test salivaire. Cet échantillon de salive permettra « une étude de polymorphismes » a précisé Suzette Delalogue coordinatrice de l’étude et oncologue au centre régional de lutte contre le cancer Gustave Roussy. A partir des différents résultats obtenus, les participantes seront classées en fonction de quatre niveaux de risque : bas, moyen, haut et très haut (équivalent au fait d’être porteuse d’une mutation BRCA-1). Pour un risque bas, sera recommandée une mammographie tous les quatre ans, pour les risques moyens, une mammographie tous les deux ans, pour les risques élevés un examen par an et pour les risques très élevés une mammographie et une IRM chaque année. L’étude doit permettre de valider la méthodologie et la faisabilité d’un dépistage ainsi personnalisé.

Si le protocole de cette étude semble répondre à certaines des critiques formulées contre le dépistage systématique du cancer du sein tel qu’il est organisé aujourd’hui, certains se montrent néanmoins circonspects. Ainsi, l’association Cancer rose, qui à travers plusieurs publications sur son site a signalé les limites du dépistage systématique du cancer du sein, si elle reconnaît l’intérêt de mettre en place un dépistage adapté aux « facteurs de risque de chaque femme », regrette certaines des méthodes de l’étude.

Consentement éclairé

Elle déplore ainsi que « les nouvelles modalités de dépistage [soient] comparées au dépistage organisé en vigueur dans chaque pays. Pourtant de nombreux scientifiques s’interrogent sur l’efficacité et l’utilité du dépistage (…). En l’absence de groupe de comparaison "sans dépistage", l’étude MyPeBS ne pourra pas répondre à la question : faut-il abandonner le dépistage organisé ou le maintenir en l'état actuel ou le faire évoluer vers un dépistage adapté au risque ? », juge l’organisation.

Par ailleurs, le collectif Cancer Rose, qui a fait de la diffusion d’une information éclairée aux patientes une de ses priorités, juge « trompeuse » la brochure distribuée aux participantes de l’étude. Elle présenterait aux femmes des chiffres exagérément optimistes sur l’efficacité du dépistage. Cette brochure est donc jugée contraire au principe du consentement éclairé par Cancer Rose, qui conclut : « il est extrêmement regrettable que plusieurs dizaines de milliers de femmes soient recrutées pour une étude dont les résultats ne permettront pas de faire des choix adaptés, et dont l’éthique même est extrêmement discutable ».

F.H.

Revue Prescrire octobre 2019

Le Parisien septembre 2019

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