Plan d’action pour la refonte du dépistage, la dernière manche de la concertation

Le plan d'actions promis par Mme la Ministre de la Santé Marisol Touraine à la suite de la concertation citoyenne sur le dépistage du cancer du sein voit enfin le jour, en ce 6 avril 2017.

Objectif affiché de maximisation de la participation

Dans le communiqué de presse de la ministre nous lisons : "La meilleure chance pour guérir du cancer du sein, c’est le dépistage. Pourtant, encore trop peu de femmes ont recours au dépistage organisé."

Outre le fait que toutes les études d'impact démontrent que le dépistage n'a jamais permis de faire chuter la mortalité ou d'améliorer la guérison (reliable aux avancées thérapeutiques, mais pas au dépistage), l'objectif clairement mis en évidence dans cette phrase est bien que les femmes participent d'avantage au dépistage alors même que le groupe de citoyennes de la concertation s'est prononcé explicitement pour qu'on abandonne la course au recrutement des femmes.

Dès la deuxième page du plan d'actions les contre-vérités vont bon train : "Son dépistage (celui du cancer du sein) est donc un enjeu majeur de santé publique ; pour réduire la mortalité et la morbidité liées au cancer du sein, mais également pour améliorer la qualité des prises en charges des personnes concernées." Ni le premier objectif n'est atteint, le cancer du sein étant au hit-parade des cancers féminins mortels, ni le deuxième puisque la morbidité liée au dépistage n'est pas négligeable avec l'explosion des mastectomies, des radiothérapies et des chimiothérapies constatées depuis l'instauration du dépistage systématique, traitements lourds impactant la santé. On fait fi des dernières études internationales et des publications médicales basées sur les faits démontrant l'absence de gain en terme de mortalité.

L'information, enfin ?

A l'item n°2 nous avons à peu près la seule branche à laquelle on peut se raccrocher, c'est à dire l'information délivrée aux femmes, celle-ci demandée instamment par les citoyennes : "une information claire sur les enjeux et les avantages sera livrée, mais aussi sur les risques et limites du dépistage, tels que les possibilités de faux positifs ou faux négatifs, les cancers diagnostiqués dans l’intervalle entre deux dépistages, le sur-diagnostic et sur-traitement, les cancers radio-induits." En effet, l'information était on ne peut plus succincte sur les inconvénients du dépistage, notamment sur surdiagnostic et surtraitement. Il faut évidemment que les brochures en préparation soient à la hauteur et ne délivrent pas une information ou bien biaisée, ou trop épuratoire de données gênantes. Il faudrait surtout que les documents fussent rédigés par des auteurs indépendants, comme la Collaboration Nordique Cochrane au Danemark, et non pas par des "experts" auto-proclamés, leaders d'opinion, toujours les mêmes personnes médiatiques au discours convenu dont on connaît à l'avance l'orientation. Mais espérons...

Malheureusement juste à la suite de cette excellente intention d'informer loyalement on peut lire : "Le risque lié à l’absence de dépistage sera aussi précisé."  Et ça c'est formidable, parce qu'aucune évaluation n'est faite dans notre pays, on n'arrive pas à dégager un quelconque bénéfice du dépistage organisé mais on peut parler du non-bénéfice de ne pas le suivre, ce à quoi les études internationales ne sont pas parvenues.

La ROSP, on persiste et signe

L'apothéose est atteinte dans l'annonce de l'antipode de ce que les citoyennes demandaient, à savoir la sortie du dépistage de la ROSP, c'est à dire de la rémunération aux objectifs de santé. Voilà ce qu'on peut lire : "afin d’inciter les médecins à proposer la bonne modalité de dépistage à leurs patientes, les mammographies réalisées à ce titre seront mieux valorisées dans la cadre de la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP)" ; "Le suivi de la patientèle de femmes à partir de 50 ans, adapté en fonction du niveau de risque, donnera lieu à une valorisation de la ROSP." Donc non seulement la ROSP est maintenue mais valorisée sur le dépistage. La rémunération que reçoit le médecin pour obtempérer aux objectifs de santé à atteindre incite clairement le médecin...à inciter la femme à participer.

Le gynécologue ainsi que le radiologue peuvent eux aussi inciter et faire rentrer la patiente, après consultation de son "éligibilité" dans un fichier à sa disposition, directement dans le dépistage. Dans la mesure où les gynécologues dans leur grande majorité sont partisans d'un dépistage dès l'âge de 40 ans, on peut avoir quelques inquiétudes sur l'objectivité de l'information, et présumer que la tentation incitative risque de prédominer quelque peu. Ne parlons même pas de celle des radiologues ; pour l'instant, lors de la consultation en cabinet de radiologie, l'information est réduite à sa plus simple expression, c'est à dire à remplir la fiche de renseignements de la patiente.

Et de plus la ministre prévoit une consultation préalable à l'âge de 25 ans ! On va donc "sensibiliser" des femmes jeunes, sans symptômes, dont ce n'est pas le problème, qui présentent des seins beaucoup plus denses et difficilement examinables, et les apeurer 25 ans avant l'âge d'être seulement concernées. Surmédicalisation en perspective, de personnes ne se plaignant de rien, et de plus en plus tôt.

Quelques avancées

Notons quand-même dans ce plan une petite avancée sur l'interdiction pour les radiologues d'appliquer des dépassements sur l'échographie, admettant ainsi implicitement que la "gratuité" du dépistage ne s'applique pas sur toute la chaîne des investigations qui peuvent découler de la mammographie initiale.  En effet la biopsie, l'IRM ne sont pas gratuits.

96 % des femmes sont concernées par le remboursement via une mutuelle selon la ministre, alors tant pis pour les autres, et les futures qui ne pourront bientôt plus s'en permettre une.

Une autre avancée nous paraît être l'obligation (page 9) d'une formation spécifique pour les anatomo-pathologistes à la sénologie, avec l'aveu implicite là aussi de certains manquements de compétences jusqu'ici, d'un manque d'autocontrôle professionnel à l'instar de celui des radiologues qui ont opté pour une deuxième lecture des clichés (malheureusement, avec sa dérive vers des fausses alertes majorées).

Le diagnostic histologique n'est donc point infaillible, et il faut bien reconnaître qu'un travers des histo-pathologistes, comme des radiologues d'ailleurs, est de "sur-classer" un examen qui apparaît douteux ou "entre-deux". Ainsi un carcinome in situ pas totalement de bas grade mais quand-même pas franchement affolant sera facilement "upgradé" (confession d'un anatomo-pathologiste lui-même..) En radiologie le classement de la mammographie en stade ACR3, qui veut dire que la lésion vue à la mammographie mérite une surveillance, sera très souvent revue en ACR4, classification conditionnant d'emblée une biopsie. Cela permet au radiologue de mieux dormir, de procéder à un acte supplémentaire et à la femme de "bénéficier" d'une biopsie dont elle n'aurait pas eu besoin. C'est ainsi qu'on assiste à une quasi-disparition progressive de la classification de surveillance en mammographie et du fait que 90% des biopsies effectuées sont superflues (valeur prédictive positive de la mammographie n'est que de 9%)

 

En conclusion :

En bref, on demande donc à des médecins non formés, à des gynécologues et des radiologues fortement orientés pro-dépistage à informer les femmes sans avoir d'outil pour évaluer leur score de risque, ni les outils pour la formation des médecins et l'information des femmes.. Le tour est joué. On continue donc, en "sensibilisant" encore plus tôt, et en incitant la patientèle par tous les moyens (maintien de la ROSP et accès au fichier d'éligibilité des femmes pour recruter les non-obéissantes).

L'Inca, surpris et dépité par le rapport de concertation auquel, vu le communiqué envoyé à la ministre le lendemain de sa publication, il ne s'attendait pas, est en passe ici de "rectifier" les conclusions de la concertation et de remettre tout ça "dans le droit chemin"...

Pas un mot sur les demandes des citoyennes sur l'évaluation du dispositif, sur la publication d'études françaises.

On continuera donc de façon "améliorée" alors qu'on n'a toujours toujours pas intégré que la détection précoce est un non-sens, qu'elle ne sert à rien tant qu'on n'a pas compris l'histoire naturelle du cancer, tant qu'on ne saura pas déterminer à partir de quand on est malade. Tant qu'on ne saura isoler quelles sont les tumeurs à haut pouvoir de progression et qui évolueront, quelles sont celles qui n'entraîneront jamais de conséquences sur la vie de la femme. Et comme on ne comprend pas on "améliore", on effectue une course en avant avec un surdiagnostic croissant sans intervention sur les taux de mortalité, les femmes vont être encore plus apeurées, inquiétées, pour rien.

Le vernis passé sur un dépistage indigent et inopérant perpétue cette violence faite aux femmes, ne règle rien d'un surdiagnostic qui anéantit la santé et le bien-être de millions de femmes. Comment appelle-t-on une attitude où l'on inflige une conduite délétère à la population en lui tenant des promesses non tenues et intenables ? Ça s'appelle du charlatanisme.

Merci Mme la Ministre.

 

Tout sur la concertation : articles concertation

A lire aussi : Article Figaro/Santé

Et l'analyse du Dr Dupagne, avec une analogie à une concertation canadienne il y a 20 ans, sabordée un peu de la même façon :

Dupagne, conférence de consensus canadienne 1997

 

 

 

 

Nouvelles du front, première manche et rapport final de la concertation

NOUVELLES DU FRONT, première manche

(rapport du comité d'orientation )

Mme la Ministre de la Santé a initié au courant de l'année 2015 une concertation citoyenne sur le dépistage du cancer du sein, avec mise en place d’un site permettant à tout un chacun de s’exprimer sur le dépistage, objet d’une controverse scientifique partout dans le monde.

Dr Cécile Bour y a participé pour le collectif Cancer Rose dans deux tables rondes, l'une avec les citoyennes, l'autre avec les professionnels de santé, sous forme de 20 minutes de présentation suivie d'une demi-heure de débat.

Le comité d’orientation a publié ses conclusions en ce mois d'octobre 2016

Vous les trouverez dès la page 128

(Rôle de Cancer Rose, page 72)

Nous reprenons certains des commentaires avant de détailler les conclusions.

  • Page 5 

le comité soulève d’ores et déjà les dysfonctionnements de l’organisation du dépistage : confusion prévention primaire, dépistage et diagnostic précoce, absence d’information sur les risques et incertitudes dans la lettre envoyée aux femmes, marketing et promotion trompeuse et outrancière.

  • Page 38

Nous notons, que le comité soulève le paradoxe que représente la rémunération à la performance des médecins sur objectifs de santé avec comme objectif que 80% des patientes de 50 à 74 ans passent au dépistage, alors qu’il s’agit d’un acte sans caractère obligatoire. Mais nous observons que ce problème posé par le ROSP n’est pas repris ensuite dans les conclusions.

  • Page 41 à 47

Le comité reprend les caractéristiques de mise en place d’un dispositif de dépistage.

Le faible coût : si pour l’individu le coût est faible, il ne l’est pas pour la collectivité. Ceci est développé page 46/47, 180 millions en 2008.

La faible variabilité entre les lecteurs de mammographies (les radiologues) : faible ou non, dès lors qu’elle existe, elle impacte de façon capitale l’avenir de la patiente.

La reproductibilité de la lecture n’est pas garantie.

En ce qui concerne les sensibilité et spécificité, la mammographie ne possède ni l’une ni l’autre.

Pour ce qui est de l’efficacité : le bénéfice doit être identifiable, c’est là où réside la controverse.

  • Page 76 

Analyse de la situation par le comité :

  1. Il faut se repencher sur l’histoire naturelle du cancer pour différencier les types de cancers et leur évolution possible.
  2. Eviter la confusion prévention et dépistage
  3. Dire qu’une femme sur huit sera confronté au cancer du sein est une présentation trompeuse, ce risque étant un risque cumulé tous âges confondus, calculé sur une population fictive en fonction des risques observés en 2012. Or il convient de considérer ce risque selon la tranche d’âge. Avec un suivi de 20 années, pour une femme de 40 ans ce risque est de 4%, pour une femme de 60 ans il est de 6%.
  • Page 79 

Demande à ce que soit présentée la réduction absolue du risque de décéder d’un cancer du sein, et non pas en données relatives.

Même les organismes favorables au dépistage organisé reconnaissent que la diminution de mortalité n’est pas reliable uniquement au dépistage.

  • Page 81/82/83 

Les études randomisées ne sont pas réalisées en France ni les études observationnelles.

Le rapport bénéfice/risque n’est pas celui espéré. Les risques sont plus saillants chez les femmes sans facteur de risque ni symptômes.

La campagne rose, incitative, est en décalage avec le doute scientifique voire avec la pertinence du DO.

Il faut donc renforcer les possibilités de choix des femmes avec une information plus équilibrée. Pour l’instant l’information est jugée insuffisante.

Sur le site de l’INCA l’information est fractionnée, difficilement repérable, parfois contradictoire, le surdiagnostic abordé de manière peu claire.

Une critique de l’information du site de l’assurance maladie est faite aussi, sans concession, cette information est jugée trop incitative car mettant en avant les « avantages » du DO.

  • Page 108 

Le comité demande de l’information, non pas du marketing. Les femmes sont trompées par Octobre Rose en contradiction totale avec une exigence d’information loyale. Il faut éviter les confusions dépistage et prévention.

  • Page 109/110 /111-115

Il faut informer de la balance bénéfice risques et faire figurer la notion d’incertitude, parler des cancers d’intervalle et du surdiagnostic.

Le comité souhaite aussi que soit donnée une information sur les effets secondaires ainsi que soit corrigée l’illusion de la mammographie comme moyen idéal de détection d’un cancer.

L’invitation ne doit pas s’assimiler à une convocation, et doit comporter les informations sur bénéfices et risques.

L’information et la formation doivent être proposées aux professionnels de santé, et l’information ne doit pas être incitation.

  • Page 121

La tomosynthèse : son rapport bénéfice-risques reste à confirmer et il faut développer des protocoles de recherche pour évaluer son utilisation dans le dépistage.

Il faut mettre en place des outils d’évaluation en temps réel du dispositif.

  • Page 123 

Le comité revient et insiste sur l’urgence et le caractère indispensable de promouvoir des études sur surdiagnostic et surtraitement.

  • Le constat en page 125 

Un rapport bénéfices /risques controversé et une communication inadaptée.

  • Page 132
  1. Consultation dédiée à la quarantaine.
  2. Stratégie hiérarchisée en fonction du niveau de risque, déterminer les femmes à haut risque qui bénéficieront d’un suivi particulier et adapté, et les femmes à « sous- risque » qui pourraient en être dispensées.

Les conclusions

  • Prise en considération de la controverse dans l’information fournie aux femmes et dans l’informatio et la formation des professionnels.
  • mise en place de projets de recherche pour mieux étudier l’histoire naturelle du cancer (certains cancers sont peu agressifs ou régressent, participant au surdiagnostic), et afin de pouvoir identifier les facteurs biologiques ou d’imagerie permettant de définir les tumeurs ne nécessitant qu’une surveillance. (proposition de l’ARC)
  • évaluation permanente du dispositif, afin d’avoir des données épidémiologiques et économiques relatives au dépistage EN France
  • intégration du médecin traitant
  • maintien de la double lecture (Cancer Rose attire l’attention sur le fait que la double lecture majore certainement les fausses alertes)
  • évaluation de la pratique de l’échographie, à l’origine de faux positifs dont l’augmentation est supérieure au nombre de cancers effectivement détectés.
  • L’arrêt des dépistages précoces chez les moins de 50 ans sans facteurs de risque particulier.

Cancer Rose rappelle que les recommandations officielles de l’HAS pour la participation au dépistage sont à partir de 50 ans, et pas avant.

  • adapter la stratégie de dépistage et du suivi en fonction du niveau de risque.

Deux scénarios :

Scénario1 : arrêt du programme de dépistage organisé, la pertinence d’une mammographie étant appréciée dans le cadre d’une relation médicale individualisée.

Scénario 2 : Arrêt du dépistage organisé tel qu’il existe aujourd’hui et mise en place d’un nouveau dépistage organisé, profondément modifié.

 

Ne vous laissez pas déconcerter par la longueur du texte, il y a un déroulé de l'historique du dépistage depuis son instauration, passionnant à lire.

Nouvelles du front, seconde manche

DEUXIEME MANCHE

A la suite de la parution de ce rapport, l’INCa (Institut National du Cancer) envoie une missive à Madame la Ministre Marisol Touraine, datant du 16 septembre, alors que nous avons eu publiquement connaissance du rapport seulement le 2 octobre.

courrier INCa à la ministre

D’emblée le scénario 1 est qualifié de « cas d’école » par l’Institut et même pas pris en considération, reléguant ainsi la moitié du travail à quantité négligeable.

L’INCa propose une rénovation du programme avec comme objectifs la réduction de la mortalité, de la morbidité, des inégalités sociales de santé, ainsi que de l’amélioration de la qualité de vie.

Nous rappelons quand-même que si la qualité de vie est un objectif louable, la véritable évaluation du programme repose bien sur les études émidémiologiques, que le comité appelle de ses vœux, qui évalueraient la morbi-mortalité. Avant de réduire la morbidité ou la mortalité, il faut les connaître ! Or aucune évaluation en France n’a jamais été entreprise.

Bien évidemment, l’Institut s’empare du scénario numéro 2 ; il s’agit d’assurer sa pérennité, à défaut de proposer une information médicale de qualité sur son site.

Dans la lettre à Madame la Ministre, l’Institut s’arroge le pilotage de la refonte du dépistage, le ré-écrivant à sa façon, et le réduisant à une simple « modernisation » avec des propositions « qui s’inscrivent pleinement dans ….la logique du Plan Cancer 2014-2017 ». « L’Institut National du Cancer pourrait être chargé de conduire la réforme du programme, en lien avec la direction générale de la santé et la caisse nationale d’assurance maladie »

Ben voyons… Il nous semble pourtant qu’il serait logique de dessaisir de toute communication l’INCa et aussi la caisse d’assurance maladie, dont les rôles dans l’information des femmes sont fortement critiqués dans le rapport-même, et que la communication future soit confiée à des structures et personnes indépendantes sans liens d’intérêts avec le dépistage organisé du cancer du sein.

Comme l’écrit très justement Anne Chailleu, présidente du Formindep

(http://www.formindep.org/Depistage-organise-du-cancer-du.html) :

« On n’en retiendra donc que ce qui reste conforme à des orientations arrêtées en 2013. Comme si les avancées scientifiques de ces dernières années et cet exercice exemplaire de démocratie participative en santé n’avaient finalement pas existé.

On ne peut illustrer de façon plus limpide l’éternel conflit d’intérêts qui existe entre l’institution, arc-boutée sur ses habitudes, ses plans quinquennaux et leurs indicateurs, la défense de son image ou de son pouvoir d’une part, et l’intérêt des usagers et patients d’autre part, qui entendent réévaluer en permanence les pratiques à l’aune des avancées de la science et participer à la prise de décision.

Les citoyennes qui se sont exprimées ne doivent pas se laisser voler cet exercice inédit de démocratie participative. Il y a urgence à faire évoluer le dépistage, réellement, conformément à leurs attentes. On ne peut se contenter d’une série d’ajustements cosmétiques qui visent à maintenir le programme de dépistage sur les rails fixés en 2013, dirigé vers des objectifs quinquennaux obsolètes. »

Et c’est bien ce que nous redoutons.

Nouvelles du front, troisième manche

TROISIEME MANCHE

Le 3 octobre est publié le communiqué de presse de Madame la Ministre Marisol Touraine. Tout en promettant d’engager la réforme du dépistage (nous rappelons que l’arrêt est préconisé dans le rapport final), la ministre trouve le moyen de saluer les initiatives de la campagne d’octobre rose, campagne hautement commerciale, et pour laquelle les citoyennes demandent la cessation du marketing outrancier qui l’accompagne.

Et la ministre nous informer que, comme chaque année depuis 2014, la Tour Eiffel est illuminée en rose en ce débit d’octobre 2016 ...

La ministre annonce donc une rénovation profonde du programme, car « c’est le sens des recommandations qui lui ont été remises par l’Institut National du Cancer (INCa), sur la base du rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique lancée il y a un an sur le sujet. »

Alors non, pas du tout : les recommandations de l’INCa sont bien celles-ci énoncées par Madame la Ministre, mais ne sont en aucun cas celles du rapport. Rappelons-le, dans les deux libellés des deux scénarios, ce sont bien les mots « arrêt du dépistage» qui apparaissent.

Nouvelles du front, quatrième manche, notre lettre et le plan de la ministre

QUATRIEME MANCHE

A-Notre lettre

B-Plan d'actions de la ministre et analyse

A-Notre lettre adressée à la ministre

Au vu des tentatives de confiscation du rapport par l’INCa, poursuivant ses intérêts, ses efforts de minimisation du contenu du rapport et sa demande de poursuivre le pilotage du dépistage, le Collectif Cancer Rose, la Revue Prescrire, le Groupe Princeps en compagnie de la Revue Que Choisir, ont décidé de publier une lettre ouverte à Mme la Ministre, laquelle en a accusé réception au bout de trois semaines.

En voici le contenu :

Madame Marisol TOURAINE

Ministre des Affaires sociales et de la Santé

14 avenue Duquesne

75700 PARIS

Paris, le 14 octobre 2016

Contacts : Collectif Cancer Rose  ; Prescrire  ; Groupe PRINCEPS  ; UFC – Que Choisir

Objet : Dépistage organisé du cancer du sein

Madame la Ministre,

A votre demande, l’Institut national du cancer vient de rendre public, après une concertation du grand public et des parties prenantes, le rapport de la Concertation citoyenne et scientifique sur l’actuelle politique de dépistage organisé du cancer du sein. Celui-ci rejoint, en les actualisant, les constats dressés par de nombreux acteurs indépendants.

Ce rapport fait notamment le constat que le dépistage des cancers du sein fait l’objet d’une controverse scientifique et non d’un consensus, que ce soit sur la réalité ou l’importance des bénéfices attendus ou sur l’importance de ses effets indésirables, liés aux sur-diagnostics et sur-traitements, initialement sous-estimés. Il souligne la nécessité de poursuivre les recherches scientifiques pour essayer de lever les incertitudes actuelles. Le document insiste également sur le déséquilibre de la communication à destination des femmes en âge de participer au programme, qui relève davantage de l’injonction que de l’information, spécialement la campagne « Octobre Rose » et ses déclinaisons.

Le rapport émet de nombreuses autres propositions, et notamment : une évaluation du dispositif qui se penche sur la question du surdiagnostic et du surtraitement ; l’arrêt des dépistages chez les femmes âgées de moins de 50 ans sans facteur de risque ; l’arrêt ou la transformation profonde du dépistage organisé chez les femmes âgées de 50 ans ou plus. L’idée est d’établir des grilles de risque permettant de personnaliser la décision de dépister ou de ne pas dépister, et de faire passer l’information par les médecins généralistes.

Ce rapport appelle naturellement des actions fortes, et c’est pourquoi nous accueillons favorablement l’annonce par votre Ministère, d’ici la fin de l’année, d’un plan de rénovation du dépistage organisé du cancer du sein. Dans ce cadre, nous souhaiterions attirer votre attention sur deux points qui doivent constituer, à notre avis, le fondement de cette politique : le droit des femmes à un choix libre et éclairé de s’inscrire ou non dans les démarches de dépistage organisé ; la prise en compte de l’absence de consensus scientifique à propos du dépistage et des critiques de la Concertation citoyenne et scientifique sur son organisation. Ce droit et cette prise en compte n’auront de réalité qu’à deux conditions.

D’une part, l’information disponible, tant pour les femmes que pour les professionnels de santé, doit être rendue plus objective en présentant aussi bien les avantages que les inconvénients du dépistage, à partir des données de la science, recensées par exemple dans le rapport de la Concertation citoyenne et scientifique.

D’autre part, les médecins doivent être mis en situation de délivrer une information non biaisée à leurs patientes. Cela suppose une formation adéquate des professionnels de santé concernés, afin qu’ils soient en mesure d’expliquer la controverse, les effets indésirables et les inconnues du dépistage. Par ailleurs, il est indispensable que soit retiré des critères de la rémunération sur objectifs de santé publique des médecins généralistes le niveau de participation de leur patientèle au dépistage du cancer du sein. C’est seulement ainsi que les femmes pourront en toute confiance se tourner vers leur médecin pour discuter de leur choix, comme elles sont déjà 56 % à le faire.

Nous vous remercions par avance de l’attention que vous voudrez bien porter à nos propositions, et vous prions de croire, Madame la Ministre, à l’assurance de notre plus haute considération.

B-Le plan d'action

Depuis, Mme Marisol Touraine a émis son plan d'action à la suite de la concertation.

Ou ici : https://solidarites-sante.gouv.fr/archives/archives-presse/archives-communiques-de-presse/article/marisol-touraine-modernise-le-depistage-organise-du-cancer-du-sein-et-annonce

Nous le commentons et l'analysons ici : https://cancer-rose.fr/2017/04/06/plan-daction-pour-la-refonte-du-depistage/

On en parle aussi ici : https://cancer-rose.fr/2017/11/06/on-parle-de-la-concertation-francaise-dans-le-jama/

Suite de la concertation citoyenne sur la mammographie de dépistage

 

Notre collectif en la personne du Dr Cécile Bour a participé à la concertation citoyenne sur la mammographie de dépistage :

http://www.concertation-depistage.fr/

Cette concertation avait pour but l’amélioration du dépistage organisé, considérant sans doute que les bénéfices de la mammographie de dépistage vont de soi, comme nous l’entendons souvent.

Nous avons, malgré tout souhaité y participer pour ne pas pratiquer la politique de la « chaise vide ».

La réunion publique de clôture de cette concertation s’est tenu à Paris le 28 mai 2016.

A cette occasion, le Docteur Cécile Bour a participé à cette réunion.

Elle a rencontré le Dr Brigitte Seradour et a pu échanger avec elle.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Dr Brigitte Seradour, il s’agit d’un médecin radiologue très impliquée dans le dépistage organisé du cancer du sein par la mammographie.

Elle a ainsi été nommée le 30 avril 2002 par la ministre de la santé de l’époque comme personnalité qualifiée pour le groupe technique du cancer du sein.

http://social-sante.gouv.fr/fichiers/bo/2002/02-18/a0181811.htm

A ce titre elle a participé à la mise en place et au développement du dépistage du cancer du sein par mammographie.

Elle fait partie aujourd’hui du système mis en place par les autorités. Elle est très active dans sa région :

http://www.oncopaca.org/fr/professionnels/depistage/structures/structures-de-depistage

De plus, une rapide recherche sur google, montre qu’elle est beaucoup sollicitée par les médias nationaux où elle défend l’intérêt de la mammographie de dépistage  depuis de nombreuses années.

http://www.urps-ml-paca.org/3359/depistage-du-cancer-du-sein-par-le-dr-brigitte-seradour/

https://destinationsante.com/cancer-du-sein-eviter-le-surdiagnostic.html

http://www.allodocteurs.fr/maladies/cancer/cancer-du-sein/cancer-de-lintervalle-quand-le-cancer-du-sein-echappe-au-depistage_9307.html

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/02/20/10744-cancer-sein-depistage-partir-40-50-ans

C’est donc ce que l’on appelle un leader d’opinion ( http://www.e-marketing.fr/Definitions-Glossaire/Leader-d-opinion-239617.htm ) ou KOL ( Key Leader Opinion chez les anglosaxons : http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/06/20/les-medecins-leaders-d-opinion-pantins-du-commerce-pharmaceu.html )

Lors d’un échange informel dans dans cette réunion de clôture du 28 mi 2016, le Dr Seradour a affirmé devant plusieurs personnes, détenir des études prouvant les bénéfices de la mammographie de dépistage.

Cécile Bour a immédiatement manifesté son intérêt pour ces études car nos propres recherches dans le domaine n’ont pu identifier d’études solides et indépendantes qui prouvent les bénéfices de la mammographie de dépistage.

Elle a donc demandé oralement au Dr Seradour de pouvoir connaître ces études et donc de bien vouloir nous fournir les références de celles-ci.

Notre collectif, par l’intermédiaire de Cécile Bour a réitéré cette demande dans un courrier et un mail qui lui ont été adressé il y a maintenant plus de 15 jours.

Nous n’avons reçu à ce jour aucune réponse à notre demande de références bibliographiques qui fondent la conviction de madame le Docteur Seradour sur les bénéfices de la mammographie de dépistage.

Pour ce qui est de notre collectif qui a une analyse opposée aux affirmations du Dr Seradour, les éléments bibliographiques qui fondent notre conviction de l’effet délétère de la mammographie sur la santé des femmes sont facilement consultables sur ce site.

Pourquoi un tel silence du Dr Seradour ?

Est-ce si compliqué de fournir une bibliographie des études sur lesquelles se fondent la conviction de l’intérêt de la mammographie de dépistage ?

Si une réponse nous parvenait dans l’avenir, nous ne manquerons pas de vous tenir informé par l’intermédiaire de ce blog.

P.S. : 7/1/2017, pas de réponse à ce jour