L’INCa relègue le débat sur le dépistage du cancer du sein à la rubrique « infox »

13 juillet 2021

L'Inca relègue la question du bénéfice-risque du dépistage organisé du cancer du sein à la rubrique "Infox"

Dépêche apmnews, de Virginie Bagouet, reproduite avec l'aimable autorisation d'APM International
https://www.apmnews.com/depeche/53160/369302/l-inca-relegue-la-question-du-benefice-risque-du-depistage-organise-du-cancer-du-sein-a-la-rubrique-infox

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A la suite de notre communiqué de presse une dépêche apm a été éditée le 22 juin restituant les faits.

Malgré les demandes de la concertation citoyenne sur ce dépistage, l'INCa avait fait évoluer son information pour les femmes de façon tout à fait insuffisante avec un livret et un site internet.

Un cap a été franchi avec la relégation du débat scientifique mondial qui existe sur le sujet à une rubrique "Infox" comme nous l'avons dénoncé.

Un article sur le sujet vient également d'être publié dans l'Humanité dans l'Humanité dimanche.

Merci à d’APM International et à l'Humanité d'avoir relayé cette grave dérive d'un institut censé informer loyalement la population, ainsi que le projet d'un CSA de la santé qui nous semble préjudiciable pour l'information neutre et l'expression d'informations scientifiques divergentes.

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Couvrez cette controverse que l’on ne saurait voir

10 juillet 2021

Dr C.Bour

L'Humanité Dimanche du 8 au 21 juillet dénonce courageusement, dans un papier intitulé "CANCER DU SEIN, COUVREZ CETTE CONTROVERSE QUE L'ON NE SAURAIT VOIR", la chasse aux sorcières initiée par l'Institut National du Cancer pour occulter à la population la controverse qui existe sur le dépistage du cancer du sein.

Vous trouverez le rappel des faits ici : https://cancer-rose.fr/2021/06/24/les-informations-independantes-en-sante-taxees-de-fake-news-cancer-rose-monte-au-creneau/
qui ont conduit cet institut à échafauder l'idée d'un "CSA de la santé" afin "d'éliminer" un débat scientifique mondial, et surtout l'existence d'études divergentes qualifiées librement de "fake-news". Ceci est intégré dans la "feuille de route " de l'INCa pour la stratégie décennale du futur plan cancer.

L'article de l'HUMANITE-DIMANCHE rappelle fort opportunément que cet institut, tenu à la neutralité, n'a toujours pas répondu aux attentes citoyennes formulées dans le rapport de concertation sur le dépistage de 2016, dans lequel on peut lire, page 133, la demande d'un arrêt de ce dépistage tel qu'il est mené actuellement, et au moins la mise à disposition, pour les femmes, d'une information aussi sur les dommages de ce dépistage, au lieu de la présentation actuelle très optimiste.

Les femmes doivent pouvoir, sur la base d'une bonne information, aussi bien accepter de suivre ce dépistage que pouvoir le refuser, sans être culpabilisées.

L'auteure de cet article, Mme Anne-Corinne Zimmer, rappelle très justement " Il aura fallu la mobilisation de la revue « Prescrire », de Que choisir, du collectif Cancer rose … pour que l'InCa introduise quelques lignes sur les bénéfices-risques."

En 2021, donc 4 ans plus tard, l'Institut National du Cancer, dont le rôle est l'information du public, n'a toujours pas édité de véritable outil d'information neutre pour les femmes sur la balance bénéfices-risques du dépistage, il occulte le surtraitement et minimise toujours le problème n°1 du dépistage, qui n'est pas le cancer radio-induit qu'il met en avant en guise de paravent sur son site "éclairages", mais bien le surdiagnostic, qui selon des études modernes, pourrait bien concerner un cancer sur deux détectés.

Comme conclut très courageusement la rédactrice de l'article : " Vouloir faire taire toute controverse ne peut que précipiter les populations vers de plus en plus de méfiance."

Sommaire : https://www.epresse.fr/kiosque_premium/l-humanite-dimanche/2021-07-08/sommaire

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L’INCA de mauvaises surprises en mauvaises surprises.

Par Dr M.Gourmelon, 22 juin 2021

Acte 1

La concertation citoyenne 2015 a posé le problème du dépistage.
Ce travail de qualité a donné lieu à un rapport de 166 pages [1] [2]
Les recommandations du comité d’orientation ont été sans appel  (p133 de ce document) :

Malgré la clarté de la recommandation, le Professeur IFRAH a scandalisé le milieu médical français en niant ces conclusions :

« La lettre du président de l’INCa, qui accompagne le rapport et est censée en faire la synthèse pour la ministre, est édifiante. Norbert Ifrah y dénigre violemment le premier scénario. Il y affirme que « de l’aveu même des rédacteurs du rapport  »… celui-ci serait « très risqué, générateur d’inéquités et de pertes de chance ». Des propos dont on ne trouve nulle trace dans le rapport ! Selon le président de l’INCa, l’ « abandon du programme de dépistage » serait « un non-sens ».[3]

Acte 2

Publication du « Livret d’information sur le dépistage organisé du cancer du sein », mis à jour en août 2017.[4]
Mais aussi un « référentiel pour médecin généraliste » « Cancer du sein, du diagnostic au suivi » (mars2016). [5]

Ce livret obtient un score de 6/20 quand à la qualité des informations qu’il délivre.[6]
Le référentiel pour les médecins généralistes est aussi de « piètre qualité ».[7]

Il est à noter que ces deux documents, censés contenir une information objective sur le dépistage du cancer du sein par mammographie sont aujourd’hui, juin 2021, toujours en vigueur sur le site de l’INCA.
Depuis donc 2016 et mars 2017, l’INCA n’a pas fait la moindre correction à ses documents.

Or l’INCA en tant qu’agence sanitaire gouvernementale a un devoir d’information non partisane.
L’INCA ne peut pourtant pas ignorer les vives critiques qui lui sont adressées.

Ainsi en avril 2018, devant la « surdité » de l’INCA à ces critiques, un collectif indépendant associant des associations ( Cancer-Rose, Que Choisir, Le Formindep, le groupe Princeps) et un médecin blogueur éditorialiste sur France Inter le Dr Dominique DUPAGNE, ont publié un communiqué de presse intitulé « L’INCa fournit aux femmes une information incomplète et partiale sur les avantages et les inconvénients à suivre le dépistage organisé des cancers du sein. »[8]

Acte 3

Le 16 juin 2021, l’INCa lance « l’info derrière l’infox ». [9]
Celle-ci est relayé par la presse. [10]

Le Professeur IFRAH, le toujours président de l’INCa, présente « la nouvelle rubrique de l’INCa pour lutter contre les infox » en ces termes :

« Infox, fake news ou encore rumeurs, quelle que soit l’appellation que nous leur donnons, ces fausses informations peuvent avoir des conséquences dramatiques lorsqu’elles concernent la santé de nos concitoyens. Malheureusement le domaine du cancer n’y échappe pas. Face à la multiplication de ces infox, l’Institut national du cancer crée cette rubrique pour vous aider à voir en quoi elles sont fausses et à mieux en comprendre les dangers ».
Pr Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer. »

Le communiqué de presse parle de [11]:

« Protéger la santé de nos concitoyens face au développement des infox dans le domaine du cancer »

« Si certaines d’entre elles, malheureusement bien ancrées, peuvent être caractérisées de « farfelues », comme par exemple le port du soutien-gorge supposé provoquer le cancer du sein, d’autres représentent un réel danger pour les patients qui fondent en elles leurs espoirs de guérison. »

« Ce dispositif s’inscrit dans les actions de l’axe 1 « Améliorer la prévention » de la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, lancée le 4 février dernier par le président de la République. »

« Chaque sujet proposé dans cette rubrique s’appuie sur une infox préalablement identifiée. Son décryptage suit un cheminement qui permet d’en appréhender l’origine, de comprendre pourquoi elle est caractérisée de fausse information et sa dangerosité pour chacun d’entre nous. »

« Dès le 16 juin, l’Institut national du cancer diffuse une campagne sur le digital et les réseaux sociaux. Son objectif : permettre à chacun d’accéder au décryptage des fausses informations dans le domaine du cancer.  Cette campagne, qui se déploiera jusque mi-décembre 2021…. »

Qui ne pourrait être d’accord pour la lutte contre les fausses informations ? Personne.

Malheureusement, dans cette rubrique, dès son origine, à côté de la  fameuse « Infox farfelue » du cancer provoqué par le port du soutien gorge, l’INCa présente la question de l’intérêt du dépistage du cancer du sein par mammographie comme étant une Infox, dont il veut démontrer la dangerosité.[12]
Nous n’allons pas détailler et analyser dans ce billet cette page. Nous y reviendrons dans un article dédié.

Non ce qui est choquant, c’est que l’INCa attribue le qualificatif d' « Infox » aux débats scientifiques qui depuis des années analysent la pertinence du dépistage du cancer du sein par mammographie, sa balance bénéfice/risque.

« Ce débat scientifique peut avoir une répercussion négative sur les femmes et les détourner de l’examen de dépistage. »

Au prétexte de « protéger la santé des citoyens », l’INCa « insulte » tous les scientifiques internationaux, les médias qui les relaient, et tous ceux qui participent au débat.

Qui plus est, comme nous le détaillons dans sur notre site [13] les études qui mettent en doute le bénéfice du dépistage sont actuellement plus nombreuses que celles qui parviennent à mettre en évidence son utilité.

Depuis maintenant de nombreuses années, L’INCa est « Aveugle et sourd » [14] à tout ce qui est scientifique, à l’indépendance, à l'éthique de l'information[15], à l’exhaustivité de l’information et la nécessité de fournir aux femmes une information indépendante et fiable pour pouvoir prendre une décision éclairée pour se soumettre ou non au dépistage.

Aujourd’hui l’INCa franchit un palier supplémentaire dans « l’indignité ».

Conclusion

Cette nouvelle étape que franchit l’INCa est particulièrement choquante pour tous ceux pour qui la méthode scientifique n’est pas un vain mot.

Le débat scientifique n’accepte pas le dénigrement par un « camp » de ceux qui ont un avis contraire.

La « vérité » en matière de science et de médecine s’enrichit du débat, non des insultes.

L’INCa croit détenir la « vérité » sur le sujet du dépistage du cancer du sein par mammographie. Cela ne l’autorise pas à se comporter comme elle le fait depuis des années en méprisant le débat, et en passant aujourd’hui au dénigrement indigne.

Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réservera de plus sur le sujet, mais nous sommes très inquiets car aujourd’hui la ligne rouge, dépassée depuis de nombreuses années comme rappelé en début d’article, a été largement laissée en arrière par L’INCa.

Références


[1] http://www.concertation-depistage.fr/

[2] http://www.concertation-depistage.fr/wp-content/uploads/2016/10/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf

[3] https://formindep.fr/cancer-du-sein-la-concertation-confisquee/

[4] https://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publications/Livret-d-information-sur-le-depistage-organise-du-cancer-du-sein

[5] https://www.e-cancer.fr/content/download/164989/2115178/file/Cancer-du-sein-Du-diagnostic-au-suivi-20161129.pdf

[6] https://cancer-rose.fr/2018/02/11/10552/

[7] https://30ansplustard.wordpress.com/2017/01/04/comment-linca-prend-les-mg-pour-des-cons/

[8] https://drive.google.com/file/d/1mxRrPz7VE-SifeQ-lha6lYjuQyAUbfWL/view

[9] https://leseclairages.e-cancer.fr/

[10] https://destinationsante.com/cancers-linca-part-en-guerre-contre-les-fake-news.html

https://fr.news.yahoo.com/cancers-l-inca-part-guerre-103158638.html

https://www.sudouest.fr/sante/cancers-l-inca-part-en-guerre-contre-les-fake-news-3788939.php

[11] https://www.e-cancer.fr/Presse/Dossiers-et-communiques-de-presse/Les-eclairages-de-e-cancer.fr.-L-info-derriere-l-infox-la-nouvelle-rubrique-de-l-Institut-national-du-cancer-pour-lutter-contre-les-infox

[12]  https://leseclairages.e-cancer.fr/le-depistage-du-cancer-du-sein-est-il-inutile-voire-nefaste/

[13] https://cancer-rose.fr/category/etudes/

[14] https://pratiques.fr/Aveugles-et-Sourds

[15] https://cancer-rose.fr/2021/04/20/les-methodes-dinfluence-du-public-pour-linciter-aux-depistages/

https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2021/04/nouveau-tableau.pdf

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Un guide de la santé et de la médecine du GIJN

5 juin 2021

Dr C.Bour

Re-Check

ReCheck est un média d'enquêtes et d'investigations indépendantes spécialisé dans les coulisses des affaires de la santé, qui a été fondé par deux journalistes d'investigation, Catherine Riva et Serena Tinari.

Catherine Riva, journaliste d'investigation suissesse est auteure (entre autres) du livre "la piqûre de trop" sur la vaccination anti-HPV, aux éditions Xéna, et des dossiers Mammograben sur le business du dépistage mammographique en Suisse.
Catherine Riva fut également relectrice de notre brochure d'information sur le dépistage mammographique.

Serena Tinari est une journaliste d'investigation italienne ayant (entre autres) travaillé pour le média Patti Chiari, une revue hebdomadaire d'information sur les droits des citoyens et des consommateurs de la télévision publique suisse italienne RSI.

Nous avions relayé une de leurs émissions[1] portant sur le dépistage mammographique dans laquelle était invité le Pr Michael Baum, chirurgien et professeur émérite (University College London), partisan d'une bonne information des femmes sur la balance bénéfice/risque du dépistage mammographique, et auteur de publications[2] et prises de positions[3] [4] en ce sens.

Outre un choix informatif différent et surtout indépendant, Re-Check propose aussi des formations et des conférences autour des enquêtes de ces deux investigatrices, et un accès à GlobaLeaks, plate -forme anonymisée destinée aux lanceurs d’alerte pour transmettre des informations confidentielles dans le champ de la médecine et de la santé publique.

Nouveauté de Re-Check

La nouveauté de cette année, c'est le "guide de la santé et médecine du GIJN" , élaboré par Catherine Riva et Serena Tinari, destiné aux journalistes couvrant des sujets de santé, en version française téléchargeable ici.


Mais nous estimons qu'outre aux journalistes, le guide est également extrêmement profitable à toute la population médicale ou non médicale intéressée par les sujets de santé, afin de déjouer les pièges les plus grossiers de la communication médicale.

Le GIJN est l'acronyme correspondant à "Global Investigative Journalism Network" ; ce réseau consiste en un groupement de journalistes internationaux soucieux de la conception et du partage des informations et des données entre les journalistes d'investigation à travers le monde, tout en promouvant les bonnes pratiques en journalisme et le libre accès aux documents et données.

Le guide

Quel est ce guide et à quoi sert-il ?
Comme expliqué sur la page d'accueil "ce guide aborde la question du développement et de l’homologation des médicaments, explique comment évaluer une étude scientifique, détecter les conflits d’intérêts ainsi que les fraudes et les inconduites. Ce guide est une feuille de route pour vous permettre d’aller au-delà des affirmations des communiqués de presse des laboratoires et des membres du gouvernement."

En clair, il s'agit de démêler les affirmations d' "experts" en médecine et de leaders d'opinion, et de permettre aux journalistes le décryptage d'études scientifiques par eux-mêmes.
D'après la présentation des deux conceptrices, la création de ce guide semble avoir été motivée par les difficultés rencontrées par les journalistes durant la pandémie Covid, et leur désarroi face aux informations médicales développées à un rythme insoutenable. La préface est d'ailleurs dédiée à la pandémie Covid 19. 

Le guide se compose d'une préface, d'une introduction, de 5 grands chapitres ('Développement et homologation des médicaments', 'Toutes les études ne se valent pas', 'Les bases scientifiques de l’influence', 'Couvrir la sécurité des médicaments', 'Pièges, battage médiatique et principes éthiques') et d'annexes.

Toutes les études ne se valent pas

Ce chapitre, le numéro 2, a retenu notre attention, car s'inscrivant dans le champ des préoccupation de Cancer Rose.

L'EBM

Il est ici rappelé que l'EBM, ou médecine fondée sur les preuves, doit être centrale lors d'une enquête journalistique, avec application du principe de la lecture critique (processus consistant à évaluer soigneusement et systématiquement les résultats de la recherche scientifique sur la base de preuves, pour juger de sa fiabilité, de sa valeur et de sa pertinence.)

La pratique fondée sur les données probantes doit amener l'enquêteur à évaluer la pertinence de certains éléments selon la méthode PICO (P= les caractéristiques du patient, conviennent-elles à la recherche menée ; I = le traitement ou le test, de dépistage par exemple ; C= le comparateur, qui peut être un placebo ou un autre traitement ou un test ; O = outcome c'est à dire l'élément de mesure ou encore le critère de jugement utilisé dans l'étude, qui peut être un taux de mortalité, un taux de survie, un taux de cas avancés, une amélioration thérapeutique etc...).

Il est intéressant et même essentiel de prendre connaissance de ce pré-requis pour éviter des analyses d'études comme on peut parfois en lire dans revues ou journaux commençant par : "une grande étude conclut que...", ou bien "le professeur X, expert dans le traitement de la maladie de Y estime que..."

Les niveaux de preuves

Ce chapitre rappelle que toutes les études médiatisées ne se valent pas et produit un schéma remarquable illustrant la hiérarchie des études selon le niveau de preuve, très utile pour apprécier la validité d'une étude.

 

Une partie du chapitre explique la tentation qu'il y a de confondre corrélation et causalité, erreur très souvent commise, pas seulement par les journalistes mais parfois les médecins et scientifiques eux-mêmes. Ce n'est pas parce que deux évènements sont concomitants qu'ils ont un lien forcément de cause à effet.

La présentation des données

Un conseil judicieux est donné sur les valeurs absolues qui sont à considérer, plutôt que les pourcentages, pour pouvoir juger une balance bénéfice-risque d'un traitement ou d'un test.

Dans le domaine du dépistage du cancer du sein qui est notre sujet, il y a nécessité de présenter la réduction absolue du risque de décéder d’un cancer du sein, et non pas ce paramètre en données relatives. Nous le soulignons souvent et la concertation citoyenne sur le dépistage du cancer du sein le demandait dans plusieurs parties de son rapport (p ex page 79),

A ce propos lire notre article ici et un article très pédagogique ici.

La démonstration du mathématicien Gerd Gigerenzer présentée par les autrices dans ce deuxième chapitre du guide très justement est un bon exemple, et tout à fait magistrale pour démontrer comment un pourcentage peut être fallacieux.
Lorsqu'on parle aux femmes d'un dépistage du cancer du sein réduisant la mortalité de 20%, elles comprennent que 20 femmes sur 100 dépistées en moins mourront d'un cancer du sein. Il n'en est rien. Gigerenzer écrit "Le public savait-il que ce taux impressionnant correspondait à une réduction d’environ quatre à cinq femmes sur 1000, soit de 0,1% ? La réponse est non."
(Mais cette présentation trompeuse perdure encore dans des brochures et documents officiels émanant de sites officiels.[5] [6])

Exemple concret dans le domaine du dépistage du cancer du sein d'une communication trompeuse

L'étude Grouvid

En novembre 2020 était publiée et médiatisée l'étude Grouvid, faite par modélisation sur la base d’un scénario dans le contexte de l'Institut Gustave Roussy, pour évaluer les conséquences des retards de prises en charge en oncologie sur les patients à cause de la pandémie Covid 19. Nous en avions parlé ici, et relaté également les résultats d'une méta-analyse parue dans le BMJ allant également dans le même sens.

L'étude Grouvid, comme l'étude du BMJ citée, suggérait ainsi que les retards de prise en charge, liés à la 1ère vague de Covid-19, pourraient être responsables d'un excès de mortalité par cancers de 2 à 5%, 5 ans après le début de la prise en charge. Ces retards de prise en charge sont, selon l'étude, dus à 2 facteurs :

  • la réticence des patients à se faire soigner par peur d'une contamination
  • et une réduction de la capacité de soins des hôpitaux.

Dans cette étude, il n'a été nulle part question du dépistage, pas plus du dépistage du cancer du sein que de n'importe quel autre dépistage.
Mais les médias en ont fait l'amalgame et ont abondamment relayé que les retards des dépistages étaient la cause d'une surmortalité en oncologie, et en particulier pour le cancer du sein.[7] Ce qui était une fausse information.

Conclusion

Enquêter sur le secteur de la santé peut s'avérer vraiment complexe et difficile en tant que journaliste.
Couvrir un domaine en santé, quel qu'il soit, demande certainement d'y consacrer beaucoup de temps, de se former, d'acquérir des notions scientifiques pointues, comme des connaissances de base en épidémiologie et en statistiques, cela implique de lire énormément d'ouvrages spécialisés, de s'approprier aussi le jargon scientifique particulier.

L'urgence dans la communication, la pression de certaines rédactions pour la communication 'positive' dans le domaine du dépistage du cancer du sein, l'auto-censure de certains journalistes conduisent à des désastres dans l'information des populations, surtout des femmes en la matière, pour leur détriment.

On a constaté l'approximation et le fourvoiement dans l'information médicale pendant la pandémie de Covid-19, dus au sujet journalistique lui-même certes complexe, mais aussi aggravé par l'urgence de la situation et la précipitation des médias à publier.

Les outils proposés par le Guide de la santé du GIJN ne peuvent être qu'un atout salutaire, et même essentiel pour tout journaliste soucieux d'une bonne information en santé, afin d'éviter le désarroi de la population devant l'afflux d'informations et contre-informations comme on l'a vécu pendant la pandémie, et afin d'éviter d'exposer des personnes à des procédure ou tests prometteurs qui les plongeront, par ignorance des dangers potentiels, par mauvaise médiatisation, dans l'enfer d'une maladie.

C'est une question de déontologie, journalistique cette fois.

Lire aussi

Une lettre de chercheurs dans le JAMA sur la couverture médiatique des bénéfices et inconvénients des tests de dépistage.

Références


[1] https://cancer-rose.fr/2019/04/29/emission-tele-sur-lenjeu-du-depistage-par-la-revue-dinformation-italophone-patti-chiari/

[2] https://www.bmj.com/content/346/bmj.f385
Harms from breast cancer screening outweigh benefits if death caused by treatment is included
BMJ 2013; 346 doi: https://doi.org/10.1136/bmj.f385 (Published 23 January 2013)Cite this as: BMJ 2013;346:f385

[3] https://cancer-rose.fr/2019/03/25/lettre-de-michael-baum-the-times/

[4] https://cancer-rose.fr/2020/08/24/reactions-internationales-aux-tentatives-de-camouflage-de-lechec-du-depistage-dans-une-publication/

[5] https://cancersdusein.e-cancer.fr/infos/pourquoi-les-autorites-de-sante-recommandent-de-realiser-un-depistage/

[6] A ce propos lire notre article : les méthodes d'influence du public pour l'inciter aux dépistages

Réduction de la mortalité par cancer du sein uniquement exprimée en réduction du risque relatif par l'agence nationale de dépistage française dans la brochure d'information de 2019, cela représente une méthode d'influence utilisée par les autorités pour augmenter la participation au dépistage. Les auteurs soulignent que  le recours à ces types d'influence reste éthiquement douteux dans les programmes de dépistage du cancer dont le rapport bénéfices/dommages est complexe et scientifiquement contesté.

[7] Liste non exhaustive de tous les médias ayant relayé cette information de façon fallacieuse au public :


https://www.francetvinfo.fr/sante/cancer/covid-19-les-retards-de-depistage-du-cancer-de-sein-vont-entrainer-une-augmentation-de-la-mortalite-entre-1-et-5-dans-les-dix-ans-qui-viennent-selon-la-fondation-arc_4124525.html#xtref=https://mobile.francetvinf

https://www.sudouest.fr/2020/10/24/cancer-du-sein-axel-kahn-lance-un-cri-d-alarme-pour-inciter-au-depistage-8000781-4696.php

https://fr.news.yahoo.com/octobre-rose-axel-kahn-implore-085353145.html

https://www.europe1.fr/societe/debut-doctobre-rose-axel-kahn-alerte-sur-les-retards-de-diagnostic-des-cancers-du-sein-3995432

https://www.topsante.com/medecine/cancers/cancer/covid-19-depistage-cancer-639344

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Deprogrammation-doperations-Linquietude-immense-malades-cancer-2020-10-27-1201121508


http://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/chronique-covid-ndeg34-le-geneticien-axel-kahn-president-de-la-ligue-contre-le

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/26/cancers-infarctus-avc-ces-pathologies-victimes-indirectes-du-covid-19_6057437_3244.html

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Inégalités de dépistage pendant la Covid-19, entretien avec V.Prasad

3juin, synthèse Dr C.Bour

Vidéo et interview avec V.Prasad, hématologue-oncologue américain et chercheur en santé, professeur agrégé à l'Université de Californie à San Francisco

Un article vient de paraître dans le JAMA Network Open qui s'intitule « Inégalités socioéconomiques et raciales dans le dépistage du cancer du sein pendant la pandémie de COVID-19 dans l'État de Washington »

Les auteurs constatent la perturbation des soins dits préventifs, perturbation en Europe et Etats Unis mise en évidence par plusieurs études internationales, avec baisse du recours au dépistage mammographique.

Des inégalités

Mais, si toutes les personnes ont souffert du COVID-19 disent les auteurs, celui-ci a frappé plus durement à certains endroits et a perturbé différemment les soins de routine.

Les auteurs indiquent le nombre de femmes qui ont eu des mammographies en 2018, 2019 et 2020. Et il semble que pendant la pandémie COVID-19, il y ait eu moitié moins de mammographies que l'année précédente, à savoir une réduction de 49% , presque de la moitié donc.

Cette réduction était plus susceptible d'affecter les personnes en fonction de leur statut racial et socio-économique.

Plus précisément, chez les femmes hispaniques il y a eu une réduction plus importante du recours à la mammographie pendant la COVID-19. Ensuite, explique Vinay Prasad dans la vidéo, les Indiens Américains étaient concernés en premier chef, puis les Asiatiques, puis les populations noires, et à la fin les populations blanches. Ce sont ces dernières qui ont eu le plus minime changement dans leur recours au dépistage par rapport à 2019.

Les zones rurales ont connu également une plus forte baisse du dépistage mammographique. 
Et enfin, les auteurs se sont penchés aussi sur le statut d'assuré. Les personnes contraintes à l'auto-financement des soins voyaient leur recours au dépistage davantage diminué, selon toute logique.

Comment interpréter ?

L'étude, selon V.Prasad, montre essentiellement et de façon intéressante que l'utilisation d'un service de prévention du cancer a considérablement diminué pendant la pandémie, mais qu'elle n'a pas diminué de la même manière pour tous. 
On est beaucoup plus susceptible de réduire sa consommation de soins dits de prévention lorsqu'on est hispanique, qu'on paye soi-même et qu'on vit en zone rurale, selon l'orateur.

Selon V.Prasad, il sera beaucoup plus difficile de faire la part de l'effet du dépistage mammographique et de l'effet de n'y avoir pas recours, par rapport à l'impact de toutes les autres variables socio-économiques qui existent et entrent en jeu ici.
En clair on aura bien du mal à percevoir un quelconque effet d'efficacité ou d'inefficacité du dépistage en raison des biais socio-économiques polluant l'analyse.

On constate que les soins de santé sont perturbés et cela davantage selon des profils socio-économiques et raciaux, mais, dit V.Prasad, une fois cet état de fait constaté cela ne fait pas dire que les femmes n'ayant pas obtenu leur mammographie souffriraient de manière disproportionnée, ou que cela leur serait préjudiciable !

Déjà en mai 2020, Gil. Welch et V.PRasad avaient rédigé un article (CNN opinion) intitulé « L'effet secondaire inattendu de COVID-19 », dont nous avons parlé sur Cancer Rose, et avaient prophétisé cette réduction spectaculaire des soins de routine qui permettrait d'examiner leur impact.
La diminution de ces soins routiniers permettrait notamment d'examiner l'effet sur le surdiagnostic et de poser courageusement la question : diminuer ces examens préventifs, serait-ce peut-être mieux ? Est-ce une mauvaise ou une bonne chose?

Conclusion

La pandémie Covid-19 fut rapide et effrayante, elle nous contraint à repenser ce qui est le plus important en santé publique, et nous oblige à examiner ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas.

Ne faut-il pas focaliser sur les problèmes de l'accès aux soins inégal justement, selon la zone géographique ou la catégorie socio-professionnelle, et remettre en perspective des problèmes de santé publique prioritaires ?
Il nous faut réfléchir tout simplement, non pas toujours aux 'dommages' en cas de non recours à des dépistages, mais plutôt au potentiel bonus de 'non-dommages' grâce précisément à l'éviction de nombreux tests dont l'efficacité et la pertinence ne sont pas toujours avérés.

Signalons dans ce contexte une étude qui est actuellement en cours pour évaluer le surdiagnostic à travers "l'expérience naturelle" que constitue la baisse des dépistage pendant la pandémie.

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Prévention quaternaire

22 mai 2021, Dr C.Bour

Un point de vue dans The Guardian

Une chercheuse, Dr Ranjana Srivastava, oncologue australienne et auteure (livre "A better death"), témoigne dans The Gardian de son expérience personnelle à la fin de sa formation et des questions qu'elle s'est posées d'une manière générale sur les tests systématiques qu'on propose aux patients, et qui impliquent, sans qu'ils en aient suffisamment conscience parfois, la responsabilité des médecins.

Comme l'auteure l'explique dans son témoignage, chaque test est censé avoir une justification clinique, et pose (ou devrait poser) un dilemme éthique au prescripteur.

Ce point de vue de l'auteure fut motivé par le décès d'une femme (à Melbourne, état de Victoria, avril 2021) à la suite d'une angiographie coronarienne par tomodensitométrie. Cet examen, réalisé à titre systématique, était offert par l'entreprise où travaillait cette femme, et n'était justifié par aucun signe d'appel clinique de sa part. Il s'est compliqué d'un choc anaphylactique après l'injection du produit de contraste.
Ce cas apparaît impensable et donne, selon Dr Srivastava, une leçon capitale à nous, professionnels de santé, mais aussi aux patients, de plus en plus angoissés, carcinophobes et demandeurs d'examens routiniers.

Nous vivons dans une époque d'exigence de bien-être, tout le monde veut pouvoir accéder à des moyens simples de prévenir la maladie et ses conséquences. Le public est abusé par des messages médiatiques très souvent enthousiastes et sans discernement qui lui vantent des dépistages routiniers pour "être en sécurité". Octobre Rose en est l'exemple emblématique.  

L'auteure de l'article alerte sur un risque tout à fait réel : avec la profusion de tests médicaux commercialisés comme "pratiques" et aussi pour beaucoup "non invasifs", il est tentant pour le public de les considérer comme une alternative à des conseils éprouvés, mais plus difficiles à suivre, comme par exemple de manger avec modération, de faire de l'exercice et d'agir sur ses mauvaises habitudes hygiéno-diététiques. 
D'ailleurs c'est un peu le même genre de préoccupation qu'on rencontre pour le dépistage promu mais très controversé du cancer du poumon par scanner à faibles doses, l'Académie de Médecine a soulevé l'argument qu'une bonne campagne de prévention primaire était certainement plus pertinente.

Il est difficile pour le public de comprendre à quel point ce qui est étiqueté "médical" peut être nocif pour la santé, et pourtant il existe de nombreuses preuves que des tests inutiles peuvent causer des dommages.

La scientifique cite l'exemple de la Corée du Sud qui a introduit un programme national de dépistage de certains cancers, notamment celui de la thyroïde. Les diagnostics de cancer de la thyroïde ont été multipliés par 15 en 20 ans, tandis que la mortalité restait stable, selon une étude du New England Journal of Medicine. 
En effet un tiers des adultes seraient porteurs de minuscules cancers papillaires de la thyroïde qui restent asymptomatiques tout au long de la vie. Mais presque l'ensemble de la population de Corée du Sud ayant été diagnostiquée porteuse d'un cancer de la thyroïde par des dépistages a subi des interventions chirurgicales majeures, ou bien des traitements à l'iode radioactif, chacun de ces traitements présentant potentiellement des risques de complications graves. 

D'où l'importance pour médecins et patients de bien comprendre correctement les bénéfices et les risques d'un test de dépistage avant de le recommander.

Autre exemple donné, des chercheurs en oncologie viennent de faire part de leur déception face aux résultats d'une étude sur le cancer de l'ovaire, de trois décennies,[1] [2] [3] portant sur plus de 200000 femmes, et qui a révélé que le dépistage du cancer de l'ovaire via un test sanguin et une échographie permettait une détection précoce, mais n'entraînait aucun bénéfice pour la survie.
Le cancer de l'ovaire est presque toujours diagnostiqué à un stade tardif et associé à une faible survie.
Les chercheurs ont expliqué de façon pédagogique que diagnostiquer le cancer de l'ovaire à un stade précoce ne change pas le moment où les patientes meurent, parce que le cancer est intrinsèquement plus agressif.[4] 
Cependant ils soulignent les nombreuses avancées récentes dans le traitement du cancer, y compris la gestion des symptômes, les thérapies ciblées et l'espoir d'utiliser les connaissances sur l'évolution de la maladie pour créer à l'avenir de meilleurs tests de dépistage, et pour réaliser d'autres études. 
Dr Srivastava souligne le professionnalisme de ces chercheurs et oncologues, qui ne nourrit ni le battage médiatique ni n'éteint l'espoir. C'est ce à quoi tout médecin devrait aspirer.

Les patients ont le droit d'attendre des informations, dit la scientifique. Une organisation, Choosing Wisely Australie, a émis une liste de cinq questions que chaque patient devrait garder en mémoire avant de prendre la décision d'accepter un test de routine : Ai-je besoin de ce test ? Quels en sont les risques ? Y a-t-il une alternative ? Quel en est le coût (financier, émotionnel ou un coût en termes de temps.) ? Que se passe-t-il si je ne fais rien? 

C'est cette dernière question, celle de l'option de ne rien faire, que si peu de patients se posent, affirme Dr Srivastava, car ils font une immense confiance dans le savoir de leur médecin et leur capacité de faire le "mieux".
Nous devons tirer la leçon de la modération et ne jamais laisser un patient souffrir d'un test inutile.

Du surdiagnostic au surtraitement

La raison pour laquelle nous alertons sur le manque d'information des patientes en matière de surdiagnostic dans le cancer du sein, manque flagrant dans les documents officiels remis aux femmes convoquées au dépistage du cancer du sein[5] [6], c'est que ce surdiagnostic a une matérialisation, une concrétisation perceptible pour les patientes dans leur chair. Et c'est le surtraitement.

Celui-ci concerne les actes chirurgicaux, les mastectomies, en constante augmentation depuis l'instauration des dépistage contrairement à "l'allègement thérapeutique" promis aux femmes. Mais pas que.

Les traitements par radio-thérapie sont également en augmentation, et dans l'actualité un récent article de la revue Que Choisir alerte justement sur les effets secondaires mal évalués de la radiothérapie.
La nature et la quantification des effets secondaires de ces traitements est difficile à connaître, dit l'article, car aucune autorité ne répertorie les effets secondaires des rayonnements ionisants de manière systématique.
Le Pr Jean-Luc Perrot, dermatologue au CHU de Saint-Etienne soulève le problème de l'évaluation de la pertinence d'un soin lorsqu'on ne connait pas l'ensemble des effets indésirables que ce soin engendre, cette question émergeant devant l'observation de cancers cutanés, de toute évidence radio-induits, chez des personnes ayant été irradiées pour d'autres cancers.
Selon ce praticien une structure enregistrant les effets, même tardifs, de la radiothérapie serait indispensable, mais la proposition d'un observatoire dédié, relayée par l'ISRN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) il y a plus de 10 ans, n'a jamais été suivie des faits.

L'assertion de traitements "moins lourds " promis aux femmes grâce au dépistage comme sur le site officiel de l'INCa apparaît d'autant plus cynique que le surdiagnostic est à peine expliqué. Le surtraitement, pourtant évoqué dans le titre du paragraphe n'est nulle part explicité sur le site[7]. Et subir des conséquences lourdes d'une radiothérapie possiblement inutile est intolérable.

Impossible dans ce cadre de ne pas évoquer l'épineuse question des carcinomes in situ, entité particulière des cancers du sein, largement surdétectés par le dépistage et traités par radiothérapie. Leur traitement et le traitement de leur récidive ne permettent pas de réduire les décès par carcinomes invasifs du sein.

La question d'ailleurs n'est pas de proposer un traitement "léger" dont la légèreté est toute relative, ou une radiothérapie plus "ciblée", mais de ne pas proposer du tout un traitement à des femmes qui n'auraient jamais du l'avoir, mais qui vont le subir en raison d'une détection inutile d'un cancer qui ne les aurait jamais impactées en l'absence de dépistage.

La prévention quaternaire

Ce point de vue nous amène à la prévention quaternaire.

Ce terme a changé récemment d'acception ; initialement utilisé pour l'ensemble des soins palliatifs d'un patient ayant dépassé le stade du curatif, il désigne à présent l'ensemble des actions menées pour prévenir les patients et plus généralement les populations de la surmédicalisation, éviter les interventions médicales invasives en privilégiant des procédures et des soins éthiquement et médicalement acceptables.
Le précepte central est le primum non nocere.

Les moyens sont la médecine basée sur la narration et la médecine fondée sur les preuves ou : evidence-based medicine (EBM).

  • Médecine fondée sur la narration
    C'est l'écoute des patients qui implique d’adapter le « médicalement possible » aux besoins et demandes de la personne.
  • Médecine fondée sur les preuves
    L'EBM repose sur un trépied :

1) l'expérience externe, pour faire simple, les études scientifiques

2) L'expérience interne : ce que nous apprend notre exercice professionnel

3) les préférences et valeurs des patients.

Cette notion de prévention quaternaire sera, n'en doutons pas, à l'avenir au centre des préoccupations de santé publique, car la surmédicalisation, coûteuse autant en soins de santé qu'en vies humaines, pose aussi crûment la question des coûts financiers engloutis par cette médecine non nécessaire, créatrice de besoins et encombrant le domaine de la "prévention".

Il faut lire à ce sujet l'article co-écrit par plusieurs médecins en 2011 qui fait de la prévention quaternaire une des tâches essentielles du médecin : La prévention quaternaire, une tâche du médecin généraliste

En 2020 paraissait un article[8] proposant des recommandations pour limiter et stopper les examens de routine non nécessaires dans les soins de santé primaires dont nous nous sommes fait l'écho : https://cancer-rose.fr/2020/09/16/desescalade-des-soins-plus-de-decision-partagee-et-ponderation-des-recommandations/)

En conclusion

Une prise de conscience chez tous les professionnels de santé sur la prévention quaternaire, à savoir la protection des populations d'une surmédicalisation délétère, est primordiale.

En parallèle Il faut aussi une éducation du public à la santé, malheureusement en butte à un manque de soutien officiel et médiatique pour faire comprendre qu'il est dans l'intérêt des patients de concevoir la médecine dans un cadre de pertinence de soins, sans abus, et surtout vers une désescalade des soins routiniers non pertinents.

Références


[1] https://www.news-medical.net/news/20210517/Early-detection-of-ovarian-cancer-does-not-translate-into-saving-lives.aspx

[2] https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2021-05-18/depistage-du-cancer-de-l-ovaire-deception.php#

[3] https://www.theage.com.au/national/desperately-disappointing-setback-for-ovarian-cancer-screening-hopes-20210512-p57reg.html?btis

[4] L'histoire naturelle d'un cancer n'est pas linéaire, progressive et prévisible, certains cancers sont d'emblé agressifs, les dépister n'y change rien et certains cancers du sein fonctionnent malheureusement ainsi ce qui explique qu'ils échappent au dépistage, comme expliqué ici : https://cancer-rose.fr/2019/08/31/comment-se-developpe-un-cancer/

[5] https://cancer-rose.fr/2017/09/17/analyse-critique-du-nouveau-livret-dinformation-de-linca/

[6] https://cancer-rose.fr/2018/02/11/10552/

[7] https://cancersdusein.e-cancer.fr/questions/surdiagnostic-surtraitement-quest-ce-que-cest/

[8] https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/article-abstract/2770724

Autre lecture proposée : le côté obscur du diagnostic précoce

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Pandémie et dépistages/petit récap de tout ce qu’on vous a fait entendre

16 mars 2021

Octobre 2020

La communication anxiogène d' Octobre Rose essaie de surfer sur la vague d'inquiétude qu'a suscitée l'épidémie auprès des oncologues, et tente à présent de mettre l'accent sur le dépistage. Le monde du rose s'inquiète, les femmes qu'on a longtemps manipulées, incitées sans vergogne tout d'un coup semblent être moins enthousiastes de courir et encore moins de courir au dépistage.
Décryptage ici : https://cancer-rose.fr/2020/10/06/langoisse-des-thuriferaires-du-rose-face-a-la-decroissance-de-participation/

Novembre 2020

La propagande pro-dépistage s'intensifie en pleine pandémie Covid pourtant, avec un ciblage privilégié sur les femmes : https://cancer-rose.fr/2020/11/03/propagande-du-depistage/

Une étude modélise l'augmentation des cancers à prévoir dans les prochaines années du fait des retards de prises en charge des cancers, il n'est dans cette étude nulle part question des dépistage, pourtant les médias et les leaders d'opinion font un fallacieux amalgame et présentent les retards aux dépistage comme facteurs principaux de la surmortalité attendue : https://cancer-rose.fr/2020/11/11/pandemie-covid-19-et-prise-en-charge-des-cancers/

Février 2021

Et si c'était l'inverse ? Si la mise en attente des dépistages était bénéfique par diminution des surdiagnostics et des traitements inutiles ? Et si l'on étudiait cela ?
Justement, un projet émerge : https://cancer-rose.fr/2021/02/25/la-baisse-du-depistage-du-cancer-pendant-la-covid-19-permettrait-la-recherche-sur-le-surdiagnostic/

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La baisse du dépistage du cancer pendant la Covid 19 permettrait la recherche sur le surdiagnostic

Un article publié le 11 février dans la revue STAT nous fait part d'un projet d'étude qui consiste à examiner une "expérience naturelle" pour évaluer des données comme la mortalité ou le surdiagnostic dans les dépistages des cancers.
Cette expérience naturelle, c'est la diminution des dépistages pendant la pandémie, on pourrait alors examiner et jauger les surdiagnostics des cancers, véritables fléaux des dépistages, puisque projetant des personnes saines abusivement dans l'enfer de la maladie.

Cet examen se ferait ainsi à l'issue de la pandémie, ce qui apparaît plus éthique qu'une étude prospective où il faudrait randomiser les patients pour les soumettre ou non à un dépistage.

(NDLR : une telle étude nous semble pourtant tout à fait envisageable avec une bonne information des participants, mais plus coûteuse et plus compliquée à mettre en place[1]. On peut tout aussi bien considérer que faire une étude randomisée sur le surdiagnostic avec deux groupes de personnes, parfaitement informées avant participation à l'étude, est certainement plus éthique que de soumettre des populations entières, comme c'est actuellement le cas, à des dépistages très controversés quant à leur efficacité, sans aucune information loyale sur la balance bénéfice-risques. C'est le cas pour le dépistage du cancer de la prostate (beaucoup d'hommes se voient prescrire un dosage de PSA sans aucune explication) et pour le cancer du sein (beaucoup de femmes, non informées, pensent que le dépistage du cancer du sein est obligatoire et leur sauvera la vie.)

L'auteure de l'article, Mme E.Cooney, est journaliste de mission générale à STAT, revue d'analyse de biotechnologie, de pharmacie, des politiques et des sciences de la vie qu'elle a rejoint en 2017. Auparavant elle était blogueuse au Boston Globe, avant de passer à la rédaction scientifique du Broad Institute of MIT and Harvard(centre de recherche biomédical et génomique situé à Cambridge, Massachusetts, États-Unis.)

Contexte

Ned Sharpless, actuel directeur du National Cancer Institute américain (NCI), professeur de médecine et de génétique, s'est beaucoup alarmé de la chute brutale du nombre des dépistages par coloscopies, mammographies ou par d'autres tests de dépistage des cancers. Son inquiétude était motivée par des modélisations prédisant une explosion des taux de cancers en cas de non dépistage. Nous avons eu dans l'Hexagone aussi nos cassandres nationales nous promettant les pires avanies en cas de non-dépistages[2].

Pourtant ce seront davantage les retards et décalages de venue des patients qui auront le plus de conséquences, selon l'étude Grouvid[3] présentée par la statisticienne Aurélie Bardet de l'institut Gustave-Roussy à Villejuif (Val-de-Marne).

Mais en janvier dernier, Mr Sharpless s'est alors interrogé sur les revers de la médaille de la détection précoce : le surdiagnostic, lorsque l'on détecte des cancers asymptomatiques qui peuvent ne pas se développer et ne pas nuire au patient, et le surtraitement qui l'accompagne. La pandémie, selon lui, pourrait être l'occasion de régler une controverse de longue date sur l'ampleur de la prédominance des inconvénients du dépistage du cancer par rapport à ses bénéfices. "Savoir dans quelle mesure le surdiagnostic et le surtraitement se produisent réellement lors du dépistage du cancer est un sujet très compliqué" a-t-il déclaré, pour lui cette pandémie a permis une une expérience naturelle intéressante, où nous pourrions examiner certaines de ces tumeurs, diagnostiquées plus tard. Le sort des patients est-il réellement moins favorable du fait d'un diagnostic de leur tumeur fait ultérieurement ?

Si des retards dans le dépistage - en fonction du cancer et du test de dépistage - n'entraînent pas de plus mauvais résultats pour la plupart des patients, alors ils pourraient apporter des informations intéressantes à la sortie de la pandémie. Pour mettre en évidence que le non-recours au dépistage n'est pas préjudiciable, il faudrait que la diminution du taux de dépistage entraîne une baisse des surdiagnostics, et ne se traduise pas concomitamment par une augmentation significative du nombre de patients développant des cancers invalidants ou mortels.

(NDLR : Attention, il faut examiner les données en taux bruts. En effet, si on parvenait à éliminer complètement le surdiagnostic, la part, c'est à dire la proportion des cancers graves apparaîtrait alors plus importante dans le total cancers amputé des surdiagnostics, qui amplifient d'ordinaire le total des cancers. En effet, la proportion des cancers graves est diluée dans le total-cancer lorsque, dans ce total, on rajoute la part des surdiagnostics.

Il faudra donc bien examiner le taux brut et non pas le pourcentage des cancers graves dans l'ensemble des cancers recensés.)

Pour Mr Sharpless est venu le temps d'examiner l'histoire naturelle des cancers pendant la période de report et les surtraitements de plus près.

Observations déjà disponibles

Pour Clifford Hudis, un spécialiste du cancer du sein, PDG de la Société américaine d'oncologie clinique, des tests comme la coloscopie sont clairement utiles. Mais pour d'autres cancers, l'impact sur la survie a été moins évident.

Mr Hudis insiste sur la différence entre dépistage d'une personne sans symptôme et diagnostic d'une personne avec signes cliniques. (Il va de soi qu'un symptôme clinique en aucun cas ne doit faire reporter la consultation du malade.)
Pour lui, les preuves sont irréfutables : les frottis et les tests HPV pour détecter les cellules précancéreuses dans le col de l'utérus ont permis de réduire considérablement les taux de mortalité. La coloscopie et d'autres tests de dépistage du cancer colorectal chez les adultes ont connu un succès similaire, à tel point qu'un groupe d'experts préconise le dépistage du cancer colo-rectal chez des personnes plus jeunes.
(NDLR : cet avis est nettement plus nuancé selon experts et études.[4] Peut-être manquons-nous encore de recul).

Il y a beaucoup moins de certitudes d'efficacité pour la mammographie et le dépistage du cancer du poumon par scanner, tandis que le recours au dépistage du PSA pour le cancer de la prostate continue d'être houleux[5]. Pourtant nous disposons d'une "expérience naturelle" pour ce dépistage.
Le dosage systématique du PSA a ouvert la porte à une forte augmentation de l'incidence des diagnostics de cancer de la prostate, qui a augmenté d'environ 16 % par an de 1988 à 1992, puis de 9 % par an jusqu'à se stabiliser à la fin des années 1990.
Après que le groupe de travail des services préventifs américains (USPSTF) a modifié sa recommandation en 2012 pour déconseiller aux hommes le test PSA systématique, l'incidence du cancer de la prostate a fini par se stabiliser, à l'inverse de ce qui se passait avant la généralisation des tests. Et la mortalité n'a pas changé !

E.Cooney relate aussi la prise de position de Barnett Kramer, ancien directeur de la division de la prévention du cancer du NCI : il n'y a pas que le cancer de la prostate pour lequel le surdiagnostic et le surtraitement sont préoccupants, déclare-t-il. Il existe d'autres cancers à croissance lente qui n'auraient jamais causé de souffrance pendant la durée de vie naturelle du patient, et il y a aussi des cancers qui ne progressent jamais.
"Vous introduisez un test de dépistage, dans ce cas pour le cancer de la thyroïde[6], le cancer du rein et le mélanome[7], et vous augmentez considérablement l'incidence du cancer et la prévalence de ces cancers", a-t-il déclaré devant une association de journalistes de la santé. "Il y a de plus en plus de personnes chez qui on diagnostique des cancers, et pourtant vous n'avez que très peu d'impact sur la mortalité. Ils sont guéris. Mais ils ne seraient jamais morts de ce cancer de toute façon".

Pour l'instant, si M. Kramer voit de réels préjudices à un surdiagnostic, lui aussi ne veut pas que ce message incite les gens à éviter les soins en cas de cancer symptomatique. "Les gens devraient être avertis de la nécessité de consulter un médecin dès les premiers signes de symptômes", a-t-il déclaré. "Nous savons qu'il est dangereux d'ignorer l'évolution des symptômes de la maladie".

L'auteure cite encore Otis Brawley, anciennement directeur médical et scientifique de l'American Cancer Society et aujourd'hui professeur à l'université Johns Hopkins : "Il y a des cancers qui n'ont pas besoin d'être guéris. Et c'est au moins 60% de tous les cancers de la prostate et peut-être 20% des cancers du sein qui n'ont pas besoin d'être guéris".
(NDLR : l'estimation des 20% concerne les carcinome invasif selon les premières études randomisées sur les essais canadiens par exemple[8], mais d'une part ces estimations sont aujourd'hui revues à la hausse, et d'autre part, si on ajoute les carcinomes in situ dont 80% n'auraient pas besoin d'être traités, le surdiagnostic du cancer du sein s'évalue à presque 50% ce qui signifie que cela pourrait concerner un cancer sur deux détectés par dépistage mammographique[9].)

Selon Dr Sharpless, la plupart des cancers sont découverts à la suite de l'apparition de symptômes.
Néanmoins pour lui "il y a beaucoup de gens en vie aujourd'hui parce qu'ils ont eu une lésion asymptomatique détectée lors d'un examen de dépistage qui a été enlevée, réséquée, traitée, et ils sont guéris de ce qui aurait été un cancer symptomatique. L'argument inverse est également vrai", à savoir : beaucoup des personnes en vie traitées de lésions enlevées, réséquées qui ne seraient jamais devenues symptomatiques.

Il y a un autre facteur à prendre en compte : les thérapies contre le cancer se sont améliorées. Il se peut qu'avec le report du dépistage certains soient diagnostiqués à un stade plus avancé, mais ils sont curables grâce à des thérapies efficaces, explique Sharpless. Ainsi, les grades plus élevés peuvent être appréhendés par les nouvelles approches thérapeutiques.
(NDLR : l'étude de P.Autier notait : L’influence du dépistage par mammographie sur la mortalité diminue avec l’efficacité croissante des thérapies contre le cancer.)

Quelle méthode pour évaluer ?

Eric Feuer, fondateur et responsable du projet d'évaluation du réseau de modélisation pour la surveillance du cancer au NCI, a travaillé sur les modèles du NCI prédisant la surmortalité du cancer du sein et du cancer colorectal due au retard de dépistage.
Il a déclaré que la généralisation de l'utilisation du test PSA fut aussi une expérience naturelle.
"Lorsque le dépistage progresse rapidement, vous récupérez des cas du futur", a déclaré M. Feuer. "Certains de ces cas n'auraient jamais causé de symptômes, mais ils ont fait augmenter l'incidence. Le problème est que le test PSA ne permet pas de prédire avec précision quels cancers, avec ou sans symptômes, seront nocifs et lesquels ne le seront pas."

Pour le cancer du sein et le cancer colo-rectal, M. Feuer examinera les données du SEER (Surveillance, Epidemiology, and End Results program) et d'autres données du NCI pour voir si la baisse du taux de dépistage a été suivie d'une baisse puis d'une hausse de l'incidence. Il surveillera les taux de tests de dépistage positifs, le stade de confirmation du diagnostic de cancer et les données sur la mortalité.

Outre le SEER, la base de données d'observation PROSPR (Population-based Research to Optimize the Screening Process) sera aussi utilisée pour discerner les effets que la diminution du dépistage du cancer peut avoir sur le stade auquel le cancer est diagnostiqué, entre autres mesures.

Tout cela est censé permettre d'estimer le surdiagnostic, si le retour des données est suffisamment puissant.

M. Kramer (ancien directeur de la division de la prévention du cancer du NCI) a demandé que le PSA soit retiré de son panel d'analyses sanguines habituel.

Pr.Brawley (professeur à l'université Johns Hopkins) pense que la Covid-19 est le danger imminent dont nous devrions tenir compte maintenant. Son hôpital a annulé les opérations non urgentes, y compris les prostatectomies radicales.

L'expérience naturelle sur les tests de dépistage prendra un certain temps avant de donner des résultats.

"Nous le saurons dans 10 ans", a déclaré M. Feuer du NCI. 

Entre temps....

La directrice de la Société canadienne d'imagerie mammaire a déclaré que son groupe avait déjà une étude en cours.
La transcription complète de l'entrevue se trouve dans ce lien: https://www.cbc.ca/radio/thecurrent/the-current-for-feb-9-2021-1.5906730/february-9-2021-episode-transcript-1.5907645

MATT GALLOWAY: Au cours des six mois où cette pandémie aurait peut-être déraillé, ralenti ou arrêté le dépistage, quel serait le changement en ce qui concerne, vous savez, où pourrait se trouver le cancer, mais aussi, comme vous le dites, les taux de survie?

JEAN SEELY: Eh bien, il est trop tôt pour que nous le sachions. Et nous commençons une étude pour examiner cela parce que nous croyons que c'est un facteur qui se produit dans tout le pays. Une étude de modélisation a été réalisée par le groupe de Sunnybrook et ils ont utilisé un modèle mathématique appelé OncoSim, où ils ont estimé qu'un retard de six mois dans le dépistage entraînerait 670 cancers du sein plus avancés au Canada et 250 décès supplémentaires par cancer du sein dans le les 10 prochaines années. Et retarder cela même plus de six mois, ce qui peut arriver avec des personnes arrêtant ou naturellement ne se référant pas, entraînerait un nombre encore plus élevé de décès. Nous constatons donc cela partout au pays.

Nous pouvons donc aisément imaginer comment les imageurs du sein vont concevoir la recherche à leur avantage, et comment ils la promouvront. Le débat ne s'arrêtera jamais, et une bataille de "modèles" va s'engager.

Avis de Dr Vincent, notre statisticien :

"Outre le fait qu'il ne s'agit que d'une modélisation (et avec un autre modèle on trouverait certainement autre chose), quel statisticien, et avec quel outil, serait capable de repérer une augmentation de 250 décès parmi les fluctuations aléatoires du nombre annuel de décès (avec 12000 décès par an en moyenne, l'intervalle de confiance du nombre annuel de décès en France a une amplitude d'environ 500 décès,  autrement dit le nombre de décès annuel fluctue naturellement de bien plus que 250 ; ou, si vous préférez, une augmentation de 250 décès n'apparaitra pas comme statistiquement significative)."

A suivre.....

Références


[1] https://cancer-rose.fr/my-pebs/methodologie/ - choisir l'article : l'étude dont on rêvait

[2] https://cancer-rose.fr/2020/10/06/langoisse-des-thuriferaires-du-rose-face-a-la-decroissance-de-participation/

[3] https://cancer-rose.fr/2020/11/11/pandemie-covid-19-et-prise-en-charge-des-cancers/

[4] https://cancer-rose.fr/2019/10/14/en-parallele-dans-lactualite-la-faillite-du-depistage-colo-rectal/

[5] https://cancer-rose.fr/2017/01/05/en-parallele-au-depistage-du-sein-celui-de-la-prostate-du-surdiagnostic-aussi/

[6] https://cancer-rose.fr/2020/06/05/le-surdiagnostic-du-cancer-de-la-thyroide-une-preoccupation-feminine-aussi/

[7] https://www.youtube.com/watch?v=068KMIe-gys&feature=emb_logo

Le constat de Dr. Adewole Adamson est affolant : pas de réduction de mortalité et un surdiagnostic massif en raison du fait que les seuils de tolérance des dermatologues et des anatomo-pathologistes s'abaissent devant les lésions cutanées.

Les premiers demandent de plus en plus et de plus en plus vite des prises en charge avec biopsies, les seconds préférent "upgrader" leur diagnostic des lésions examinées sous microscope ( c’est à dire dans le doute classer comme malignes des lésions simplement douteuses et qu'on pourrait seulement surveiller ), donnant lieu à une apparente épidémie de mélanomes avec d'autant plus de "survivors" artificiels.
Le cercle vicieux est sans fin, incitant patients et médecins à faire de plus en plus d'examens cutanés de routine.

[8] https://cancer-rose.fr/2016/11/20/etude-miller/

[9] https://cancer-rose.fr/2019/09/06/le-depistage-mammographique-un-enjeu-majeur-en-medecine/

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Être femme et tabagique : des rayons en perspective

Dépistage du cancer du poumon par scanner faible dose, ou histoire d'une déconvenue annoncée.

Dr C.Bour

En février 2020, une revue d'imagerie[1] publiait victorieusement les résultat d'un essai clinique sur le dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique à faibles doses, repris ensuite abondamment dans la presse, promouvant cette haute technologie pour en faire une méthode de dépistage systématique dans la population des fumeurs.

Il s'agit d'une technique de scanner utilisant de faibles doses, analogues à celles délivrées par une radiographie thoracique simple (en deux incidences, face et profil, équivalentes à 20-40 µSv, au lieu de 5,8 mSv pour un scanner du thorax standard), donnant une image un peu plus dégradée, peu performante pour l'analyse des pneumopathies interstitielles, mais suffisante pour un diagnostic de petits nodules.

L'article de cette revue concluait ainsi : "Cette étude semble donc en faveur d’un dépistage organisé du cancer du poumon, à une époque où les modalités ont atteint des niveaux d’irradiation très bas."

Qu'en est-il vraiment ?

Deux essais essentiellement (il y a eu plusieurs études) sont censés apporter la preuve d'une diminution significative de la mortalité spécifique par cancer broncho-pulmonaire. Il s'agit de l'essai étatsunien National Lung Screening Trial (NLST), et de l’essai NELSON mené en Belgique et aux Pays Bas.

Déjà en 2014, dans une note de cadrage, la HAS[2] notait : ".... il est probable que la faible spécificité du dépistage par TDM faible dose restera un obstacle majeur à la mise en place d’un dépistage dans la pratique clinique et d’un programme de dépistage."
"Les inconvénients et risques associés au dépistage du TDM FD incluent l'exposition aux radiations allant de 0,61 à 1,5 mSv, un certain degré de sur-diagnostic variable selon les études, et un taux élevé d'examens faux positifs, généralement exploré avec davantage d'imagerie."

Lorsqu'on examine l'étude publiée dans le NEJM [3] sur l'essai NELSON, on peut lire sur la dernière ligne du tableau n°4 ceci : All-cause mortality — deaths per 1000 person-yr 13.93 (screening group) 13.76 (control group)  RR 1.01 (0.92–1.11).
Ceci signifie en clair qu'il n'y a aucun retentissement sur la mortalité toutes causes, et c'est la seule donnée qui doit intéresser le public et les médias lorsqu'ils rapportent les résultats d'une telle étude.

Rappelons que la donnée "mortalité globale" inclut tout, le cancer, son traitement et son non traitement, et reflète d'autant mieux les données en "vraie vie".
Cette donnée est rarement mise en avant, les promoteurs des dépistages relatant préférentiellement le gain en terme de mortalité spécifique, c'est à dire par la maladie seule[4].

Mais l'Académie de Médecine l'a retenu, et fait part dans un rapport publié de ses préoccupations [5] [6]. Elle note plusieurs problèmes pour ne pas généraliser ce dépistage :

  • Les deux essais principaux sur le dépistage du cancer du poumon par scanner faible dose ont grandement sous-estimé les effets nocifs potentiels (faux positifs, surdiagnostics, faux négatifs, irradiations et surtraitements). On ne connaît pas l'ampleur du bénéfice ni l'ampleur des risques, et même si on obtient ce taux de 25% de guérison parmi les sujets inclus dans l'étude, la majorité des malade décèdera précocement des autres pathologies du tabagisme (autres cancers, cardiopathies, emphysème etc...) sans que leur espérance de vie ne soit allongée.
  • Pour qu'un dépistage soit efficace, il faut avoir des cancers à latence suffisamment longue pour les "rattraper" lors d'un dépistage (donc le moins possible de cancers d'intervalle) ; or la proportion des cancers à latence longue dans le poumon est faible.
  • "Ces cancers sont majoritairement dus au tabagisme actif et, marginalement au tabagisme passif : plus de 85% des cas peuvent être attribués au tabac. La diminution progressive du tabagisme chez les hommes (60% de fumeurs dans les années 60 à 33% actuellement) se traduit par la diminution de l’incidence et de la mortalité dues à ces cancers", ce qui équivaut à dire que ce cancer est tout bonnement accessible à de bonnes campagnes de prévention primaire, et aux incitations d'arrêt du principal facteur de risque, le tabac.
    "L’histoire naturelle et évolutive de la maladie doit être connue et les diverses formes définies"." Entre 50 et 74 ans les cancers du poumon sont donc essentiellement composés d’adénocarcinomes qui semblent les plus facilement détectables. Par exemple, dans l’essai européen NELSON, 61% des CBP du groupe dépisté sont des adénocarcinomes contre 44% dans le groupe témoin ce qui pourrait expliquer un meilleur effet du dépistage chez les femmes." explique l'Académie.
  •  Des inconnues : sur la population cible, sur le taux de participation souhaitable, la fréquence des scanners, les indications thérapeutiques pour les cancers découverts lors du scanner, l'acceptabilité par les patients, la motivation et le respect de l'arrêt du tabac etc..
  • les personnes qui participent aux essais ne sont pas représentatives de l’ensemble de la population éligible au dépistage ultérieurement, ce qui peut entrainer une surestimation de l’efficacité dans l'étude Nelson.
  • Une évaluation économique s'impose aussi, l'Académie soulignant fort justement que la prévention primaire est certainement plus efficace et moins coûteuse.

Pour rebondir sur les arguments de l'Académie de Médecine, il faut garder à l'esprit l'enjeu économique de ce dépistage, non seulement de l'examen initial mais de l’importance des dépenses occasionnées par les examens itératifs en cas de nodules intermédiaires (qu’il faut suivre durant les années pour en contrôler l’évolution). Le dépistage du cancer bronchique par CT serait 4 fois plus cher que le dépistage du cancer du sein et 10 fois plus que le dépistage du cancer colorectal.

Concernant spécifiquement les femmes

Les résultats sur l'efficacité du dépistage par scanner faible dose à 10 ans sont plus variables et difficilement interprétables chez la femme, l'Académie là aussi émet des réserves notamment dans l'essai NELSON, soulignant qu'ils ne sont pas significatifs en raison du faible nombre des femmes incluses dans les deux essais et suivies en 10 ans.

De notre côté nous soulignons que ce dépistage, s'il est lancé dans la population féminine tabagique, se superposera à la mammographie biennale, là aussi dans une ignorance totale de l'effet du cumul des doses d'examens itératifs[7] [8]pour une réduction de mortalité non prouvée[9].

L'irradiation retient encore l'attention

Encore une fois, et comme pour le dépistage du cancer du sein, ayons à l'esprit que nous infligeons des irradiations, fussent-ils à faible dose, à des personnes sans plainte, a priori saine, et que ces irradiations vont être amenées à se répéter.
Pour les nodules suspects (5 à 10 mm) et indéterminés, un contrôle à 3 mois sera effectué. Les nodules qui augmentent de volume (+ 25% en volume en 3 mois) et les nodules de plus de 10 mm doivent être investigués d'emblée (biopsie ou chirurgie). Les nodules stables seront contrôlés, eux, pendant 3 ans.
Certains nodules encore, semi-solides peuvent être de croissance lente et suivis plus longtemps, pendant 5 ans.

Tout cela pour un gain nul en terme de mortalité globale.

Les rayonnements ionisants induisent deux types d’effets : « effet déterministe », c'est à dire conditionné directement et de façon certaine selon la dose de rayonnements reçue, par exemple si on dépasse un certain seuil comme lors d'une catastrophe nucléaire ou lors de traitements par la radiothérapie.
L' autre effet est « aléatoire » (apparition de cancers avec une certaine probabilité pour un individu mais sans certitude, sans seuil connu, dépendant de la radiosensibilité individuelle).


Pour la radiologie diagnostique, les doses utilisées sont certes bien moindres par rapport à une radiothérapie, mais l’exposition, surtout répétitive, pourrait être néfaste de façon "probabiliste", par un cumul d'altérations de l'ADN cellulaire et de la sensibilité individuelle. La plupart des estimations se basant sur des extrapolations de risques constatés à partir des accidents nucléaires et atomiques, les effets à long terme des doses même minimes et répétées sont certainement très variables selon les individus, et véritablement toujours inconnus à l’heure actuelle.

A ce sujet lire les travaux de N.Foray, radiobiologiste, INSERM : https://www.sfmn.org/drive/CONGRES/JFMN/2016%20GRENOBLE/SCIENTIFIQUE/CommunicationsOrales/N._FORAY_MembreWeb.pdf

et https://its.aviesan.fr/getlibrarypublicfile.php/cd704e89988a4e3bcf2e1217566876cf/inserm/_/collection_library/201800012/0001/J1-098ITS-2017.foray.lyon.ITMO.TS..21.nov.2017.pdf.pdf

Pour conclure

Pour les académiciens, ce qui est primordial est la lutte contre le principal facteur de risque : le tabagisme, l'acceptation de sa réduction est la condition-même pour les candidats sélectionnés pour un éventuel dépistage régulier.

Les examens par scanner thoracique pourraient alors servir plutôt de motivation à prendre une décision de se sevrer pour les patients tabagiques.

Il ne s'agira alors plus d'un dépistage systématique sur toute une population, mais plutôt un recours à l'imagerie dans le cadre d'un bilan de santé du fumeur, et dans le cadre du colloque singulier au sein de la consultation médicale.

Enfin, dans le contexte d'expositions professionnelles reconnues le scanner thoracique faible dose pourrait être un moyen de surveillance des sujets exposés.

Les réactions

Elles ne se sont pas fait attendre, une dépêche apm du 24 février 2021 nous apprend que trois sociétés savantes prennent position.

" Les trois sociétés savantes sont l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique, la Société de pneumologie de langue française et la Société d’imagerie thoracique.
Dans ce texte, qui actualise de précédentes recommandations, les sociétés savantes réaffirment leur position en faveur d'un dépistage individuel, par scanner thoracique à faible dose sans injection de produit de contraste, dont elles précisent les modalités." ......
"Contrairement à l'Académie de médecine qui propose un scanner faible dose une fois lors d'un bilan de santé d'un fumeur, les sociétés savantes envisagent un examen récurrent. Elles estiment qu'il faudrait 2 examens tomodensitométriques espacés d'un an puis un tous les 2 ans, sauf en cas de facteurs de risque ou d'examen antérieur avec un résultat intermédiaire ou cela devrait continuer tous les ans.
Et ce dépistage devrait être poursuivi "pour une période minimale d’au moins 5,5 à 10 ans".

Notons encore la regrettable et peu scientifique réaction du président de la Fédération Nationale des Médecins Radiologues :

L'Académie répond, persiste et signe

Trois radiologues contestant avis de l’Académie de Médecine, celle-ci persiste et signe : https://lequotidiendumedecin.fr/specialites/cancerologie/controverse-sur-le-depistage-du-cancer-du-poumon-lacademie-de-medecine-repond-aux-prs-revel-lederlin… avec un argument qui devrait prévaloir dans tout dépistage : à savoir celui de la mortalité GLOBALE.
"Les auteurs mentionnent que la mortalité par CBP (cancer broncho-pulmonaire) est diminuée dans les essais Nelson et NLST mais sans prendre en compte la mortalité générale de la population de fumeurs, seul paramètre important pour envisager un dépistage organisé et qui elle ne change pas dans les divers essais".
Ce paramètre, rappelons-le, englobe la mortalité par CBP mais aussi celle due aux traitements et celle imputable à d'autres causes de mortalité, les fumeurs étant exposés à d'autres pathologies (emphysème, autres cancers, maladies cardio-vasculaires).

L'Académie dit encore ne pas revenir sur " la polémique de l’irradiation", les auteurs écrivent : "..notre rapport étant sur ce point totalement factuel et nous vous encourageons à relire ce paragraphe. Il est toutefois regrettable que dans aucun des essais une dosimétrie précise n’ait pas été faite."

Références


[1] http://www.thema-radiologie.fr/actualites/2592/l-etude-nelson-promeut-le-depistage-du-cancer-du-poumon-par-scanner.html

[2] https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2014-12/note_de_cadrage_cancer_du_poumon.pdf

[3] https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1911793

[4] Et encore souvent ce "gain" est exprimé en réduction relative du risque de décéder, c'est à dire en comparant un groupe dépisté à un groupe non dépisté.
En matière de cancer du sein, la manipulation est d'exprimer ce gain, de façon répétée, dans les médias notamment, en pourcentages. Ainsi on vous dit que le dépistage du cancer du sein réduit la mortalité de 20%, tout le monde comprend alors que 20 personnes sur 100 dépistées, en moins, meurent de ce cancer, or il n'en est rien, en chiffrage absolu il n'y a qu'une seule vie sauvée. Sur un groupe de 2000 femmes dépistées en 10 années on constate un décès par cancer du sein, sur un groupe de 2000 femmes non dépistées en 10 années on constate 5 décès, le passage de 5 à 4 constitue effectivement une réduction de 20%, mais en vraie vie, il ne s'agit que d'une seule personne....

[5] https://www.academie-medecine.fr/le-depistage-du-cancer-du-poumon-par-scanner-thoracique-faible-dose-stfd-reste-non-justifie-mais-peut-etre-utile-pour-un-bilan-de-sante-des-fumeurs/

[6] https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2021/02/RAPPORT-Académie-de-médecine.pdf

[7] http://agora.qc.ca/documents/radiation_des_depistages_aux_accidents_nucleaires

[8] https://cancer-rose.fr/2019/07/18/radiotoxicite-et-depistage-de-cancer-du-sein-prudence-prudence-prudence/

[9] https://cancer-rose.fr/2019/10/20/le-depistage-de-masse-du-cancer-du-sein-bafoue-les-valeurs-ethiques-et-les-principes-fondamentaux-du-systeme-de-radioprotection/

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Etre payé pour se faire dépister ?

Dr C.Bour, 13 février 2021

Voilà la question posée dans le JIM[1], le 13 février, par à une citoyenne, Mme Mirela Colleoni, participante à la consultation citoyenne de l’INCA[2] organisée pour "mettre fin aux cancers".
MMe Colleoni prend position à propos d'un item proposé par l'INCa qui lui a paru particulièrement manquant d'éthique.

Mme Colleoni est ingénieure agroalimentaire et titulaire d’un doctorat en Sciences de la Vie et de la Santé. 
Elle s'exprime conjointement avec deux autres scientifiques, Dr. Theodore Bartholomew  médecin à l’hôpital public Royal Surrey County en Grande-Bretagne et titulaire d'un Master en Bioéthique, et Mr Harald Schmidt, professeur au Department of Medical Ethics and Health Policy et Research Associate au Center for Health Incentives and Behavioral Economics, à l' Université de Pennsylvanie, aux États-Unis.

Nous nous étions déjà émus de cette consultation citoyenne, censée appuyer le prochain plan cancer décennal, lors de deux articles[3] [4] publiés au moment de son lancement dans lesquels nous dénoncions la collusion avec l'industrie pharmaceutique et la très faible participation citoyenne malgré la présentation dythirambique des communiquants de l'INCa.

Non seulement le citoyen n'a pu voter que pour des items fallacieusement formulés (voir nos articles), sans information préalable sur les tenants et les aboutissants de certaines mesures proposées, mais en plus le taux de participation n'est en aucun cas représentatif de la population française (2478 participants effectifs pour 3.8 millions de personnes touchées par le cancer en France, et 47 millions de français inscrits sur les listes électorales...), démentant ainsi "l'adéquation" qui existerait entre "les objectifs et mesures présentés et les attentes de nos concitoyens" proclamée par les communiquants de l'INCa.

Et nous nous étions déjà étonnés de cet item[5]en particulierqui a aussi retenu l'attention du trio d'auteurs dans le JIM : Expérimenter des incitatifs matériels pour faciliter la participation des personnes au dépistage :

Les mécanismes incitatifs tels que la motivation financière ou le défraiement des personnes (transport, garde d’enfant, travail) très peu utilisés jusqu'ici seront expérimentés pour évaluer leur apport dans le développement de la participation au programme.
L’adhésion aux programmes ou démarches de dépistage nécessite également la mobilisation des professionnels, que ce soit dans la réalisation de l’acte ou dans l’information et la sensibilisation au dépistage sinon l’incitation.

Cela n'est pas sans rappeler des mesures similaires déjà en place aux Etats-Unis où de nombreuses compagnies d'assurance maladie privées incitent les femmes à réaliser des mammographies de dépistage, en leur offrant des compensations sous différentes formes.

Que dénoncent les auteurs dans l'article ?

Cette citoyenne française et les deux co-auteurs dénoncent ensemble le cynisme de cette mesure d'incitation financière proposée par l'INCa qui fait fi des revendications de la véritable concertation citoyenne [6] dédiée au dépistage du cancer du sein organisée en 2016, laquelle demandait, outre l'arrêt de ce dépistage, une meilleure information donnée aux femmes sur la balance bénéfice-risques de ce dépistage du cancer du sein.("Prise en considération de la controverse dans l’information fournie aux femmes et dans l’information et la formation des professionnels".)

C'est ce que soulignent les trois auteurs, rappelant que l'enjeu est bien d'informer les femmes sur la balance bénéfice-risques du dépistage, notamment sur les risques du surdiagnostic, pour leur permettre un meilleur choix, optimal à chacune d'entre elles : "Le risque de ces incitations est que le processus de décision soit court-circuité, que les femmes prennent des décisions qu'elles regretteront et qu’elles n’auraient pas prises en l'absence d'incitations."

Les auteurs pointent le caractère non éthique de cet item: " ... le choix du dépistage doit être fait par des femmes correctement informées et non par leurs médecins, ni par les assureurs santé, ni par les décideurs des politiques de santé publique ou d’autres acteurs. Cette initiative ne devrait pas être promue, mais il faudrait plutôt s'assurer que les femmes puissent avoir accès à des informations réellement utiles sur les avantages et les inconvénients du dépistage. Nous préconisons plutôt d’encourager un choix actif et éclairé en incitant les femmes à utiliser des outils d’aide à la décision fondés sur des preuves."

En début d'article les auteurs rappellent l'analyse de la collaboration Cochrane[7] et le risque du surdiagnostic inhérent à ce dépistage, qui devrait être connu de chaque femme avant de s'engager dans un dépistage. Et ils posent tout à fait logiquement la question : "au lieu d'essayer à tout prix de renforcer les dépistages comme le nouveau plan cancer décennal le prévoit, ne pourrait-on pas mobiliser davantage de ressources pour l'accès égalitaire de toutes les femmes à des supports et des documents informatifs sur la balance bénéfice-risques de ce dépistage, afin de leur permettre de décider en leur âme et conscience de participer ou non au dépistage mammographique?"

Les demandes citoyennes entendues ? L'information des populations une préoccupation du nouveau plan ?

Que nenni.

L'item proposé sur l'incitation financière pour les femmes afin d'accroitre leur participation est une preuve de plus que L'institut National du Cancer fait royalement ce qu'il a envie de faire, promeut la poursuite de ses objectifs obsolètes, formule les items de telle sorte que les citoyens ne peuvent qu'approuver faute d'explications, et  enterre les demandes des citoyennes de 2016 dans une brutalité anti-démocratique.

Nous constations en outre que dans le petit groupe des 24 personnes ayant concocté ces items de la consultation, on trouve le représentant des entreprises du médicament (LEEM) Mr Eric Baseilhac, directeur des affaires économiques.

La triste suite de tout ceci, la voilà formulée dans le nouveau plan cancer européen, publié très peu de temps après cette "consultation citoyenne", censé s'appuyer sur les avis des citoyens mais déjà élaboré depuis longtemps, proclamant l'intensification des dépistages :

https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_21_342

".....faire en sorte que 90 % de la population de l'Union remplissant les conditions requises pour le dépistage du cancer du sein, du col de l'utérus et du cancer colorectal se voient proposer un dépistage d'ici à 2025. Pour y parvenir, un nouveau programme de dépistage du cancer cofinancé par l'Union sera proposé."

L'industrie pharmaceutique et de l'imagerie peut se frotter les mains :

"En outre, pour soutenir les nouvelles technologies, la recherche et l'innovation, un nouveau Centre de connaissances sur le cancer sera fondé afin de contribuer à la coordination des initiatives scientifiques et techniques liées au cancer à l'échelle de l'Union. Une «initiative européenne en matière d'imagerie sur le cancer» sera mise en place pour soutenir le développement de nouveaux outils assistés par ordinateur afin d'améliorer la médecine personnalisée et les solutions innovantes."

Tout continue comme prévu, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Références


[1] https://www.jim.fr/medecin/debats/e-docs/des_incitations_financieres_pour_le_depistage_du_cancer_du_sein_sont_contraires_a_l_ethique_186433/document_edito.phtml?reagir=1#formulaire-reaction

[2] https://consultation-cancer.fr/

[3] https://cancer-rose.fr/2020/12/15/inca-une-consultation-citoyenne-pourquoi/

[4] https://cancer-rose.fr/2020/12/17/la-concertation-citoyenne-de-linca-sur-le-futur-plan-cancer-une-mascarade/

[5] https://consultation-cancer.fr/consultations/axe-1-ameliorer-la-prevention/consultation/consultation/opinions/12-ameliorer-lacces-aux-depistages/mesures-proposees/experimenter-des-incitatifs-materiels-pour-faciliter-la-participation-des-personnes-au-depistage

[6] https://cancer-rose.fr/2016/12/15/nouvelles-du-front-premiere-manche/

[7] https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD001877.pub5/full

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