Fréquence des cancers du sein fortuits et des lésions précancéreuses lors d’études d’autopsies : une revue systématique de 2017/une étude japonaise 2026.
Revue systématique 2017
Étude japonaise 2026
décembre 2017 – https://bmccancer.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12885-017-3808-1
Une étude renforce la crainte que parmi les femmes traitées après découverte d’une lésion cancéreuse grâce au dépistage, et donc en l’absence de symptôme, un certain nombre (une sur deux dans l‘étude Autier aux Pays Bas publiée dans le BMJ) n’en aurait jamais souffert de son vivant ; on aurait pu éviter chez cette femme l’ablation d’un sein, une radiothérapie inutile ou une chimiothérapie fatigante.
Auteurs :
Elizabeth T. Thomas1 , Chris Del Mar 2 , Paul Glasziou 2 , Gordon Wright 1 , Alexandra Barratt 3 and Katy J. L. Bell 2,3
1 Faculty of Health Sciences and Medicine, Bond University, Robina, QLD 4229, Australia.
2 Centre for Research in Evidence-based Practice, Faculty of Health Sciences and Medicine, Bond University, Robina, QLD 4229, Australia.
3 Sydney School of Public Health, Sydney Medical School, Edward Ford Building (A27), University of Sydney, Fisher Road, Sydney, NSW 2006, Australia
Contexte
Les études d’autopsies ont démontré la fréquence de cancers occultes dans la population, mais les évaluations réalisées lors de ces études primaires portaient chaque fois sur un petit nombre de patients décédés.
Résultats
Les auteurs ont inclus 13 études de 10 pays différents, sur 6 décades (de 1948 à 2010), incluant 2363 autopsies avec 99 cas de cancers dits « incidentalomes » (cancers de découverte fortuite), ou de lésions précancéreuses.
Lorsque l’examen histologique a été plus approfondi (sur plus de 20 coupes histologiques), il a décelé davantage encore d’incidentalomes, des cancers in situ et des hyperplasies atypiques majoritairement, mais peu de cancers invasifs.
Ce qui signifie que plus on pousse la recherche histologique sur des personnes décédées, plus on trouve de cancers latents, avec une fréquence moyenne de ce cancer « accidentel » de l’ordre de 19,5% (0,85% cancer invasif + 8,9% de cancer in situ + 9,8% d’hyperplasie atypique).
Donc plus on cherche et plus on trouve, ce qui pose question sur le développement de techniques d’investigations de plus en plus performantes qui vont découvrir abusivement de plus en plus de ces lésions.
Les conséquences des sur-traitements qui en découlent sont à prendre plus au sérieux encore chez les femmes âgées en raison de la susceptibilité accrue aux effets adverses des traitements de cette population.
Conclusion
La revue systématique dans dix pays pendant plus de six décennies constate que la découverte fortuite de cancers occultes, in situ ou de lésions précancéreuses est très commune chez des femmes, chez lesquelles une maladie du sein n’était pas connue durant leur vie.
Il apparaît que des lésions cancéreuses ou pré-cancéreuses sont découvertes fortuitement chez 2 femmes sur 10 au cours de ces autopsies, les auteurs estiment que 40 % des cancers invasifs détectés par mammographie systématique et 24 % de l’ensemble des cancers invasifs seraient des sur-diagnostics.
Cette grande fréquence de cancers non détectés, in situ et hyperplasies atypiques dans ces études d’autopsies suggère que les programmes de dépistage devraient être plus prudents dans la promotion de méthodes de détection ayant une sensibilité accrue, qui majorent donc ces diagnostics inutiles.
2026 – Quelle est la charge du cancer occulte dans la population ?
C’est ce à quoi tente de répondre cette étude basée sur des autopsies, sur 66 ans, au Japon, publiée dans JAMA Network, le 5 février 2026-
https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2844664#250786366
Cette étude cherche à savoir comment le fardeau caché du cancer a évolué au Japon sur une période de 66 ans en examinant des données provenant d’autopsies réalisées au niveau national, pour des personnes décédées d’autres causes que le cancer.
Comme nous le savons depuis la revue systématique d’études d’autopsies présentée ci-dessus, et depuis fort longtemps, depuis les études d’autopsie de Nielsen[i], un certain nombre de cancers ne sont pas diagnostiqués du vivant des patients, ceux-ci meurent avec un cancer resté occulte, mais non pas à cause de ce cancer. Ces séries d’études ont montré qu’il existait un réservoir important de cancers occultes, très supérieur à ce que suggèrent les registres de cancers diagnostiqués.
Par exemple pour le sein, une étude montrait que le taux de tumeurs trouvées dans le sein de femmes décédées d’autres causes était 4X celui de la population vivante au même moment, sur 686 femmes autopsiées. (Nielsen, voir références en bas d’article)
L’étude japonaise porte sur 1,5 millions d’autopsies
.C’ est une étude de cohorte rétrospective basée sur un registre d’autopsies recense 1 486 557 autopsies réalisées sur 66 ans, à savoir une période entre 1958 et 2023.
Quels sont les résultats ?
Sur l’ensemble de la période, 55,2 % des autopsies comportaient au moins un cancer, proportion passée de moins de 40 % dans les années 1960 à environ 60 % à la fin des années 1980, puis stabilisée au‑dessus de 50 %. Les cancers primitifs multiples augmentaient nettement, passant de 1,8 % des autopsies en 1974 à 14,4 % en 2023.
Cela montre que le fardeau caché du cancer n’est pas négligeable et peut varier selon les périodes historiques, selon l’intensité des dépistages auxquels la population est soumise, selon les méthodes diagnostiques et selon l’accès aux soins.
Les registres classiques sous-estiment la véritable fréquence des cancers. L’excédent des cancers concerne en tout premier lieu le cancer de la prostate et le cancer de la thyroïde.
Pour le cancer prostatique occulte, la prévalence (nombre de cas d’une maladie dans une population à un moment donné, englobant aussi bien les cas nouveaux que les cas anciens) était de 6,9 fois supérieure au nombre de cas cliniques au même moment dans la population vivante.
Pour le cancer de la thyroïde, c’est encore pire, correspondant à des prévalences environ 95 fois supérieures chez les femmes et 61 fois supérieures chez les hommes par rapport aux nombres de cas cliniques présents dans la population vivante au même moment.
Un petit pourcentage de ces cancers occultes était même déjà métastatique, par exemple dans le cas du cancer du poumon, du pancréas, des voies biliaires et pour les hémopathies (cancers du sang).
Ces données confirment encore qu’il existe un réservoir important de cancers occultes, même parfois métastatiques dans la population. Le surdiagnostic est à nouveau au coeur du problème, généré par un dépistage qui favorise la détection de cancers qui ne se seraient jamais manifestés et n’auraient jamais menacé la vie.
Cela permet d’engager une réflexion sur la pertinence de dépistages plus ciblés, disent les auteurs, pour isoler les personnes les plus à risques, et pour détecter les tumeurs réellement menaçantes, celles qui deviendront réellement significatives, afin d’éviter ces cas de surdiagnostics.
Le surdiagnostic des cancers, très sous-estimé, comporte des conséquences non négligeables pour les patients, les faisant rentrer inutilement dans un parcours de malades.
Conclusion
Cette analyse permet de mieux comprendre la prévalence réelle des cancers dans une population, grâce aux autopsies réalisées.
Les auteurs concluent : » Cette étude de cohorte d’autopsies à travers le Japon a trouvé un réservoir substantiel de cancers non diagnostiqués, y compris certains avec un potentiel métastatique. Ces résultats soulignent la valeur persistante de l’autopsie pour évaluer le fardeau du cancer et soulignent la nécessité d’affiner les approches de la détection précoce tout en minimisant le surdiagnostic.«
Les études d’autopsie permettront d’affiner la compréhension de l’histoire naturelle des cancers, mais aussi d’axer la lutte contre le cancer ailleurs que sur des dépistages de masse qui favorisent grandement les diagnostics inutiles, par la découverte de ces lésions qui ne se seraient jamais manifestées.
On peut orienter la recherche également vers des marqueurs biologiques pour distinguer les lésions indolentes de celles qui ont un vrai potentiel évolutif et qui menaceront la vie du patient, ceci pour éviter les surtraitements, fort coûteux pour la santé des personnes et les ressources en santé.
[i] 110 autopsies systématiques
(étude de Nielsen, Danemark, 1987)
La mammographie et l’étude anatomo pathologique des seins de femmes âgées de 20 à 54 ans sans antécédent de pathologie mammaire montrent :
20 % de lésions malignes dont 2% d’invasives,
7 % d’ hyperplasie atypique,
37 % de cancers du sein entre 40 et 54 ans,
39 % de cancers du sein entre 40 et 49 ans.
Nielsen M, Jensen J, Andersen J. Precancerous and Cancerous Breast Lesions During Lifetime and at Autopsy. A Study of 83 Women. Cancer 1984 ; 54 : 612-615.
Nielsen M, Thomsen JL, Primdahls et al. Breast cancer and atypia among young and middle-aged women : a study of 110 medicolegal autopsies. Br J Cancer 1987 ; 56 : 814-819.
Etudes d’autopsies publiées entre 1984 et 1987 : 686 femmes décédées d’une autre cause qu’un cancer du sein ont été autopsiées.22 cancers invasifs ont été retrouvés, soit 32 pour mille, c’est-à-dire quatre fois plus que le taux calculé à partir des cas diagnostiqués dans la pratique cliniquependant la même période.
Le réservoir des diagnostics histologiques de cancer est immense. “Plus on cherche, plus on trouve d’anomalies histologiques.”
« Surdiagnostic, rendre les gens malades dans la quête de la santé » Welch HG et coll., Beacon Press, Boston 2011 ; Prix Prescrire 2012
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