Lettre de Michael Baum, The Times

Lettre de Pr Michael Baum dans Le Times du 24 mars 2019

Professeur Michael Baum est professeur émérite de chirurgie et professeur invité en sciences humaines University College London.

 

La lettre :

"Prolongation of survival is not a reliable outcome measure of screening for cancer but more of an artefact. There are two reasons for that, firstly lead time bias and secondly over-diagnosis. Lead time reflects a frame shift in observing the natural history of the disease that can be understood with this analogy. If you get on a train bound for Edimburgh at Durham that crashes at Newcastle you live for 20 minutes yet if you board the same train at King Cross you live for two and a half hours. Over diagnosis results from the detection of sub-clinical foci of  disease that microscopically look like cancer yet are not programmed to progress. These account for about 30% of screen detected "cancers" that are then over-treated by surgery, radiotherapy and chemotherapy, all of which have toxic consequences.

For that reason the only meaningful outcome measure is the comparison of all-cause mortality between a screened and unscreened population. Sadly screening seems to be zero sum game in that for every breast cancer death avoided there is one death from over-treatment of pseudo-cancers. I write as one of the architects of the NHSBSP in 1987/88 and it saddens me to suggest it is time to de-implement screening. At the same time i am delighted that we have a dramatic fall in breast cancer mortality since its peak in 1985 thanks to improvement on treatment."

 

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Traduction

 

L’allongement de la survie n’est pas une mesure fiable du dépistage du cancer, mais plutôt un artéfact. Il y a deux raisons à cela, d’abord un biais d’avance au diagnostic (lead time bias) et ensuite un surdiagnostic.

Le "lead time bias" (ou biais de devancement) reflète un glissement de fenêtre d’observation dans l’observation de l’histoire naturelle de la maladie qui peut être comprise avec cette analogie : Si vous montez à Tours dans un train qui va à Paris et que ce train s’écrase à Orléans, vous vivez pendant 30 minutes ; si vous montez dans le même train à Bordeaux, alors vous vivrez pendant trois heures et demie*.

Le surdiagnostic résulte de la détection de foyers infra-cliniques de la maladie. Au microscope, ils sont semblables à des cancers, mais ne sont pas programmés pour progresser. Le surdiagnostic représente environ 30% des "cancers" détectés au dépistage qui sont ensuite surtraités par la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie, tous ces traitements ayant des conséquences néfastes.
C’est pourquoi la seule mesure adéquate des résultats est la comparaison de la mortalité toutes causes confondues entre une population dépistée et une population non dépistée. Malheureusement, le dépistage semble être un jeu à somme égale en ce sens que, pour chaque décès par cancer du sein évité, il y a un décès dû au surtraitement des pseudo-cancers.

J’ai été l’un des créateurs du NHSBSP (English National Breast Screening Programme, programme national anglais de dépistage du cancer du sein) en 1987/88 et cela m’attriste de suggérer qu’il est temps de supprimer le dépistage. Dans le même temps, je suis ravi que nous ayons une chute spectaculaire de la mortalité du cancer du sein depuis son pic en 1985 grâce à l’amélioration des traitements.

(NDLR : Au Royaume-Uni, entre 1985 et 1993, baisse de 11 % de la mortalité par cancer du sein alors que le dépistage n’a été opérationnel qu’en 1988.)

 

*l'auteur a utilisé une analogie adaptée à la géographie britannique !

Ce que l'auteur explique est que le dépistage anticipe bien la découverte du cancer mais cela ne change en rien l'espérance de vie, votre survie apparaît plus longue en raison d'une anticipation de la 'date de naissance du cancer' du fait de sa détection avant l'arrivée de symptômes (ou alors il n'y aurait même jamais eu de symptôme....), mais sans influence sur votre longévité. L'issue sera la même que vous soyez monté à Tours ou à Bordeaux.

 

 

 

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