Inhibiteurs de kinases, innovation…et scandale

Par Cancer Rose, 12 janvier 2026

Depuis les années 90 dans le traitement du cancer du sein, les thérapeutiques ont beaucoup évolué. Notamment depuis 25 ans les traitements du cancer ont été bouleversés par des innovations comme les thérapies ciblées (action du médicament contre une caractéristique particulière de la cellule cancéreuse), l’immunothérapie (aussi une thérapie ciblée, comme les anticorps monoclonaux qui s’attaquent à une protéine spécifique de la cellule cancéreuse pour bloquer sa croissance), ou encore les cellules lymphocytaires génétiquement modifiées pour reconnaître la cellule malade et devenir des tueurs électifs dans l’organisme du patient.

Actuellement les inhibiteurs des kinases, et plus spécifiquement les CDK4/6 (cyclin-dependent kinases) sont de véritables blockbusters dans les thérapies anti-cancéreuses et se gagnent une place importante dans le marché des médicaments en oncologie.

Ce sont de très bons médicaments dans le cancer du sein métastatique, mais pas du tout efficaces dans le cancer du sein non métastatique mais à haut risque de récidive tel que cela est défini dans deux essais cliniques (Natalee et MonarchE).

Le haut risque de rechute est défini, dans l’essai MonarchE par des patients ayant 4 ou plus de 4 ganglions lymphatiques axillaires positif du même côté, ou 1 à 3 ganglion(s) lymphatique(s) axillaire(s) du même côté avec au moins un des 2 critères suivants : grade histologique 3 ou avec une taille de la tumeur primaire ≥ 5 cm.
Dans Natalee le haut risque de récidive est défini par des patients avec stade anatomique du cancer de groupe IIB-III, ou stade anatomique de groupe IIA qui est soit :
o Avec atteinte ganglionnaire
ou sans atteinte ganglionnaire, avec :- Grade histologique 3, ou – Grade histologique 2, avec l’un des critères suivants : – Ki67 ≥ 20%- Haut risque d’après une signature génomique
(Les essais cliniques sont listés en fin d’article)

Deux lanceurs d’alerte sanitaire ont édité une note (que vous trouverez, téléchargeable, en fin d’article) demandant un plan de sécurité immédiat sur cette classe médicamenteuse, dont nous relayons l’appel. Il s’agit de Carine Cohen, pharmaco-épidémiologiste s’exprimant en tant que patiente, et de Dr Jean-Pierre Thierry, médecin de Santé Publique.

Les inhibiteurs des kinases, mécanismes d’action

Comment ça marche ? 
Pour simplifier, les kinases sont des enzymes qui ajoutent des phosphates à d’autres molécules dans une cellule. Ils déclenchent le transfert d’un groupe de phosphates d’une molécule donneuse, généralement l’ATP(adénosine triphosphate), à une molécule cible, souvent une protéine. 
(L’adénosine triphosphate (ATP) est une molécule utilisée chez tous les organismes vivants pour fournir de l’énergie aux réactions métaboliques.)
Ces altérations provoquées (phosphorylation) dans les cellules cancéreuses agissent potentiellement sur la capacité des cellules malades à se diviser, à envahir les tissus et à former des métastases à distance.

On dispose essentiellement de deux molécules utilisées largement, le ribociclib (Kiskali) et l’abemaciclib (Vernezio). Ces molécules peuvent être utilisées en tant que traitement adjuvant (c’est à dire en complément des traitements habituels post-chirurgicaux comme la radiothérapie et de l’hormonothérapie), ou en tant que néo-adjuvant (c’est à dire avant le traitement principal, avant la chirurgie ou la radiothérapie), ceci principalement pour réduire la taille de la tumeur dans les cas de cancers agressifs de grande taille.

Voilà pour leur action.

Cependant, les deux auteurs de la note alertent sur plusieurs problèmes inhérents non seulement aux molécules elles-mêmes, mais aussi à la non-information des femmes ciblées par ces thérapeutiques sur les effets adverses, et en plus sur les biais méthodologiques qui grèvent les essais cliniques dans lesquels des femmes sont enrôlées, avec une fiche de consentement ne contenant pas de façon suffisamment claire les effets indésirables considérables auxquels elles s’exposent.

Les problèmes majeurs soulevés par la note d’alerte


1/ Des toxicités massives, incluant un certain nombre d’effets indésirables mortels non diagnostiqués, mal évalués au long terme, à savoir cardiovasculaires, hépatiques et hématologiques (neutropénies, c’est à dire baisse des globules blancs).

2/ Une résistance acquise aux traitements, en cas de récidive de la maladie, avec une progression plus rapide vers un cancer du sein de type triple négatif, beaucoup plus difficile à traiter et de mauvais pronostic.

3/ Aucune efficacité sur la survie globale (fausse efficacité), et peut-être même un impact négatif en raison de l’échappement au traitement et de la sélection de clones cellulaires résistants à la chimio-thérapie.(Nous y revenons plus bas)

4/ Pour l’abémaciclib, il existe peut-être une relation dose-effet inverse, ce qui signifie que le médicament peut fonctionner pendant les premières semaines avant l’apparition de la résistance acquise, ce dont les femmes ne sont pas alertées, pendant les deux ans de la durée du traitement, augmentant les risques mortels des effets indésirables.

5/Une controverse massive sur les essais cliniques dans lesquels sont incluses des patientes pour tester et comparer les options thérapeutiques, concernant le volet éthique de l’information donnée aux patientes, concernant la problématique des modalités d’inclusion de nouvelles patientes dans ces essais cliniques, et concernant l’honnêteté dans ce qui est promis aux malades, c’est à dire l’affichage d’un objectif de « désescalade thérapeutique » par remplacement des chimiothérapies qui seraient plus toxiques, ce qui est très contestable.

EN FRANCE, QUE DIT L’HAS (HAUTE AUTORITÉ DE SANTÉ) ?

Concernant le Ribociclib, L’avis de la HAS précise que « le ribociclib n’a pas de place dans la stratégie thérapeutique du cancer du sein précoce » notamment parce que le ribociclib présente une toxicité supérieure à la chimiothérapie qu’il prétend remplacer.
La note explique qu’en juillet 2025, pour le ribociclib (Kisqali®), la Haute Autorité de Santé française a rendu un avis défavorable au remboursement. La Commission de la Transparence, sur la base des données des essais cliniques, a donc jugé que le Service Médical Rendu par ce médicament était insuffisant (SMRi) et donc « n’a pas de place dans la stratégie thérapeutique » du cancer du sein précoce compte tenu des éléments suivants :

o Quantité d’effet très modeste

o Biais méthodologiques majeurs créant une incertitude importante sur l’efficacité réelle

o Absence de données robustes sur la survie globale

o Profil de tolérance préoccupant avec un surcroît de toxicité inacceptable en adjuvant (plus toxique que les traitements standards et notamment la chimiothérapie). »

Concernant L’abemaciclib (Verzenios®), il a obtenu un avis favorable de la HAS. Selon la note des deux lanceurs d’alerte, » la HAS a estimé le 24 mai 2023 que l’abemaciclib rendait un service médical modéré (SMR) et n’apportait pas d’amélioration du service médical rendu comparé au traitement standard actuel, l’hormonothérapie après traitement chirurgical, chimiothérapie et radiothérapie si besoin. » 

Les effets indésirables graves décrits

A -toxicité cardio-vasculaire

En traitement adjuvant, les données de la FDA américaine (Food and Drug Administration) et l’EMA européenne (Agence Européenne des Médicaments) ont révélé une toxicité mortelle du ribociclib supérieureà la chimiothérapie standard, au moins du double. La toxicité est cardio-vasculaire essentiellement, comme par exemple un allongement de l’intervalle QT (anomalie qui augmente le risque de rythme cardiaque rapide comme la tachycardie ventriculaire).
Le risque de décès est augmenté de 4X.

Il faut savoir que les événements indésirables des médicaments sont classés en grades. Le grade 5 sont des événements indésirables mortels.
Or le rapport de l’EMA (Agence européenne des médicaments) attribue, dans l’essai clinique Natalee, 16 décès dus aux effets indésirables du ribociclib
Parmi les 16 morts de Natalee rapportés en 2023, 5 avaient déjà eu lieu après la fin de l’exposition au ribociclib. Ces évènements sont minimisés et leur causalité avec le traitement niée dans l’essai, comme le soulignent les deux lanceurs d’alerte, « cette discordance entre l’évaluation concordante des autorités réglementaires, notamment via la notice de la FDA, et la communication scientifique interpelle sur la transparence et l’éthique de l’information » dans l’essai Natalee.

https://case.edu/cancer/sites/default/files/2018-06/Adverse-Effects.pdf
Grades 1 (p. ex., événement mineur ne nécessitant aucune intervention médicale particulière; résultats de laboratoire asymptomatiques seulement; pertinence clinique marginale)
Grades 2 : modérés (p. ex., intervention minimale; intervention locale; intervention non invasive; transfusion; procédure radiologique interventionnelle élective; endoscopie ou opération thérapeutique).
Grades 3 sont des événements indésirables graves et indésirables (p. ex., symptômes importants nécessitant une hospitalisation ou une intervention invasive; transfusion; procédure radiologique interventionnelle élective; endoscopie thérapeutique ou opération).
Grades 4 sont des événements indésirables potentiellement mortels ou invalidants (par exemple, compliqué par des complications métaboliques ou cardiovasculaires aiguës menaçant le pronostic vital telles qu’une insuffisance circulatoire, une hémorragie, une septicémie ; conséquences physiologiques menaçant le pronostic vital ; besoin de soins intensifs ou d’une procédure invasive émergente ; procédure radiologique interventionnelle émergente, endoscopie thérapeutique ou opération).
Grades 5 sont des événements indésirables fatals entraînant la mort.

B-autres toxicités

La neutropénie (diminution des globules blancs) est significative, ainsi que la toxicité hépatique.
Les patientes allèguent aussi une fatigue significative, tous ces effets pouvant impacter l’observance thérapeutique. De plus, l’absence d’activité physique induite par cette fatigue excessive entraîne de facto un défaut d’activité physique, majorant la toxicité cardiaque des chimiothérapies standards prescrites concomitamment.

C-échappement tumoral

Qu’est-ce que c’est ? 
Parfois on constate que tout d’un coup le traitement, que ce soit une chimiothérapie ou bien une thérapie ciblée, ne « marche » plus. 
En cause, il y a plusieurs facteurs : la charge tumorale d’abord, c’est-à-dire le nombre de cellules cancéreuses. Plus leur nombre est important, plus le risque que l’une d’entre elles devienne résistante à un traitement est élevé. 

Ensuite, une tumeur cancéreuse n’est pas un amas de cellules identiques. Elle est constituée d’une sorte de « mosaïque » de cellules aux caractéristiques moléculaires différentes, conférant à la tumeur une hétérogénéité intratumorale. 
S’il y a une sous-population de cellules dans la tumeur présentant un gène de résistance à la chimiothérapie, ces cellules résistantes, lors de la mise en place de la chimiothérapie, vont être « sélectionnées » et vont avoir un avantage prépondérant aux autres. 
Comme dans le monde animal, les organismes et les cellules les plus adaptés survivent, et donc seules ces cellules cancéreuses résistantes à la chimiothérapie ou à la thérapie par les inhibiteurs des kinases vont perdurer après le traitement, et se multiplier. 
Il s’agit du phénomène de résistance primaire.

D’autre part, le génome (ensemble des chromosomes et des gènes d’un individu) des cellules cancéreuses a le pouvoir de muter, et d’acquérir de nouvelles propriétés moléculaires. Le traitement lui-même peut ainsi provoquer l’apparition de caractéristiques favorisant la résistance des cellules cancéreuses. Ce n’est pas la séquence même des gènes des cellules cancéreuses qui est altérée, mais la façon dont ces gènes s’expriment.

Le phénomène d’échappement est bien connu en tant qu’effet indésirable de cette classe médicamenteuse et concerne les deux spécialités.
Dans le cadre du traitement néo-adjuvant, ce phénomène d’échappement pour le ribociclib concerne quand-même 66-73% des patientes traitées.

On ne peut donc plus parler de « désescalade thérapeutique » dans le traitement du cancer dit précoce si, d’une part, on constate une perte d’espérance de vie d’au moins 12 à 14 mois, correspondant au bénéfice de survie globale des CDK4/6 dans les cas de cancers métastatiques, si d’autre part on relève même des résistances croisées à plusieurs thérapeutiques ou bien encore si la sélection de clones cellulaires produit des métastases encore plus agressives et devenues triple négatives !

D-La survie globale et qualité de vie

Les différents essais ne montrent pas d’amélioration de la survie globale des inhibiteurs des kinases par rapport aux chimiothérapies, quand ces essais ne montrent pas en plus un effet négatif, pour certains, sur la survie.

La note de Carine Cohen et de Jean-Pierre Thierry relève même que sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, « la communication institutionnelle évoque une »désescalade thérapeutique » et une amélioration de la « qualité de vie », en arguant d’une moindre toxicité par rapport à la chimiothérapie standard. Cette terminologie, disent les auteurs, est retrouvée dans la communication institutionnelle concernant une étude clinique (étude NoLEEta) qui est promue par l’UCBG (French Breast Cancer InterGroup Unicancer ). La chimiothérapie est ainsi présentée comme plus dangereuse que le ribociclib, alors que c’est carrément l’inverse, le taux de mortalité lié à la toxicité des inhibiteurs des kinases est supérieur, ainsi que le sont les taux d’hospitalisation et les données de toxicité hépatiques et hématologiques.
Tout cela en l’absence totale de démonstration d’une amélioration de la survie globale et de la qualité de vie. L’emploi de la terminologie « désescalade thérapeutique » apparaît dans ce contexte fallacieux.
Aucun bénéfice sur la survie globale n’est attendu durant au moins les 4 ou 5 premières années, qui sont importantes pour les patientes, étant donné une espérance de vie déjà compromise dans les formes les plus agressives.

E-l’information due aux femmes

La note souligne même à quel point la communication aux femmes est trompeuse et contraire aux principes éthiques d’information et de consentement éclairé, dans la mesure où les données de qualité de vie ne figurent pas dans la notice du ribociclib (Kisqali®). 
La FDA a rappelé à l’ordre le laboratoire en 2024, interdisant de promouvoir directement le produit auprès des patientes en invoquant la « qualité de vie ».

F- Biais des essais cliniques

Dans certains essais cliniques internationaux (essais ManarchE et Natalee), les données de survie globale sont fortement biaisées dans le groupe témoin, c’est à dire le groupe de femmes qui sert de groupe comparateur par rapport au groupe « intervention », là où le produit est testé. 
Alors que ces médicaments ont démontré leur efficacité dans l’indication métastatique du cancer du sein, certaines patientes attribuées au groupe témoin dans ces essais cliniques n’ont pas eu accès aux inhibiteurs des kinases lors de leurs récidives ou de l’apparition de métastases (elles avaient eu une hormonothérapie adjuvante seule). Il y a là une perte de chance pour ces femmes car cette privation de traitement accélère artificiellement la mortalité dans le groupe témoin, comparé aux pays où ces traitements sont disponibles, dont la France.

La note relève que « des centaines et potentiellement des milliers de patientes restent encore exposées dans des essais cliniques …. et en routine clinique y compris hors indication ou hors remboursement, alors que les essais cliniques sont à l’origine d’un débat scientifique contradictoire, et surtout, indépendamment de ce contexte particulier, sans que l’information adéquate sur les risques connus et les bénéfices hypothétiques attendus leur soient communiquée« .

Dans l’essai appelé Ribolaris, on expose toutes les patientes à 2,5 années de ribociclib en traitement adjuvant, y compris aux 60% de femmes reconnues comme devenues résistantes durant la phase néoadjuvante (« non-répondeuses »). Non seulement il y a addition des effets toxiques mais en plus il y a aggravation des résistances acquises, par sélection de clones tumoraux de plus en plus agressifs, comme expliqué plus haut. Dans cet essai Ribolaris, on étudie le Ribociclib en traitement néoadjuvant et adjuvant associé à une thérapie endocrinienne, pour le traitement du cancer du sein précoce à haut risque.
Le « test PAM50 », utilisé dans le cadre de l’essai, est un test génomique, ou test génétique de la cellule cancéreuse pour prédire l’efficacité des traitements. Il permet de classer les différents types de cancers et guide les décisions thérapeutiques. Or ce test n’a pas été validé par la HAS pour une utilisation au moment du diagnostic. La stratégie de l’essai avec utilisation du test impose du ribociclib et peut-être une chimiothérapie à des femmes qui pouvaient les éviter, et prive certaines d’une chimiothérapie dont elles pourraient bénéficier, par exemple en cas de progression ganglionnaire, cas où le PAM50 interdit la chimiothérapie.

Des femmes avec un sur-risque génétique, comme la mutation BRCA, sont privées du test BRCA afin de les inclure dans l’essai Ribolaris.

Les informations avant traitement données aux patientes sont lacunaires, ou ne sont pas au premier plan, notamment concernant l’aggravation des résistances et des progressions métastatiques pendant la phase néoadjuvante par l’ajout du ribociclib, ainsi que sur la toxicité beaucoup plus élevée du ribociclib par rapport à la chimiothérapie standard.

En somme, face aux biais méthodologiques accablants, au manque de transparence, d’éthique et d’information des patientes, de plus en plus d’experts internationaux indépendants s’opposent à l’utilisation systématique actuelle des CDK4/6 en traitement adjuvant ou néoadjuvant.

G-La non information

Lors du recrutement de patientes dans les essais cliniques encore en cours, les auteurs de la note alertent sur l’absence d’une information correcte sur :

– La toxicité comparée à la chimiothérapie standard dans le traitement du cancer du sein non métastatique

– L’absence de bénéfice démontré sur la survie globale durant les quatre ou cinq premières années

– Le risque connu d’impasse thérapeutique en cas de récidive métastatique

– Les alternatives thérapeutiques disponibles que les patientes pourraient préférer

– Les avis de la Haute Autorité de Santé à la suite de l’évaluation comparative avec les standards de soins, ainsi que sur l’utilisation des tests génomiques.

Il est pourtant impératif, souligne la note, que les femmes soient informées des risques de toxicité potentiellement mortelle à court et à long terme, et obtiennent l’information complète concernant des motifs précis du Service Médical Rendu Insuffisant octroyé au ribociclib par la HAS dans le cancer du sein non métastatique.  

Combien de femmes concernées ?

Selon l’auteure principale de la note, Mme Carine Cohen, 85 françaises ont été intégrées dans l’essai Calhys, 1100 victimes potentielles recrutées dans l’essai Ribolaris dont environ la moitié en Espagne (difficile à chiffrer car on ignore si la décision de l’Agence Nationale française de Sécurité du Médicament (ANSM) de suspendre les inclusions des femmes dans l’essai, entre juillet 2024 et février 2025, a été suivie aussi en Espagne).
Il pourrait y avoir 3900 femmes concernées dans l’essai NoLEETa, dont une première victime recrutée à l’Institut Curie.
Difficile d’avoir des infos sur le nombre de victimes dans les autres pays où les essais ont été déployés.
Pour les autres pays, dans l’essai NoLEETa par exemple il y a l’Allemagne, la Hollande, l’Espagne, la Suisse, l’Italie, le Brésil et le Canada.

Selon la note des deux auteurs (page 1 et 2 ) « Les populations de patientes concernées en France dans cette indication (en traitement adjuvant, NDLR) sont importantes et permettent de prendre la mesure des enjeux :
L’indication du ribociclib concerne des cancers du sein à risque modéré représentant environ 30 à 43% des cancers du sein incidents (environ 14.000 patientes potentiellement éligibles par an).
L’indication de l’abemaciclib concerne potentiellement 14% à 18% des cancers du sein (environ 6000 patientes potentiellement éligibles par an).
Ces chiffres reflètent une éligibilité théorique basée sur les critères biologiques et cliniques généraux.
L’éligibilité réelle, après prise en compte des contre-indications, des comorbidités, et d’autres critères favorisant l’individualisation des stratégies thérapeutiques, devrait être substantiellement plus restreinte. Les populations réellement éligibles peuvent être estimées à environ 10 000 patientes/an pour le ribociclib et 4500 patientes/an pour l’abemaciclib. »

Dans le monde, environ 300 000 patientes pourraient être éligibles au ribociclib.

CONCLUSION

Des experts internationaux indépendants, de plus en plus nombreux, recommandent de ne pas utiliser les CDK4/6 dans le cancer du sein non métastatique, s’appuyant sur les constats suivants :

– Les mécanismes de résistance acquise et l’impasse thérapeutique qui en résulte

– L’échec confirmé du Palbociclib en adjuvant (il s’agit d’une troisième spécialité à côté du ribociclib et de l’abemociclib dont nous n’avons pas parlé, car son échec est confirmé par deux études.)

– Les conclusions négatives de l’utilisation de ces molécules en néoadjuvant à cause de l’échappement tumoral (dans deux autres études), et de la toxicité plus importante que la chimiothérapie standard.

– Les données de toxicité mortelle, notamment cardiovasculaire, toxicité commune à toute cette classe de médicaments.

Madame Carine Cohen et Dr Jean-Pierre Thierry demandent un moratoire permettant la suspension immédiate de l’exposition dans les études avec le ribociclib (RIBOLARIS, CALHYS et NoLEEta) ainsi que la réévaluation de toutes les patientes exposées ou actuellement sous traitement. Cette démarche nécessite une information systématique de toutes les patientes exposées aux inhibiteurs des CDK4/6 en adjuvant/néoadjuvant.

L’urgence de la situation, selon eux, impose une action immédiate des autorités sanitaires. « Sans changement majeur, des milliers de femmes resteront exposées à des traitements dont l’efficacité rapide en survie globale n’est pas prouvée, avec des toxicités mortelles et des résistances acquises documentées mais non communiquées, tout en leur donnant une fausse assurance de protection grâce à une proposition de ‘désescalade' ».

Il faut par ailleurs mettre en place une pharmacovigilance renforcée. « L’utilisation du ribociclib et des autres inhibiteurs de CDK4/6 en situation adjuvante et néoadjuvante doit faire l’objet d’une réévaluation au vu des dérives documentées non seulement dans les essais sur le ribociclib, mais dans les cas de prescription usuelle. »

Nous reproduisons ci-dessous la note émise par ces deux lanceurs d’alerte, avec leur aimable autorisation.
(Et en dessous de celle-ci, pour ceux intéressés, vous trouverez la liste des essais cliniques dont il est question.)

Nous envisageons également d’écrire aux différents laboratoires sponsors des différents essais cliniques pour obtenir des réponses à divers questionnements.

Pour ceux intéressés, voici les différents essais cliniques cités dans l’article et dans la note :

Essai Natalee : Étude de phase III, multicentrique, randomisée, ouverte visant à évaluer l’efficacité et la tolérance du ribociclib avec une endocrinothérapie en traitement adjuvant chez des patients atteints d’un cancer du sein précoce à récepteurs hormonaux positifs, HER2 négatif / Novartis

Essai MonarchE : Etude de phase III randomisée, en ouvert, évaluant l’Abemaciclib en association à un traitement anti hormonal standard versus traitement anti hormonal de référence en situation adjuvante seul chez des patients atteints d’un cancer du sein précoce à haut risque de récidive, avec atteinte ganglionnaire, HER2- et RH+ / Lilly

Étude Adaptcycle : étude de phase III consacrée à la question de savoir si une inhibition de CDK4/6 plus une hormonothérapie (ET) pouvaient remplacer la chimiothérapie dans le cancer du sein RH+/HER2- précoce à risque modéré à élevé. / Groupe d’étude ouest-allemand/Novartis/ Genomic Health

Essai Feline : étude de l’efficacité d’un traitement néoadjuvant par anti-aromatase (hormonothérapie) avec ou sans ribociclib pour les cancers du sein hormonodépendants / Novartis

Essai Ribolaris : Étude du RIBOCICLIB en néoadjuvant et adjuvant avec thérapie endocrinienne (ou hormonothérapie) pour le traitement du cancer du sein RE+/HER2- à haut risque /Novartis / Unicancer

Essai Calhys : Etude de phase I/II de sécurité et d’efficacité du Ribociclib en association à l’hormonothérapie et la radiothérapie hypofractionnée dans le cancer du sein, récepteurs hormonaux positifs et HER2 négatif, chez des patientes âgées, nouvellement diagnostiquées, non immédiatement opérables. / Centre de lutte contre le cancer Antoine Lacassagne – CLCC Nice

Essai NoLEEta : essai mondial de phase 3 de non-infériorité visant à démontrer que les patientes atteints d’un cancer du sein précoce ER+ HER2- à risque intermédiaire traités par ribociclib pourraient être épargnées des effets secondaires de la chimiothérapie avec des résultats de survie similaires. / Unicancer

Essai CORALLEEN : étude multicentrique randomisée à deux bras menée chez des femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein primaire de type Luminal B HR+/HER2 négatif, pour explorer si l’association du ribociclib et du létrozole (hormonothérapie) offre un bénéfice clinique au moins comparable à celui de la chimiothérapie standard. / Groupe de recherche sur le cancer du sein SOLTI / Novartis

Essai Carabela : essai de phase II pour étudier l’efficacité, du point de vue de la maladie résiduelle et en fonction du niveau de la prolifération tumorale d’un traitement néoadjuvant combinant abémaciclib et létrozole (hormonothérapie) par rapport à une chimiothérapie.

Essai Lidera : étude de phase 3, randomisée, évaluant l’efficacité et l’innocuité du Giredestrant en adjuvant par rapport à une hormonothérapie adjuvante laissée au choix du médecin, chez des patientes ayant un cancer du sein précoce à récepteurs d’œstrogènes positifs et HER2 négatif. / Roche

Programme Señorita : Un parcours de soin créé à l’Oncopole de Toulouse pour les patientes ayant un cancer du sein non métastatique, éligibles à un inhibiteur de CDK4-6 associé à une hormonothérapie en adjuvant. Pour améliorer l’accompagnement des patientes pour une meilleure gestion des effets indésirables, une meilleure adhésion au traitement et une plus grande sécurité.


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