Dépistage du cancer du sein par examen clinique des seins, une étude indienne….ambivalente

Effet du dépistage par examen clinique des seins sur l'incidence et la mortalité du cancer du sein après 20 ans: essai contrôlé randomisé en grappes prospectif à Mumbai

https://www.bmj.com/content/372/bmj.n256

Dr C.Bour et

  • Contribution de Dr M.Gourmelon pour le décryptage de la présentation des risques de mortalité. Annexe b
  • Contribution de Dr V.Robert pour l'analyse statistique. Annexe c


27/02/2021

Trois essais randomisés comparatifs ont été menés, en Russie, Chine et au Royaume Uni [annexe a] réunissant presque 400 000 femmes au total, qui n'ont démontré ni diminution de mortalité par cancer du sein, ni diminution des mastectomies. En revanche les faux positifs étaient augmentés donnant lieu à des examens complémentaires et des biopsies avec résultats normaux, et ils occasionnaient aussi une augmentation de l'anxiété des femmes.
Il a été question également de faire des dépistages par des professionnels formés, le problème est la reproductibilité d'un opérateur à l'autre qui n'est pas bonne. Bref, la palpation clinique des seins en tant que méthode de dépistage de routine n'a pas été retenue, car l'auto-examen des seins ne s'avère pas être finalement une méthode efficace pour la détection précoce du cancer du sein. Et on ne sait toujours pas jusqu'à présent si le dépistage par examen clinique des seins peut réduire réellement la mortalité par cancer du sein

Un essai indien

Une nouvelle étude reprenant l'idée d'un examen clinique des seins comme dépistage de masse est réalisée par une équipe de chercheurs de Mumbai, qui publie les résultats de son essai clinique contrôlé randomisé sur 20 années.

L'objectif de l'étude était de tester l'efficacité d'un dépistage du cancer du sein par examen clinique pour réduire la mortalité par la maladie et pour réduire également le stade du cancer au moment du diagnostic, par rapport à l'absence de dépistage.

151 538 femmes âgées de 35 à 64 ans sans antécédent de cancer du sein ont participé  à l'étude.

Les femmes du groupe de dépistage (75 360) ont bénéficié de quatre cycles de dépistage par examen clinique des seins (réalisé par des professionnels de soins primaires formés) et de sensibilisation au cancer tous les deux ans. Les femmes du groupe témoin (76 178) ont bénéficié d'une sensibilisation au cancer et de huit cycles de surveillance active tous les deux ans.

On examine si, dans le groupe dépistage, le cancer trouvé est d'un stade moindre au moment du diagnostic par rapport aux femmes non dépistées, et bien sûr si la mortalité par la maladie a décru.

Les résultats principaux de l'étude sont les suivants :

  • L'examen clinique des seins effectué tous les deux ans par des professionnels de soins primaires a considérablement réduit le stade du cancer du sein au moment du diagnostic.
  • L' examen clinique des seins a conduit à une réduction non significative de 15% de la mortalité globale par cancer du sein ; MAIS il s'agit d'une réduction relative, c'est à dire pour le groupe des dépistées par rapport au groupe des non dépistées (groupe témoin).
    Voir : [annexe b]
  • Les auteurs concluent à une réduction significative de près de 30% de mortalité chez les femmes âgées de la tranche d'âge ≥ 50 ans. MAIS Il s'agit là d'une analyse de sous-ensemble faite post-hoc, non prévue dans le protocole d'étude initial, donc après avoir pris connaissance des données ; là aussi il ne s'agit pas de réduction absolue mais d'une réduction relative du risque en comparant deux groupes. Voir : [annexe b]
  • Aucune réduction significative de la mortalité n'a été observée chez les femmes de moins de 50 ans. 

Du point de vue des auteurs, ce qu'apporte l'essai de Mumbai :

  • Dans cette étude de 20 ans, un examen clinique des seins effectué par des agents de santé formés à Mumbai a conduit à une réduction du cancer du sein au moment du diagnostic et à une réduction de la mortalité due à la maladie de près de 30% chez les femmes âgées de 50 ans et plus, mais sans réduction de la mortalité observée dans le groupe des femmes de moins de 50 ans.
  • Une réduction de 5% de la mortalité toutes causes confondues a été observée dans le bras dépistage par rapport au bras témoin, mais qui n'était pas statistiquement significative.
  • L'examen clinique des seins doit être envisagé pour le dépistage du cancer du sein dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Examen de l'étude sur le plan de sa solidité

Nous livrons ici l'analyse de Dr Robert, statisticien du groupe Cancer Rose, analyse que vous trouverez plus exhaustivement en annexe à la fin de l'article [annexe c].

Pour lui, les analyses post-hoc [1], reprises dans l'abstract et dans la conclusion, posent problème.
Nous résumons ses conclusions principales sur l'étude :

1-Réaliser des analyses post-hoc fait suspecter ou un manque de rigueur scientifique ou un manque d'objectivité, avec une propension de vouloir démontrer a posteriori, par une analyse non prévue dans le protocole d'étude au préalable et faite sur la base des données disponibles, à tout prix l'efficacité du dépistage par examen clinique des seins.

2-L'étude est présentée comme randomisée mais en fait il s'agit d'une randomisation par clusters (par groupes d'individus et non par individus). Les auteurs ne donnent aucune information sur la taille des clusters, ni sur leurs caractéristiques. Il est de ce fait impossible de savoir si la randomisation est suffisante ou pas pour rendre les groupes 'dépisté' et 'contrôle' comparables.

3-La manière dont sont attribués les décès (cause de décès par cancer du sein ou autre cause ?) est discutable. Lorsque deux médecins consultés pour déterminer la cause sont unanimes, la cause est retenue, mais s'il y a divergence un troisième avis est requis et la majorité des avis l'emporte ; un procédé rigoureux demanderait à éliminer le cas litigieux.


Autres remarques diverses

Forcément il y a un certain taux de surdiagnostics qui dilue, dans l'ensemble des cancers trouvés, le nombre des cancers plus avancés, dont la proportion apparaît ainsi moindre. Ce qui fait que, comme les résultats sont exprimés en pourcentage, on a l'impression qu'il y a davantage de cancers de stade plus précoce dans le groupe dépisté . Il est étonnant que le BMJ accepte cette présentation en pourcentage qui biaise les résultats. Et en effet il y a globalement davantage de femmes avec cancer du sein dans le bras dépistage (198) que dans le bras témoin (151).

(On sait que la présentation en pourcentage enjolive les données, et qu'elles donnent une perception fictive de la réalité. Lire : http://www.hippocrate-et-pindare.fr/2017/01/01/resolution-2017-non-au-risque-relatif-oui-au-risque-absolu/)
Ainsi dans l'annexe 4 du rapport de la concertation citoyenne[annexe d] (page 155) par exemple, les citoyennes ayant demandé une restitution honnête des données, des représentations graphiques sont proposées de ce que les pourcentages représentent "en vraie vie".)

Ce qu'on constate essentiellement est que le résultat global n'est pas enthousiasmant, puisqu'il n’y a pas de diminution statistiquement significative de la mortalité par cancer du sein dans l'ensemble de la population dépistée.
Et il est toujours problématique, comme souligné par Dr Robert, d'avoir des résultats d'analyses réalisées après, une fois toutes les données en main, permettant de "choisir" ce qu'on souhaite mettre en avant, laissant ainsi planer le doute sur la recevabilité des résultats.

Bernard Duperray[2], dans son ouvrage "dépistage du cancer du sein, la grande illusion", mentionne l'étude de Shangaï où les résultats trouvés sont quasiment opposés à ceux de l'essai de Mumbai : "Dans un essai réalisé à Shangaï d’octobre 1989 à octobre 1991 sur près de 270 000 femmes, 130 000 ont été initiées à l’autopalpation sous surveillance médicale et comparées à un groupe témoin (non dépisté). Les taux cumulés de mortalité par cancer du sein après dix à onze ans de suivi étaient similaires dans les deux groupes ...... [3].

Pour conclure

Il est important de garder à l'esprit que cette étude a eu lieu dans un cadre très différent de nos populations occidentales. Les initiatives de palpation des femmes par un personnel formé dans un contexte comme Mumbai sont susceptibles de réduire la morbidité et le stade de cancers pour lesquels les femmes pourraient se présenter trop tardivement pour une prise en charge.
Les auteurs décrivent les difficultés[4] rencontrées pour mener à bien cet essai, notamment du point de vue du financement, quand l'Europe dans le même temps est capable de sacrifier 12 millions d'euros pour une étude ratée avant même d'avoir commencé, et qui n'apportera aucun renseignement exploitable, ni sur le surdiagnostic ni l'utilité du dépistage mammographique.[5]

Si cet article n'a pas de solidité scientifique, et qu'on ne peut affirmer formellement l'intérêt d'un dépistage organisé par examen clinique des seins, le non-intérêt de ce type de dépistage par examen clinique n'est pas démontré pour autant !
Un essai plus solide, à trois bras, pourrait être imaginé, avec un bras ' aucun-dépistage'.

Citons ici une 'rapid response' à la publication de cette étude[6] (Ismail Jatoi-Professor and Chief, Division of Surgical Oncology and Endocrine Surgery-University of Texas Health Science Center, San Antonio) : ".... le risque de surdiagnostic augmentera avec l'utilisation d'une technologie de dépistage plus moderne (c.-à-d. tomosynthèse, imagerie par résonance magnétique), ce qui augmente le taux de détection de cancers plus occultes (non palpables)."
... " Pris ensemble, les résultats de l'essai de Mumbai et du CNBSS[7] suggèrent qu'un essai clinique randomisant des femmes âgées de 50 ans et plus pour un dépistage par mammographie versus un dépistage par examen clinique des seins (ECS) est désormais justifié. Si un tel essai démontre qu'il n'y a aucun avantage supplémentaire au dépistage par mammographie au-delà de ce qui est réalisable avec le dépistage par ECS, alors le dépistage par ECS devrait remplacer la mammographie de dépistage comme méthode optimale de dépistage du cancer du sein."

Ethiquement la réalisation d'un essai clinique randomisé testant le dépistage mammographique versus dépistage clinique serait justifié, en France malheureusement inenvisageable, puisque l'argument souvent opposé est qu'il est non-éthique de soustraire les femmes au dépistage mammographique. On semble considérer qu'il est plus éthique de convoquer les femmes de façon coercitive et insistante à un dépistage radiologique qui a failli....

Mais la pandémie et les problèmes à venir d'attribution des ressources en santé pourraient nous amener à repenser à ce genre d'essais dans le monde, notamment pour des populations peu favorisées, au lieu d'approfondir un dépistage mammographique décevant par des technologies que nous connaissons en occident, lesquelles favorisent de plus en plus les surdiagnostics.

Références

[1] Dans une étude scientifique, l' analyse post hoc (du latin post hoc , «après ceci») consiste en des analyses statistiques qui ont été spécifiées après la consultation des données. Cela crée généralement un problème de test multiple car chaque analyse potentielle est en fait un test statistique . Plusieurs procédures de test sont parfois utilisées pour compenser, mais c'est souvent difficile voire impossible à faire avec précision. L'analyse a posteriori qui est menée et interprétée sans une prise en compte adéquate de ce problème est parfois appelée « dragage de données» par les critiques parce que les associations statistiques qu'elle trouve sont souvent fausses. (Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Post_hoc_analysis )

[2] Bernard Duperray "dépistage du cancer du sein, la grande illusion"-éditions Thierry Souccar.

[3] THomas DB, gao Dl et al. Randomized trial of breast self-examination in Shanghai: nal results. Journal of the National Cancer Institute. 2002 Oct 2;94(19):1445-57.

Cox B. Variation in the effectiveness of breast screening by year of follow-up. Journal of the National Cancer Institute. Monographs. 1997;(22):69-72.

Retsky m. New concepts in breast cancer emerge from analyzing clinical data using numerical algorithms. International Journal of Environmental Research and Public Health. 2009 Jan;6(1):329-48.

[4] https://blogs.bmj.com/bmj/2021/02/24/the-story-of-the-mumbai-breast-screening-study/

[5] https://cancer-rose.fr/my-pebs/2019/06/10/argumentaire/

[6] https://www.bmj.com/content/372/bmj.n256/rr-1

[7] Miller AB, Wall C, Baines CJ, Sun P, To T, Narod SA. Twenty five year follow-up for breast cancer incidence and mortality of the Canadian National Breast Screening Study: randomised screening trial. BMJ. 2014;348:g366.


Annexes

[a]

[b] Explication du caractère trompeur des présentations des risques en pourcentage de réduction relative du risque de décéder. Dr M.Gourmelon

1-L' examen clinique des seins a conduit à une réduction non significative de 15% de la mortalité globale par cancer du sein-

Les 15 % vienne du calcul relatif suivant :

mortalité par cancer du sein dans le groupe dépistage 213 morts, 251 dans le groupe contrôle.

251 -213 = 38

3800/251 = 15,13 %

c’est ainsi que l’on obtient 15 % de réduction relative de la mortalité par cancer du sein.

Mais quel est-il en absolu ?

213 morts pour 75360 femmes du groupe dépistage.

21300/75360 = 0,2826 % est donc le pourcentage absolu de décès de femmes par cancer du sein dans le groupe dépistage

251 morts pour 76178 femmes du groupe contrôle.

25100/76178 = 0,3295 % est le pourcentage absolu de décès de femmes par cancer du sein dans le groupe contrôle.

Nous avons donc : 0,3295 – 0,2826 = 0,0469 % arrondi à 0,05 % de décès de femmes en moins.

Le pourcentage relatif est donc de 15 %, et le pourcentage absolu de 0,05 %.

En effet le pourcentage absolu représente la réduction de mortalité des femmes entre le groupe dépistage et le groupe contrôle.

Le pourcentage relatif, lui exprime la différence entre le nombre total de morts dans le groupe dépistage et le groupe contrôle, une réduction pour un groupe non pour des individus.

Or ce qu’il est important de savoir pour une bonne information des femmes, c’est la réduction que ces dernières peuvent attendre du dépistage et non de savoir de combien le dépistage apporte de réduction dans le groupe dépistage par rapport au groupe non dépistage.

Mais pour « promouvoir » le dépistage il vaut mieux avancer un chiffre de réduction de 15 %, qui ne concerne pas les femmes directement mais qu’elles interpréteront ainsi, que 0,05 % qui est le chiffre réel de réduction qu’elle peuvent attendre en se soumettant au dépistage.

C’est tout la subtilité de présentation des chiffres dont la plupart des lecteurs des études n’auront pas conscience, mais que les auteurs, oui et que la concertation citoyenne de 2015 avait demandé que de telles présentations ne soient plus acceptées.

2-Ensuite de la même façon :

 Les auteurs concluent à une réduction significative de près de 30% de mortalité chez les femmes âgées de la tranche d'âge ≥ 50 ans.

Les 30 % viennent du calcul suivant, de la même façon :

64 femmes de plus de 50 ans, mortes d’un cancer du sein dans le groupe dépistage, 93 dans le groupe contrôle.

Il y a donc une réduction des décès par cancer du sein de : 93-64 = 29

donc 2900/93 = 31,18 % de réduction relative de la mortalité chez les femmes de plus de 50 ans.

Mais qu’en est-il en réduction absolue :

64 femmes décédés sur 20965 femmes de plus de 50 ans du groupe dépistage.

6400/20965 = 0,3053 % soit la mortalité absolue par cancer du sein dans le groupe dépistage

93 femmes décédés sur 21909 femmes de plus de 50 ans du groupe contrôle

9300/21909 = 0,4245 %

soit 0,4245-0,3053 = 0,1192 %

Donc en absolu la réduction de mortalité des femmes par cancer du sein est de 0,12 %

De la même façon que précédemment, en calculant en% absolu, l’on exprime le risque de mortalité des femmes de plus de 50 ans et donc sa réduction, alors que de l’autre, le % relatif n’exprime qu’une réduction d’un groupe par rapport à un autre : la comparaison entre le groupe des femmes dépistés et le groupe des femmes non dépistés et en aucun cas la réduction de risque des femmes de plus de 50 ans elles-même.

3-Enfin, il en est de même:

Une réduction de 5% de la mortalité toutes causes confondues a été observée dans le bras dépistage par rapport au bras témoin, mais n'était pas statistiquement significative :

11853 décès toutes causes dans le groupe contrôle

11261 décès toutes causes dans le groupe dépistage

11853-11261= 592 décès en moins.

59200/11853= 4,9945 % donc 5 % de décès en moins entre le groupe dépistage et le groupe contrôle mais pas 5 % en moins de femmes décédées, car pour cela il faut calculer en pourcentage absolu.

Ce qui donne:

1126100/75360= 14,94 %

1185300/76178= 15,56 %

15,56-14,94 = 0,62 %

[c] Analyse Dr Robert

1. Avec chaque analyse post hoc (chaque comparaison par sous-groupes), on se donne une chance supplémentaire d'arriver par hasard à un résultat statistiquement significatif.

Ainsi, pour arriver presque à coup sûr à un résultat statistiquement significatif, il suffirait de créer les sous-groupes au hasard 100x de suite. Avec le seuil de significativité habituel de 0.05, on aurait un peu plus de 99 chance sur 100 que au moins 1 des 100 comparaisons par sous-groupes donne (par hasard puisque les sous-groupes ont été constitués sur une base aléatoire) une p.value <0.05 (autrement dit un résultat statistiquement significatif).
(NDLR : Ainsi on garde cette analyse qui semble positive selon les critères retenus par les auteurs et on peut ignorer les autres 99 études qui apparaissent négatives).
Ainsi les auteurs ne font pas état de 100 analyses post hoc mais seulement de 2 (une pour les moins de 50 ans et une pour les plus de 50. ans). Mais, avec les 2 post hoc + l'analyse principale (celle sans sous-groupe), cela donne quand même 3 "tickets" pour tenter d'avoir au moins un résultat statistiquement significatif. Le risque d'erreur dans la conclusion n'est donc plus de 0.05 mais d'environ 0.143.
Plus grave, on ne sait pas combien d'analyses post hoc ont été réellement pratiquées. Les auteurs affichent les résultats pour les sous-groupes moins de 50 ans et plus de 50 ans. Mais en fait, on ne sait pas combien de sous-groupes ils ont essayé avant d'arriver à un sous-groupe avec un résultat statistiquement significatif. Rien ne dit qu'ils n'ont pas essayé plus de 36 ans : sans succès ; puis plus de 37 ans : sans succès ; puis plus de 38 ans : sans succès ; ... ; puis plus de 50 ans :  bingo !!! p.value = 0.02 on peut publier.
Le problème c'est que, ce faisant, ils se seraient donnés 15 "tickets" pour avoir un résultat statistiquement significatif. Le risque d'erreur dans la conclusion ne serait donc plus 0.05 mais 0.537 (autrement dit plus d'1 chance sur 2 que la conclusion d'une diminution de la mortalité chez les femmes de plus de 50 ans soit le fait du hasard et d'une méthodologie statistique contestable).
Le fait que les auteurs aient fait des analyse post-hoc (peu importe le nombre) prouve :
- un manque de rigueur ou de connaissances statistiques
- un manque d'objectivité avec une envie forte de démontrer à tout prix l'efficacité du dépistage par palpation (et à partir de là, on a le droit de s'interroger sur l'honnêteté de l'étude).

2. L'étude est présentée comme randomisée mais en fait il s'agit d'une randomisation par clusters (par groupes d'individus et non par individus). Les auteurs précisent qu'il y a 20 clusters mais ne donnent aucune information sur la taille des clusters et l'hétérogénéité des facteurs de risque entre les différents clusters. Il est de ce fait impossible de savoir si la randomisation est suffisante ou pas pour rendre les groupes dépisté et contrôle comparables.
Pour bien comprendre l'importance du problème, prenons une situation caricaturale :
2 clusters, un à haut risque, l'autre à faible risque.
Dans cette situation, la randomisation ne change rien à la comparabilité des groupes. L'un va recevoir le cluster à  haut risque et l'autre le cluster à faible risque. Randomisation ou pas, les 2 groupes ne seront pas comparables.
Si les clusters sont parfaitement identiques en terme de facteurs de risque, la randomisation est inutile. Quelle que soit la manière d'affecter les clusters à chaque groupe, il n'y aura de toute façon pas de problème de comparabilité puisque tous les clusters sont identiques en terme de facteurs de risque.
S'il y a une infinité de clusters, peu importe qu'ils soient identiques ou non en terme de risque, la randomisation va équilibrer la répartition des clusters à haut risque et à faible risque entre les 2 groupes.
Dans la pratique, on est toujours dans une situation intermédiaire, un nombre de clusters > 2 mais pas infini et des clusters pas parfaitement identiques en terme de risque. Pour juger si la randomisation par clusters est susceptible ou non de donner des groupes comparables, il faut donc disposer et du nombre de clusters et de l'hétérogénéité entre
les clusters.

3. La manière de décider si un décès est attribuable ou non au cancer du sein est assez curieuse.
Deux médecins donnent leur avis. Si les deux avis convergent, ces avis identiques déterminent l'attribution (OK avec ça).
Si les deux avis divergent, un 3ème avis est demandé et l'avis majoritaire détermine l'attribution. Et là, il y a un problème. La décision à la majorité c'est démocratique et bien adaptée à la politique mais ça n'a rien de scientifique. Si les avis des 2 premiers médecins divergent, c'est que la situation est ambiguë. Et il serait plus honnête de ne pas prendre en considération ces cas plutôt que de vouloir à tout prix lever l'ambiguïté par un 3ème avis pas forcément plus fiable que les deux premiers.
On a du mal à savoir combien de cas de désaccords il y a eu. Il y aurait 17% dans un groupe et 10% dans l'autre de cas où l'attribution de la cause du décès n'a pas pu être faite ; mais les chiffres sur la fréquence des cas où l'attribution a été faite malgré un avis contraire d'au moins un des médecins sont introuvables. C'est pourtant une information cruciale.
Au minimum, il aurait fallu vérifier la robustesse des conclusions par une étude de sensibilité prenant en compte les non attributions et les ambiguïtés de l'attribution de la cause des décès (curieusement, cela a été fait pour l'analyse du staging (analyse du stade du cancer au moment de son diagnostic) des cancers et pas pour l'analyse des décès par cancer ; dans le cas des décès cela enlève toute fiabilité aux conclusions).

[d] Rapport de concertation, voir page 155

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La baisse du dépistage du cancer pendant la Covid 19 permettrait la recherche sur le surdiagnostic

Un article publié le 11 février dans la revue STAT nous fait part d'un projet d'étude qui consiste à examiner une "expérience naturelle" pour évaluer des données comme la mortalité ou le surdiagnostic dans les dépistages des cancers.
Cette expérience naturelle, c'est la diminution des dépistages pendant la pandémie, on pourrait alors examiner et jauger les surdiagnostics des cancers, véritables fléaux des dépistages, puisque projetant des personnes saines abusivement dans l'enfer de la maladie.

Cet examen se ferait ainsi à l'issue de la pandémie, ce qui apparaît plus éthique qu'une étude prospective où il faudrait randomiser les patients pour les soumettre ou non à un dépistage.

(NDLR : une telle étude nous semble pourtant tout à fait envisageable avec une bonne information des participants, mais plus coûteuse et plus compliquée à mettre en place[1]. On peut tout aussi bien considérer que faire une étude randomisée sur le surdiagnostic avec deux groupes de personnes, parfaitement informées avant participation à l'étude, est certainement plus éthique que de soumettre des populations entières, comme c'est actuellement le cas, à des dépistages très controversés quant à leur efficacité, sans aucune information loyale sur la balance bénéfice-risques. C'est le cas pour le dépistage du cancer de la prostate (beaucoup d'hommes se voient prescrire un dosage de PSA sans aucune explication) et pour le cancer du sein (beaucoup de femmes, non informées, pensent que le dépistage du cancer du sein est obligatoire et leur sauvera la vie.)

L'auteure de l'article, Mme E.Cooney, est journaliste de mission générale à STAT, revue d'analyse de biotechnologie, de pharmacie, des politiques et des sciences de la vie qu'elle a rejoint en 2017. Auparavant elle était blogueuse au Boston Globe, avant de passer à la rédaction scientifique du Broad Institute of MIT and Harvard(centre de recherche biomédical et génomique situé à Cambridge, Massachusetts, États-Unis.)

Contexte

Ned Sharpless, actuel directeur du National Cancer Institute américain (NCI), professeur de médecine et de génétique, s'est beaucoup alarmé de la chute brutale du nombre des dépistages par coloscopies, mammographies ou par d'autres tests de dépistage des cancers. Son inquiétude était motivée par des modélisations prédisant une explosion des taux de cancers en cas de non dépistage. Nous avons eu dans l'Hexagone aussi nos cassandres nationales nous promettant les pires avanies en cas de non-dépistages[2].

Pourtant ce seront davantage les retards et décalages de venue des patients qui auront le plus de conséquences, selon l'étude Grouvid[3] présentée par la statisticienne Aurélie Bardet de l'institut Gustave-Roussy à Villejuif (Val-de-Marne).

Mais en janvier dernier, Mr Sharpless s'est alors interrogé sur les revers de la médaille de la détection précoce : le surdiagnostic, lorsque l'on détecte des cancers asymptomatiques qui peuvent ne pas se développer et ne pas nuire au patient, et le surtraitement qui l'accompagne. La pandémie, selon lui, pourrait être l'occasion de régler une controverse de longue date sur l'ampleur de la prédominance des inconvénients du dépistage du cancer par rapport à ses bénéfices. "Savoir dans quelle mesure le surdiagnostic et le surtraitement se produisent réellement lors du dépistage du cancer est un sujet très compliqué" a-t-il déclaré, pour lui cette pandémie a permis une une expérience naturelle intéressante, où nous pourrions examiner certaines de ces tumeurs, diagnostiquées plus tard. Le sort des patients est-il réellement moins favorable du fait d'un diagnostic de leur tumeur fait ultérieurement ?

Si des retards dans le dépistage - en fonction du cancer et du test de dépistage - n'entraînent pas de plus mauvais résultats pour la plupart des patients, alors ils pourraient apporter des informations intéressantes à la sortie de la pandémie. Pour mettre en évidence que le non-recours au dépistage n'est pas préjudiciable, il faudrait que la diminution du taux de dépistage entraîne une baisse des surdiagnostics, et ne se traduise pas concomitamment par une augmentation significative du nombre de patients développant des cancers invalidants ou mortels.

(NDLR : Attention, il faut examiner les données en taux bruts. En effet, si on parvenait à éliminer complètement le surdiagnostic, la part, c'est à dire la proportion des cancers graves apparaîtrait alors plus importante dans le total cancers amputé des surdiagnostics, qui amplifient d'ordinaire le total des cancers. En effet, la proportion des cancers graves est diluée dans le total-cancer lorsque, dans ce total, on rajoute la part des surdiagnostics.

Il faudra donc bien examiner le taux brut et non pas le pourcentage des cancers graves dans l'ensemble des cancers recensés.)

Pour Mr Sharpless est venu le temps d'examiner l'histoire naturelle des cancers pendant la période de report et les surtraitements de plus près.

Observations déjà disponibles

Pour Clifford Hudis, un spécialiste du cancer du sein, PDG de la Société américaine d'oncologie clinique, des tests comme la coloscopie sont clairement utiles. Mais pour d'autres cancers, l'impact sur la survie a été moins évident.

Mr Hudis insiste sur la différence entre dépistage d'une personne sans symptôme et diagnostic d'une personne avec signes cliniques. (Il va de soi qu'un symptôme clinique en aucun cas ne doit faire reporter la consultation du malade.)
Pour lui, les preuves sont irréfutables : les frottis et les tests HPV pour détecter les cellules précancéreuses dans le col de l'utérus ont permis de réduire considérablement les taux de mortalité. La coloscopie et d'autres tests de dépistage du cancer colorectal chez les adultes ont connu un succès similaire, à tel point qu'un groupe d'experts préconise le dépistage du cancer colo-rectal chez des personnes plus jeunes.
(NDLR : cet avis est nettement plus nuancé selon experts et études.[4] Peut-être manquons-nous encore de recul).

Il y a beaucoup moins de certitudes d'efficacité pour la mammographie et le dépistage du cancer du poumon par scanner, tandis que le recours au dépistage du PSA pour le cancer de la prostate continue d'être houleux[5]. Pourtant nous disposons d'une "expérience naturelle" pour ce dépistage.
Le dosage systématique du PSA a ouvert la porte à une forte augmentation de l'incidence des diagnostics de cancer de la prostate, qui a augmenté d'environ 16 % par an de 1988 à 1992, puis de 9 % par an jusqu'à se stabiliser à la fin des années 1990.
Après que le groupe de travail des services préventifs américains (USPSTF) a modifié sa recommandation en 2012 pour déconseiller aux hommes le test PSA systématique, l'incidence du cancer de la prostate a fini par se stabiliser, à l'inverse de ce qui se passait avant la généralisation des tests. Et la mortalité n'a pas changé !

E.Cooney relate aussi la prise de position de Barnett Kramer, ancien directeur de la division de la prévention du cancer du NCI : il n'y a pas que le cancer de la prostate pour lequel le surdiagnostic et le surtraitement sont préoccupants, déclare-t-il. Il existe d'autres cancers à croissance lente qui n'auraient jamais causé de souffrance pendant la durée de vie naturelle du patient, et il y a aussi des cancers qui ne progressent jamais.
"Vous introduisez un test de dépistage, dans ce cas pour le cancer de la thyroïde[6], le cancer du rein et le mélanome[7], et vous augmentez considérablement l'incidence du cancer et la prévalence de ces cancers", a-t-il déclaré devant une association de journalistes de la santé. "Il y a de plus en plus de personnes chez qui on diagnostique des cancers, et pourtant vous n'avez que très peu d'impact sur la mortalité. Ils sont guéris. Mais ils ne seraient jamais morts de ce cancer de toute façon".

Pour l'instant, si M. Kramer voit de réels préjudices à un surdiagnostic, lui aussi ne veut pas que ce message incite les gens à éviter les soins en cas de cancer symptomatique. "Les gens devraient être avertis de la nécessité de consulter un médecin dès les premiers signes de symptômes", a-t-il déclaré. "Nous savons qu'il est dangereux d'ignorer l'évolution des symptômes de la maladie".

L'auteure cite encore Otis Brawley, anciennement directeur médical et scientifique de l'American Cancer Society et aujourd'hui professeur à l'université Johns Hopkins : "Il y a des cancers qui n'ont pas besoin d'être guéris. Et c'est au moins 60% de tous les cancers de la prostate et peut-être 20% des cancers du sein qui n'ont pas besoin d'être guéris".
(NDLR : l'estimation des 20% concerne les carcinome invasif selon les premières études randomisées sur les essais canadiens par exemple[8], mais d'une part ces estimations sont aujourd'hui revues à la hausse, et d'autre part, si on ajoute les carcinomes in situ dont 80% n'auraient pas besoin d'être traités, le surdiagnostic du cancer du sein s'évalue à presque 50% ce qui signifie que cela pourrait concerner un cancer sur deux détectés par dépistage mammographique[9].)

Selon Dr Sharpless, la plupart des cancers sont découverts à la suite de l'apparition de symptômes.
Néanmoins pour lui "il y a beaucoup de gens en vie aujourd'hui parce qu'ils ont eu une lésion asymptomatique détectée lors d'un examen de dépistage qui a été enlevée, réséquée, traitée, et ils sont guéris de ce qui aurait été un cancer symptomatique. L'argument inverse est également vrai", à savoir : beaucoup des personnes en vie traitées de lésions enlevées, réséquées qui ne seraient jamais devenues symptomatiques.

Il y a un autre facteur à prendre en compte : les thérapies contre le cancer se sont améliorées. Il se peut qu'avec le report du dépistage certains soient diagnostiqués à un stade plus avancé, mais ils sont curables grâce à des thérapies efficaces, explique Sharpless. Ainsi, les grades plus élevés peuvent être appréhendés par les nouvelles approches thérapeutiques.
(NDLR : l'étude de P.Autier notait : L’influence du dépistage par mammographie sur la mortalité diminue avec l’efficacité croissante des thérapies contre le cancer.)

Quelle méthode pour évaluer ?

Eric Feuer, fondateur et responsable du projet d'évaluation du réseau de modélisation pour la surveillance du cancer au NCI, a travaillé sur les modèles du NCI prédisant la surmortalité du cancer du sein et du cancer colorectal due au retard de dépistage.
Il a déclaré que la généralisation de l'utilisation du test PSA fut aussi une expérience naturelle.
"Lorsque le dépistage progresse rapidement, vous récupérez des cas du futur", a déclaré M. Feuer. "Certains de ces cas n'auraient jamais causé de symptômes, mais ils ont fait augmenter l'incidence. Le problème est que le test PSA ne permet pas de prédire avec précision quels cancers, avec ou sans symptômes, seront nocifs et lesquels ne le seront pas."

Pour le cancer du sein et le cancer colo-rectal, M. Feuer examinera les données du SEER (Surveillance, Epidemiology, and End Results program) et d'autres données du NCI pour voir si la baisse du taux de dépistage a été suivie d'une baisse puis d'une hausse de l'incidence. Il surveillera les taux de tests de dépistage positifs, le stade de confirmation du diagnostic de cancer et les données sur la mortalité.

Outre le SEER, la base de données d'observation PROSPR (Population-based Research to Optimize the Screening Process) sera aussi utilisée pour discerner les effets que la diminution du dépistage du cancer peut avoir sur le stade auquel le cancer est diagnostiqué, entre autres mesures.

Tout cela est censé permettre d'estimer le surdiagnostic, si le retour des données est suffisamment puissant.

M. Kramer (ancien directeur de la division de la prévention du cancer du NCI) a demandé que le PSA soit retiré de son panel d'analyses sanguines habituel.

Pr.Brawley (professeur à l'université Johns Hopkins) pense que la Covid-19 est le danger imminent dont nous devrions tenir compte maintenant. Son hôpital a annulé les opérations non urgentes, y compris les prostatectomies radicales.

L'expérience naturelle sur les tests de dépistage prendra un certain temps avant de donner des résultats.

"Nous le saurons dans 10 ans", a déclaré M. Feuer du NCI. 

Entre temps....

La directrice de la Société canadienne d'imagerie mammaire a déclaré que son groupe avait déjà une étude en cours.
La transcription complète de l'entrevue se trouve dans ce lien: https://www.cbc.ca/radio/thecurrent/the-current-for-feb-9-2021-1.5906730/february-9-2021-episode-transcript-1.5907645

MATT GALLOWAY: Au cours des six mois où cette pandémie aurait peut-être déraillé, ralenti ou arrêté le dépistage, quel serait le changement en ce qui concerne, vous savez, où pourrait se trouver le cancer, mais aussi, comme vous le dites, les taux de survie?

JEAN SEELY: Eh bien, il est trop tôt pour que nous le sachions. Et nous commençons une étude pour examiner cela parce que nous croyons que c'est un facteur qui se produit dans tout le pays. Une étude de modélisation a été réalisée par le groupe de Sunnybrook et ils ont utilisé un modèle mathématique appelé OncoSim, où ils ont estimé qu'un retard de six mois dans le dépistage entraînerait 670 cancers du sein plus avancés au Canada et 250 décès supplémentaires par cancer du sein dans le les 10 prochaines années. Et retarder cela même plus de six mois, ce qui peut arriver avec des personnes arrêtant ou naturellement ne se référant pas, entraînerait un nombre encore plus élevé de décès. Nous constatons donc cela partout au pays.

Nous pouvons donc aisément imaginer comment les imageurs du sein vont concevoir la recherche à leur avantage, et comment ils la promouvront. Le débat ne s'arrêtera jamais, et une bataille de "modèles" va s'engager.

Avis de Dr Vincent, notre statisticien :

"Outre le fait qu'il ne s'agit que d'une modélisation (et avec un autre modèle on trouverait certainement autre chose), quel statisticien, et avec quel outil, serait capable de repérer une augmentation de 250 décès parmi les fluctuations aléatoires du nombre annuel de décès (avec 12000 décès par an en moyenne, l'intervalle de confiance du nombre annuel de décès en France a une amplitude d'environ 500 décès,  autrement dit le nombre de décès annuel fluctue naturellement de bien plus que 250 ; ou, si vous préférez, une augmentation de 250 décès n'apparaitra pas comme statistiquement significative)."

A suivre.....

Références


[1] https://cancer-rose.fr/my-pebs/2019/03/09/letude-dont-on-re%cc%82vait/

[2] https://cancer-rose.fr/2020/10/06/langoisse-des-thuriferaires-du-rose-face-a-la-decroissance-de-participation/

[3] https://cancer-rose.fr/2020/11/11/pandemie-covid-19-et-prise-en-charge-des-cancers/

[4] https://cancer-rose.fr/2019/10/14/en-parallele-dans-lactualite-la-faillite-du-depistage-colo-rectal/

[5] https://cancer-rose.fr/2017/01/05/en-parallele-au-depistage-du-sein-celui-de-la-prostate-du-surdiagnostic-aussi/

[6] https://cancer-rose.fr/2020/06/05/le-surdiagnostic-du-cancer-de-la-thyroide-une-preoccupation-feminine-aussi/

[7] https://www.youtube.com/watch?v=068KMIe-gys&feature=emb_logo

Le constat de Dr. Adewole Adamson est affolant : pas de réduction de mortalité et un surdiagnostic massif en raison du fait que les seuils de tolérance des dermatologues et des anatomo-pathologistes s'abaissent devant les lésions cutanées.

Les premiers demandent de plus en plus et de plus en plus vite des prises en charge avec biopsies, les seconds préférent "upgrader" leur diagnostic des lésions examinées sous microscope ( c’est à dire dans le doute classer comme malignes des lésions simplement douteuses et qu'on pourrait seulement surveiller ), donnant lieu à une apparente épidémie de mélanomes avec d'autant plus de "survivors" artificiels.
Le cercle vicieux est sans fin, incitant patients et médecins à faire de plus en plus d'examens cutanés de routine.

[8] https://cancer-rose.fr/2016/11/20/etude-miller/

[9] https://cancer-rose.fr/2019/09/06/le-depistage-mammographique-un-enjeu-majeur-en-medecine/

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Être femme et tabagique : des rayons en perspective

Dépistage du cancer du poumon par scanner faible dose, ou histoire d'une déconvenue annoncée.

En février 2020, une revue d'imagerie[1] publiait victorieusement les résultat d'un essai clinique sur le dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique à faible dose, repris ensuite abondamment dans la presse, promouvant cette haute technologie pour en faire une méthode de dépistage systématique dans la population des fumeurs.

Il s'agit d'une technique de scanner utilisant de faibles doses, analogues à celles délivrées par une radiographie thoracique simple (en deux incidences, face et profil, équivalentes à 20-40 µSv, au lieu de 5,8 mSv pour un scanner du thorax standard), donnant une image un peu plus dégradée, peu performante pour l'analyse des pneumopathies interstitielles, mais suffisante pour un diagnostic de petits nodules.

L'article de cette revue concluait ainsi : "Cette étude semble donc en faveur d’un dépistage organisé du cancer du poumon, à une époque où les modalités ont atteint des niveaux d’irradiation très bas."

Qu'en est-il vraiment ?

Deux essais essentiellement (il y a eu plusieurs études) sont censés apporter la preuve d'une diminution significative de la mortalité spécifique par cancer broncho-pulmonaire. Il s'agit de l'essai étatsunien National Lung Screening Trial (NLST), et de l’essai NELSON mené en Belgique et aux Pays Bas.

Déjà en 2014, dans une note de cadrage, la HAS[2] notait : ".... il est probable que la faible spécificité du dépistage par TDM faible dose restera un obstacle majeur à la mise en place d’un dépistage dans la pratique clinique et d’un programme de dépistage."
"Les inconvénients et risques associés au dépistage du TDM FD incluent l'exposition aux radiations allant de 0,61 à 1,5 mSv, un certain degré de sur-diagnostic variable selon les études, et un taux élevé d'examens faux positifs, généralement exploré avec davantage d'imagerie."

Lorsqu'on examine l'étude publiée dans le NEJM [3] sur l'essai NELSON, on peut lire sur la dernière ligne du tableau n°4 ceci : All-cause mortality — deaths per 1000 person-yr 13.93 (screening group) 13.76 (control group)  RR 1.01 (0.92–1.11).
Ceci signifie en clair qu'il n'y a aucun retentissement sur la mortalité toutes causes, et c'est la seule donnée qui doit intéresser le public et les médias lorsqu'ils rapportent les résultats d'une telle étude.

Rappelons que la donnée "mortalité globale" inclut tout, le cancer, son traitement et son non traitement, et reflète d'autant mieux les données en "vraie vie".
Cette donnée est rarement mise en avant, les promoteurs des dépistages relatant préférentiellement le gain en terme de mortalité spécifique, c'est à dire par la maladie seule[4].

Mais l'Académie de Médecine l'a retenu, et fait part dans un rapport publié de ses préoccupations [5] [6]. Elle note plusieurs problèmes pour ne pas généraliser ce dépistage :

  • Les deux essais principaux sur le dépistage du cancer du poumon par scanner faible dose ont grandement sous-estimé les effets nocifs potentiels (faux positifs, surdiagnostics, faux négatifs, irradiations et surtraitements). On ne connaît pas l'ampleur du bénéfice ni l'ampleur des risques, et même si on obtient ce taux de 25% de guérison parmi les sujets inclus dans l'étude, la majorité des malade décèdera précocement des autres pathologies du tabagisme (autres cancers, cardiopathies, emphysème etc...) sans que leur espérance de vie ne soit allongée.
  • Pour qu'un dépistage soit efficace, il faut avoir des cancers à latence suffisamment longue pour les "rattraper" lors d'un dépistage (donc le moins possible de cancers d'intervalle) ; or la proportion des cancers à latence longue dans le poumon est faible.
  • "Ces cancers sont majoritairement dus au tabagisme actif et, marginalement au tabagisme passif : plus de 85% des cas peuvent être attribués au tabac. La diminution progressive du tabagisme chez les hommes (60% de fumeurs dans les années 60 à 33% actuellement) se traduit par la diminution de l’incidence et de la mortalité dues à ces cancers", ce qui équivaut à dire que ce cancer est tout bonnement accessible à de bonnes campagnes de prévention primaire, et aux incitations d'arrêt du principal facteur de risque, le tabac.
    "L’histoire naturelle et évolutive de la maladie doit être connue et les diverses formes définies"." Entre 50 et 74 ans les cancers du poumon sont donc essentiellement composés d’adénocarcinomes qui semblent les plus facilement détectables. Par exemple, dans l’essai européen NELSON, 61% des CBP du groupe dépisté sont des adénocarcinomes contre 44% dans le groupe témoin ce qui pourrait expliquer un meilleur effet du dépistage chez les femmes." explique l'Académie.
  •  Des inconnues : sur la population cible, sur le taux de participation souhaitable, la fréquence des scanners, les indications thérapeutiques pour les cancers découverts lors du scanner, l'acceptabilité par les patients, la motivation et le respect de l'arrêt du tabac etc..
  • les personnes qui participent aux essais ne sont pas représentatives de l’ensemble de la population éligible au dépistage ultérieurement, ce qui peut entrainer une surestimation de l’efficacité dans l'étude Nelson.
  • Une évaluation économique s'impose aussi, l'Académie soulignant fort justement que la prévention primaire est certainement plus efficace et moins coûteuse.

Pour rebondir sur les arguments de l'Académie de Médecine, il faut garder à l'esprit l'enjeu économique de ce dépistage, non seulement de l'examen initial mais de l’importance des dépenses occasionnées par les examens itératifs en cas de nodules intermédiaires (qu’il faut suivre durant les années pour en contrôler l’évolution). Le dépistage du cancer bronchique par CT serait 4 fois plus cher que le dépistage du cancer du sein et 10 fois plus que le dépistage du cancer colorectal.

Concernant spécifiquement les femmes

Les résultats sur l'efficacité du dépistage par scanner faible dose à 10 ans sont plus variables et difficilement interprétables chez la femme, l'Académie là aussi émet des réserves notamment dans l'essai NELSON, soulignant qu'ils ne sont pas significatifs en raison du faible nombre des femmes incluses dans les deux essais et suivies en 10 ans.

De notre côté nous soulignons que ce dépistage, s'il est lancé dans la population féminine tabagique, se superposera à la mammographie biennale, là aussi dans une ignorance totale de l'effet du cumul des doses d'examens itératifs[7] [8]pour une réduction de mortalité non prouvée[9].

L'irradiation retient encore l'attention

Encore une fois, et comme pour le dépistage du cancer du sein, ayons à l'esprit que nous infligeons des irradiations, fussent-ils à faible dose, à des personnes sans plainte, a priori saine, et que ces irradiations vont être amenées à se répéter.
Pour les nodules suspects (5 à 10 mm) et indéterminés, un contrôle à 3 mois sera effectué. Les nodules qui augmentent de volume (+ 25% en volume en 3 mois) et les nodules de plus de 10 mm doivent être investigués d'emblée (biopsie ou chirurgie). Les nodules stables seront contrôlés, eux, pendant 3 ans.
Certains nodules encore, semi-solides peuvent être de croissance lente et suivis plus longtemps, pendant 5 ans.

Tout cela pour un gain nul en terme de mortalité globale.

Les rayonnements ionisants induisent deux types d’effets : « effet déterministe », c'est à dire conditionné directement et de façon certaine selon la dose de rayonnements reçue, par exemple si on dépasse un certain seuil comme lors d'une catastrophe nucléaire ou lors de traitements par la radiothérapie.
L' autre effet est « aléatoire » (apparition de cancers avec une certaine probabilité pour un individu mais sans certitude, sans seuil connu, dépendant de la radiosensibilité individuelle).


Pour la radiologie diagnostique, les doses utilisées sont certes bien moindres par rapport à une radiothérapie, mais l’exposition, surtout répétitive, pourrait être néfaste de façon "probabiliste", par un cumul d'altérations de l'ADN cellulaire et de la sensibilité individuelle. La plupart des estimations se basant sur des extrapolations de risques constatés à partir des accidents nucléaires et atomiques, les effets à long terme des doses même minimes et répétées sont certainement très variables selon les individus, et véritablement toujours inconnus à l’heure actuelle.

A ce sujet lire les travaux de N.Foray, radiobiologiste, INSERM : https://www.sfmn.org/drive/CONGRES/JFMN/2016%20GRENOBLE/SCIENTIFIQUE/CommunicationsOrales/N._FORAY_MembreWeb.pdf

et https://its.aviesan.fr/getlibrarypublicfile.php/cd704e89988a4e3bcf2e1217566876cf/inserm/_/collection_library/201800012/0001/J1-098ITS-2017.foray.lyon.ITMO.TS..21.nov.2017.pdf.pdf

Pour conclure

Pour les académiciens, ce qui est primordial est la lutte contre le principal facteur de risque : le tabagisme, l'acceptation de sa réduction est la condition-même pour les candidats sélectionnés pour un éventuel dépistage régulier.

Les examens par scanner thoracique pourraient alors servir plutôt de motivation à prendre une décision de se sevrer pour les patients tabagiques.

Il ne s'agira alors plus d'un dépistage systématique sur toute une population, mais plutôt un recours à l'imagerie dans le cadre d'un bilan de santé du fumeur, et dans le cadre du colloque singulier au sein de la consultation médicale.

Enfin, dans le contexte d'expositions professionnelles reconnues le scanner thoracique faible dose pourrait être un moyen de surveillance des sujets exposés.

Les réactions

Elles ne se sont pas fait attendre, une dépêche apm du 24 février 2021 nous apprend que trois sociétés savantes prennent position.

" Les trois sociétés savantes sont l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique, la Société de pneumologie de langue française et la Société d’imagerie thoracique.
Dans ce texte, qui actualise de précédentes recommandations, les sociétés savantes réaffirment leur position en faveur d'un dépistage individuel, par scanner thoracique à faible dose sans injection de produit de contraste, dont elles précisent les modalités." ......
"Contrairement à l'Académie de médecine qui propose un scanner faible dose une fois lors d'un bilan de santé d'un fumeur, les sociétés savantes envisagent un examen récurrent. Elles estiment qu'il faudrait 2 examens tomodensitométriques espacés d'un an puis un tous les 2 ans, sauf en cas de facteurs de risque ou d'examen antérieur avec un résultat intermédiaire ou cela devrait continuer tous les ans.
Et ce dépistage devrait être poursuivi "pour une période minimale d’au moins 5,5 à 10 ans".

Notons encore la regrettable et peu scientifique réaction du président de la Fédération Nationale des Médecins Radiologues :

Références


[1] http://www.thema-radiologie.fr/actualites/2592/l-etude-nelson-promeut-le-depistage-du-cancer-du-poumon-par-scanner.html

[2] https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2014-12/note_de_cadrage_cancer_du_poumon.pdf

[3] https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1911793

[4] Et encore souvent ce "gain" est exprimé en réduction relative du risque de décéder, c'est à dire en comparant un groupe dépisté à un groupe non dépisté.
En matière de cancer du sein, la manipulation est d'exprimer ce gain, de façon répétée, dans les médias notamment, en pourcentages. Ainsi on vous dit que le dépistage du cancer du sein réduit la mortalité de 20%, tout le monde comprend alors que 20 personnes sur 100 dépistées, en moins, meurent de ce cancer, or il n'en est rien, en chiffrage absolu il n'y a qu'une seule vie sauvée. Sur un groupe de 2000 femmes dépistées en 10 années on constate un décès par cancer du sein, sur un groupe de 2000 femmes non dépistées en 10 années on constate 5 décès, le passage de 5 à 4 constitue effectivement une réduction de 20%, mais en vraie vie, il ne s'agit que d'une seule personne....

[5] https://www.academie-medecine.fr/le-depistage-du-cancer-du-poumon-par-scanner-thoracique-faible-dose-stfd-reste-non-justifie-mais-peut-etre-utile-pour-un-bilan-de-sante-des-fumeurs/

[6] https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2021/02/RAPPORT-Académie-de-médecine.pdf

[7] http://agora.qc.ca/documents/radiation_des_depistages_aux_accidents_nucleaires

[8] https://cancer-rose.fr/2019/07/18/radiotoxicite-et-depistage-de-cancer-du-sein-prudence-prudence-prudence/

[9] https://cancer-rose.fr/2019/10/20/le-depistage-de-masse-du-cancer-du-sein-bafoue-les-valeurs-ethiques-et-les-principes-fondamentaux-du-systeme-de-radioprotection/

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Etre payé pour se faire dépister ?

Dr C.Bour, 13 février 2021

Voilà la question posée dans le JIM[1], le 13 février, par à une citoyenne, Mme Mirela Colleoni, participante à la consultation citoyenne de l’INCA[2] organisée pour "mettre fin aux cancers".
MMe Colleoni prend position à propos d'un item proposé par l'INCa qui lui a paru particulièrement manquant d'éthique.

Mme Colleoni est ingénieure agroalimentaire et titulaire d’un doctorat en Sciences de la Vie et de la Santé. 
Elle s'exprime conjointement avec deux autres scientifiques, Dr. Theodore Bartholomew  médecin à l’hôpital public Royal Surrey County en Grande-Bretagne et titulaire d'un Master en Bioéthique, et Mr Harald Schmidt, professeur au Department of Medical Ethics and Health Policy et Research Associate au Center for Health Incentives and Behavioral Economics, à l' Université de Pennsylvanie, aux États-Unis.

Nous nous étions déjà émus de cette consultation citoyenne, censée appuyer le prochain plan cancer décennal, lors de deux articles[3] [4] publiés au moment de son lancement dans lesquels nous dénoncions la collusion avec l'industrie pharmaceutique et la très faible participation citoyenne malgré la présentation dythirambique des communiquants de l'INCa.

Non seulement le citoyen n'a pu voter que pour des items fallacieusement formulés (voir nos articles), sans information préalable sur les tenants et les aboutissants de certaines mesures proposées, mais en plus le taux de participation n'est en aucun cas représentatif de la population française (2478 participants effectifs pour 3.8 millions de personnes touchées par le cancer en France, et 47 millions de français inscrits sur les listes électorales...), démentant ainsi "l'adéquation" qui existerait entre "les objectifs et mesures présentés et les attentes de nos concitoyens" proclamée par les communiquants de l'INCa.

Et nous nous étions déjà étonnés de cet item[5]en particulierqui a aussi retenu l'attention du trio d'auteurs dans le JIM : Expérimenter des incitatifs matériels pour faciliter la participation des personnes au dépistage :

Les mécanismes incitatifs tels que la motivation financière ou le défraiement des personnes (transport, garde d’enfant, travail) très peu utilisés jusqu'ici seront expérimentés pour évaluer leur apport dans le développement de la participation au programme.
L’adhésion aux programmes ou démarches de dépistage nécessite également la mobilisation des professionnels, que ce soit dans la réalisation de l’acte ou dans l’information et la sensibilisation au dépistage sinon l’incitation.

Cela n'est pas sans rappeler des mesures similaires déjà en place aux Etats-Unis où de nombreuses compagnies d'assurance maladie privées incitent les femmes à réaliser des mammographies de dépistage, en leur offrant des compensations sous différentes formes.

Que dénoncent les auteurs dans l'article ?

Cette citoyenne française et les deux co-auteurs dénoncent ensemble le cynisme de cette mesure d'incitation financière proposée par l'INCa qui fait fi des revendications de la véritable concertation citoyenne [6] dédiée au dépistage du cancer du sein organisée en 2016, laquelle demandait, outre l'arrêt de ce dépistage, une meilleure information donnée aux femmes sur la balance bénéfice-risques de ce dépistage du cancer du sein.("Prise en considération de la controverse dans l’information fournie aux femmes et dans l’information et la formation des professionnels".)

C'est ce que soulignent les trois auteurs, rappelant que l'enjeu est bien d'informer les femmes sur la balance bénéfice-risques du dépistage, notamment sur les risques du surdiagnostic, pour leur permettre un meilleur choix, optimal à chacune d'entre elles : "Le risque de ces incitations est que le processus de décision soit court-circuité, que les femmes prennent des décisions qu'elles regretteront et qu’elles n’auraient pas prises en l'absence d'incitations."

Les auteurs pointent le caractère non éthique de cet item: " ... le choix du dépistage doit être fait par des femmes correctement informées et non par leurs médecins, ni par les assureurs santé, ni par les décideurs des politiques de santé publique ou d’autres acteurs. Cette initiative ne devrait pas être promue, mais il faudrait plutôt s'assurer que les femmes puissent avoir accès à des informations réellement utiles sur les avantages et les inconvénients du dépistage. Nous préconisons plutôt d’encourager un choix actif et éclairé en incitant les femmes à utiliser des outils d’aide à la décision fondés sur des preuves."

En début d'article les auteurs rappellent l'analyse de la collaboration Cochrane[7] et le risque du surdiagnostic inhérent à ce dépistage, qui devrait être connu de chaque femme avant de s'engager dans un dépistage. Et ils posent tout à fait logiquement la question : "au lieu d'essayer à tout prix de renforcer les dépistages comme le nouveau plan cancer décennal le prévoit, ne pourrait-on pas mobiliser davantage de ressources pour l'accès égalitaire de toutes les femmes à des supports et des documents informatifs sur la balance bénéfice-risques de ce dépistage, afin de leur permettre de décider en leur âme et conscience de participer ou non au dépistage mammographique?"

Les demandes citoyennes entendues ? L'information des populations une préoccupation du nouveau plan ?

Que nenni.

L'item proposé sur l'incitation financière pour les femmes afin d'accroitre leur participation est une preuve de plus que L'institut National du Cancer fait royalement ce qu'il a envie de faire, promeut la poursuite de ses objectifs obsolètes, formule les items de telle sorte que les citoyens ne peuvent qu'approuver faute d'explications, et  enterre les demandes des citoyennes de 2016 dans une brutalité anti-démocratique.

Nous constations en outre que dans le petit groupe des 24 personnes ayant concocté ces items de la consultation, on trouve le représentant des entreprises du médicament (LEEM) Mr Eric Baseilhac, directeur des affaires économiques.

La triste suite de tout ceci, la voilà formulée dans le nouveau plan cancer européen, publié très peu de temps après cette "consultation citoyenne", censé s'appuyer sur les avis des citoyens mais déjà élaboré depuis longtemps, proclamant l'intensification des dépistages :

https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_21_342

".....faire en sorte que 90 % de la population de l'Union remplissant les conditions requises pour le dépistage du cancer du sein, du col de l'utérus et du cancer colorectal se voient proposer un dépistage d'ici à 2025. Pour y parvenir, un nouveau programme de dépistage du cancer cofinancé par l'Union sera proposé."

L'industrie pharmaceutique et de l'imagerie peut se frotter les mains :

"En outre, pour soutenir les nouvelles technologies, la recherche et l'innovation, un nouveau Centre de connaissances sur le cancer sera fondé afin de contribuer à la coordination des initiatives scientifiques et techniques liées au cancer à l'échelle de l'Union. Une «initiative européenne en matière d'imagerie sur le cancer» sera mise en place pour soutenir le développement de nouveaux outils assistés par ordinateur afin d'améliorer la médecine personnalisée et les solutions innovantes."

Tout continue comme prévu, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Références


[1] https://www.jim.fr/medecin/debats/e-docs/des_incitations_financieres_pour_le_depistage_du_cancer_du_sein_sont_contraires_a_l_ethique_186433/document_edito.phtml?reagir=1#formulaire-reaction

[2] https://consultation-cancer.fr/

[3] https://cancer-rose.fr/2020/12/15/inca-une-consultation-citoyenne-pourquoi/

[4] https://cancer-rose.fr/2020/12/17/la-concertation-citoyenne-de-linca-sur-le-futur-plan-cancer-une-mascarade/

[5] https://consultation-cancer.fr/consultations/axe-1-ameliorer-la-prevention/consultation/consultation/opinions/12-ameliorer-lacces-aux-depistages/mesures-proposees/experimenter-des-incitatifs-materiels-pour-faciliter-la-participation-des-personnes-au-depistage

[6] https://cancer-rose.fr/2016/12/15/nouvelles-du-front-premiere-manche/

[7] https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD001877.pub5/full

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Nouveau plan cancer 2021-2030, une planification « soviétique »

7 février 2021
Dr C.Bour

Emmanuel Macron vient de lancer jeudi 4 février une stratégie nationale décennale (pour 2021-2030) de lutte contre les cancers, financée à hauteur de 1,74 milliard d’euros sur 5 ans, à savoir 20 % de plus que les trois précédents plans cancer. 

Il s'agit de faire baisser de 60 000 cas par an le nombre de nouveaux cancers dits "évitables" d’ici à 2040.

Plusieurs médias en parlent mais nous prenons appui sur la relation assez exhaustive faite par le journal Le Monde[1]du 4 février 2021 et sur le 6ème rapport au président élaboré par l'INCa[2].

Nous allons faire un bilan des "plans" de leur origine jusqu'à aujourd'hui, et nous verrons les évolutions à travers les âges, depuis les grands objectifs démagogiques d'antan jusqu'aux....grands objectifs démagogiques d'aujourd'hui agrémentés de l'intrusion des industriels du médicament.

En 2013 déjà le laboratoire Roche n'était pas bien loin du dépistage du cancer du sein et aux aguets en analysant la "compliance des femmes" au dépistage qu'il étudiait par le biais de l'étude EDIFICE[3].

Et lorsqu'un laboratoire pharmaceutique s'intéresse de si près à un dispositif controversé, c'est souvent pour voir comment protéger ses intérêts...

Plus il y a de malades, plus on vend de la pharmacopée.

Focus sur les dépistages

Les grands axes de ce nouveau plan cancer sont déployés dans l'article du journal Le Monde et nous nous intéresserons aux dépistages, notre cœur de cible, dont le président nous promet le renforcement dans le premier axe appelé "prévention". 

 "Chaque année en France", dit l'article, "9 millions de personnes participent à l’un des trois programmes de dépistage organisé (sein, côlon et col de l’utérus). Le but est de porter ce nombre à 14 millions en 2025."

"Chaque année, plus de 157 000 personnes meurent d’un cancer en France. Au total, 3,8 millions de personnes vivent avec la maladie. Quatre nouveaux cancers sur dix seraient évitables. Soit 153 000 nouveaux cancers par an qui seraient prévenus, si la population adhérait aux programmes de dépistage organisé, s’alimentait de façon équilibrée, pratiquait une activité physique régulière."

La « légende urbaine » des dépistages" préventifs" chère aux communicants de l'INCa se heurte à la définition-même de la prévention, à savoir faire en sorte que la maladie ne survienne pas. Or le dépistage vise à trouver, à traquer une maladie, qui est donc déjà là.

Les procédures de dépistage, que ce soit celles du colon, du sein ou de la prostate n'anticipent pas la maladie mais détectent une lésion qui est bel et bien déjà présente dans l'organisme.
Cette confusion trompeuse entre "prévention" et "dépistage" est retrouvée dans l'axe "améliorer la prévention"[4] de la consultation citoyenne que l'INCa (Institut national du cancer) a proposée à la population en fin d'année dernière.[5] [6]

Pourtant les citoyennes française, lors de la concertation citoyenne et scientifique de 2016 sur le dépistage du cancer du sein, pointaient du doigt cette confusion malhonnête entre les deux termes.[7]

  • Page 5 : Le comité a constaté également des dysfonctionnements, des anomalies dans l’organisation actuelle du dépistage et les conséquences qu’il engendre : inégalités d’accès, incompréhension des enjeux, confusion entre prévention primaire, dépistage, et diagnostic précoce, absence d’information sur les risques et les incertitudes du dépistage dans la lettre d’invitation envoyée tous les 2 ans,
  • Page 125  " De plus, l’information délivrée au sujet du DO entretient une confusion entre prévention et diagnostic précoce. "

Difficile d'admettre une simple maladresse cette fois, cet amalgame de vocables est entretenu au contraire sciemment, servant à attribuer fallacieusement aux dépistages un pouvoir préventif qu'ils n'ont bien évidemment pas.

Revue des précédents plans cancers

Faisons une revue de ce qui a été concocté antérieurement dans les différents plans-cancer successifs, en suivant l'évolution du cancer du poumon et celui du sein.[8]

1°Plan 2003-2007[9]

Libellé

"Le Plan a permis de faire reculer la consommation de tabac, grâce à une stratégie complète de lutte contre le tabagisme associant l'augmentation des prix, l'interdiction de la vente aux moins de 16 ans, des campagnes d'information et des actions ciblées vers les jeunes et les femmes et le développement des aides à l'arrêt du tabac."
"Le programme de dépistage organisé du cancer du sein a été généralisé en 2004 tandis que le programme de dépistage organisé du cancer colorectal faisait l'objet d'une expérimentation de 2002 à 2007 dans 23 départements pilotes."

Résultat épidémiologiques des années 2000

  • Poumon (Rapport Remontet 2013 page 79[10])

"L’incidence du cancer du poumon augmente de façon constante au cours des deux dernières décennies. Cette évolution est plus marquée chez la femme, même si l’incidence comme la mortalité restent beaucoup plus élevées chez l’homme. ... Dans le même temps, la mortalité suit une tendance identique.... Le nombre de décès passe de 15 473 à 22 649 chez l’homme et de 1 997 à 4 515 chez la femme."

Page 84 tableaux 5 et 6

  • Sein (Page 99 du rapport)


"L’incidence du cancer du sein a considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies. Entre 1978 et 2000, le taux annuel moyen d’évolution de l’incidence est de +2,42 %. Le nombre de nouveaux cas a pratiquement doublé en 20 ans, puisqu’il est passé de 21 211 cas en 1980 à 41 845 cas en 2000.
Dans le même temps, la mortalité est restée stable (légère augmentation annuelle de 0,42 %). Le nombre de décès est passé de 8 629 en 1980 à 11 637 en 2000."

Tableau 5 page 104

  • Au total : Quelles déductions s'imposent à l'examen de ces données ?

    Duperray note[11] : "Pour le sein et la prostate, on observe une mortalité stable et une incidence qui s’envole suivant l’intensité du dépistage, alors que pour le cancer du poumon qui ne fait pas l’objet d’un dépistage systématique, le nombre de décès est proportionnel à celui des diagnostics. L’incidence du cancer du poumon augmente parallèlement à la cause réelle de la maladie, la consommation de tabac."

Tableau page 155

En effet pour les cancers dépistés comme sein et prostate, le surdiagnostic généré par le dépistage en s'intensifiant fait s'envoler l'incidence des cancers en 2005, sans répercussion sur la mortalité qui reste comparable à celle des années précédentes sans dépistage. Par comparaison, le cancer du poumon qui ne bénéficie d’aucun dépistage, montre un taux comparable de décès et de diagnostic.

Dans ce graphique on voit que le taux des cancers graves reste inchangé, alors qu'il était censé diminuer avec l’instauration du dépistage. (figure 9 du livre , page 121).

L'enthousiasme débridé et idéologique du dépistage, malgré les mises en gardes émergentes de lanceurs d'alerte dès 2000, rend ce fait inaudible et pousse à la poursuite des programmes, surtout devant la participation décevante des femmes.

2° Plan 2009-2013 [12] [13]

Libellé

P.56 :" Les actions menées n’ont pas permis de faire progresser la participation aux programmes de dépistage organisé du cancer du sein et du cancer colorectal. Les campagnes d’information et de mobilisation « Octobre rose » et « Mars bleu » ont été renouvelées chaque année en adaptant les messages. ... La participation aux programmes de dépistage organisé ne progresse pas tant pour le cancer du sein (taux de participation national de 52,7 % en 2012, pour une cible de 65 % fixée par le Plan) que pour le cancer colorectal (31,7 % en 2012 pour une cible de 60 %)."

Devant ce constat il apparaît alors importants aux technocrates de la santé d'intensifier la participation comme on peut le lire dans les pages suivantes ; ainsi les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) sont de maintenir le cap du dépistage organisé tout en renforçant les conditions permettant aux femmes, qui ne présentent pas un haut risque de développer un cancer du sein, de limiter les pratiques du dépistage individuel. (page 81 du rapport).

Sur le volet tabagisme, le rapport constate, page 47 :

Ainsi, si 76 % des enquêtés jugent « certains » les risques liés au tabagisme, la prévalence du tabac est encore de 32 % parmi les 15-85 ans. Soixante-cinq pour cent des personnes interrogées continuent par ailleurs de penser que « respirer l’air des villes est aussi mauvais pour la santé que de fumer des cigarettes."

Résultats des données épidémiologiques

  • Poumon

On peut lire dans le rapport Remontet [14]sur incidence et mortalité des tumeurs solides, page 176 "L'incidence et la mortalité du cancer du poumon sont encore deux fois plus élevées chez l’homme que chez la femme en 2018."

Le rapport écrit :

"L’évolution de la mortalité du cancer du poumon est quant à elle étroitement liée à l’évolution de l’incidence dans les deux sexes et pour tous les âges...La mortalité est toujours en augmentation chez les femmes pour tous les âges et de façon plus importante pour celles de 50-60 ans"

  • Sein

Rapport Remontet Page 204 tableaux 4 et 5

Rapportée à l'incidence on note une légère inflexion de la mortalité spécifique par cancer du sein, mais cela, comme on le voit ci-dessous, s'opère dès les années 90, donc bien avant la généralisation du dépistage, et ne peut lui être attribuée.

Le rapport dit ceci (page 207): "La mise en place d’un dépistage organisé s’accompagne habituellement d’une augmentation temporaire de l’incidence et d’une part de surdiagnostic (cancer qui n’aurait pas évolué avant le décès du patient et qui concerne davantage les cancers in situ non pris en compte dans cette étude)."

Concernant la mortalité le rapport affirme :

"Une diminution du taux de mortalité est observée depuis le milieu des années 1990, en lien avec des progrès thérapeutiques majeurs (hormonothérapie, taxanes, traitements ciblés adaptés au profil moléculaire de la tumeur) et avec une augmentation de la proportion de cancers diagnostiqués à un stade précoce, notamment grâce au dépistage. "

Mais ce dernier point est fortement contesté par plusieurs chercheurs internationaux qui objectent que le surdiagnostic augmente avec toujours plus de dépistage de façon quasi proportionnelle[15] .

D'autres suggèrent que les dépistage pourrait être pourvoyeur d'une surmortalité non comptabilisée du fait des effets du surtraitement.[16] Un fait troublant : il n'y a pas de différence constatée entre les groupes de femmes dépistées et non dépistées.[17] Et en tous cas la mortalité toutes causes confondues n'est pas réduite.

  • Au total : En regardant et en comparant la globalité des données sur le cancer du poumon et celles du sein, on constate donc que la consommation de tabac, première cause de décès lié au cancer en France, n’a pas diminué et qu'elle contribue aux inégalités, en progressant chez les femmes et parmi les chômeurs. On voit clairement que les mesures d'interdiction de vente des cigarettes aux mineurs de moins de 18 ans et les avertissements graphiques sur les paquets sont largement insuffisantes.
    Pendant ce temps, malgré l'observation d'une augmentation flagrante de l'incidence du cancer du sein toujours sans retentissement massif sur la mortalité, ce qu'on attend d'un dépistage réussi*, les campagnes d'octobre rose pour sensibiliser et inciter au dépistage du cancer du sein vont bon train et sans lésiner sur les moyens (illuminations des villes, courses organisées par les communes, placardages de slogans), sans aucune remise en cause ni réflexion sur le surtraitement généré en population.

*PS : (Lorsqu'on a une discordance aussi marquée entre une incidence (nombre de nouveaux cas) augmentant et une mortalité que ne chute pas dans les mêmes proportions, alors cette inflation des cas est attribuable à une seule chose : l'activité débridée du dépistage).

Encore une fois on peut constater que malgré la débauche de moyens mis en oeuvre pour les campagnes d'octobre rose, la mortalité par cancer du sein, surtout féminine, ne fait que croître.
Et le tabagisme à lui seul tue plus que les cancers du sein et de la prostate réunis ![18]

La lutte contre le tabagisme n’est visiblement pas à la hauteur des intentions affichées, sans doute parce que le tabac rapporte beaucoup sous forme de taxes[19]. Il est clair qu'en mettant l’accent sur l’intensification des dépistages on fait oublier que la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme n’est pas à la hauteur de ce qui serait possible si les politiques, au lieu de ménager les lobbies, souhaitaient réellement faire baisser les cancers.

3° Plan 2014-2019[20] [21]

Ce plan-là a mis l’accent sur le fait de faciliter l'accès des femmes les plus éloignées et par tous les moyens, au dépistage du cancer du sein.

Les femmes facilement accessibles, elles paraissaient récalcitrantes à ce dépistage, les autorités décidèrent qu’il fallait stimuler des femmes d'ordinaire peu sollicitées ou géographiquement inaccessibles à y participer.

Libellés, les ides ne manquent pas :

-Mettre en place des formations-actions régionales de femmes relais pour relayer la sensibilisation au dépistage des cancers (dépistage organisé du cancer du sein) en direction des  femmes en précarité (partenariat avec IREPS2 ) (Picardie) 

-favoriser l’accès au dépistage des femmes les plus éloignées du dépistage en organisant la prise en charge des frais de transport pour une mammographie à Cayenne (Guyane) et lutter contre les inégalités d’accès et de recours (Martinique). »

-Réaliser des états des lieux de l'accès au dépistage organisé du cancer du sein des personnes handicapées dans les établissements sociaux et médico-sociaux (Franche-Comté). 
-faciliter l’accès au dépistage des personnes détenues en sensibilisant les équipes des Unités de consultations et de soins ambulatoires (Océan Indien)

Pages 72 et 74:

«  l’objectif d’un taux de couverture du dépistage organisé ou spontané du cancer du sein des femmes de 50-74 ans de 75% au 31/12/2018» « accroître l’efficacité des programmes de dépistage organisé du cancer du sein »

Il faut accroître l'adhésion des femmes, toujours et encore ; ce plan cancer 2014-2019 n’aborde que le côté technocratique du dispositif et anticipe dans ses termes ce que les hautes instances ont envie de promouvoir, au mépris de l’information à laquelle la population féminine a droit et qu'elle a réclamée entre temps lors de la concertation citoyenne et scientifique sur le dépistage du cancer du sein et ses méfaits[22]. Il s'agit de maintenir ce programme de dépistage sur les rails fixés en 2013, dirigé vers des objectifs quinquennaux intangibles.

Résultats épidémiologiques

En 2017(voir sur le site officiel de l'INVS), en France, parmi les causes de décès par cancer chez la femme, le cancer du sein, responsable de 11 883 décès vient en tête, suivi du cancer du poumon (10 176 décès) puis du cancer colo-rectal (8 390 décès).

Au total

Le constat est encore sans appel : En France, le recul de la mortalité spécifique (par cancer du sein) n'est pas significatif, en dépit du fait qu’on a fait du cancer du sein une priorité de santé publique et qu’on lui a consacré plus de moyens qu’à d’autres pathologies.

La mortalité par cancer du poumon, quant à elle, reste une préoccupation importante, notamment chez les jeunes auquel le plan actuel veut s'emparer, à nouveau...

Les plans se sont succédés, et aucun problème n'a été réglé : le tabagisme poursuit ses ravages, et les cas de cancers du sein ont grimpé à 54 000/ans de façon inquiétante avec un surdiagnostic reconnu par les autorités certes, mais largement minimisé et paraissant, pour ces autorités, ne remettre en aucune façon en question nos pratiques médicales, alors qu'on enregistre toujours, malgré le dépistage organisé, entre 11000 et 12000 décès/an, ce chiffre étant stable depuis 1996[23].

Remarques annexes avant de conclure

1°L'image d'illustration de l'article du Monde en ligne est une situation de dépistage du cancer de la peau.


Nous relayons ici un intéressant podcast [24]en anglais, sur le surdiagnostic du mélanome, tumeur cutanée cancéreuse.

Le constat de Dr. Adewole Adamson est affolant : pas de réduction de mortalité et un surdiagnostic massif en raison du fait que les seuils de tolérance des dermatologues et des anatomo-pathologistes s'abaissent devant les lésions cutanées.

Les premiers demandent de plus en plus et de plus en plus vite des prises en charge avec biopsies, les seconds préférent "upgrader" leur diagnostic des lésions examinées sous microscope ( c’est à dire dans le doute classer comme malignes des lésions simplement douteuses et qu'on pourrait seulement surveiller ), donnant lieu à une apparente épidémie de mélanomes avec d'autant plus de "survivors" artificiels.

Le cercle vicieux est sans fin, incitant patients et médecins à faire de plus en plus d'examens cutanés de routine.

2°spécifiquement sur le cancer du sein

Nous lisons dans le 6ème rapport au président de la République publié au mois de mars 2020  par l'INCa, page 7, prélude au plan cancer 2021/2025 présenté le 4 février 2021[25]:

Un renforcement de la qualité du dépistage organisé du cancer du sein.

« En termes d’organisation, en vertu d’un arrêté publié le 22 février 2019, seules les installations de mammographie numérique sont désormais autorisées dans le programme. L’arrêté confirme que le radiologue, premier lecteur, analyse obligatoirement les clichés sur une console d’interprétation. »

En reprenant les aménagements imposés aux radiologues tout au long de l'histoire du dépistage, il est flagrant de constater à quel point les décideurs ont délibérément opté pour l'amélioration de la forme, mais jamais pour la remise en question du fond -même de ce dispositif.
Au cours de ma carrière de radiologue, et depuis les années 90 j'ai ainsi assisté au passage de deux clichés par sein à trois, pour pallier au problème des cancers d'intervalles, survenant entre deux mammographies et échappant au dépistage.

Puis nous avons dû compléter ce "mammotest" par l'adjonction de l'échographie et de l'examen clinique. Nous sommes donc passés, devant la défaillance de la méthode, bel et bien d'un "test" à un examen finalement individuel !

Ensuite nous avons assisté à l'avènement de la mammographie numérique, technologie d'abord coexistant avec la mammographie analogique selon les cabinets de radiologie, et à présent imposée à tous.

Nul doute que nous ne tarderons pas à voir arriver la tomosynthèse[26] [27], hautement irradiante et souvent réalisée en complément des mammographies à l'insu de la patiente dans certains cabinets, avec une perspective de l'envolée des fausses alertes et des surdiagnostics.

Le soutien d’une étude expérimentant un dépistage personnalisé du cancer du sein.

« Une expérimentation internationale de dépistage ciblé du cancer du sein a été initiée. Soutenue par l’Institut national du cancer, la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer et la Ligue contre le cancer, et financée par l’Union européenne, l’étude MyPeBS (My Personal Breast Screening) entend évaluer si un dépistage personnalisé du cancer du sein pourrait être une meilleure option de dépistage pour les femmes de 40 à 70 ans. »

Meilleure preuve de la faillite du dépistage actuel : à présent on essaie un dépistage "individualisé", véritable piège pour les femmes notamment des tranches d'âge jeunes, puisque, si jugées à risque, elles auront des mammographies pouvant être annuelles et dès 40 ans....

Quelle meilleure façon, par le biais d'une étude d'un montage autant hermétique que pernicieux[28], d'étendre le dépistage à des catégories d'âges jusqu'à présent non concernés en raison d'une balance bénéfice-risques avérée néfaste pour ces femmes jeunes.

Voilà les "améliorations" continuelles apportées au dépistage du cancer du sein, véritable course absurde en lieu et place d'une interrogation de fond, à savoir repenser la pertinence fondamentale des dépistages.[29]

3°Concernant le cancer de la prostate[30],

nous avions évoqué déjà le problème du surdiagnostic, et avions également parlé de celui de la thyroïde [31], ce dernier avec un impact préférentiellement sur la vie des femmes.

Surprenant de lire dans l'article du Monde " Autre enjeu : accentuer les recherches pour trouver de nouveaux dépistages, notamment vis-à-vis des cancers du poumon ou de la prostate."

Un nouveau dépistage pour la prostate ? C'est bien que l'ancien n'était effectivement pas bien brillant en matière d'efficacité....

Et comme les questions critiques ne sont posées dans aucun média, l'information médicale peut sans vergogne se poursuivre au travers de l'émission "stars à nu", où des stars se déshabillent pour "sensibiliser" aux dépistages et pour la "bonne cause", sans aucun respect des données scientifiques.

La présentatrice, Mme Sublet, affirme en interview dans une minauderie de modestie feinte que son émission est "d'utilité publique"[32].
L'année dernière, dans la semaine qui a suivi l'émission, nos consultations en radiologie ont été littéralement assaillies de jeunes hommes découvrant des "boules" dans leurs bourses (absolument véridique), et de jeunes femmes en larmes ayant décelé elles aussi diverses tuméfactions dans leur poitrine.

Aucun diagnostic n'a été établi, toutes ces personnes étaient saines bien heureusement. Toute cette effervescence inutile a bien mobilisé le temps-médecin déjà compté, au détriment d'une patientèle réellement nécessiteuse de soins.

Conclusion :

Une planification « soviétique » qui se moque des données scientifiques

Il n'est nullement question d'informer mieux les femmes ou de diminuer les dépistages, nous retrouvons encore et toujours des objectifs fixés à l'avance, pré-décidés, échafaudés dans la tête de technocrates centrés sur un inventaire de chiffrages à atteindre.

On constate les malheureux résultats de la défaillance en matière de véritables campagnes de prévention (tabac, alcool, obésité), avec des cancers du poumon en augmentation inexorable et des décès en parallèle.     

Pourquoi n'a-t-on pas privilégié l'éducation à la santé avec de véritables campagnes d'envergure au lieu d'une débauche de moyens pour valoriser des dépistages dont la plupart, il faut bien en convenir, n'ont aucun retentissement perceptible sur la mortalité globale, et au contraire entraînent des surdiagnostics dans des populations saines, les plongeant dans des situations inutiles de malades ?

Pourquoi ?

Dans un billet d'humeur Annette Lexa, toxicologue donne des pistes[33] :

  • " les conduites destructrices ont longtemps été valorisées ;
  • l’hygiène et la prévention sont supposées ne pas être hédonistes ;
  • le champ du curatif est économiquement plus intéressant ;
  • les cancers professionnels continuent d’être négligés et minimisés par les caisses de santé elles-mêmes (CPAM,MSA) obligeant à des procédures longues, improbables et coûteuses ;
  • la société, si prompte pourtant à contrôler ses citoyens lorsque le système politico-économique est en danger, prétend craindre que cela s’apparente à de la réduction des « libertés » individuelles (libertés de fumer, de boire…) ;
  • tabac, alcool, aliments industriels marketés par la publicité rapportent énormément en TVA ;
  • la pilule contraceptive, symbole d’émancipation féminine, pourtant cancerogène avéré par l’IARC (http://www.cancer-environnement.fr/479-Classification-par-localisations-cancereuses.ce.aspx#Seins) et perturbateur endocrinien est encore et toujours présentée comme le moyen de contraception le plus populaire tout en minimisant savamment les effets indésirables, tant l’enjeu collectif sur la sexualité est majeur.
  • Combien de jeunes femmes achètent des cosmétiques « bio » garantis sans bisphénol A et sans parabène supposé cancérogène tout en prenant la pilule et fumant ? Nos sociétés modernes n’ont pas su réinventer de rituel de passage à l’âge adulte, enfermant ses adolescents dans des conduites à risque (addiction au tabac, à l’alcool, aux drogues, banalisation et précocité des pratiques sexuelles à risque...) .

Enfin, le marketing opportuniste visant à développer une connivence avec les femmes (cosmétiques, mutuelles, professionnels de l’e-santé, évènements « sportifs ») symbolise à lui seul le pouvoir de manipulation et de désinformation ainsi que le cynisme d’une société toute entière affairée à développer les affaires en se donnant une caution vertueuse et même parfois pensant sincèrement réparer maladroitement les dégâts qu’elle a elle-même créés, alors qu’elle devrait mettre toute son énergie (moins rentable certes) dans la prévention des cancers et fournir à chacun dès le plus jeune âge les clés d’une vie et d’une santé optimales."

Enfin, ce nouveau plan cancer a été élaboré sous l'égide de l'industrie pharmaceutique.

Et c'est notre collègue le Dr Gourmelon qui explique :

"Ce qui frappe d’emblée, dans les deux documents de presse, outre les moyens mis en œuvre, c’est la place que les « lobbys » du cancer ont prise dans le groupe prospectif qui a élaboré auprès du Pr IFRAH, les 220 propositions. (Voir l’annexe 3 du dossier de presse de 29 pages).  Dans ce petit groupe de 24 personnes, on trouve le représentant des entreprises du médicament Mr Eric Baseilhac. Il s’agit du directeur des affaires économiques."

Article complet disponible ici : https://cancer-rose.fr/2020/12/15/inca-une-consultation-citoyenne-pourquoi/

En gros, les objectifs varient peu, les données épidémiologiques non plus, démontrant l'inanité de ces grands plans invariables de quinquennat en quinquennat, d'un président à l'autre.

A la fin il ne reste que les causes faciles et démagogiques, donnant l'illusion de "faire", d'empoigner les problèmes, au grand bonheur des firmes et de leurs "innovations".

Lire ici : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_21_342
".....faire en sorte que 90 % de la population de l'Union remplissant les conditions requises pour le dépistage du cancer du sein, du col de l'utérus et du cancer colorectal se voient proposer un dépistage d'ici à 2025. Pour y parvenir, un nouveau programme de dépistage du cancer cofinancé par l'Union sera proposé.

En outre, pour soutenir les nouvelles technologies, la recherche et l'innovation, un nouveau Centre de connaissances sur le cancer sera fondé afin de contribuer à la coordination des initiatives scientifiques et techniques liées au cancer à l'échelle de l'Union. Une «initiative européenne en matière d'imagerie sur le cancer» sera mise en place pour soutenir le développement de nouveaux outils assistés par ordinateur afin d'améliorer la médecine personnalisée et les solutions innovantes."

Références


[1] https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/04/une-nouvelle-strategie-nationale-pour-faire-reculer-le-cancer_6068728_3244.html

[2] https://www.e-cancer.fr/Presse/Dossiers-et-communiques-de-presse/L-Institut-national-du-cancer-publie-le-dernier-rapport-annuel-au-president-de-la-Republique-du-Plan-cancer-3-et-precise-les-echeances-de-la-strategie-decennale-de-lutte-contre-le-cancer

[3] https://www.roche.fr/fr/pharma/cancer/depistage-cancers-france.html

[4] https://consultation-cancer.fr/project/axe-1-ameliorer-la-prevention/consultation/consultation

[5] https://cancer-rose.fr/2020/12/15/inca-une-consultation-citoyenne-pourquoi/

[6] https://cancer-rose.fr/2020/12/17/la-concertation-citoyenne-de-linca-sur-le-futur-plan-cancer-une-mascarade/

[7] https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2019/07/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf

[8] https://www.e-cancer.fr/Plan-cancer/Les-Plans-cancer-de-2003-a-2013

[9] https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2021/02/Plan_cancer_2003-2007_MILC.pdf

[10] https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/cancers/cancer-du-colon-rectum/documents/rapport-synthese/evolution-de-l-incidence-et-de-la-mortalite-par-cancer-en-france-de-1978-a-2000

[11] B.Duperray "le dépistage du cancer du sein, la grande illusion" Ed Thierry Souccar, page 155

[12] https://www.e-cancer.fr/Plan-cancer/Les-Plans-cancer-de-2003-a-2013/Le-Plan-cancer-2009-2013

[13] https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2021/02/2009-2013.pdf

[14] https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/cancers/cancer-du-sein/documents/rapport-synthese/estimations-nationales-de-l-incidence-et-de-la-mortalite-par-cancer-en-france-metropolitaine-entre-1990-et-2018-volume-1-tumeurs-solides-etud

[15] https://cancer-rose.fr/2015/07/06/analyse-etude-jama/

[16] https://cancer-rose.fr/2019/08/08/synthese-detudes-un-exces-de-mortalite-imputable-aux-traitements-lemportant-sur-le-benefice-du-depistage/

[17] https://cancer-rose.fr/2016/11/20/etude-miller/

[18] http://www.unicancer.fr/le-groupe-unicancer/les-chiffres-cles/les-chiffres-du-cancer-en-france#:~:text=Cancer%20colorectal%20%3A%209%20294%20d%C3%A9c%C3%A8s,la%20prostate%20%3A%208%20207%20d%C3%A9c%C3%A8s

[19] https://www.who.int/tobacco/economics/taxation/fr/

[20] https://cancer-rose.fr/2016/10/10/a-propos-du-plan-cancer-2014-2019/

[21] https://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publications/Plan-Cancer-2014-2019

[22] https://cancer-rose.fr/2016/12/15/nouvelles-du-front-premiere-manche/

[23] https://cancer-rose.fr/2016/07/30/mortalite-donnees-de-la-base-cepidc-de-1996-a-2012/

[24] Podcast dermato https://www.youtube.com/watch?v=068KMIe-gys&feature=emb_logo

[25] https://www.e-cancer.fr/Expertises-et-publications/Catalogue-des-publications/Sixieme-rapport-au-president-de-la-Republique-Mars-2020

[26] https://cancer-rose.fr/2019/11/28/avis-de-la-haute-autorite-de-sante-sur-la-performance-de-la-mammographie-par-tomosynthese-dans-le-depistage-organise/

[27] https://cancer-rose.fr/2019/03/09/association-de-la-tomosynthese-versus-mammographie-numerique-dans-la-detection-des-cancers/

[28] https://cancer-rose.fr/my-pebs/

[29] l'étude dont on rêvait : https://cancer-rose.fr/my-pebs/2019/03/09/letude-dont-on-re%cc%82vait/

[30] https://cancer-rose.fr/2017/01/05/en-parallele-au-depistage-du-sein-celui-de-la-prostate-du-surdiagnostic-aussi/

[31] https://cancer-rose.fr/2020/06/05/le-surdiagnostic-du-cancer-de-la-thyroide-une-preoccupation-feminine-aussi/

[32] https://m.youtube.com/watch?v=7NQOTNDeM1c

[33] https://cancer-rose.fr/2016/11/05/la-vraie-prevention-parent-pauvre-du-plan-de-lutte-contre-le-cancer-du-sein/

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Haut risque de cancer du sein et mammographie, en pratique

Nous avons consacré deux articles à cette problématique spécifique, voici un condensé pratique à la demande d'une de nos lectrices.[i] [ii]

Le premier problème consiste à définir tout d'abord ce qu'est une femme à haut risque potentiel de déclarer un cancer du sein au cours de sa vie. Et ce qu'est une "famille à risque".
Un antécédent familial seul, même direct, ne constitue pas, contrairement à ce qui est souvent agité comme épouvantail aux femmes, la preuve d'être une personne "à risque".
Nous recevons suffisamment de témoignages de femmes jeunes inquiétées inutilement et surtout incitées à des surmédicalisations inutiles et dangereuses.

Qu’en est-il de la recherche de mutations génétiques chez les femmes ? Quand doit-on la réaliser ?

C’est la question que s'est posée la revue indépendante Prescrire, tome 36 N°388/février 2016

Les mutations génétiques portant sur les gènes BCRA1 et BCRA2 sont de transmission autosomique dominante, la femme porteuse de ces mutations est exposée au risque de cancer du sein ou de l’ovaire, à la fois plus élevé, mais aussi plus précoce que dans la population générale.

-L'âge médian de survenue est de 40 ans et le risque cumulé à 70 ans de connaître un cancer est de 51 % à 75 % pour la mutation BRCA1,
-L'âge médian est de 43 ans et le risque cumulé estimé de 33 % à 55 % pour la mutation BRCA2.

La revue Prescrire propose de retenir comme antécédents significatifs, pour proposer une consultation d’onco-génétique, les critères suivants :

-Trois personnes de la même branche ayant un cancer du sein avant 70 ans,

-Deux personnes de la même branche avec un cancer avant 50 ans

-Une personne ayant eu un cancer de l’ovaire

-Une personne atteinte du cancer du sein avec un diagnostic avant 40 ans, ou une forme bilatérale, le premier avant 50 ans, ou un cancer négatif aux récepteurs hormonaux et survenu avant 60 ans.

Score d'Eisinger

Le score d'Eisinger est une aide à la décision pour demander une consultation d'onco-génétique.

Nous le reproduisons ci-dessous (téléchargeable) :

Analyse de l arbre généalogique selon le score d Eisinger : Additionner les scores pour chaque branche de la famille. Score > 3. Consultation d oncogénétique. Score < 3. Examen clinique annuel à partir de 25 ans. Dépistage à partir de 50 ans.

Plusieurs situations peuvent se présenter dans les familles présentant ainsi plusieurs cas de cancer du sein :

A-  Mutation mise en évidence chez une femme de la famille, présentant un cancer du sein.

Cette recherche de mutation génétique apporte une information précieuse aux femmes de la parentèle : les femmes qui en sont porteuses ont un risque plus élevé, les femmes de la même famille qui ne l’ont pas se retrouvent avec le risque de la population générale.
Si en raison d’une généalogie chargée une femme de la famille décide d’effectuer une recherche de mutation sur les gènes BCRA1 ou BCRA2, et se retrouve porteuse de mutation délétère sur ces gènes, alors son risque apparaît important de faire un cancer du sein, et ce risque est aussi très important pour la parentèle.

B-  Pas de mutation mise en évidence chez la femme présentant un cancer du sein.

Soit il n’y a réellement aucune mutation et la patiente a fait une forme de cancer sans cause génétique, ou alors il y en a bien une, mais il peut s'agir d’une cause génétique non identifiée.

Il y aura donc alors une incertitude pour les femmes de sa famille quant au caractère héréditaire ou non de ce cancer, le risque du caractère familial de ce cancer n’est pas aussi élevé qu’en cas de mutation identifiée notamment BRCA mais peut-être un peu plus haut que celui de la population générale.
L’incertitude fait qu’il y a lieu alors d’analyser la généalogie, comportant elle aussi son lot d’incertitudes et d’imprécisions..

C-  La personne porteuse du cancer du sein n’a pas effectué de recherche génétique.

Pour les femmes de la parentèle cela donne une information inexploitable : soit la personne malade peut avoir eu une mutation non recherchée, soit elle est indemne de mutation mais la mutation pourrait bien exister chez les membres de la famille.

Au total retenons :

  • Soit la personne présente un cas familial porteur de mutation mais est indemne de toute mutation elle-même, son risque sera proche de celui de la population générale.
  • Soit elle est porteuse de la mutation et on peut lui estimer son risque de faire un cancer du sein, lequel sera plus élevé que dans la population générale.
  • Mais pour d’autres femmes il peut persister bien des incertitudes sur le risque familial de contracter un cancer du sein :

-Chez les femmes dont des membres de la famille ont eu un cancer du sein mais sans mutation mise en évidence sur un seul des cas familiaux,

-Chez les femmes avec une recherche génétique personnelle de mutation négative, avec une généalogie présentant plusieurs cas de cancers du sein, mais sans recherche effectuée sur les personnes malades.

Lire : https://cancer-rose.fr/2016/11/20/observations-femmes-a-risques/

Propositions de conduites à tenir, différentes options selon situations

Qui sont les sujets à plus haut risque théorique ?

-Femme avec un cas de cancer du sein chez une parente au premier degré (mère, sœur, fille) avant 40 ans.

-Deux femmes avec cancer du sein dans la famille au premier ou au deuxième degré.

-Homme de la famille atteint, du premier ou deuxième degré

-Femme de la famille au premier ou deuxième degré atteinte d’un cancer de l’ovaire.

Synthèse selon le dossier Prescrire paru dans la Revue Prescrire Mai 2016/Tome 36 N°391-p.355 à p.361

Voici un tableau récapitulatif des propositions de conduites à tenir selon la présence de mutation ou pas, et propositions d'imagerie complémentaire (tableau téléchargeable) :

TABLEAU

LES RECOMMANDATIONS EXISTANTES

1°La Haute Autorité de Santé a émis en 2014 des recommandations encore actuellement en vigueur :

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2014-05/depistage_du_cancer_du_sein_chez_les_femmes_a_haut_risque_synthese_vf.pdf

2° Les recos de L'Institut National du Cancer, cliquez (tableau p.10 du doc)

Comme vous le lirez, la mammographie précoce et annuelle est préconisée, faisant fi d'un risque plus important de cancer radio-induit, pouvant survenir, selon les mutations, dès la première mammographie. [iii] [iv]

Pour ces femmes à risque particulier les recommandations sont émises sans aucune donnée objective sur la portée des différentes stratégies de dépistage, sur les données de mortalité globale, mortalité par cancer du sein, mastectomies, effets des traitements, surdiagnostics et fausses alertes pour cette population à risque. En leur absence, ces femmes et leurs soignants sont dans une incertitude quant aux conduites à tenir et se débrouillent tant bien que mal de façon empirique.

Si des évaluations sont réalisées sur la population générale, il est tout aussi important de les réaliser chez ces populations particulières, mais il n'y en a pas.

Des réserves générales

Une discussion de fond est à entreprendre avec la patiente car la connaissance de ce haut risque conditionnera pour elle, outre une charge psychologique importante :

-Une anxiété permanente

-De nombreuses fausses alertes (faux positifs)

-Des surdiagnostics très probables mais non évalués puisqu’aucune étude n’a été réalisée pour les quantifier.

Pour citer la revue Prescrire de ce numéro de mai 2016 : "Pour s’assurer qu’un dépistage ait une balance bénéfices-risques favorable, il ne suffit pas de déterminer la méthode de détection la plus performante : un diagnostic plus précoce ne change pas toujours le poids du traitement pour les patients, ni forcément le pronostic de la maladie."

"Il faut aussi établir dans quelles conditions cela se traduit par des bénéfices cliniques tangibles pour les personnes dépistées. Il importe aussi de mesurer les effets indésirables auxquels exposent tous les dépistages : diagnostics et traitements par excès, sources d’effets indésirables parfois graves ; iatrogénie des examens ; faux positifs à l’origine d’angoisses et d’examens inutiles ; médicalisation de l’existence des bien-portants."

Et plus loin, sur l'aspect éthique :

"Éthique. L’ampleur du risque de cancers du sein chez ces femmes à risque plus élevé que la population générale ne rend pas contraire à l’éthique la réalisation d’essais cliniques randomisés, au contraire. Des essais cliniques comparant les effets de diverses stratégies de dépistage sur des critères cliniques tels que la mortalité totale, la mortalité par cancer du sein, la fréquence des amputations des seins, celle des traitements cytotoxiques, apporteraient les réponses qui font défaut, au lieu de laisser les femmes et les soignants sans éléments solides pour ces décisions importantes."

D’après la revue Prescrire une estimation étatsunienne parle de 125 cas de cancer du sein radio-induits pour 100 000 femmes de 40 à 74 ans dépistées par mammographie tous les ans, dont 16 mortels. Et pour des femmes à haut risque, on a mis en évidence que les cancers du sein ont été deux fois plus fréquents chez des femmes exposées à des examens radiographiques avant l’âge de 30ans que pour les non exposées.

D'autres examens complémentaires

D'autres examens que la mammographie, chacun ayant ses limites, et un suivi adapté peuvent être proposés, lire ici : https://cancer-rose.fr/2016/11/20/depistage-et-risque-familial-eleve-de-cancer-du-sein/

Références


[i] https://cancer-rose.fr/2016/11/20/observations-femmes-a-risques/

[ii] https://cancer-rose.fr/2016/11/20/depistage-et-risque-familial-eleve-de-cancer-du-sein/

[iii] https://cancer-rose.fr/2019/07/18/radiotoxicite-et-depistage-de-cancer-du-sein-prudence-prudence-prudence/

[iv] https://its.aviesan.fr/getlibrarypublicfile.php/cd704e89988a4e3bcf2e1217566876cf/inserm/_/collection_library/201800012/0001/J1-098ITS-2017.foray.lyon.ITMO.TS..21.nov.2017.pdf.pdf

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Communiqué de presse : lancement de notre nouveau site anglophone

7 janvier 2021

Après plusieurs mois de travail, de temps et d'énergie dédiés, nous avons le plaisir de vous annoncer le lancement de la version anglaise du site web de l’association Cancer Rose.

Cancer Rose est une association à but non lucratif de droit français composée de médecins indépendants, d'un docteur en toxicologie et d'une représentante des patientes, dont l'objectif est de fournir aux femmes françaises une information loyale, transparente et objective sur le dépistage de masse du cancer du sein, fondée sur des preuves scientifiques.

Nous avons participé à la consultation citoyenne et scientifique sur le dépistage du cancer du sein organisée par Mme la Ministre de la santé en 2015, suite à la controverse sur ce sujet en France. Nous avons fondé l'association Cancer Rose et crée son site web en 2016.

Au niveau international, nous échangeons et partageons des informations sur des questions médicales, notamment le surdiagnostic et le surtraitement qui en résulte, avec les membres de différentes organisations telles que HealthWatch Charity au Royaume-Uni,  Institute of Scientific Freedom  au Danemark,  l'organisation de santé Choosing Wisely au Canada, le group de chercheurs collaborateurs Wiser Healthcare en Australie, ainsi que la défenseure des droits des patients Donna Pinto aux Etats-Unis, membre du comité directeur du Projet International «Precision».

Notre objectif avec cette version en anglais est d'informer les visiteurs internationaux sur nos activités, d'établir des liens et partager nos points de vue concernant la controverse sur le dépistage de masse du cancer du sein, avec les femmes et les professionnels du monde entier.

Nous mettrons à jour le contenu de notre site avec de nouvelles informations, articles, annonces, activités.

Nous espérons que vous trouverez ce site utile et facile d'accès.

Veuillez nous suivre sur Twitter et Facebook pour les actualités.

Pour toute question, suggestion, retour d'information ou commentaire, veuillez nous contacter sur la page contact.

Les membres de Cancer Rose ne bénéficient d'aucun parrainage, honoraires, soutien financier ou conflit d'intérêt provenant de sources commerciales. Ils consacrent bénévolement leur temps à cette activité. Les fonds nécessaires au fonctionnement de ce site web et à la production de matériel d'information (films éducatifs, brochures, affiches) sont générés par des dons individuels et les contributions des membres.

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DIABETE ET CANCER

Par Dr C.Bour, 5 janvier 2021

La relation entre diabète et cancer en général, diabète et cancer du sein en particulier est bien connue, comme le montre une méta-analyse de 2012 [1].

Cette méta-analyse révélait une augmentation significative du risque de cancer du sein chez les femmes diabétiques par rapport aux non-diabétiques. Mais l’association entre le diabète et le risque de cancer du sein semblait limitée aux femmes ménopausées. Le diabète de type 1 et le diabète chez les femmes pré-ménopausées n’étaient pas associés à une augmentation significative du risque de cancer du sein.

Les personnes atteintes de diabète de type 2 ont un risque plus élevé de développer des cancers du sein, du pancréas, du foie, des reins, de l'endomètre et du colon.
Alors que les patients atteints de diabète de type 1 sont plus susceptibles de développer des cancers du col de l'utérus et de l'estomac.

Plusieurs études ont également démontré que les patients atteints de diabète et de cancer ont un pronostic moins favorable que ceux qui ne sont pas diabétiques.
Le diabète et l'hyperglycémie sont associés à des taux d'infection plus élevés, des périodes de rémission plus courtes et des durées médianes de survie plus courtes, ainsi que des taux de mortalité plus élevés[2].


On incrimine plusieurs mécanismes qui pourraient expliquer pourquoi le diabète de type 2 pourrait augmenter le risque de cancer : l’hyperinsulinémie, l’hyperglycémie et l’inflammation. L’augmentation de la glycémie aurait des effets cancérigènes en provoquant des dommages sur l’ADN.

Cas particulier du cancer du sein

La méta-analyse dont nous parlions en début d'article a été entreprise à l'aide d'un modèle à effets aléatoires pour étudier l'association entre le diabète et le risque de cancer du sein.[3]

Le risque de cancer du sein chez les femmes atteintes de diabète de type 2 est augmenté de 27%, un chiffre qui a diminué à 16% après ajustement de l'IMC. L'obésité est un facteur aggravant comme le montrent d'autres études.  

Aucune augmentation du risque n'a été observée chez les femmes à l'âge pré-ménopausique ou atteintes de diabète de type 1.

Outre le sur-risque de cancer chez le patient diabétique, qu'en est-il de la prise en charge du patient avec ET un diabète ET un cancer ?[4] [5]

La prise en charge du patient diabétique nécessite un traitement non seulement par des mesures hygiéno-diététiques mais également par un protocole médicamenteux finement réglé pouvant inclure de l'insuline et un ou plusieurs agents oraux.

La chimiothérapie et les analgésiques peuvent affecter l'homéostasie[6] du glucose et la sensibilité à l'insuline, les interactions médicamenteuses peuvent interférer avec la tolérance du patient aux médicaments contre le diabète ; la diminution de l'appétit, les nausées, les vomissements et la perte de poids consécutifs à la fois à la maladie et au traitement du cancer peuvent causer des déséquilibres sur la glycémie.

Agents chimiothérapeutiques

Plusieurs chimiothérapies sont connues pour causer ou exacerber ces mauvaises conditions. Par exemple, le cisplatine est connu pour provoquer une insuffisance rénale, et les anthracyclines peuvent provoquer une cardiotoxicité. Le cisplatine, le paclitaxel et la vincristine peuvent être neurotoxiques. Malheureusement, beaucoup de ces effets secondaires peuvent rester permanents.

Pour que le traitement du cancer soit efficace, il faut généralement administrer au moins 85 % de la dose de chimiothérapie. Les patients atteints de diabète doivent être soigneusement surveillés avant le début et pendant la chimiothérapie. Les décisions relatives au traitement doivent se fonder sur le tableau clinique du patient, mais toujours en sachant que toute modification de la dose, ou la modification du moment de l'administration, ou encore la substitution d'un autre agent chimiothérapeutique peuvent compromettre les résultats en réduisant le taux de réponse au traitement.

Corticostéroïdes

Ils constituent une partie importante du traitements dans les pathologies cancéreuses et sont largement utilisés pour améliorer les nausées et vomissements associés à la chimiothérapie, ainsi que pour supprimer les symptômes neurologiques lorsque le cancer s'est métastasé dans la colonne vertébrale ou le cerveau. Et ils provoquent une hyperglycémie de manière significative dans les heures suivant leur administration. 

Le traitement de l'hyperglycémie résultant des glucocorticoïdes dépend alors du type de diabète, de l'importance des taux d’hyperglycémie, de la dose et de la durée de la thérapie. Administrer des stéroïdes en plusieurs doses tout au long de la journée au lieu d'une seule dose en bolus, ou administrer la totalité de la dose quotidienne de stéroïdes par voie intraveineuse sur 24 heures, peuvent aider à contrôler l'hyperglycémie.

Les patients souffrant de diabète préexistant peuvent être maintenus sous leurs hypoglycémiants oraux et surveillés de près. Toutefois, ces médicaments sont généralement inadaptés pour gérer l'hyperglycémie dans ce contexte et on a recours à l'insuline.

Les patients utilisant de l'insuline avant une thérapie glucocorticoïde nécessiteront typiquement à la fois de l'insuline basale et de l'insuline préprandiale. Ces patients peuvent avoir besoin de deux à trois fois leur dose habituelle d'insuline. L'insuline est le médicament préféré pour gérer l'hyperglycémie induite ou exacerbée par les stéroïdes chez les patients avec un diabète connu.

Les patients diabétiques de type 1 devront ajuster leur dose. Les patients de type 2 qui prennent déjà des agents oraux au départ rajouteront de l'insuline, mais uniquement pendant cette période où leur glycémie est élevée.

Plusieurs études sur des cancers aussi disparates que le cancer du poumon à petites cellules et le cancer du sein notent une association entre l'hyperglycémie mal contrôlée et les mauvais résultats chez ces patients à la fois diabétiques et cancéreux. L'hyperglycémie augmente également le risque d'infection.

Chez les patients atteints d'un cancer actif, la gestion de l'hyperglycémie se concentre sur la prévention des complications à long terme pour éviter les issues aiguës et subaiguës, telles que la déshydratation due à la polyurie, l'infection, la perte de poids catabolique, les états hyperosmolaires non cétosiques et l'acidocétose diabétique.[7]

Analgésiques

Les analgésiques peuvent provoquer une constipation qui affecte les patients de deux manières. Cela peut leur donner envie de ne pas manger, mais aussi, en ralentissant la motilité intestinale, il est possible que les narcotiques retardent l'absorption des nutriments. Cela peut entraîner une inadéquation entre l'administration d'insuline et l'absorption du glucose. Le patient encourt le risque d'hypoglycémie.

Statines et chimiothérapie[8]

Les statines et les agents chimiothérapeutiques sont métabolisés par les mêmes enzymes dans le foie. 

Si les enzymes hépatiques sont toutes captées par le traitement par statine, cela peut créer une moindre élimination des chimiothérapies. Certaines recherches suggèrent que cela fonctionne également dans l'autre sens. Si on donne une statine à un patient sous chimio, puis qu'on arrête la statine, il éliminera le médicament de chimiothérapie beaucoup plus rapidement. 

En général on est donc réticent à commencer un traitement par statine chez quelqu'un qui commence juste une chimiothérapie en raison d'une possible hépatotoxicité, explique Pr.Lavis[9] . Si les patients sont déjà sous statines, il convient d'être conscient de leurs effets et de surveiller attentivement. 

Il est pertinent de cibler les interventions thérapeutiques selon le pronostic du patient. S'il est médiocre, il faut être moins exigeant sur les objectifs et ne pas alourdir le traitement du patient en raison d'attentes excessives.

Pronostic et confort

Le pronostic, la longévité et la qualité de vie sont des considérations importantes dans la détermination des objectifs glycémiques. Une approche pragmatique de la gestion de l’hyperglycémie chez ces patients est nécessaire

L'intérêt d'un contrôle glycémique très strict est d'essayer de prévenir les complications dans 10, 15, 20 ans. 

Mais chez une personne avec un mauvais pronostic ou une espérance de vie de quelques années seulement, il faut être plus préoccupé par le confort et la qualité de vie dans les années qui restent.
L'objectif serait alors d'éviter les effets de l'hyperglycémie aiguë, comme la déshydratation et l'acidocétose.

Conclusion

Il existe des preuves épidémiologiques solides que les maladies diabétiques sont associées à un risque accumulé de plusieurs cancers. Il est également de plus en plus évident que le degré d'hyperglycémie et les modalités de traitement de l'hyperglycémie influencent le risque de cancer. 

Le risque de cancer du sein chez les femmes atteintes de diabète de type 2 est augmenté de et l'obésité est un facteur aggravant. En revanche il n'y aurait pas de sur-risque observé chez les femmes à l'âge pré-ménopausique ou atteintes de diabète de type 1.


La gestion de la glycémie chez les patients diabétiques et cancéreux peut poser un défi clinique important. Comme il n'y a pas de preuve claire que le contrôle très rigoureux du glucose améliore les résultats en matière de cancer, l'hyperglycémie doit être gérée de façon pragmatique, afin de s'assurer que le patient reste asymptomatique et à faible risque de décompensation aiguë. 

La prise en charge proactive de l'hyperglycémie induite par les glucocorticoïdes peut aider à réduire les grandes fluctuations des taux de glucose. 

Lire aussi :

https://www.healthline.com/diabetesmine/living-with-cancer-and-diabetes#1

Références


[1] Diabetes and breast cancer risk: a meta-analysis  British Journal of Cancer (2012) 107, 1608–1617

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22996614/

P Boyle M Boniol A Koechlin .....and P Autier1/Prevention Research Institute, 95 cours Lafayette, 69006 Lyon, France

[2] Clinical Challenges in Caring for Patients With Diabetes and Cancer

Helen M. Psarakis, RN, APRN-Diabetes Spectrum Volume 19, Number 3, 2006

https://spectrum.diabetesjournals.org/content/19/3/157

[3] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22996614/

[4] https://endocrinenews.endocrine.org/july-2014-double-jeopardy/

[5] Clinical Challenges in Caring for Patients With Diabetes and Cancer-Helen M. Psarakis, RN, APRN-Diabetes Spectrum Volume 19, Number 3, 2006

https://spectrum.diabetesjournals.org/content/19/3/157

[6]  Phénomène par lequel un facteur clé est régulé pour persister autour d'une valeur bénéfique pour l'organisme.

[7] https://www.cancernetwork.com/view/diabetes-management-cancer-patients

[8] https://endocrinenews.endocrine.org/july-2014-double-jeopardy/

[9] Victor Lavis, MD, professeur au Département de néoplasie endocrinienne et des troubles hormonaux à l'Université du Texas MD Anderson Cancer Center à Houston.( https://endocrinenews.endocrine.org/july-2014-double-jeopardy/)

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Traitement hormonal substitutif (THS) et cancer du sein

Synthèse Dr C.Bour, 29/12/2020

Le débat sur la question du lien entre THS et cancer du sein est ancienne, et date de 2002 où une étude américaine laissait entendre un sur-risque de cancer chez les patientes sous THS. Cette première étude a donné lieu à de grandes controverses. Cet essai WHI (Women Health Initiative) est une vaste étude randomisée américaine ayant pour objectif d’évaluer les risques et les bénéfices de différentes stratégies diététiques et médicales, pouvant réduire l’incidence des maladies cardiovasculaires, des cancers du sein, du cancer colorectal ainsi que des fractures chez les femmes ménopausées.

Prévu pour durer plus de 8 années, l’essai a été prématurément arrêté au premier semestre 2002 après un peu plus de 5 années, les risques ayant été jugés supérieurs aux bénéfices, en particulier à cause de l’apparition d’effets cardiovasculaires défavorables et inattendus du THS.

En effet l'étude confirmait bien un effet anti-fracturaire vertébral et fémoral, un effet bénéfique sur le taux des cancers du côlon, mais objectivait une augmentation des accidents vasculaires cérébraux, des infarctus du myocarde, des phlébites et embolies pulmonaires, et des cancers du sein.

La contestation des résultats, en France, se basait sur le fait que les produits utilisés au cours de l'étude étaient des œstrogènes équins administrés par voie orale et normodosés (alors qu’en France on utilisait de l’estradiol par voie transdermique ou orale), et de l’acétate de médroxyprogestérone non utilisée en France. Grand ouf de soulagement donc lorsque le JAMA[1], en 2017, revenait sur ces premiers résultats plutôt affolants et contestait cette sur-mortalité dans l'étude WHI, les gynécologues français considérant alors le THS globalement comme une "bonne chose si le traitement n'est pas standardisé mais personnalisé".[2]

Mais en médecine, jamais rien n'est gravé dans le marbre, et en 2003, une autre étude, anglaise[3] celle-ci, menée de 1996 à 2001 auprès de plus d'un million de femmes ménopausées entre 50 et 64 ans, montrait un sur-risque de cancer du sein sous THS, et cela même avec des traitements couramment utilisés en Europe. Le résultat de l'étude était que le risque de survenue de cancer du sein ainsi que le risque de décès lié à des cancers était plus important chez les femmes traitées que chez les femmes non traitées, et plus important chez les femmes traitées par une association oestroprogestative que chez les femmes recevant un traitement œstrogénique seul. Cette étude anglaise examinait bien des traitements utilisés en Europe, tant pour les types d'oestroprogestatifs que pour leurs voies et modes d'administration.

La controverse était telle que la prescription systématique de THS fut drastiquement freinée dès 2004. Et il est vrai qu’on a observé une diminution de l’incidence de ce cancer vers 2004, date à laquelle on a cessé de prescrire à grande échelle le THS et sur de longues durées. [4]

Une étude de 2019 - un sur-risque de cancer confirmé sous THS

Il s'agit d'une revue de 58 études épidémiologiques sur le sujet de l'association THS et cancer du sein, pour la plupart observationnelles, portant sur plus de 100.000 femmes au total. Publiée en 2019 dans Le Lancet [5], cette revue démontre un risque de cancer du sein accru chez les femmes qui suivent un traitement hormonal contre les effets de la ménopause. Si ce sur-risque diminue bien après l'arrêt du traitement, il persiste néanmoins pendant au moins une dizaine d'années.

L' étude est innovante dans la mesure où est quantifié le risque pour chaque type de traitement.

Ainsi, une femme de cinquante ans qui suit pendant 5 années un THS combinant des œstrogènes et de la progestérone en continu a un risque de développer un cancer du sein dans les 20 années qui suivent de 8,3% après le début du traitement. Le risque ne serait que de 6,3% pour les femmes du même âge n’ayant eu aucun traitement.

Le risque de développer un cancer du sein à 20 ans serait de 7,7% pour les femmes ayant suivi un traitement avec œstrogènes et progestérone mais par intermittence, et de 6,8% pour celles traitées par œstrogènes seuls, estiment les chercheurs.

Ce qu'il faut retenir essentiellement de l'étude

  • Tous les traitements hormonaux de la ménopause sont associés à un risque accru, à l'exception des gels aux œstrogènes pour application locale.
  • Le risque augmenterait aussi avec la durée du traitement, l'utilisation d'un THS pendant 10 ans entraînerait un excès de risque de cancer du sein environ deux fois plus élevé que le risque d'un traitement sur 5 ans seulement.
  • A l'inverse l'utilisation d'un THS pendant moins d'un an entraînerait peu de risque.

Adapter en fonction du besoin

Actuellement la pratique vise à individualiser les prescriptions, en envisageant soigneusement les risques et les bénéfices d’un traitement pour chaque femme et en prenant en compte l'impériosité ou non d'avoir recours au THS, selon les troubles climatériques de la femme. (Le climatère désigne les années de changement hormonal que connaît la femme avant puis après la ménopause.)

La recommandation de la Haute Autorité de Santé

En 2004 la Haute Autorité de Santé (HAS) a émis une recommandation[6]qui est toujours en vigueur : le THS doit être prescrit sur une courte durée. La HAS précise qu'il n'y a aucune utilité de prescription d'examens radiologiques supplémentaires ou spécifiques pour la femme traitée par THS, en revanche la HAS demande l'intégration systématique, pour toute femme traitée, dans le programme de dépistage. Voilà ce qui est préconisé [7]:

  • En cas de traitement hormonal substitutif ou traitement hormonal de la ménopause en cours :

En cas de prescription avant 50 ans et en l’absence de données suffisantes pour déterminer la balance bénéfice-risque de la mammographie, aucune surveillance radiologique spécifique n’est recommandée.
En cas de prescription après 50 ans, aucune surveillance radiologique spécifique n’est recommandée. La femme doit être incitée à participer au programme national de dépistage organisé.

En cas de prescription de THS le médecin prescripteur ne peut donc s'affranchir, au risque de s'exposer à des poursuites judiciaires, de recommander le dépistage systématique du cancer du sein à sa patiente.[8]

Références


[1] https://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/2653735

[2] https://www.lequotidiendumedecin.fr/actus-medicales/recherche-science/thm-letude-whi-montre-finalement-une-absence-de-surmortalite

[3] https://www.ansm.sante.fr/S-informer/Communiques-Communiques-Points-presse/Traitement-hormonal-substitutif-et-risque-de-cancer-du-sein

[4] Page 6 du document : "ÉTAT DES LIEUX ET DES CONNAISSANCES/ FICHES REPÈRES"

FÉVRIER 2015

TRAITEMENTS HORMONAUX
DE LA MÉNOPAUSE ET RISQUES
DE CANCERS

Document rédigé et coordonné par le département Prévention, pôle Santé publique et soins (PSPS)-INCa. "Même si cette hypothèse est à approfondir, la diminution de l’incidence du cancer du sein a aussi été décrite dans d’autres pays où la chute de prescription des THM (traitement hormonal de la ménopause) a été spectaculaire, comme au Canada, en Allemagne, aux États-Unis, en Belgique et en Australie."

[5] https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)31709-X/fulltext

[6] https://www.has-sante.fr/jcms/c_1754596/fr/traitements-hormonaux-de-la-menopause

[7] https://www.has-sante.fr/jcms/c_1741170/fr/depistage-du-cancer-du-sein-en-france-identification-des-femmes-a-haut-risque-et-modalites-de-depistage#toc_1_2

[8] https://cancer-rose.fr/2020/03/02/depistage-et-paradoxe-lors-de-lusage-de-certains-medicaments/

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La concertation citoyenne de l’INCA sur le futur plan cancer : une mascarade !

Dr M.Gourmelon

Dr C.Bour

17/12/2020

Récemment, l'Institut National du Cancer (INCA) en France a lancé une consultation citoyenne[1], que nous présentions dans un précédent article[2] afin que les Français puissent contribuer aux mesures de lutte contre le cancer proposées par l'INCa pour la prochaine décennie, mais aussi pour que les participants proposent eux-mêmes d'éventuelles idées.

Cette initiative est censée, rapelons-le, aboutir à plusieurs propositions concrètes pour une stratégie décennale de lutte contre le cancer qui sera remise au Gouvernement en décembre ; celui-ci en arrêtera, par décret, son contenu définitif.

Un communiqué de presse vient d'être édité [3], annonçant qu'aux 220 mesures initiales seront rajoutées 11 mesures nouvelles.

Des résultats de participation...enthousiasmants, vraiment ?

Les communicants de l'INCa nous livrent une présentation « victorieuse », mais au regard des chiffres annoncés, cela ressemble bien .... à un "bide" total.

En effet, "l’Institut national du cancer a invité chaque Français à s’exprimer sur le futur de la lutte contre les cancers des 10 prochaines années."

C'est donc une consultation nationale qui s'adresse à tous les français.

Considérant qu'il existe 47 millions de français inscrits sur les listes électorales, 2478 ont participé à cette concertation ce qui fait un pourcentage de participation ... proche de 0.

"Avec plus de 23 200 votes enregistrés sur la plateforme de consultation et un vote positif allant de 85 % à 95 % sur les axes stratégiques et leurs mesures, la mobilisation de nos concitoyens montre l’intérêt qu’ils portent à cet enjeu majeur de santé publique et leur adhésion massive au projet."

"Avec des votes positifs, compris entre 85 % pour l’axe 1 (Améliorer la prévention) et près de 95 % pour les mesures transversales, les participants ont massivement adhéré aux actions présentées dans la proposition de stratégie décennale. Ces résultats montrent l’adéquation entre les objectifs et mesures présentés et les attentes de nos concitoyens"

Un autre chiffre est avancé : "Aujourd’hui en France, 3,8 millions de personnes ont eu ou vivent avec un cancer. La maladie est présente dans le quotidien des Français (patients, proches, aidants)."

3.8 millions de personnes touchées par le cancer, mais il n'y a bien que 2478 participants effectifs.

Entre 85% à 95% d'approbation pour une participation en chiffres réels aussi faible, n'empêche pas l'INCA de se réjouir dans ce communiqué de presse "triomphal" , ni d'affirmer une «mobilisation de nos concitoyens (qui) montre l'intérêt qu’ils portent à cet enjeu majeur de santé publique et leur adhésion massive au projet ».

Notons que l'élaboration des propositions, " approuvée à l’unanimité par le Conseil d’administration de l’Institut, le 27 novembre," s'est faite uniquement au sein de l'INCA et du monde de la santé qui vit du cancer.

La mise en scène de chiffres aussi sensationnels n'est pas sans  rappeler la méthode de comptage chère aux républiques bananières lors d' élections "bidon" et la mise en scènes de chiffres d'adhésion spectaculaires. Il est toujours bien d' utiliser des astuces déjà éprouvées.

Le désolant exemple du dépistage du cancer du poumon

"La mesure la plus soutenue enregistre 257 votes (évaluation de la faisabilité d’un dépistage du cancer du poumon)" dit le communiqué de presse.

Hélas nous lisons que " c’est la mesure qui concerne la recherche sur le tabac et l’alcool qui remporte le moins d’adhésions (49). "

Il est bien connu à présent que la mesure la plus efficace serait une véritable campagne de prévention sur la consommation d'alcool et de tabac. Si ces deux éléments étaient l’objet d’actions bien plus fortes pour leur réduction on obtiendrait des résultats de santé publique importants, comme le souligne un excellent article récemment paru de John Horgan, journaliste scientifique [4] [5]. Selon l' auteur, les constatations sont celles d'une augmentation ou d'une baisse des décès par cancer qui suivent l'augmentation et la baisse du tabagisme, avec un décalage de quelques décennies.  Le tabagisme augmente le risque pour de nombreux cancers mais surtout celui du cancer du poumon qui est de loin le plus grand tueur, responsable de davantage de décès que le cancer du côlon, du sein et de la prostate réunis.

On estime que s'il n'y avait eu aucune réduction du tabagisme, il n'y aurait eu pratiquement aucune réduction de la mortalité globale par cancer, ni chez les hommes ni chez les femmes, depuis le début des années 1990.

Si les items de la consultation proposés aux participants contenaient ce genre d'informations, les votes eussent certainement été tout autres.

Les votes se sont portés majoritairement sur le dépistage proposé comme une avancée, mais même ce surplus de voix (257) ne constitue encore pas un chiffre permettant de saluer une "mobilisation et adhésion" faramineuse de nos concitoyens.

Nous ne pouvons qu'établir un parallèle avec le dépistage du cancer du sein ; nous sommes également en butte avec un enthousiasme débridé dans la présentation de "l'efficacité" de ce dépistage, en dépit d'études multiples, certaines très actuelles, de son échec sur la réduction significative de mortalité et de réduction des cancers graves.[6] [7]

Conclusion

Comme nous le pressentions, cette concertation n'est que poudre aux yeux pour laisser croire à une adhésion citoyenne massive alors que celle-ci est quasi nulle.

Des mesures sont formulées et présentées de façon flatteuse, de telle sorte que le citoyen ne puisse qu'adhérer en ayant une impression de mesures en sa faveur, et le communiqué de presse allègue, dithyrambique, une participation démentielle pour une opération qui s'avère un pétard mouillé.

L'INCA avance ainsi tranquillement ses propres volontés d'action [8] et tant pis si c'est en dépit des données de la science qui ne confirment pas l'efficacité de tous les dépistages mis en avant, et que les participants ont été appelés à voter sans aucune préparation ni information scientifique sur des sujets aussi spécifiques.

Mais c'est dans l'air du temps, l'opinion d'un public profane et surtout soigneusement désinformé sur des sujets de santé a le même poids et même davantage que les avis fondés sur la science et plus pondérés d'épidémiologistes ou de scientifiques indépendants. Nous avons pu constater cette tendance à l'envi lors de la communication désastreuse et débridée durant la période de la pandémie Covid 19, et la voilà concrétisée dans le procédé d'une consultation sans aucun intérêt, organisée par un institut public dans un plan cancer déjà décidé, présentée comme philanthropique et comme représentative des désirs de nos concitoyens.

Dans les régimes dictatoriaux, on s'y prend à peu près de la même façon.

Références


[1] https://consultation-cancer.fr/

[2] https://cancer-rose.fr/2020/12/15/inca-une-consultation-citoyenne-pourquoi/

[3] https://consultation-cancer.fr/pages/consultation-resultats-et-apports-citoyens

[4] https://cancer-rose.fr/2020/02/14/lindustrie-du-cancer-battage-mediatique-versus-realite/

[5] https://blogs.scientificamerican.com/cross-check/the-cancer-industry-hype-vs-reality/

[6] https://cancer-rose.fr/2020/07/26/etude-australienne-un-argument-factuel-de-plus-sur-linutilite-du-depistage-mammographique/

[7] https://cancer-rose.fr/2020/08/18/absence-de-benefice-des-mammographies-chez-les-femmes-agees-de-40-a-50-ans-les-resultats-finaux-de-lessai-uk-age-trial-confirment/

[8]  https://consultation-cancer.fr/projects/axe-3-lutter-contre-les-cancers-de-mauvais-diagnostics/consultation/consultation/opinions/1-developper-la-recherche-sur-les-cancers-de-mauvais-pronostic/mesures-proposees/organiser-le-depistage-du-cancer-du-poumon

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