Quand notre propre ADN abrite une alarme immunitaire contre le cancer

Par Cancer Rose, 30 août 2026

https://link.springer.com/article/10.1186/s12943-025-02510-8

Sivakumaran H, Nair S, Bitar M, Lu X, Wang L, Liu J, et al. BRRIAR lncRNA alters breast cancer risk by modulating interferon signaling in cis and in trans. Mol Cancer. 2026;25(1):5. doi:10.1186/s12943-025-02510-8.

Deux chercheuses, les professeures Stacey Edwards et Juliet French, du QIMR Berghofer (institut de recherche australien, dans le Queensland) ont publié les résultats de leur étude menée sur sept ans et parue dans la revue Molecular Cancer.
Il s’agit de la découverte d’une molécule d’ARN jusqu’alors inconnue et qui protègerait contre le cancer du sein HR+.
Un cancer du sein HER+ (ou HER2 positif) est une forme de cancer du sein dans laquelle les cellules tumorales produisent une quantité anormale et excessive d’une protéine appelée HER2 (Human Epidermal Growth Factor Receptor 2). La protéine HER2 se trouve à la surface des cellules mammaires et aide à réguler leur croissance. Dans un cancer HER2+, le gène HER2 est suramplifié, ce qui produit un excès de récepteurs à la surface de la cellule et ainsi un excès des divisions cellulaires et une croissance plus rapide de la tumeur.  
Ce sous-type représente environ 15 % à 20 % de l’ensemble des cancers du sein diagnostiqués et nécessite un traitement ciblé, par ce qu’on appelle précisément les thérapies ciblées (des anticorps monoclonaux p.ex., comme le trastuzumab ou Herceptin), en plus des traitements classiques.

Les travaux décrits dans l’étude comportent deux volets : des tests in vitro (sur des cultures cellulaires) et des tests in vivo (sur des organismes vivants, en l’occurrence des modèles murins).

Pourquoi cette découverte est importante?

Pour simplifier, dans notre ADN, il existe une région spécifique, appelée région 3p26, qui fabrique une petite molécule d’ARN appelée BRRIAR.

L’ADN, c’est le codage génétique de toutes nos caractéristiques qui servent à faire fonctionner notre organisme, et cet ADN se loge dans le noyau de la cellule (la bibliothèque centrale en quelque sorte). L’ARN lui, c’est une copie, non permanente, d’une partie seulement de l’ADN lorsque la cellule a besoin de fabriquer une protéine précise. Cet ARN sort du noyau pour aller dans la partie « usine » (les ribosomes) de la cellule afin d’assembler la protéine en question, puis il se détruit rapidement.

Quand cette molécule d’ARN BRRIAR est bien présente, elle joue un double rôle protecteur :

  1. Dans le noyau, elle organise la lecture des gènes pour garder la cellule sous contrôle.
  2. Dans le reste de la cellule, elle va réveiller un détecteur immunitaire (RIG-I) pour envoyer une alerte forçant d’une part la cellule cancéreuse à s’autodétruire (apoptose), et d’autre part pour appeler les défenses de l’organisme (globules blancs) à la rescousse pour la destruction des cellules anormales.

Or, chez certaines femmes, une variation génétique fait que la quantité de BRRIAR est insuffisante. La cellule perd alors son alarme immunitaire et le cancer du sein peut s’installer plus facilement, avec des cellules dont la multiplication n’est pas freinée.
Les deux chercheuses australiennes ont réussi à reproduire cet ARN BRRIAR en laboratoire et à le livrer directement dans les tumeurs grâce à des nanoparticules lipidiques (tissu gras). L’injection de ce produit directement dans les tumeurs chez l’animal réussit à réactiver l’alarme, stopper la croissance du cancer et réveiller le système immunitaire — y compris sur des cancers résistants, réfractaires aux traitements habituels.

C’est donc une piste très prometteuse pour créer de nouveaux traitements ciblés, à base d’ARN cette fois.

En conclusion

Cette découverte ouvre la voie à une toute nouvelle génération de traitements ciblés à base d’ARN. L’objectif est de redonner au corps les mécanismes pour repérer et détruire lui-même les cellules tumorales, par ses propres moyens.

Des partenaires et des financements supplémentaires sont recherchés pour passer à la prochaine étape du développement du médicament, à savoir un essai clinique chez des patientes humaines atteintes d’un cancer du sein HR+ avancé.


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