Biais d’autosélection, une étude pour l’illustrer

21 mars 2021

DrC.Bour

Un de nos fidèles et sagaces lecteurs, que nous remercions, a sollicité notre avis sur une étude des auteurs Tabar et Duffy, parue récemment mais que nous n’avions pas évoquée. 
https://pubs.rsna.org/doi/10.1148/radiol.2021203935 


Selon cette publication on constaterait une réduction significative de la mortalité par cancer du sein chez les patientes suivies.

Voici nos commentaires. Nous n’en avions effectivement pas parlé car il y a un biais de sélection énorme et bien connu, à savoir que les femmes ne participant pas au dépistage sont très différentes des femmes participant ; et ce biais peut expliquer les résultats aussi bien que le dépistage lui-même dans cette population.


Sur Medscape on peut lire :


https://www.medscape.org/viewarticle/933105 :
L’un des experts contactés par Medscape Medical News pour commenter la nouvelle étude, Philippe Autier, MPH, MD, PhD, de l’Institut de santé publique mondiale de l’Université de Strathclyde à l’Institut international de recherche sur la prévention, Dardilly, France, s’est interrogé sur la méthodologie de l’étude. « Cette méthode est incorrecte tout simplement parce que les femmes qui participent au dépistage sont différentes de celles qui n’y participent pas », a-t-il déclaré. « Les premières sont plus conscientes de leur santé et ont des comportements plus sains que les secondes, et c’est un fait bien connu et étayé par la littérature ». Le Pr Autier a souligné qu’il est pratiquement impossible de contrôler ce biais, connu sous le nom de confusion par indication.« Les méthodes statistiques utilisées pour atténuer ce qu’on appelle l’autosélection sont très approximatives et basées sur des hypothèses non vérifiées », a-t-il déclaré.
Pour cette raison, le manuel sur le dépistage du cancer du sein produit par le Centre International de Recherche sur le Cancer a clairement indiqué que « les études d’observation basées sur les antécédents de dépistage individuels, aussi bien conçues et menées soient-elles, ne devraient pas être considérées comme fournissant des preuves d’un effet du dépistage », et la méthodologie de ce document n’a jamais été recommandée par l’agence ».
Une meilleure façon de mener ce type d’étude aurait été de montrer les tendances de l’incidence du cancer du sein au stade avancé en Suède pour l’ensemble de la population féminine de 40 ans et plus, affirme-t-il. Le Pr Autier a utilisé cette méthodologie dans sa propre étude aux Pays-Bas, comme l’avait déjà signalé Medscape Medical News, qui a révélé qu’aux Pays-Bas, le dépistage par mammographie sur une période de 24 ans chez les femmes âgées de 50 à 74 ans avait peu d’effet sur la réduction des taux de cancer du sein avancé ou de mortalité due à la maladie.

Déjà des polémiques antérieures autour de ce même biais

En février 2019 des scientifiques (Giannakeas et Narrod) pointaient du doigt ce même biais dont Tabar et Duffy sont coutumiers.

Dans une étude[1] visant à démontrer que l’incidence du cancer du sein mortel était plus importante chez les femmes ne participant pas au dépistage, L.Tabar et S.Duffy prétendaient ainsi démontrer que le dépistage était bénéfique dans la réduction du cancer du sein létal pour les participantes.

Le biais est analogue : les auteurs comparent l’incidence du cancer du sein mortel chez les femmes qui ont accepté une invitation au dépistage à celles qui ne l’ont pas fait, ces dernières constituant le groupe témoin. Mais ce groupe témoin pourrait bien comprendre des femmes qui ont eu un antécédent de cancer du sein avant le début de l’étude et qui ne se rendront donc pas au dépistage, puisque déjà suivies pour leur cancer. Alors que le groupe testé, ( femmes se rendant au dépistage), est constitué de femmes indemnes de tout antécédent.

La situation est donc la suivante : pour une femme qui a eu un cancer du sein et qui reçoit une invitation par la poste à assister à un dépistage, on s’attend à ce qu’elle n’y aille pas. Cependant son décès, s’il a lieu, sera considéré comme un événement du groupe témoin (celui des non-participantes) dans l’étude de Tabar et al., donnant l’impression que des femmes ne participant pas meurent davantage de cancers du sein que les participantes, alors qu’il s’agit juste de deux populations très différentes puisque l’une avec antécédent, et l’autre non.
Tabar et Duffy concluent que le dépistage «dans le monde réel» réduit la mortalité par cancer du sein de 60%, ce qui est artificiellement élevé, dépassant les taux observés dans des essais randomisés dépourvus de ce biais ! 


[1] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30411328/


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