Par Cancer Rose, 15 avril 2026
A Systematic Review and Meta-Analysis of Breast Arterial Calcification and Its Association With Cardiovascular Disease and All-Cause Mortality, American Journal of Cardiology (2026)
https://www.ajconline.org/article/S0002-9149(26)00038-X/abstract
Objectif de l’étude
Cette étude présentée dans American Journal of Cardiology vise à déterminer si les calcifications artérielles mammaires (= BAC (pour Breast Arterial Calcification)) observées sur les mammographies sont associées à des facteurs de risque cardiovasculaires, à des événements cardiovasculaires (AVC, infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque), et/ou à la mortalité globale.
L’intérêt de cette recherche c’est d’utiliser un examen déjà existant et courant : la mammographie et précisément de dépistage ; la mammographie présente une bonne sensibilité aux calcifications en général (qu’elles soient d’origine vasculaire, galactophorique, kystique, qu’elles soient bénignes ou malignes).
Autant l’analyse des calcifications du sein est parfois difficile, (il existe les typiquement bénignes, les typiquement malignes, les inclassables et puis tout un tas de configurations intermédiaires), autant les calcifications vasculaires sont typiques, en « rail », elles suivent un trajet vasculaire artériel et ne peuvent être confondues avec d’autres.
(Pour ceux intéressés, voici un cours sur les microcalcifications ici)


Méthodes
Quarante-cinq études, représentant 68 584 femmes, ont été incluses dans la méta-analyse finale.
Les BAC sont présentes chez environ 17 % des femmes.
Résultats
Les BAC sont significativement associées à :
- un diabète (risque × ~2),
- à de l’hypertension artérielle (risque × ~1,8),
- à de l’hyperlipidémie (risque × ~1,2)
- à des AVC (risque × ~2)
- à de l’insuffisance cardiaque (risque × ~2,1)
- à une mortalité d’origine cardiaque (risque × ~3)
- à des événements cardiovasculaires globaux (risque × ~1,6)
- Et le risque de décès toutes causes confondues est environ doublé (× ~2)
Un fait intéressant et paradoxal que les auteurs ont souligné : il y a une association négative avec le tabagisme, ce qui est plutôt inattendu.
Des biais nombreux
L’étude présente quelques problèmes et biais, non négligeables : les études incluses sont uniquement des études observationnelles (qui sont des études moins robustes, la population cible est moins bien définie, risque de biais de sélection et d’autres biais en comparaison à une étude randomisée par exemple).
Le niveau de preuve de ces études est bon pour évoquer une corrélation entre différents constats, mais pas assez pour affirmer une causalité. La différence entre corrélation et causalité n’est pas toujours intuitive. Rien ne vaut une bonne image pour cela :


On rajoute à ces limites de très probables biais de sélection, car c’est un fait connu que les femmes participant au dépistage ne sont pas représentatives de la population générale (ce sont des populations de femmes qui, globalement, sont plus soucieuses de leur santé, évitent davantage les facteurs de risque, etc…). De plus toutes les femmes n’ont pas, partout, un accès identique au dépistage. Il ne s’agit donc pas d’une population homogène, il y a une hétérogénéité à laquelle s’ajoute l’hétérogénéité dans les classes d’âge des femmes incluses, dans leurs pays d’origine, dans les indications d’âge et de rythme des mammographies de dépistage qui sont différentes selon les pays.
Un autre biais réside dans les calcifications détectées à la mammographie, les méthodes de mesure des BAC ne sont pas standardisées, on voit si elles sont présentes ou absentes, mais il y a une variabilité dans les scores de quantification de ces calcifications.
Ensuite il peut y avoir un biais de confusion, la présence des BAC peut témoigner d’un vieillissement vasculaire et constituer un élément associé tout simplement au fait d’être âgée, d’avoir un diabète et de l’hypertension.
Conclusion des auteurs
Les BAC visibles à la mammographie pourraient être un marqueur utile du risque cardiovasculaire chez la femme, et être davantage qu’uniquement un ‘détail radiologique’.
Elles pourraient signaler un risque cardiovasculaire accru, et la mammographie pourrait devenir un outil de dépistage opportuniste du risque cardiaque.
Les BAC sont un marqueur de risque plausible MAIS l’étude comprend de nombreuses limites, avec un risque de sur-interprétation des BAC comme facteur de risque vasculaire, une relation causale qu’on ne peut en aucun cas établir, et une utilité en pratique clinique pour l’instant à démontrer. Le niveau de preuve de l’étude est modéré.
Comme énoncé plus haut, on constate une grande hétérogénéité entre les études incluses dans l’analyse (études qui apportent des résultats variables), et il s’agit principalement d’études observationnelles qui ne sont pas assez puissantes pour démontrer une causalité.
Les résultats sont donc à prendre avec une grande prudence, selon les dires des auteurs eux-mêmes, car en premier lieu il faudrait standardiser la mesure des BAC, avant une utilisation de ce marqueur en pratique clinique, et aussi réaliser d’autres études prospectives interventionnelles, éventuellement intégrer de l’IA pour obtenir une quantification automatique et plus objective et standardisée des BAC.
Il est donc urgent…de ne pas se presser et attendre d’autres études, mais le lien entre BAC et risque vasculaire pourrait être une piste intéressante à suivre.
Lire aussi l’excellent article dans JIM
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