Propagande rose, et revues prestigieuses qui désinforment

Par Cancer Rose, 29 septembre 2025

Une nouvelle étude…pas très neutre

Un éditorial dans le BMJ

Rebondissements en novembre, préoccupation sur l’article

Le BMJ publiait récemment une étude https://www.bmj.com/content/390/bmj-2025-085029
Cette étude montrerait que les femmes non-participantes au premier dépistage représenteraient une large population plus à risque, à long terme, de mourir d’un cancer du sein.

Le problème est qu’il ne s’agit pas, dans cette étude, d’une comparaison entre femmes qui auraient été tirées au sort pour être invitées ou non au dépistage, comme on procède dans des essais comparatifs randomisés par exemple.
Les femmes qui ne se sont pas rendues à cette première mammographie sont un groupe avec des caractéristiques particulières :
– elles ont aussi plus souvent manqué les convocations suivantes
– elles ont eu plus souvent des cancers détectés hors dépistage
– elles ont plus souvent des cancers de stades avancé (III ou IV)
– elles ont une mortalité par cancer du sein plus élevée
Les auteurs de l’étude ont conclu : Cette étude montre ( … ) la possibilité d’interventions ciblées pour améliorer l’observance du dépistage et ainsi diminuer le risque de mortalité.
Or, ils oublient donc de dire que dans toutes les études, les femmes qui ne se font pas dépister sont en moyenne de niveau socio-professionnel inférieur aux femmes qui se font dépister, et elles présentent des facteurs de risque plus fréquents et plus importants, comme les conditions de vie, les moins bonnes habitudes hygièno-diététique etc….
Si on cherchait d’autres pathologies, on trouverait aussi qu’elles ont un risque plus élevé d’AVC ou d’infarctus du myocarde !
Cette étude d’épidémiologie descriptive ne peut en aucun cas être considérée comme montrant une relation causale.
La mauvaise observance à un suivi médical de ces femmes, quel qu’il soit, peut être corrélée avec une plus mauvaise santé en général liée à des facteurs psycho sociaux. On trouverait aussi, dans cette population, de mauvaise prises médicamenteuses, un diabète et autres facteurs de risques de maladies…
Il s’agit juste d’une corrélation entre des caractéristiques particulières d’une population et son risque de mortalité par cancer ; une fois de plus, il ne faut pas confondre corrélation et causalité. En ne le mentionnant pas dans leur conclusion, les auteurs se comportent comme des escrocs intellectuels.

Evidemment la presse grand public notamment la presse dite féminine française à l’indigent bagage scientifique relate l’étude sans trop d’analyse critique.
Mais à chaque mois d’octobre nous avons droit à la fameuse propagande rose qui va bon train tous les ans, avec slogans, études biaisées, articles de leaders d’opinion grevés de liens d’intérêts.

Photographie prise à l’aéroport de Vienne (Autriche)

Un éditorial dans le BMJ, réponse d’un chercheur

Là-dessus cette même revue BMJ publie un éditorial pour mettre en lumière cette étude pourtant contestable et aux résultats fallacieux, ce qui suscite une réponse du chercheur nordique Peter Gotsche, médecin et chercheur danois, directeur du centre Cochrane nordique (groupe d’experts indépendants) et cofondateur de la Collaboration Cochrane.

Nous vous en livrons la traduction ci-dessous :

« Un éditorial dans BMJ a affirmé que « les mammographies peuvent détecter le cancer du sein tôt, souvent avant qu’une masse ne soit palpable, ce qui améliore les chances de succès du traitement et la survie » (1).

C’est faux.

Premièrement, le dépistage par mammographie ne permet pas de détecter les cancers tôt mais très tard. La taille moyenne des tumeurs dans les essais randomisés était de 16 mm dans les groupes avec dépistage et de 21 mm dans les groupes témoins (2). Il suffit d’une division cellulaire de plus pour qu’une tumeur de 16 mm devienne une tumeur de 21 mm. Si nous supposons que les temps de doublement observés sont valides de l’initiation jusqu’à ce que la tumeur devienne détectable, en moyenne les femmes ont été porteuses du cancer pendant 21 ans avant qu’il n’atteigne une taille de 10 mm (2).

Deuxièmement, dans la propagande de dépistage, « traitement réussi » signifie généralement un traitement moins invasif (3), ce qui est également faux. En raison d’un surdiagnostic substantiel et parce que les changements cellulaires les plus précoces, le carcinome in situ, se propagent souvent de manière diffuse dans un sein ou dans les deux, le dépistage augmente les mastectomies (4,5).

Troisièmement, le dépistage n’améliore pas la survie. L’éditorialiste affirme que le dépistage réduit la mortalité du cancer du sein de 15 % et fait ensuite l’erreur d’assimiler cela à une réduction de la mortalité. La mortalité due au cancer du sein est un résultat fallacieux qui favorise le dépistage, principalement en raison d’une classification erronée des causes de décès, mais aussi parce que le traitement des femmes surdiagnostiquées augmente la mortalité (3,4), et le dépistage ne réduit pas la mortalité totale par cancer (y compris le cancer du sein), ou la mortalité totale (4). Les données les plus récentes ont montré que pour les essais avec une randomisation adéquate, le rapport de risque* était de 1,00 (intervalle de confiance à 95 %, 0,96 à 1,04), pour la mortalité totale par cancer, et de 1,01 (0,99 à 1,04), pour la mortalité toutes causes confondues (6).
*Le rapport de risque de mortalité entre personnes dépistées et non dépistées de 1 signifie qu’il n’y a donc pas de différence entre deux groupes en termes de risque de mortalité, selon qu’ils ont été dépistés ou non.-NDLR

L’éditorialiste parle de « surdiagnostic potentiel. » Ce n’est pas du potentiel ; c’est une conséquence inévitable du dépistage (2-5).

De plus, l’éditorialiste affirme qu’une étude observationnelle (7) fournit « des preuves concrètes que le dépistage initial réduit la mortalité ». C’est faux. L’étude a seulement affirmé que le dépistage réduit la mortalité du cancer du sein. C’est une énorme erreur que les auteurs de cette étude, qui a été réalisée en Suède, n’aient pas parlé à leurs lecteurs de la mortalité par cancer et de la mortalité totale, ce qui aurait été très facile à documenter.

Le dépistage ne réduit pas la mortalité et les études observationnelles ne peuvent jamais démontrer de manière fiable que le dépistage réduit la mortalité due au cancer du sein. Elles sont toutes biaisés par l’effet de dépistage sain**, qu’aucun ajustement statistique ne peut compenser. Nous devrions ignorer les études observationnelles affirmant que le dépistage par mammographie fonctionne. Et nous devrions abandonner le dépistage par mammographie, car il est nocif (3). »
**L’effet utilisateur sain est un biais bien connu qui conduit à surestimer l’effet d’une intervention préventive comme le dépistage lorsque l’on compare les utilisateurs à long terme ou « adhérents » à des non-participants.
Les femmes dont l’observance au dépistage est faible correspondent à un groupe de femmes globalement peu observantes et moins soucieuses de leur santé, mais aussi soumises à des conditions de vie qui favorisent une mauvaise santé ; ce groupe présente davantage de cancers à un stade avancé et une survie globale plus faible que le groupe de dépistage régulier.
La différence du risque de décès par cancer du sein s’explique donc en grande partie par une différence de catégorie socio-professionnelle, et, sans dépistage du tout, cette situation serait identique.
-NDLR

Cela signifie que les résultats des études qui comparent le risque de décès par cancer du sein entre les personnes qui participent au dépistage et celles qui n’y participent pas sont entièrement dus à des défauts dans leur méthodologie et ne devraient donc pas être utilisés pour évaluer les avantages des programmes de dépistage par mammographie.

1 Zhen-qiang M. Participation in early mammography screening: Enduring benefits at a population level. BMJ 2025; 390:r1893.
2 Gøtzsche PC, Jørgensen KJ, Zahl PH and Mæhlen J. Why mammography screening has not lived up to expectations from the randomised trials. Cancer Causes Control 2012;23:15-21.
3 Gøtzsche PC. Mammography screening is harmful and should be abandoned. J R Soc Med 2015;108:341-5.
4 Gøtzsche PC and Jørgensen KJ. Screening for breast cancer with mammography. Cochrane Database Syst Rev 2013;6:CD001877.
5 Jørgensen KJ, Keen JD and Gøtzsche PC. Is mammographic screening justifiable considering its substantial overdiagnosis rate and minor effect on mortality? Radiology 2011;260:621-7.
6 Gøtzsche PC. Screening for breast cancer with mammography. Copenhagen: Institute for Scientific Freedom 2023;May 3.
7 Ma Z, He W, Zhang Y, et al. First mammography screening participation and breast cancer incidence and mortality in the subsequent 25 years: population based cohort study. BMJ 2025;Sep 24;390:e085029.

Lire aussi https://cancer-rose.fr/2025/09/27/le-depistage-du-cancer-nuit-plus-quil-ne-sauve/
« On se dépiste. On s’inquiète. On ne vit pas plus longtemps. »

Rebondissements de novembre

Quelques nouvelles du BMJ :

Des expressions d’inquiétude ont été exprimées à propos de l’article de recherche concernant la participation au premier dépistage du cancer du sein et la mortalité liée à ce cancer.

L’article de recherche, publié par le BMJ le 24 septembre 2025, montrait une association entre la participation au premier dépistage du cancer du sein et la mortalité par cancer du sein.

Cette décision fait suite aux inquiétudes soulevées après cette publication, selon laquelle les messages véhiculés dans des domaines clés pourraient ne pas être suffisamment étayés par les données présentées ou par un corpus de preuves plus large.

Le BMJ discute actuellement avec les auteurs des modifications à apporter à leur travail après publication afin de garantir qu’il reflète fidèlement les résultats et autres éléments de preuve pertinents, et qu’il soit transparent quant aux incertitudes.

Liens vers l’expression de préoccupation : https://www.bmj.com/content/391/bmj.r2395
Ma Z. Participation au dépistage précoce du cancer du sein par mammographie. BMJ 2025 ; 390 DOI : 10.1136/bmj.r1893
Expression de préoccupation

Traduction

Que s’est-il passé après la publication ?
Après la publication de cet article par Ma et ses collègues ( BMJ 2025;390:e085029, doi: 10.1136/bmj-2025-085029 , publié le 24 septembre 2025) et de son éditorial associé ( BMJ 2025;390:r1893, doi: 10.1136/bmj.r1893 ), 1 2 le BMJ a été alerté de préoccupations selon lesquelles les messages dans des domaines clés pourraient ne pas être suffisamment étayés par les données présentées dans le travail.

Motif de préoccupation :
L’article de recherche 1 met en évidence une association entre la non-participation au premier dépistage du cancer du sein et la mortalité par cancer du sein. Le manque de données sur la mortalité toutes causes confondues, ou le manque d’importance accordée à ces données, constitue une limite importante. Ceci pourrait influencer la portée des résultats et le BMJ procède actuellement à une analyse statistique complémentaire.

La principale conclusion de l’article est une association entre la participation au premier dépistage du cancer du sein et la mortalité par cancer du sein. Les auteurs de l’article et de l’éditorial (qui accompagnait l’article, NDLR) concluent, voire appellent à des interventions visant à améliorer l’adhésion au dépistage. Leur appel sous-entend non seulement un lien de causalité, mais aussi la possibilité de le modifier par des interventions pour accroître le dépistage. Cet appel n’est cependant pas suffisamment étayé par les conclusions des données analysées dans cet article. Bien que l’éditorial fasse référence à d’autres études, la mesure dans laquelle cet appel est soutenu par l’ensemble des données probantes reste incertaine.

Suite des actions
Le BMJ discute actuellement avec les auteurs des modifications à apporter à leur travail après publication afin de garantir qu’il reflète fidèlement les résultats et d’autres éléments de preuve pertinents, et qu’il soit transparent quant aux incertitudes.

Références
1-↵Ma Z ,Il W ,Zhang Y ,et alParticipation au premier dépistage par mammographie et incidence et mortalité du cancer du sein au cours des 25 années suivantes : étude de cohorte populationnelle . BMJ 2025 ; 390 : e085029 . doi : 10.1136/bmj-2025-085029 . pmid : 40992899 Résumé / Texte intégral gratuitGoogle Scholar
2-↵Ma ZQParticipation au dépistage précoce du cancer du sein par mammographie . BMJ 2025 ; 390 : r1893 . doi : 10.1136/bmj.r1893 . pmid : 40992885 Texte intégral gratuitGoogle Scholar


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