Par Cancer Rose, 16 janvier 2026
https://www.thelancet.com/journals/lanepe/article/PIIS2666-7762(25)00366-7/fulltext
Le Lancet publie, en ce début de janvier 2026, une étude sur incidence et mortalité du cancer du sein, selon le stade au moment du diagnostic, dans 21 pays européens à l’ère du dépistage par mammographie : c’est une étude internationale populationnelle. Elle se base sur les registres du cancer couvrant plus de 3 millions de patientes atteintes d’un cancer du sein, ainsi que sur les données des instituts nationaux de statistique pour la période 1978-2019, donc 41 ans de données sur le dépistage.
Sont étudiées aussi les variations annuelles moyennes en pourcentage (VAMP) de ces indicateurs estimées sur une période de 10 ans avant et 10 ans après la mise en place du dépistage.
Résultats de l’étude
Les auteurs allèguent une augmentation (attendue) de la détection des cancers in situ et de stade I, phénomène connu, car justement le dépistage privilégie la détection de cancers de bas stade qui alimentent énormément les surdiagnostics, comme l’expliquait en 2015 l’étude Harding.[i]
Les auteurs eux-mêmes concèdent que le dépistage par mammographie a conduit à un surdiagnostic, car l’augmentation de l’incidence des cancers in situ et de stade I a été bien plus importante que la diminution de l’incidence des cancers de stade avancé.
Et c’est bien le problème…
Analyse
Les diagnostics à un stade avancé diminuent ou restent stables disent les auteurs, et annoncent avoir observé une diminution de l’incidence des cancers de stade avancé de stade IV chez les personnes de plus de 50 ans, dans les années suivant la mise en place du dépistage.
À force de recourir à des « découpages » des données selon les âges avec des créations de sous-groupes dans les hauts stades, on finit par faire dire à l’étude ce que l’on voudrait bien.
Or, la vie rêvée ne correspond pas toujours à la réalité, voici ci-dessous un graphique représentant l’incidence des cancers du sein de stade 2-4 aux Pays bas, pour les femmes de 45 ans et plus, dans ce pays où la participation est très forte (80%). On remarque qu’en 36 ans de dépistage national, pas grand-chose n’a bougé.


Or on attend d’un dépistage que l’accroissement des diagnostics finisse par entraîner, au bout d’un moment, une baisse drastique de la mortalité, avec un effet visible sur la mortalité globale, et une réduction drastique des hauts grades tout confondus, ce n’est pas ce qui se passe ici.
Concernant la mortalité justement, elle diminue dans la plupart des pays européens, en particulier à partir de la fin des années 1990, date de l’arrivée de progrès thérapeutiques, avec des réductions annuelles, dit l’étude, allant jusqu’à – 3 % après l’introduction du dépistage. Notons que la réduction de la mortalité était déjà observée avant le dépistage dans plusieurs pays l’ayant organisé tardivement (République Tchèque, Allemagne, Autriche), suggérant un rôle important dans les progrès thérapeutiques et de la prise en charge du cancer du sein.
On ne note donc pas de décrochage de la courbe de mortalité par cancer du sein, or si le dépistage était réellement efficace on aurait dû constater une accélération accrue de la décroissance de mortalité, ce n’est pas non plus ce que l’on constate.[ii]
Et la même réduction de mortalité par cancer du sein est perceptible dans les contrées sans dépistage, comme dans certains cantons suisses où le dépistage n’est pas instauré.

De l’aveu-même des auteurs : « Concernant la mortalité, les progrès considérables réalisés ces vingt dernières années dans le traitement et le pronostic du cancer du sein, grâce à la couverture universelle des soins de santé et à l’accès à des soins de qualité dans les centres publics de cancérologie, ont probablement contribué davantage aux baisses observées que le dépistage lui-même. Cette hypothèse est étayée par l’absence de variation significative de la mortalité entre les périodes pré- et post-dépistage dans les pays où celui-ci a été mis en place plus récemment. Elle concorde également avec une étude de modélisation américaine récemment publiée, qui estime qu’entre 1975 et 2020, le dépistage a permis d’éviter 25 % des décès par cancer du sein, tandis que les progrès thérapeutiques en ont permis d’éviter 75 %. »[iii]
Nous n’avons aucun renseignement sur la réduction de mortalité globale, or c’est cela qui serait intéressant car les surdiagnostics engendrés par les dépistage entraînent aussi des surtraitements, dont certains ont des effets mortels (coronarite radique, cancer secondaire induit par les traitements, complications chirurgicales, complications thrombo-emboliques). Ces décès doivent être pris en compte car selon certains auteurs, si l’on comptabilise les décès induits par les surtraitements inutiles de lésions qu’on aurait pu ignorer, le bilan des décès ‘gagnés’ et des décès induits par ce dispositif de santé publique pourrait bien être un jeu à somme nulle, voire négatif…
Conclusion
Les auteurs rappellent le problème aigu du surdiagnostic ; ils suggèrent une poursuite de l’évaluation de la balance bénéfices-risques en continu du dispositif. Ils écrivent : « le développement et la mise en œuvre d’offres de dépistage personnalisées et fondées sur le risque, d’une part, et l’amélioration de notre compréhension des comportements biologiques des cancers du sein, d’autre part, pourraient toutefois réduire considérablement le surdiagnostic et le surtraitement, et révolutionner le dépistage et le pronostic du cancer du sein à l’avenir. »
Améliorer notre connaissance sur la biologie du cancer et son histoire naturelle, on est bien d’accord. Pour le dépistage personnalisé, nous avons une étude en cours en Europe, l’étude MyPEBS, qui est un essai clinique de non-infériorité, très analogue à l’essai Wisdom qui vient de livrer ses résultats, pas vraiment révolutionnaires…
Cette étude du Lancet n’apporte donc pas beaucoup de renseignements supplémentaires à ce qu’on sait déjà : le dépistage entraîne une augmentation galopante des surdiagnostics et des surtraitements, ne diminue pas le taux des hauts grades de cancers, ou très peu, ce qu’on voit seulement si on utilise des sous-groupes sélectionnés pour démontrer cela ; la mortalité par cancer du sein décroit, ce qu’on sait de longue date, essentiellement grâce aux traitements, sans retentissement sur la mortalité globale. Bref, rien de nouveau sous le soleil….
[i] https://cancer-rose.fr/2015/07/06/analyse-etude-jama/
[ii] https://cancer-rose.fr/2016/11/01/etude-dimpact-du-depistage-par-bleyermiller-2015/
[iii] Goddard, KAB ∙ Feuer, EJ ∙ Mandelblatt, JS ∙ et al. Estimation du nombre de décès par cancer évités grâce aux efforts de prévention, de dépistage et de traitement, 1975-2020 JAMA Oncol. 2025; 11 :162-167
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