Détection précoce, on n’y est pas

Sasieni P, Johnson P, Round T, Warwick J, Jones H, Dolly S, et al. Effect of Screening with Multicancer Early-Detection Test on Late-Stage Cancer Diagnosis. N Engl J Med. 22 sept 2026;395(13)
https://www.nejm.org/doi/10.1056/NEJMoa2505723?referrer=https%3A%2F%2Ft.co%2F

Article principal sur l’essai clinique NHS/Galleri

Rebondissements après parution des résultats de l’essai clinique

Effet du dépistage par test de détection précoce multicancer sur le diagnostic des cancers à un stade avancé

‘Une étude co-dirigée à parts égales par le professeur Richard D. Neal (Université d’Exeter) et le professeur Charles Swanton (University College de Londres et Institut Francis Crick), ce dernier étant une référence mondiale dans l’étude de l’évolution des tumeurs. Le premier auteur listé est le professeur Peter Sasieni, un expert reconnu en épidémiologie et en dépistage des cancers de l’Université Queen Mary de Londres. L’équipe regroupe des personnes représentant le système de santé publique britannique (NHS England) et le secteur de la recherche privée en biotechnologie, avec la participation de scientifiques de la société GRAIL Bio UK (promoteur et financeur de l’essai).

Edito
https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMe2611312
Rédigé par David J. Hunter, épidémiologiste australien, et le professeur Richard Doll, épidémiologiste à l’Oxford Population Health . David Hunter a auparavant été professeur au département d’épidémiologie et au département de nutrition de l’université Harvard . Il a été épidémiologiste associé au laboratoire Channing du Brigham and Women’s Hospital (Boston), où il a participé aux programmes de recherche sur le cancer du sein, l’épidémiologie du cancer et la génétique du cancer.

Un peu de contexte

Malgré les échecs de dépistages (mélanome, thyroïde, prostate, sein) à venir à bout du cancer et de ses formes hélas les plus graves, nous gardons néanmoins l’intime conviction que si on détectait toute cellule cancéreuse nous pourrions « vaincre » la maladie.

On a donc développé récemment Les tests MCED (pour Multi-Cancer Early Detection) qui sont de nouveaux tests sanguins capables de repérer simultanément les traces de plusieurs dizaines de cancers différents (jusqu’à plus de 50) à un stade très précoce avant l’apparition des premiers symptômes.

Comment fonctionnent les tests MCED (multiple cancers early detection ou tests sanguins de détection précoce et multiple des cancers) ?
Voici ce qu’explique Colin Richard, professeur d’anatomie pathologique à School of Medicine, Université de Washington :
Toutes les cellules de l’organisme, y compris les cellules tumorales, libèrent de l’ADN dans la circulation sanguine lorsqu’elles meurent. Les tests MCED recherchent, sur un prélèvement sanguin, les traces d’ADN tumoral dans la circulation sanguine. Cet ADN « acellulaire » circulant contient des informations sur le type de tissu dont il provient et sur son caractère normal ou cancéreux.
Les tests MCED tentent de détecter un cancer à un stade précoce lorsque les cellules tumorales ne sont pas encore très nombreuses. La détection de ces cellules cancéreuses peut s’avérer difficile à un stade précoce car les cellules non cancéreuses excrètent également de l’ADN dans la circulation sanguine. Comme la majeure partie de l’ADN circulant dans le sang provient de cellules non cancéreuses, détecter la présence de quelques molécules d’ADN cancéreux revient à chercher une aiguille dans une botte de foin.

Pour rendre les choses encore plus difficiles, les cellules sanguines perdent naturellement de l’ADN anormal avec le vieillissement, et ces brins peuvent être confondus avec de l’ADN cancéreux en circulation. Ce phénomène, connu sous le nom d’hématopoïèse clonale, a déconcerté les premières tentatives de développement de tests MCED, avec un trop grand nombre de résultats faussement positifs.

Les tests plus récents développés sont capables d’éviter les interférences des cellules sanguines en se concentrant sur un type de « code-barres moléculaire » intégré à l’ADN cancéreux qui identifie le tissu d’où il provient.

En 2021, la société de biotechnologie GRAIL a lancé le premier test MCED disponible dans le commerce aux États-Unis. Son test Galleri prétend pouvoir détecter plus de 50 types de cancers différents. Les tests MCED ne sont pas encore couverts par les assurances et ne sont pas près de l’être, compte tenu des résultats décevants de l’étude que nous allons voir. Le prix du test Galleri de GRAIL est actuellement de 949 dollars, et pour l’instant les personnes doivent le payer de leur poche. 

Déjà en 2022, Gilbert Welsch, interniste et chercheur principal au Center for Surgery and Public Health du Brigham and Women’s Hospital de Boston, et Barnett Kramer, oncologue, membre de la Fondation Lisa Schwartz pour la vérité en médecine, et ancien directeur de la division de la prévention du cancer de l’Institut national du cancer américain, exprimaient des réserves dans un article édité dans la revue STAT.

Les deux auteurs américains posent alors deux questions fondamentales :
Les biopsies liquides fonctionnent-elles comme annoncé ?
Si les biopsies liquides sont efficaces, le sont-elles suffisamment pour que cela en vaille la peine ? (Lire notre article https://cancer-rose.fr/2022/09/15/biopsie-liquides-le-graal-2/#article)

Pour G.Welsch, il n’y avait qu’un moyen d’évaluer l’efficacité des biopsies liquides dans la détection précoce des cancers, et cela passe par la réalisation d’un essai randomisé dans lequel les participants seraient divisés en deux groupes. L’un subirait un dépistage régulier, l’autre non. Les participants sont ensuite suivis pendant une dizaine d’années ; et on compte le nombre de décès dans chaque groupe. Les essais comparatifs randomisés correspondent au « gold standard » des études scientifiques, il s’agit d’une méthode éprouvée.
Justement le National Health Service (NHS) d’Angleterre avait alors débuté le recrutement de 140 000 personnes pour un essai clinique. Le résultat le plus pertinent à mesurer serait le nombre de décès dans chaque groupe, selon G.Welsch ; en l’occurrence, l’étude que nous synthétisons ci-dessous a cherché à déterminer si l’utilisation d’un test de dépistage sanguin (développé par l’entreprise Grail) permettait de réduire le nombre de diagnostics de cancers découverts à un stade avancé (les stades III ou IV), par rapport à la prise en charge médicale classique.

L’essai clinique publié dans le NEJM septembre 2026

142 250 personnes âgées de 50 à 77 ans, recrutées en Angleterre, ont fourni des échantillons de sang lors de trois visites annuelles, dans le cadre de cet essai randomisé et contrôlé en double aveugle initial.
C’est-à-dire que pour un groupe de 71 122 personnes (groupe intervention) le sang a été immédiatement testé avec le test MCED. Et que pour un groupe de 71 128 personnes (groupe contrôle) le sang a été simplement stocké, sans être analysé.

Ensuite on a comparé ces deux groupes pour examiner le taux d’incidence (le nombre de cancers) des cancers de stades III ou IV parmi 12 types de cancers prédéfinis. Donc on cherche à voir si, dans le groupe ‘intervention’, celui testé, la détection très précoce par la recherche d’ADN tumoral circulant permettrait d’éviter à ces patients des cancers de stade avancé. Autrement formulé, est-ce que le fait de déceler de petites quantités d’ADN de tumeurs permettrait de prendre médicalement en charge ces patients précocement, pour empêcher qu’ils développent des cancers graves ?

L’essai NHS-Galleri s’est concentré en priorité sur 12 types de cancers spécifiques regroupant des cancers agressifs, souvent mortels, et pour lesquels il n’existe pas de programme de dépistage de masse standardisé : pancréas,œsophage, foie / voies biliaires, estomac, anus, vessie, colorectal, tête et cou (voies aérodigestives supérieures), ovaire, lymphome, myélome.

Des cancers plus fréquents comme le cancer du sein ou du col de l’utérus ne faisaient délibérément pas partie de cette liste, disposant déjà de dépistages bien établis (mammographie, frottis).

Les résultats de l’essai clinique

Ils sont globalement plutôt décevants.

Le taux d’incidence des cancers de stades III ou IV n’a pas montré de différence significative entre les deux groupes. Autrement dit, le test de dépistage sanguin multi-cancers n’a pas permis de réduire le nombre de diagnostics de cancers de stade III ou IV après trois ans de suivi.
Après trois cycles de dépistage, le rapport des taux d’incidence pour les cancers de stade IV suggérait une tendance à la baisse potentielle pour les stades les plus avancés, ce qui signifie que peut-être, il y aurait quand-même une petite réduction observée à plus long terme pour les stades très avancés. Pour les auteurs, il faudrait encore un suivi davantage prolongé pour observer comment évolueront ces données et pour confirmer si la différence observée spécifiquement pour ce stade IV se maintiendrait dans le temps.

Mais globalement, le test manque encore d’efficacité là où on l’attend le plus, c’est-à-dire une réduction drastique et perceptible des cancers les plus graves, et donc de la mortalité.

L’éditorial, lui, suggère de restreindre pour l’instant l’utilisation de ces tests à des situations bien ciblées :

  • *Pour les patients présentant déjà des symptômes de cancer mais dont l’origine reste introuvable par les examens classiques.
  • *Pour la surveillance de personnes à très haut risque génétique ou familial pour des cancers difficiles à dépister (comme les cancers du pancréas ou des ovaires).

La détection précoce du cancer par une simple prise de sang reste néanmoins (à raison?) le « Saint Graal » de l’oncologie. Mais il faut absolument éviter l’écueil du surdiagnostic en généralisant trop et trop vite des tests fort coûteux (erreur de généralisation trop rapide et irréfléchie qui s’est produite pour le dépistage mammographique) qui risquent de trouver de l’ADN circulant à peu près chez tout le monde, et il est prudent d’orienter plus efficacement les futures recherches.

On a maintenant, en médecine, sous nos yeux, les conséquences désastreuses de la surdétection inutile de cancers indolents, très fréquents (surdiagnostic) qui conduit à des résultats aberrants, comme des surtraitements tout aussi inutiles aux personnes, transformant des gens sains en malades et les projetant dans le malheur, au prix de coûts médicaux infinis et détournant les ressources financières de postes de soins plus utiles pour la population.

Une autre parution qui vient à point nommé.

Rebbeck TR. Precision prevention and early detection: framework for a new clinical cancer control pathway. The Lancet. Publié en ligne le 18 septembre 2026.

C’est un article de conférence publié par le Dr Timothy R. Rebbeck dans The Lancet le 18 septembre 2026 qui propose un nouveau cadre clinique appelé PPED (Prévention de Précision et Détection Précoce du cancer).

T.Rebbeck est un chercheur américain de renommée internationale, spécialisé en épidémiologie moléculaire et en prévention du cancer. Il est professeur de prévention du cancer à la Harvard T.H. Chan School of Public Health et au Dana-Farber Cancer Institute à Boston.

Rebbeck part du constat actuel, à savoir l’échec des méthodes actuelles.

Le stade auquel un cancer est diagnostiqué reste le facteur déterminant pour la survie du patient (90 % de survie à 5 ans pour le stade I contre seulement 15 % pour le stade IV). Pourtant, aux États-Unis, seulement 13 % des cancers sont détectés grâce aux dépistages de routine actuels (mammographies, coloscopies), et 20 à 50 % des cancers ne sont découverts que lors d’un passage aux urgences.

Pourquoi les dépistages ratent leur cible ? Vraisemblablement parce qu’on part d’une théorie fausse de l’évolution cancéreuse, selon laquelle les cancers de stade avancé et graves découlent de cancers petits et moins graves et qu’en stoppant les cancers indolents on réduira les stades avancés. Mais les cancers agressifs qui échappent aux tests ou qui récidivent agressivement ont, dès leur naissance, une grande instabilité génétique. Même si un test dépiste 99 % de la tumeur à un stade précoce, les 1 % de cellules restantes peuvent être intrinsèquement résistantes et capables de générer des métastases fulgurantes. Le dépistage, lorsqu’il parvient à détecter ce genre de cancer péjoratif (très souvent ces formes sont ratées par le dépistage) ne fait alors qu’avancer la date du diagnostic (ce qu’on appelle le biais d’anticipation ou lead-time bias) sans changer le destin final du patient.

Alors, Qu’est-ce que la PPED (prévention précise et détection précoce) ?

La PPED vise à adapter la recherche et le contrôle du cancer au profil de risque individuel de chaque personne (selon sa génétique, ses antécédents familiaux, ses expositions environnementales).
Elle repose sur 4 questions clés : Qui est à risque élevé ? Quelle intervention est appropriée ? Quand et à quelle intensité faut-il agir ? Comment et où délivrer ces services ?

La PPED introduit trois concepts majeurs :

  • * Cibler en priorité les populations à risque élevé (comme les porteurs de la mutation BRCA1 pour le cancer de l’ovaire ou les personnes atteintes du syndrome de Lynch pour le cancer colorectal). Cela permet d’optimiser l’efficacité des examens et d’améliorer le rapport bénéfice/risque.
  • * Réduire la fréquence ou l’intensité des examens (désescalade) chez les personnes à faible risque.
  • * L’intégration des nouvelles technologies en incluant l’usage des biopsies liquides et des tests sanguins de détection multi-cancers (comme le test Galleri évoqué précédemment). Mais si l’on applique la logique du Dr Rebbeck, il faudrait proposer ces tests aux « bonnes personnes », c’est-à-dire que le test Galleri ne devra jamais être proposé à l’ensemble de la population de manière indifférenciée. Pour devenir efficace et financièrement remboursable, il devra être intégré dans un parcours de précision, pour des personnes à risque particulier.

Pour l’auteur, le plus grand défi des dix prochaines années n’est pas scientifique (créer de nouveaux tests), mais organisationnel et humain. La mise en œuvre de la PPED se heurte à plusieurs défis :

  • * L’absence de structure : le parcours de soins actuel est trop fragmenté entre la médecine générale, les programmes de dépistage de masse et les spécialistes.
  • * Un besoin de nouveaux métiers : l’émergence d’une nouvelle discipline clinique est nécessaire, incluant des « préventionnistes du cancer » formés spécifiquement pour piloter et suivre ces programmes personnalisés sur le long terme.
  • * Un impératif d’équité : actuellement, les scores de calcul de risque génétique (comme les scores de risque polygénique) sont construits à partir de données issues de populations d’origine européenne. Les appliquer à des populations d’origine africaine, asiatique ou latino-américaine conduit à des erreurs cliniques et risque d’aggraver les inégalités face à la santé.

Essayons de rapprocher ces deux publications

1-Le test Galleri a échoué dans son approche généraliste

Le Dr Rebbeck explique que le dépistage ne fonctionne que si l’on cible une population à risque majeur.
Or, l’essai NHS-Galleri a testé 142 250 personnes de la population générale (âgées de 50 à 77 ans) sans ciblage particulier sur leurs risques génétiques ou leurs antécédents. Le test a été incapable de réduire le taux global de cancers de stades III et IV. Pourquoi ? Parce que le test rate plus de 83 % des cancers au stade le plus guérissable. Et au stade métastatique le test détecte presque tout (les tumeurs avancés sécrètent beaucoup plus d’ADN circulant), mais à un stade où la guérison est très difficile.
Et parce que, comme vu plus haut, les cancers les plus agressifs sont très souvent d’emblée métastatiques, même en les détectant tôt ils ont souvent essaimé, même si on ne voit pas tout de suite ces essaimages dans les ganglions voisins ou les organes à distance.

2. Là où le test Galleri pourrait valider la vision de la PPED

Malgré cet échec sur le critère principal, l’essai clinique a validé deux piliers fondamentaux de la PPED :

1°Le taux de faux positifs est extrêmement bas, de seulement 0,45 %. Environ 1 personne sur 220 reçoit une fausse alerte. C’est un point crucial dans les dépistages de masse, car ces événements angoissent inutilement des dizaines de milliers de personnes saines et saturent les hôpitaux et cabinets avec des examens de contrôle (scanners, biopsies) injustifiés.

2° L’essai a montré une baisse potentielle des cancers de stade IV. Si l’on applique la logique du Dr Rebbeck, le test Galleri pourrait être intégré de façon ciblée aux personnes les plus à risque, et dans un parcours de précision avec un calcul du score de risque et seulement si ce patient est identifié comme étant à « haut risque ».

CONCLUSION

L’essai Galleri montre que la technologie (le test) fonctionne sur le plan purement technique (bonne spécificité, bonne orientation d’organe), mais qu’on n’y est pas de façon efficace pour la réduction des cancers avancés, vraisemblablement en majeure partie parce que le « génie » cancéreux est trop complexe (Lire https://cancer-rose.fr/2025/09/27/le-depistage-du-cancer-nuit-plus-quil-ne-sauve/).
L’article du Lancet avance, lui, qu’il faudrait maintenant de l’infrastructure humaine et clinique pour savoir à qui l’appliquer intelligemment. Selon l’auteur, si la PPED échoue, ce ne sera pas par manque de technologies, mais à cause du manque d’infrastructures de santé, de personnel formé et de suivi à long terme des patients.

Nous sommes plus dubitatifs ; l’échec du dépistage de masse s’explique en grande partie par notre vision obsolète, linéaire et « mécaniciste » de la maladie.
Pendant des décennies, on a pensé le cancer comme une horloge : la cellule devient anormale, puis forme une petite tumeur (stade I), qui grandit (stade II), envahit les ganglions (stade III), et finit par envoyer des métastases (stade IV). Selon cette logique linéaire, il suffirait d’arriver « plus tôt » pour tout guérir.

La réalité biologique est radicalement différente et valide l’hypothèse sur les caractéristiques intrinsèques péjoratives de certains cancers.
Le risque de ce genre de tests de détection multiples est de ne détecter les cancers agressifs que lorsqu’ils ont déjà programmé leur dissémination, ce qui se fait souvent d’emblée, au moment même de la genèse cancéreuse, dès les premières cellules, confirmant que les caractéristiques intrinsèques de la tumeur dictent sa détectabilité et sa dangerosité.
Les « petits » cancers ne sont pas à l’origine de ces cancers les plus agressifs, qui découlent d’entité cellulaires autres, très différentes biologiquement. (Lire ici : https://cancer-rose.fr/2017/06/10/les-petits-cancers-du-sein-sont-ils-bons-parce-quils-sont-petits-ou-parce-quils-sont-bons/)

Tout est-il perdu pour autant ?

Peut-être que c’est ici que la vision du Dr Rebbeck sur la PPED prend du sens. Si l’histoire naturelle du cancer n’est pas linéaire, la réponse médicale ne doit plus l’être non plus.

L’avenir n’est plus à la détection d’une masse tumorale déjà formée, mais à l’interception moléculaire ciblée. Au lieu de chercher un cancer visible, on cherche à identifier des micro-environnements inflammatoires ou des précurseurs biologiques très précoces chez des patients hyper-ciblés. Pour l’instant, on est devant un échec. Peut-être que la recherche fondamentale, dans le futur, apportera une connaissance plus précise sur la mécanique cancéreuse et des réponses plus fines pour les patients les plus exposés à des risques spécifiques les rendant sujets à des cancers agressifs.

Rebondissements

l’ échec clinique au Royaume-Uni, mais le feu vert aux États-Unis !

Comme nous l’expliquons plus haut dans l’article, le test Galleri, prise de sang permettant la détection de plusieurs types de cancers en simultané, est un échec et se retrouve au cœur d’une incroyable opposition de vues.
D’un côté, le grand essai clinique britannique, aux dires des promoteurs eux-mêmes (le NHS (système de santé britannique) comme partenaire opérationnel / et l’entreprise Grail comme sponsor financier majeur), ne permet pas de réduction des stades de cancer avancés, pour les 12 types de cancers explorés.
Mais de l’autre, les experts de la FDA américaine viennent de recommander son approbation !
(FDA : agence fédérale américaine chargée de protéger la santé publique en contrôlant la sécurité des médicaments, des produits alimentaires et des dispositifs médicaux).
Cela est relaté dans un article du BMJ dont nous avons pu avoir le texte intégral.
https://www.bmj.com/content/394/bmj-2026-100975.full

Résumons rapidement les faits : l’essai clinique mené au Royaume-Uni est l’un des plus ambitieux du genre : 142 000 participants âgés de 50 à 77 ans suivis pendant 3 ans. Les résultats, publiés dans le prestigieux New England Journal of Medicine (voir notre article plus haut), sont sans appel : le test a échoué à remplir son objectif principal : pas de réduction de l’incidence globale des cancers de stades avancés (stades 3 et 4 combinés) après trois vagues de dépistage. Le NHS britannique freine fortement alors qu’au Royaume-Uni des tests étaient déjà en précommande.

Alors Pourquoi la FDA dit « oui » (mais pas complètement quand-même) ?

Le lendemain de cette publication, le comité consultatif d’experts indépendants (le Medical Devices Advisory Committee) de la FDA s’est réuni le 23 septembre 2026 et a voté en faveur du test par 6 voix contre 4.
Il y aurait, pour le panel, au bout d’un certain laps de temps, une potentielle légère inflexion des stades 4 les plus avancés, à confirmer à plus long terme selon les votants « pour ». Et aussi le test permettrait de détecter des cancers pour lesquels il n’existe aujourd’hui aucun protocole de dépistage (comme le cancer du pancréas).
En revanche les experts ont exigé que le produit ne soit plus marketé comme un outil de dépistage « précoce », mais simplement comme un outil de « détection ».

Deux chercheurs cités dans l’article du BMJ s’expriment avec inquiétude.

Pour le Dr Stanley Lipkowitz du NIH (National Institutes of Health, agence fédérale américaine qui dirige et finance la recherche médicale et biomédicale aux États-Unis.), nous n’avons aucune preuve que ce test sauve des vies. Le véritable critère d’évaluation, à savoir la réduction de la mortalité globale, n’était pas l’objectif principal de l’essai. Les données sur la mortalité ne devraient être connues que dans deux ans.
L’étude NHS-Galleri n’a pas retenu la mortalité comme critère d’évaluation principal, car son évaluation aurait été trop longue et l’étude n’avait pas la puissance statistique nécessaire. La mortalité est donc un critère d’évaluation secondaire et figure dans le protocole (voir NCT05611632 ). Ce protocole inclut également une analyse de mortalité modélisée sur 7 ans à partir des diagnostics posés lors de l’essai.

Pour le médecin généticien et chercheur britannique, le Pr Houlston (ICR (The Institute of Cancer Research) à Londres) le coût et le risque de surdiagnostics représentent des points critiques majeures. Le test (949 dollars) fait craindre un gouffre financier pour les systèmes de santé et ferait subir à une multitude de patients également des faux positifs entraînant des dégâts physiques et psychologiques importants.

Il est important de préciser que la FDA n’a pas encore validé définitivement le test. Mais en général, la FDA suit, la plupart du temps, les recommandations de son panel d’experts. La décision finale de mise sur le marché est attendue dans les prochains mois.
Le Royaume-Uni temporise, alors qu’aux États-Unis, il y a malheureusement fort à craindre la commercialisation d’une innovation sans la preuve formelle de son efficacité et de son innocuité.

Jeanne Lenzer et Shannon Brownlee, journalistes d’investigations, parlaient déjà, dans « science à vendre » de la dérive de la FDA.
https://www.levernews.com/science-for-sale-how-drugmakers-captured-the-fda/?utm_source=newsletter-email&utm_medium=link&utm_campaign=newsletter-article

La science à vendre : comment les fabricants de médicaments ont pris le contrôle de la FDA 

L’industrie pharmaceutique a passé des décennies à manipuler l’autorité de réglementation des médicaments la plus importante du pays afin d’obtenir son approbation automatique. L’administration Trump ne fait qu’aggraver la situation. Avec la traduction automatique proposée vous aurez facilement accès à cet excellent article de fond.

Mais, la manipulation des données scientifiques en matière de dépistage, on n’avait pas déjà vu cela ? Hélas, si…
Avant la généralisation du dépistage mammographique, bien avant, des professionnels de santé et des chercheurs indépendants, dont les chercheurs nordiques de la Collaboration Cochrane faisaient part de leurs doutes sur la capacité du dépistage mammographique à être utile aux femmes.

Le bien-fondé d’un schéma intuitif que nous avons tous, qui suppose une histoire naturelle linéaire, inéluctable, comprenant une phase suffisamment longue durant laquelle il est possible de guérir la maladie, était remis en doute, et, dans les années 2000 (et même avant) des chercheurs commençaient à alerter (collaboration Cochrane, Bernard Junod, épidémiologiste Suisse), pour la plupart empêchés de publier, voire censurés.
Malgré les résultats décevants des sites pilotes de dépistage en France dans les années 80, malgré toutes les mises en garde, le dépistage était généralisé en France à l’échelle nationale en 2004, et dans les pays occidentaux les campagnes sont instaurées à grands renforts médiatiques.

Je vous conseille vivement la lecture du livre de B.Duperray, « dépistage du cancer du sein, la grande illusion » aux éditions Souccar, et notamment la partie historique relatant comment on en est arrivé à ce désastre sanitaire.

Depuis des décennies on reconnaît de plus en plus qu’il existe des préjudices liés au dépistage. De nombreux médecins, étudiants en médecine et patients continuent toutefois de croire que, pour une grande proportion de la population, les dépistages recommandés permettent un diagnostic et un traitement précoces, et préviennent les décès prématurés.
C’est une véritable conspiration de l’espoir qui prend le pas sur toutes les données scientifiques dures, lesquelles s’étalent pourtant avec une évidence crue sous nos yeux, au fil de 30 années de rêves vains de juguler un jour le cancer par la détection précoce.

Les données probantes permettent de comprendre beaucoup mieux les préjudices liés au dépistage, notamment le surdiagnostic, les faux positifs et les examens excessifs.
Mais la croyance persiste, la connaissance du public est maintenue à son niveau minimal, les patients ne sont pas au courant de ces préjudices potentiels, même et surtout dans les populations qui sont soumises régulièrement au dépistage.

L’innovation des tests de diagnostics multiples offre un marché bien trop prometteur pour ne pas attiser la convoitise d’entreprises qui y voient une manne financière inépuisable… À suivre…


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