Belgique: pas d’élargissement du dépistage

9 juillet 2026

À l’heure où la HAS planche sur un élargissement de l’âge du début du dépistage mammographique, et où l’essai clinique européen MyPEBS vise à proposer un dépistage individualisé dès 40 ans, la Belgique ne recommande pas l’élargissement des bornes d’âge de ce dépistage, se basant sur la faiblesse du rapport coût-efficacité déjà du dépistage actuel.

L’ensemble du rapport à lire ici : https://kce.fgov.be/…/KCE_423B_Depistage_Cancer-du-sein…

Déjà en janvier 2026

Madame Ann Van den Bruel, Directrice générale du Centre fédéral d’expertise des soins de santé en Belgique (KCE, Belgian Health Care Knowledge Centre (abrégé en KCE)), exprimait son scepticisme envers les dépistages.
Dans une interview dans De Morgen du 24 janvier 2026, Mme Van den Bruel expliquait : « Les médecins voient souffrir les patients cancéreux et espèrent éviter cela grâce au dépistage. Il n’est pas agréable que quiconque remette cela en question. » Et de rajouter « Nous portons aujourd’hui un regard beaucoup trop naïf sur les dépistages. »

Nous relations son interview ici : https://cancer-rose.fr/2026/01/29/de-plus-en-plus-de-scepticisme-envers-les-depistages/

Juillet 2026, rapport du KCE

Au mois de juillet de cette année, le KCE (Centre fédéral d’expertise des soins de santé en Belgique) sort son rapport, publié sous le numéro KCE 423B, portant sur l’évaluation du programme national de dépistage du cancer du sein.

Dans le communiqué de presse, on peut lire en introduction :

« D’après le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE), les avantages d’un élargissement des campagnes de dépistage du cancer du sein organisées à l’échelon des régions à des groupes plus âgés ou plus jeunes seraient insuffisants en regard de ses inconvénients. En outre, le rapport coût-efficacité d’un dépistage élargi serait encore plus faible que celui du programme actuel, qui peut déjà poser question. Accroître la fréquence du dépistage (tous les ans plutôt que tous les deux ans) n’est pas bénéfique non plus en termes de rapport coût-efficacité. L’ajout de l’échographie à la mammographie, lui, augmenterait le nombre de résultats faux positifs sans offrir de plus-value clinique. En outre, il ne ferait qu’accroître la pression sur le système et le budget des soins de santé. À l’heure actuelle, il n’y a donc pas de raisons suffisantes pour soutenir ces adaptations. »

Il s’agit non seulement d’une non-recommandation d’élargir les bornes d’âge du dépistage mammographique, mais aussi, selon la formulation, d’une mise en doute de l’efficacité du programme actuel.

Les conclusions du KCE :

La principale conclusion scientifique et politique du KCE est qu’il ne recommande pas d’élargir la tranche d’âge actuelle du dépistage de masse organisé (qui s’adresse aujourd’hui en Belgique aux femmes de 50 à 69 ans ; contre 50 à 74 ans en France).

  • Avant 50 ans (40-49 ans) : Le KCE estime que le rapport bénéfice/risque n’est pas suffisant pour un dépistage systématique de population en raison d’un taux plus élevé de faux positifs, d’examens complémentaires inutiles et de surdiagnostics.
  • Après 70 ans (70-74 ans) : le KCE maintient ici une position prudente, mettant en balance l’espérance de vie globale, les comorbidités et le risque majeur d’administrer des traitements lourds pour des tumeurs à évolution lente qui n’auraient jamais impacté la survie de la patiente (surdiagnostic).
    Nous en avions parlé ici, après l’appel imprudent et inutilement affoliste de la Société savante des gynécologues-obstétriciens français. Pour des dames plus âgées, l’écueil du surdiagnostic, suivi de surtraitements, peut être fatal à cette population fragile supportant bien moins les traitements agressifs.

Une présentation en un pictogramme où chaque point représente une femme est également disponible dans le rapport belge pour illustrer quel est le bénéfice réel à attendre de ce dispositif de santé publique et, en parallèle, ses inconvénients.

Le rapport rappelle également la raison fondamentale pourquoi ce dépistage ne peut pas marcher. En effet, l’évolution du cancer du sein n’est pas linéaire comme on l’imaginait, et les cancers les plus graves, très véloces, sont de ce fait loupés par le dépistage.

Screenshot

Le vieux modèle d’une évolution linéaire et inéluctable du cancer du sein, est obsolète. Il existe des cancers rapides, lents, très lents, et même régressifs. Lire https://cancer-rose.fr/2021/10/23/comment-se-developpe-un-cancer/

Le cancer à croissance rapide, intrinsèquement agressif (tout à gauche) a une grande vélocité et un temps de séjour court dans l’organe, il sera manqué par le dépistage. Les métastases sont souvent présentes, même si elles ne sont pas encore visibles, dans les nœuds lymphatiques ou les organes à distance. Il est souvent gros au moment du diagnostic car rapide, gros ne signifie donc pas diagnostic tardif.
Le cancer très lent, stagnant, ou régressif, qui n’aurait pas impacté la vie de la patiente (les trois courbes en vert), a un temps de séjour très long dans l’organe et sera de ce fait préférentiellement détecté par des dépistages répétés. Son diagnostic est inutile pour la patiente, il sera pourtant traité avec la même agressivité. Il est petit au moment du diagnostic car lent ; petit ne signifie donc pas obligatoirement « précoce ».
Le cancer qui croît progressivement (courbe violette) sera un jour symptomatique et détecté par la patiente par l’apparition d’un signe clinique, ce cancer pourra être traité en temps et en heure, car l’évolution vers le stade de généralisation se fait dans un laps de temps très long (10, 20 à 30 années).

Les recommandations adressés aux décideurs politiques sont présentées dans un encart en fin de texte :

Aux ministres compétents en matière de Santé publique, à leurs administrations responsables de la stratégie et/ou du financement des programmes de dépistage, aux instances qui organisent, promeuvent et/ou effectuent le dépistage du cancer du sein, aux médecins impliqués dans ce dépistage, aux organisations professionnelles et scientifiques des médecins généralistes, gynécologues et autres prestataires de soins concernés, aux mutualités et aux associations de patients :

1. La participation au dépistage du cancer du sein relève d’un choix personnel.

Informez les femmes d’une manière claire et équilibrée sur les avantages et inconvénients scientifiquement établis du dépistage du cancer du sein et sur les incertitudes qui existent dans cette information, afin de leur permettre de prendre un choix informé conforme à leurs valeurs et préférences personnelles.

Aux ministres compétents en matière de Santé publique et à leurs administrations responsables de la stratégie et/ou du financement des programmes de dépistage : En ce qui concerne les programmes de dépistage actuels destinés aux femmes âgées de 50 à 69 ans :

2. Chez les femmes âgées de 50 à 69 ans qui ont fait le choix personnel de se soumettre à un dépistage du cancer du sein, proposez une mammographie dans le cadre du dépistage organisé du cancer du sein, afin qu’elles puissent bénéficier des garanties en matière de qualité et de l’absence de ticket modérateur.

3. Il subsiste des incertitudes considérables quant au rapport entre les risques et les bénéfices cliniques du dépistage du cancer du sein, mais aussi quant au rapport coût-efficacité des programmes de dépistage actuels. La probabilité que ces programmes soient coût-efficaces n’est vraisemblable que sur la base d’un certain nombre d’hypothèses optimistes, dont il est très incertain qu’elles correspondent à la réalité. Tenez compte de cette incertitude dans la priorisation et l’utilisation des moyens disponibles.

En ce qui concerne un possible élargissement des programmes de dépistage du cancer du sein actuels :

4. Chez les femmes de moins de 50 ans, le rapport entre les risques et les bénéfices cliniques du dépistage du cancer du sein est encore moins clair que dans le groupe cible actuel.
En outre, l’incidence du cancer du sein est plus faible dans ce groupe d’âge que dans le groupe cible actuel, ce qui conduit à un rapport coût-efficacité moins favorable. Par conséquent, n’élargissez pas les programmes de dépistage actuels aux femmes de moins de 50 ans.

5. Chez les femmes de 70 ans et plus, le dépistage du cancer du sein n’entraîne pas une baisse de la mortalité (due au cancer du sein). En outre, il n’existe pas suffisamment de m Le KCE reste seul responsable des recommandations. KCE Report 423B Dépistage du cancer du sein 22 données fiables concernant ses inconvénients (p. ex. risque accru de surdiagnostic). Par conséquent, n’élargissez pas les programmes de dépistage actuels aux femmes de 70 ans et plus.

En ce qui concerne l’intervalle de dépistage :

6. Il n’existe actuellement pas de données en provenance d’essais contrôlés randomisés concernant les avantages et inconvénients d’un dépistage annuel du cancer du sein comparé à un dépistage réalisé tous les deux ans, ou d’un dépistage tous les trois ans plutôt que tous les deux ans. Un intervalle de dépistage plus court pour le groupe cible (p. ex. dépistage annuel) conduirait à un rapport défavorable entre le nombre supplémentaire de cancers du sein identifiés, et les coûts additionnels résultant de cet élargissement. Ceci se traduirait par un rapport coût-efficacité moins favorable que pour le dépistage actuel, organisé tous les deux ans. Par conséquent, ne passez pas à un dépistage annuel.

En ce qui concerne le dépistage du cancer du sein reposant sur la combinaison d’une mammographie et d’une échographie :

7. Le dépistage du cancer du sein reposant sur la combinaison d’une mammographie et d’une échographie ne permet pas de réduire la mortalité (liée au cancer du sein), alors qu’elle accroît le nombre de faux positifs. Par conséquent, n’élargissez pas le programme de dépistage actuel par mammographie en y ajoutant une échographie.

Aux associations professionnelles et scientifiques de médecins, gynécologues et autres prestataires de soins concernés, aux mutualités et aux associations de patients :

8. Renforcez les efforts pour apporter aux femmes une information claire et correcte au sujet des aspects suivants : a. Lorsqu’une femme fait le choix personnel de se soumettre à un dépistage du cancer du sein, celui-ci devrait, de préférence, s’inscrire dans le cadre d’un programme de dépistage organisé. Il est important de l’informer correctement des importants avantages que présente un dépistage du cancer du sein dans le cadre d’un programme organisé, à savoir les garanties de qualité (e.a. grâce à la double lecture de chaque mammographie et aux recyclages réguliers suivis par les radiologues) qui n’existent pas en cas de dépistage opportuniste, et l’absence de ticket modérateur. b. Il n’existe actuellement pas de preuves convaincantes qu’un dépistage annuel du cancer entraînerait des gains de santé. c. La combinaison, en routine, d’une mammographie et d’une échographie pour le dépistage du cancer du sein ne réduit pas la mortalité liée au cancer du sein ou la mortalité générale, alors qu’elle accroît le nombre de faux positifs. Cette approche est donc à déconseiller.

9. Dans la formation des médecins, accordez une attention suffisante et continue aux effets du dépistage du cancer, mais aussi à l’interprétation correcte des résultats et aux différents types de biais qui compliquent l’interprétation des effets.

Au ministre fédéral des Affaires sociales et de la Santé publique, et à l’INAMI (Institut belge national d’assurance maladie invalidité) :

10. La nomenclature actuelle ne permet pas de distinguer les mammographies et échographies réalisées à des fins diagnostiques (p. ex. chez des femmes qui se présentent avec des symptômes tels qu’une petite masse au niveau du sein) de celles réalisées dans le cadre d’un dépistage opportuniste. Il n’est donc pas possible d’évaluer : a) l’ampleur du dépistage opportuniste et b) la qualité de celui-ci (p. ex. sensibilité et spécificité). Par conséquent, adaptez la nomenclature de manière à permettre ces deux évaluations, et potentiellement aussi l’arrêt du dépistage opportuniste si sa qualité s’avérait insuffisante.

En conclusion :

Non seulement l’organisme belge KCE s’oppose farouchement à l’élargissement des bornes d’âge du dépistage, mais en profite pour égratigner la pertinence et l’efficacité très décevante du dispositif actuel.

Hasard du calendrier, un chercheur indépendant s’exprime

Concomitamment, le chercheur Peter C. Gøtzsche, dans un texte paru ici dénonce ce qu’il qualifie de désinformation systématique entourant le dépistage du cancer du sein par mammographie.

Ses principaux arguments et critiques incluent :

  • Un débat biaisé et étouffé : L’auteur affirme que ses recherches rigoureuses et ses revues systématiques, publiées dès 2000, ont démontré que la majorité des essais cliniques historiques en faveur du dépistage étaient méthodologiquement défaillants. Il accuse la revue médicale The Lancet et les institutions britanniques d’avoir délibérément enterré le débat scientifique en 2012 en publiant un rapport officiel biaisé (le rapport Marmot) afin de protéger des intérêts politiques et institutionnels.
  • Des bénéfices inexistants face à des risques réels : Selon ses analyses, le dépistage par mammographie ne réduit pas la mortalité globale et ne sauve pas de vies. À l’inverse, il entraîne un surdiagnostic massif (des milliers de femmes en bonne santé sont faussement diagnostiquées comme ayant un cancer) et conduit à des traitements agressifs, inutiles et potentiellement mortels, tels que des mastectomies supplémentaires ou des complications liées à la radiothérapie.
  • Une éthique médicale bafouée : Il condamne fermement les invitations officielles et les brochures d’information des organismes de santé, qu’il juge mensongères et culpabilisantes pour les femmes. En occultant les risques de surdiagnostic et en gonflant artificiellement les bénéfices, ces institutions empêcheraient, selon lui, les patientes de faire un choix libre et éclairé.

En conclusion, l’auteur qualifie le dépistage par mammographie de vaste « supercherie » et conseille aux femmes de ne pas s’y soumettre.

Lorsque vous accédez au texte via le lien, une traduction automatique en français vous est proposée.


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