Refuser la convocation ? Des relances…

Par Cancer Rose, 5 juillet 2025

L’Assurance maladie, ainsi que l’INCa d’ailleurs, prétendent pudiquement envoyer aux femmes des « invitations » au dépistage mammographique, ce qui sous-entend que les participantes ont le choix d’être présentes, ou pas. Contrairement à la convocation qui rime avec obligation.

Ainsi, lorsque vos invités à votre barbecue (c’est de saison) ne se sont pas présentés chez vous dimanche dernier, vous n’aurez pas le réflexe de leur envoyer un courrier leur demandant des comptes.
« Vous avez reçu une invitation au barbecue de Mr et Mme X, et à notre connaissance, vous n’en avez pas bénéficié »…

Pourtant, c’est bien ce genre de courrier que les femmes reçoivent à présent, et que leur adressent Ameli et INCa:


Il s’agit bien d’un courrier de relance, ce qui est problématique en soi, vu que le dépistage du cancer du sein n’est pas obligatoire. Difficile de parler à présent d’une « invitation » au dépistage, alors que le ton est plutôt celui d’une convocation.

Si ce n’était que cela, mais le contenu de cette convocation est tout aussi problématique.

L’appel à la peur

Tout d’abord elle débute par une information fallacieuse, avec une typographie particulière qui attire l’oeil (caractères de grande taille, d’une autre couleur pour faire ressortir un message d’avertissement):  » PLUS UN CANCER DU SEIN EST DÉTECTÉ TÔT, PLUS LES CHANCES DE GUÉRISON SONT GRANDES. « 

Cette assertion n’est pas fausse, mais occulte la question fondamentale ; le dépistage est-il capable de rattraper  » à temps » les cancers les plus agressifs, et qui guérissent le moins bien.
Et c’est bien le problème car nous savons depuis de récentes études et méta-analyses 1 qu’il n’en est rien. Les cancers les plus péjoratifs n’ont pas été diminués par le dépistage, et l’amélioration de la mortalité par cancer du sein, beaucoup moins ample qu’attendu, n’est pas due au dépistage, mais aux progrès thérapeutiques 2.

L’appel à la peur, ici du cancer, est un moyen de communication et d’incitation largement répandu et le plus facile à utiliser dans les campagnes sur divers sujets, en particulier dans les campagnes dites de « sensibilisation ».
Dans l’induction de la peur utilisée comme stratégie de prévention, le facteur le plus important n’est pas la peur elle-même, mais la réponse proposée à l’objet de la peur, et ici ce sera, bien sûr, le dépistage.

La question de l’acceptabilité de ce procédé se pose-
En effet, devons-nous continuer à accepter des messages terrifiants, dans les courriers reçus et dans les pénibles campagnes redondantes d’octobre rose ? Ces messages sont ressentis comme une agression par une large partie du public féminin. 3
Est-ce que l’adage “tous les moyens sont bons” pour faire accepter ce dispositif de santé est vraiment acceptable et/ou souhaitable dans un contexte où le dépistage ne parvient plus à démontrer son efficacité ni son innocuité ? Ne sommes-nous pas en face d’un charlatanisme d’état, dont nous rappelons la définition dans le code de déontologie médicale comme le fait de « proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé » ?

Notre institut national va plus loin et persiste à présenter la controverse comme dangereuse et inquiétante4, procédant ainsi à une inversion accusatoire (ce n’est pas le dépistage ou la mauvaise information qui sont dangereuses mais bien la controverse elle-même).
Faire appel à la peur, on le sait, ne favorise ni l’analyse rationnelle de la situation ni la prise de décision en connaissance de cause.

D’autres trucages

Au cas où la cible (la femme convoquée) de l’appel à la peur échouerait, une autre ficelle est utilisée, c’est l’appel ad populum « Chaque année, plus de 2,5 millions de femmes participent à ce programme de prévention. « 
Le fait qu’un nombre X de femmes ait déjà eu recours au dépistage est apporté pour suggérer aux « outsiders » qui ne font pas partie de ce groupe de le rejoindre. 
Le texte laisse penser qu’un nombre important de femmes s’est déjà fait dépister ; mais un flou artistique est savamment maintenu, car s’agit-il de 2,5 millions de femmes en France ? Sur l’année en cours ? Depuis que le DO est en place ? 

Un troisième « trucage » réside en ce qu’on appelle l’effet paillasson. C’est le fait de qualifier un objet (le dépistage) par un mot qui renvoie à autre chose (« programme de prévention »). Le dépistage est associé à la prévention ou à la protection de la santé :  » Chaque année, plus de 2,5 millions de femmes participent à ce programme de prévention. »

Ceci a été largement dénoncé dans le rapport de concertation comme étant une assertion trompeuse et mensongère ( page 125 « En France, l’information incitant les femmes à participer au DO (dépistage organisé NDLR) est souvent incomplète concernant la balance bénéfices / risques. Elle ne rend pas compte, ou de manière limitée, des doutes existants et ne permet pas une prise de décision en toute connaissance de cause. De plus, l’information délivrée au sujet du DO entretient une confusion entre prévention et diagnostic précoce. « )

En effet le dépistage en aucun cas ne permettra d’éviter d’être atteint d’un cancer ni d’en mourir. Il s’agit d’une tromperie délibérée des femmes, les conduisant à penser que le dépistage réduit le risque d’avoir un cancer du sein.

Une minimisation de l’examen lui-même

Pour couronner le tout, l’examen est minimisé sans scrupule et avec un certain cynisme :  » C’est simple (non), rapide (non) et pris en charge à 100 % par votre régime d’assurance maladie, vous n’avez rien à payer ni à avancer. »(non)

Le dépistage est loin d’être simple, il faut prendre rendez-vous dans un cabinet de radiologie, se libérer, effectuer l’examen à proprement parler (la mammographie), qui n’est pas une procédure agréable pour chaque femme, et même génératrice de beaucoup d’anxiété pour certaines.

Il n’est pas rapide, surtout s’il faut ajouter une échographie complémentaire, des clichés supplémentaire, parfois une biopsie en cas de doute, ou un rajout d’examens plus lourds comme l’IRM, ou encore une re-convocation à quelques mois pour vérification de l’évolutivité ou non d’une image qui pose question. Le résultat définitif ne parvient à la femme qu’après la deuxième lecture, avec des délais très longs ; dans la région Moselle les femmes attendent un mois avant de recevoir leur examen avec le compte rendu final.

L’argument selon lequel il n’y aurait rien à avancer est faux, puisque l’échographie complémentaire reste à régler par la patiente.

Une insistance inutile à exécuter l’examen

En France nous avons un cruel problème : les « déserts médicaux », en raison d’une pénurie de divers spécialistes mais aussi de généralistes.

Les radiologues sont confrontés à un problème de patientèle mécontente et surtout très angoissée en raison de la non-obtention de rendez-vous de mammos de dépistage « à temps », estimant que des délais au-delà des 2 ans d’intervalle recommandés pourraient mettre leur vie en danger.

Le caractère « urgent » du dépistage ne peut et ne doit plus être soutenu, d’une part il n’est plus possible de répondre en temps et en heure aux exigences de la population, générées par des messages pro-dépistage apeurants et coercitifs, d’autre part cela n’a aucun sens, les femmes demandeuses ne sont pas malades. Au final, ce système d’angoisse permanente entretenue est délétère, entraînant une surmédicalisation d’un côté chez des non-malades, et des freins à l’accès aux examens puis aux soins pour des femmes réellement malades et nécessistant une prise en charge rapide. Elles, elles attendront…

Une impossibilité de se soustraire

Voici le courrier que tout un chacun aura reçu de son Assurance Maladie en 2022 :

«  Madame, Monsieur,

Votre médecin traitant joue un rôle central dans les actions de prévention. En fonction de votre situation, il peut notamment vous informer et répondre à vos questions sur les dépistages organisés des cancers du sein, du col de l’utérus et colorectal qui permettent de sauver des vies. Plus ces cancers sont détectés tôt, meilleur est le pronostic.

Pour aider votre médecin traitant dans sa mission de conseil en santé auprès de sa patientèle, l’Assurance Maladie va mettre à sa disposition la liste de ses patients concernés par ces dépistages et ne les ayant pas réalisés (1).

Conformément aux dispositions relatives à la protection des données personnelles, vous avez jusqu’au 1er décembre inclus pour vous opposer à cette transmission via le lien suivant : https://www.demarches-simplifiees.fr/commencer/declarer-mon-opposition.
Si vous faites votre demande d’opposition après le 1er décembre, votre demande ne sera pas prise en compte pour la 1ère liste mise à disposition mais le sera pour les prochaines.

Votre situation peut faire que certains de ces dépistages organisés ne vous concernent pas ; dans ce cas, veuillez ne pas tenir compte de ce message.
Soyez assuré(e) de notre attention et de notre disponibilité
Votre correspondant de l’Assurance Maladie »

l’Assurance Maladie mettait donc, il y a 3 ans, à la disposition du médecin traitant la liste de ses patients concernés par les dépistages courants et ne les ayant pas réalisés, mais, en suivant le lien indiqué au bas de la missive, il était possible de s’opposer à cette transmission de nos données personnelles. Ce lien est désactivé depuis fin 2023.

A présent, pour vous opposer à la transmission, vous devez suivre un autre lien donné en tout petits caractère au bas de la précédente page maintenant inactive (Déclaration d’opposition, Caisse Nationale d’Assurance Maladie https://www.declare-opposition.ameli.fr/connexion), vous identifier avec France Connect, et ensuite seulement vous pourrez exercer vos droits d’opposition.

Comme on peut s’en douter, bien peu de femmes auront la curiosité ou la volonté de chercher plus loin et de faire exercer ce droit qu’elles ont pourtant.

En conclusion

Malgré la concertation citoyenne revendiquant davantage d’éthique, de probité, de transparence, et d’information loyale sur le dépistage mammographique et ses inconvénients, l’Assurance Maladie et l’INCa persistent tristement dans leurs vieux démons.

Nous sommes à plus de 20 ans des lois Kouchner sur le choix éclairé, à 10 années de la concertation citoyenne sur le dépistage mammographique, et les femmes sont toujours bernées, menacées, non informées, inutilement apeurées, et prisonnières d’un dispositif pour lequel on les prive de la possibilité de s’y soustraire.

Références

1 -Autier P, Boniol M, Koechlin A, Pizot C, Boniol M. Effective- ness of and overdiagnosis from mammography screening in the Netherlands: population based study. BMJ 2017;359:j5224.

Autier P, Boniol M, Middleton R, Dore JF, Hery C, Zheng T, et al. Advanced breast cancer incidence following population- based mammographic screening. Ann Oncol 2011;22(8): 1726e35.

Bleyer A, Welch HG. Effect of three decades of screening mammography on breast-cancer incidence. N Engl J Med 2012; 367(21):1998e2005.

2https://cancer-rose.fr/2023/06/14/risque-de-deces-par-cancer-du-sein-en-baisse-depistage-ou-pas/

3https://cancer-rose.fr/2021/11/15/octobre-le-mois-le-plus-cruel/

4https://cancer-rose.fr/2021/06/24/les-informations-independantes-en-sante-taxees-de-fake-news-cancer-rose-monte-au-creneau/


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