Par Cancer Rose, 16 novembre 2025
Cet essai clinique international randomisé (essai SUPREMO (Selective Use of Postoperative Radiotherapy after Mastectomy)) montre que l’irradiation de la paroi thoracique chez les femmes avec mastectomie complète pour cancer du sein n’a pas entraîné de survie globale plus élevée par rapport à des femmes mastectomisées sans aucune irradiation de leur paroi thoracique.
Ceci pour des patientes à risque de récidive intermédiaire, avec un cancer du sein de stade précoce traité par mastectomie et thérapie adjuvante contemporaine, c’est à dire mastectomie suivie d’hormonothérapie et de chimiothérapie associées à des thérapies dites ‘ciblées’ (ce sont des traitements adaptés selon le type de cancer qui agissent différemment, soit par un mécanisme « d’asphyxie » de la tumeur ou en bloquant les mécanismes qui stimulent la division cellulaire).
En résumé, l’essai tendrait à démontrer que les avancées thérapeutiques rebattent les cartes dans les traitements conventionnels et permettraient une désescalade de méthodes thérapeutiques « classiques » admises et routinières jusqu’à présent, et que dans certains cas on pourrait se passer de la radiothérapie.
Méthodes
Plus de 1600 patientes ont été incluses dans l’essai, entre 2006 et 2013, après mastectomie et traitement systémique (chimiothérapie ± taxanes, hormonothérapie, ± trastuzumab). Dans un groupe, les femmes mastectomisées ont reçu une radiothérapie, et dans l’autre groupe il n’y en a pas eu.
Le critère étudié était la survie globale à 10 ans.
Pourquoi et pour qui la radiothérapie ?
Un tiers des patientes atteintes de cancer du sein de stades I et II sont concernés par la chirurgie radicale.
Pour des patientes dites « à risque intermédiaire » (c’est à dire avec atteinte de 1 à 3 ganglions axillaires ou maladie sans ganglion mais avec facteurs défavorables comme un grade tumoral élevé ou une tumeur de volume important) on suppose un risque plus important de récidive tumorale locale, et on leur propose généralement une irradiation de la paroi thoracique complémentaire.
De nos jours il est vrai que la mastectomie partielle est privilégiée, mais il existe des situations où une mastectomie totale, même dans les cancers de stade peu avancé, doit être proposée, qui sont :
- * une tumeur trop volumineuse par rapport à la taille du sein.
- * la forme de la tumeur ou l’endroit de la tumeur(p.ex. la localisation retro-mamelonnaire) rend impossible une chirurgie conservatrice, la chirurgie serait trop délabrante ou déformerait trop le sein.
- * la tumeur est multicentrique, avec plusieurs foyers tumoraux dans le même sein.
C’est dans le contexte thérapeutique actuel qu’on se pose la question, depuis quelques années déjà, si l’absence d’irradiation pariétale après la mastectomie influencerait la survie globale à long terme.
Rappel stade/grade
Pour clarifier (parce qu’il y a souvent des confusions) : le grade détermine l’évolution de la tumeur alors que le stade concerne l’extension de la maladie.
1°-Pour établir le stade du cancer du sein, les médecins évaluent les éléments suivants :
- * la taille de la tumeur et l’envahissement des tissus voisins (T);
- * la propagation du cancer aux ganglions lymphatiques (N);
- * la propagation du cancer à des emplacements éloignés (métastases) (M);
- * le statut des récepteurs hormonaux (oestrogènes et progestérone) des cellules cancéreuses;
Si les cellules de la tumeur sont positives à la recherche de ces récepteurs hormonaux, on peut alors proposer une hormonothérapie complémentaire permettant de les bloquer et ainsi diminuer de façon signiicative le risque de rechute. - *le statut HER2; HER2 (human epidermal growth factor receptor 2) signifie « human epidermal growth factor receptor 2 » (récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain).
HER2 contrôle une protéine située à la surface des cellules qui les aide à croître. Les cancers du sein HER2 positifs sont traités avec des thérapies ciblées qui bloquent le HER2, comme le trastuzumab (Herceptin), le pertuzumab (Perjeta) ou le trastuzumab emtansine (Kadcyla) - * le grade.
2°-Le grade de la tumeur est un score qui est établi selon :
- * la formation de tubules, qui indique le pourcentage des cellules tumorales qui contiennent des structures en forme de tubes appelées tubules.
- * le pléomorphisme nucléaire, c’est à dire le degré de différence du noyau de chaque cellule cancéreuse par rapport à celui des cellules normales ; plus il y a de différence, plus le grade de malignité est élevé.
- * la fréquence des mitoses, c’est à dire le nombre de divisions cellulaires actives dans la tumeur.
Grade
Score
| 1(bas) | 3 à 5 | Les cellules cancéreuses sont bien différenciées. Elles ont presque l’air de cellules normales. |
| 2(intermédiaire) | 6 ou 7 | Les cellules cancéreuses sont modérément différenciées. Elles se classent entre le grade 1 et le grade 3. |
| 3(haut) | 8 ou 9 | Les cellules cancéreuses sont peu différenciées ou indifférenciées. Leur apparence est moins normale, ou plus anormale, que celle des cellules saines. |
Résultats de l’essai
Dans cette population de patientes à risque intermédiaire traitées par mastectomie et thérapies systémiques actuelles, l’irradiation pariétale post-mastectomie n’améliore pas la survie globale à 10 ans.
Il n’y a donc pas de bénéfice de la radiothérapie pour la survie globale. La survie globale à 10 ans est de 81,4 % dans le groupe avec radiothérapie et de 81,9 % dans l’autre groupe (HR 1,04 [IC à 95 % 0,82 à 1,30]), sans différence significative.
Les taux de survie sans maladie (76,2 % vs 75,5 %) et sans métastase à distance (78,2 % vs 79,2 %) sont équivalents.
Aucun sous-groupe (âge, statut ganglionnaire, phénotype moléculaire) ne semble tirer bénéfice de la radiothérapie.

Pourquoi l’objectif de se passer de la radiothérapie ?
C’est que la radiothérapie comporte des risques à long terme.
–Les effets locaux, plus ou moins tardifs :
- Effets cutanés, simple rougeur jusqu’à la radiodermite
- Fibrose pulmonaire faisant perdre son élasticité au tissu pulmonaire
- Atteinte des coronaires, troubles du rythme cardiaque, roubles cardiaques, insuffisance cardiaque congestive.
- Cancers secondaires radio-induits, sur l’oesophage, le poumon, la peau, les côtes.
- Retarde la reconstruction mammaire
–Les effets généraux :
- Fatigue
- Anémie
- Inappétance
- Hémopathies
D’autres études sur la désescalade thérapeutique.
- – Chimiothérapie : une étude française du 2 août 2025 publiée dans le Lancet remet en cause les bénéfices de la chimiothérapie pour les cancers du sein après 70 ans et appelle à une « désescalade raisonnée dans les traitements » pour cette population âgée.
- – Radiothérapie : Une publication dans « The Lancet » en janvier 2024 propose l’option d’omettre la radiothérapie postopératoire chez des femmes avec un cancer du sein petit et peu agressif, unique, et montre qu’il n’y a pas d’ augmentation des risques de récidive pour ce type de cancers. https://cancer-rose.fr/2024/11/27/radiotherapie-vers-la-desescalade/
Conclusion
Les chercheurs, actuellement, et au vu des modifications du contexte chirurgical et thérapeutique (moins de curages axillaires, plus de techniques de ganglions sentinelles, thérapies du cancer plus ciblées etc..) sont dans une démarche de désescalade de l’intensité des traitements locorégionaux. De nos jours on cherche à évaluer les risques des options d’omission des traitements les plus lourds (curages axillaires, radiothérapies etc..), pour les proposer au public concerné.
On avance vers une personnalisation raisonnée des traitements, cela devant se faire de façon pluridisciplinaire et individualisée bien sûr, en tenant compte du risque réel pour chaque cas, de l’âge, et des souhaits des patientes sur les options proposées.
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