7 novembre 2026
Par Cancer Rose
Mammographie de surveillance et diagnostic d’un second cancer primitif du sein chez les femmes âgées ayant des antécédents de cancer du sein
Question posée dans l’étude : Chez les femmes âgées ayant des antécédents de cancer du sein, la poursuite de la mammographie de surveillance permet-elle une réduction de l’incidence (du nombre de nouveaux cas) des seconds cancers du sein de stade avancé ?
C’est une étude de cohorte portant sur 9888 femmes incluant des femmes âgées de 67 à 100 ans (avec un âge moyen de 81,1 ans). Les participantes devaient avoir survécu au moins 5 ans après le diagnostic d’un premier cancer du sein non métastatique (carcinome invasif ou canalaire in situ), sans avoir présenté de récidive ou de second cancer pendant cette période. Elles ont été suivies sur une période moyenne de 7,3 ans, jusqu’à 13 ans.
Résultats de l’étude
La mammographie de surveillance continue chez les femmes âgées pourrait ne pas être associée à une réduction du risque secondaire de cancer du sein primitif avancé ; le risque absolu de cancer avancé était faible et les décisions en matière de surveillance doivent également tenir compte des contraintes liées à la surveillance dans cette population.
Pourquoi ce résultat et quelles implications ?
Le risque de développer un cancer avancé était globalement faible dans les deux groupes : 1,65 % chez les femmes surveillées contre 2,15 % chez les femmes non surveillées.
Les auteures de l’étude concluent que, face à un bénéfice absolu très faible et à l’absence de réduction avérée des cancers avancés, les décisions de poursuivre ou non la surveillance par mammographie chez les femmes très âgées doivent être individualisées.
Il convient de mettre en balance ce bénéfice minime avec les inconvénients et contraintes physiques de l’examen. L’inconvénient majeur dénoncé par l’étude est, avant tout, le fardeau des faux positifs, c’est-à-dire une suspicion de cancer qui ne se vérifiera pas, au terme d’autres examens complémentaires, parfois lourds, qu’il faut imposer aux femmes. Le risque de faux positif (ou fausse alerte) est estimé à environ 10 % des examens dans cette population, considéré comme très élevé, d’autant que seulement 6 % à 9 % des anomalies détectées s’avèrent être de vrais cancers.
Chez les femmes très âgées, ces faux positifs entraînent des examens complémentaires (biopsies, imageries stressantes) et une anxiété importante pour une valeur prédictive positive (probabilité que le sujet soit réellement malade avec un test positif), on le voit, très faible.
Nous rajoutons par ailleurs que trois études ont montré un lien délétère entre les excès de fausses alertes et un cancer du sein secondaire potentiel.
L’autre écueil est le surdiagnostic, c’est-à-dire des détections inutiles de lésions indolentes qui ne mettraient jamais ces femmes en danger.
Que dit l’étude concernant le surdiagnostic ?
Elle n’apporte pas de preuve flagrante d’un surdiagnostic massif dans cette population étudiée : contrairement à ce que l’on observe dans le dépistage général où une sur-surveillance entraîne la détection d’une multitude de petites tumeurs qui n’auraient jamais causé de problèmes, cette étude n’a pas constaté d’augmentation statistiquement significative de l’incidence globale des seconds cancers (qu’ils soient in situ ou localisés) chez les femmes qui ont continué leur surveillance.
Mais les auteurs appellent à la prudence pour la raison suivante : l’évolution des technologies d’imagerie.
Les données de cette étude reposent sur des mammographies principalement réalisées avant la généralisation de la tomosynthèse numérique du sein (la mammographie 3D, sorte de ‘scanographie’ du sein). Pour l’instant elle n’est pas intégrée dans le dépistage pour diverses raisons (irradiation, surdiagnostics), mais pourrait le devenir.
Ces technologies actuelles étant beaucoup plus sensibles, et parfois quand-même effectuées en cabinet de radiologie sans que les patientes en soient toujours informées, le risque de surdiagnostic avec le matériel contemporain pourrait être sous-estimé.
En conclusion
La mammographie de suivi continu chez les femmes âgées après un premier cancer du sein traité présente un rendement si faible qu’elle impose des contraintes physiques et psychologiques (liées aux faux positifs) souvent disproportionnées par rapport au bénéfice réel.
Le surdiagnostic n’est pas majeur, mais pourrait être sous-estimé.
🛈 Nous sommes un collectif de professionnels de la santé, rassemblés en association. Nous agissons et fonctionnons sans publicité, sans conflit d’intérêt, sans subvention. Merci de soutenir notre action sur HelloAsso.
🛈 We are an French non-profit organization of health care professionals. We act our activity without advertising, conflict of interest, subsidies. Thank you to support our activity on HelloAsso.

