Cancer Rose, 7 août 2025
https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)00832-3/abstract
Une étude française du 2 août 2025 publiée dans le Lancet remet en cause les bénéfices de la chimiothérapie pour les cancers du sein après 70 ans.
La chimiothérapie est administrée dans le traitement du cancer du sein dans certains cas, en fonction de la taille de la tumeur, de la biologie de la tumeur (cancer dit « triple négatif »), du statut ganglionnaire, pour diminuer la taille de la tumeur avant la chirurgie (chimiothérapie néoadjuvante), et en cas de l’existence de métastases.
Les médicaments des chimiothérapies, comme tout médicament efficace présentent des effets indésirables divers. (voir ici : https://cancer-rose.fr/2021/12/05/notice-detaillee-pour-les-femmes/)
-Certains sont très rares :
*Survenue d’autres tumeurs,
*Hémorragies hypophysaires (petite glande cérébrale),
*Troubles psychotiques…,
-D’autres sont rares :
*Réactions anaphylactique
*Altération de l’humeur…,
–Certains sont plus fréquents :
*Dépression,
*Paresthésies (sensations désagréables des extrémités),
*Eruptions,
*Augmentation du poids,
*Compression de la moelle épinière,
*Diminution de la tolérance au glucose,
*Insuffisance cardiaque, un infarctus du myocarde,
*Douleurs osseuses,
*Thrombopénie,
Et enfin certains sont très fréquents :
*Bouffées vasomotrices (rougeurs dans la figure),
*Diminution de la libido,
*Anorexie,
*Alopécie (raréfaction des cheveux),
*Dyspnée (gêne respiratoire),
*Nausées,
*Vomissements,
*Diarrhée,
*Asthénie,
*Myalgies (douleurs dans les muscles),
*Infections (parfois graves),
*Neutropénie (baisse des globules blancs),
*Anémie (baisse des globules rouges),
*Neuropathies (troubles neurologiques)…
Une chimiothérapie est rarement constituée d’un seul médicament, ce qui veut dire que toute une « combinaison » d’effets indésirables peut être observée suivant les associations qui vous serons proposées.
L’étude
L’étude réalisée par l’équipe française de l’Institut Curie inclut 2 000 femmes, dont la moitié a reçu une chimiothérapie.
« On a tiré des informations d’utilité (de la chimiothérapie pour le cancer du sein, NDLR) chez des adultes plus jeunes, généralement de moins de 65 ans. On s’est dit que comme les bénéfices étaient possibles pour les plus jeunes, on devait pouvoir les appliquer aux plus âgées. Mais ceci a été fait sans exploration », explique Etienne Brain, cancérologue à l’Institut Curie à Paris et auteur principal de l’étude au média France Info.
L’étude devait donc répondre à ces questions : l’hormonothérapie ne suffirait-elle pas ? La chimiothérapie est-elle bien nécessaire dans ces tranches d’âge plus élevées ?
UN BÉNÉFICE MARGINAL
Pour les personnes âgées, l’adjonction d’une chimiothérapie adjuvante à l’hormonothérapie n’a conféré aucun bénéfice de survie chez les femmes âgées de 70 ans et plus, atteintes d’un cancer du sein, même chez celles à haut risque génomique (« haut risque génomique » c’est-à-dire avec un fort risque de récidive de cancer. )
L’adjonction de la chimiothérapie, de plus, était associée à davantage d’événements indésirables. Ceci fournit des informations importantes sur le rapport bénéfice-risque de la chimiothérapie associée à une hormonothérapie dans ce groupe de femmes plus âgées, car visiblement selon l’étude , « ce n’est pas parce qu’on ajoute la chimiothérapie qu’on obtient un bénéfice supplémentaire en termes de survie globale, de guérison ou même de ‘temps sans maladie’ dans le suivi après traitement », explique encore le Professeur Blain au média.
DÉSESCALADE
L’étude appelle donc à opter pour une « désescalade raisonnée dans les traitements », ce qui signifie ne pas engager de chimiothérapie lourde de conséquences sur le quotidien de ces patientes plus âgées, impactant leur état de santé lourdement, et leur qualité de vie.
Cela passe par une concertation entre le médecin et la patiente, donc sur la base d’une bonne information.
Mais les auteurs appellent aussi à mener davantage d’études sur les personnes âgées pour prendre en considération davantage les spécificités de ces patientes.
COMMENTAIRES CANCER ROSE
Alléger les traitements par chimiothérapie de cancers symptomatiques, pour des populations fragiles, comme les personnes âgées est évidemment d’une grande utilité, puisque la balance bénéfices/risques de ces traitements ne penche pas suffisamment de façon indiscutable en faveur des bénéfices.
Qu’en est-il alors des dépistages malencontreux poursuivis chez les femmes plus âgées, avec des détections de cancers non exprimés cliniquement, mais que, une fois détectés, on va devoir traiter ?
Pour la femme au-delà de 74 ans, le dépistage n’est plus recommandé du tout, mais néanmoins parfois poursuivi sous la demande de la femme elle-même ou sous la pression médicale. Pourquoi ?
L’étude de chercheurs de l’université de Leyden, sur les données des Pays-Bas, publiée en 2014 dans le British Medical Journal[1], permet de répondre à la question.
Après 70 ans, selon l’étude, la pratique du dépistage n’améliore pas de façon significative la détection des cancers aux stades avancés, mais fait en revanche bondir le nombre de surdiagnostics et donc de surtraitements. Ces traitements inutiles entraînent un impact sur la santé qui est trop important, et ils induisent de trop lourdes conséquences sur la santé des personnes âgées, qui supportent moins bien les effets secondaires des traitements chirurgicaux, des radiothérapies et des chimiothérapies. Le système immunitaire s’affaiblit avec l’âge. Tous les organes s’épuisent et fonctionnent moins bien, les facultés de cicatrisation, de régénération tissulaire sont moindres, tout cela est à prendre en compte dans l’administration de traitements lourds.
Dans aucun des pays où le dépistage du cancer du sein est pratiqué, il n’est recommandé chez les femmes de plus de 75 ans.
Une campagne malheureuse fut orchestrée en 2019 par le CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) avec la Ligue contre le cancer pour inciter les femmes âgées au dépistage [2]. Cette initiative fut extrêmement délétère, tout à fait à l’encontre des recommandations et précautions à prendre pour cette population vulnérable, et ne devrait pas être renouvelée à l’avenir, surtout pas comme à l’époque avec une débauche d’alertes médiatiques outrancières.
Les surdiagnostics sont coûteux autant sur le plan médical que sur le plan économique et deviennent un véritable enjeu de santé publique, car il s’agit de surmédicalisations inutiles avec de lourdes conséquences.
D’autres mesures de désescalades thérapeutiques ou désescalades dans les suivis ont vu le jour récemment.
Par exemple un essai clinique de grande envergure avait été entrepris pour vérifier si on pouvait envisager une simple surveillance active pour certains cancers (carcinomes in situ) au lieu de traitements lourds.
Récemment encore, c’est le suivi des survivantes du cancer du sein qu’on envisage d’alléger, en espaçant les contrôles mammographiques, dans le cas d’un certain nombre d’années de la patiente sans récidive.
Les initiatives qui se multiplient pour éviter ces surtraitements délétères sont louables, la lutte contre les surdiagnostics, en amont de ces traitements inutiles, le serait encore davantage.
[1] De Glas NA., et al. Effect of implementation of the mass breast cancer screening programme in older women in the Netherlands: population based study. BMJ. 14 sept 2014; 349: g5410.
[2] Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Dossier de presse – Dépistage du cancer du sein chez la femme âgée. In : CNGOF. [En ligne : http://www.cngof.fr/ patientes/presse/649-depistage-k-sein-femme-agee].
https://www.lalsace.fr/actualite/2017/06/21/des-femmes-qui-se-condamnent-a-mort
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