Par Cancer Rose, 10 juin 2025
Un livre du Dr O’Sullivan
Dr Suzanne O’Sullivan, neurologue irlandaise est auteure d’un nouveau livre, « L’Âge du diagnostic : comment notre obsession pour les étiquettes médicales nous rend malades » .
O’Sullivan soutient que notre empressement à diagnostiquer, à dépister préventivement et à repousser les limites de nouveaux outils technologiques à notre disposition engendre des problèmes qui méritent d’être pris plus au sérieux. En effet, certains comportements conduisent à la prescription et la réalisation d’examens complémentaires en masse, comme les demandes insistantes de certains patients, motivées par la restitution médiatique souvent trop spectaculaire de diverses innovations. La préoccupation des médecins pour éviter des blâmes ou des problèmes médico-légaux, conduit elle aussi à cette d’examens complémentaires en masse.
Ces technologies de pointe, notamment en imagerie, conduisent, par trop d’examens, à une augmentation de 50 % ou plus des cas de diagnostic de certains cancers , ce qui correspond à un surdiagnostic, un enjeu majeur en médecine moderne car cela signifie des diagnostics inutiles et des traitements inutiles.
Lire aussi : https://cancer-rose.fr/2023/01/26/article-pour-les-usagers-les-tests-de-routine-juste-pour-se-rassurer-cest-une-mauvaise-idee/
Ralentir, repenser au diagnostic utile
O’Sullivan prône une « médecine lente », où médecins et patients prennent le temps d’établir une relation, de surveiller les symptômes et de prendre grand soin avant de mettre une étiquette sur une affection. Cette approche a disparu de notre médecine post-moderne où le « tout et tout de suite » règne dans les tests cliniques qui sont demandés.
En effet, il est possible d’avoir des variantes individuelles dans des marqueurs biologiques ou en imagerie sans être forcément malade.
Lors d’une interview l’auteure explique : « La plupart des diagnostics s’accompagnent d’une grande incertitude. Cela inclut l’asthme, le diabète, le cancer et l’autisme. Le diagnostic est une compétence clinique. Or, je pense que le problème avec la médecine moderne, c’est que beaucoup de gens ne comprennent pas cela et pensent que c’est le test, l’analyse sanguine ou le scanner cérébral, qui pose le diagnostic, alors qu’en réalité, le diagnostic repose sur la compréhension du contexte des examens effectués. Cela signifie que le diagnostic est extrêmement subjectif. »»
Notre collectif dénonce régulièrement ce travers de la médecine moderne assez souvent ici sur ce site, en matière de dépistage des cancers plus exactement, car il conduit à du surdiagnostic de cancers, c’est à dire des diagnostics inutiles d’anomalies qui n’auraient jamais nui à la vie ou à la santé des personnes si elles n’avaient pas été découvertes. Être porteur d’une lésion cancéreuse ne signifie pas être malade du cancer. Tout cancer ne se développe pas obligatoirement et n’occasionne pas toujours une maladie.
Ce surdiagnostic existe dans d’autres domaines, par exemple en médecine d’urgence.
Surdiagnostic
En effet, la définition du surdiagnostic c’est un diagnostic d’utilité nulle pour le patient. Mais en posant un diagnostic de maladie qui, non détectée, n’aurait jamais impacté l’individu, on change à jamais l’avenir de cette personne.
On ne change pas seulement le rapport au corps de la personne, dit l’auteure, mais aussi sa confiance en elle, sa capacité à souscrire une assurance maladie ou encore les mensualités d’un prêt immobilier etc… On change son état physique, moral, ses rapports aux autres, ses finances, son avenir. Il y a énormément de changements dans la vie ultérieure au diagnostic, auxquels les gens ne pensent pas.
Parfois le médecin lui-même a tendance, sous la pression d’un malade demandeur de tests alors que l’état physique ne le nécessite pas, à sur-diagnostiquer. Le corollaire étant le surtraitement et ses conséquences.
Lire ici notre dossier sur le surdiagnostic et ses conséquences.
https://cancer-rose.fr/2021/10/23/quest-ce-quun-surdiagnostic/
Des efforts sont entrepris pour limiter les dégâts, ainsi pour de petites tumeurs dans leur très grande majorité inoffensives, les carcinomes in situ, dont la détection a été décuplé depuis les campagnes de dépistage sans bénéfice sur la réduction des cancers invasifs, il est question actuellement de faire une surveillance active au lieu d’interventions d’emblée.
Nous en parlions ici : https://cancer-rose.fr/2025/01/06/un-essai-pour-une-desescalade-therapeutique/
Après un suivi de 1000 femmes avec carcinomes in situ, au bout de deux années, le taux de cancers invasifs s’est révélé similaire dans deux groupes de femmes, l’un opéré d’emblée et l’autre bénéficiant d’une simple surveillance active sans intervention.
Une étude avec un suivi sur un plus long laps de temps devra être conduite, ainsi qu’une étude pour mesurer l’impact sur la qualité de vie des femmes concernées par la seule surveillance active.
Des tentatives de désescalade thérapeutique sont également suggérées pour la radiothérapie sous certaines conditions, selon les résultats d’un autre essai clinique (PROSPECT). Voir ici : https://cancer-rose.fr/2024/11/27/radiotherapie-vers-la-desescalade/
Informer en amont
Il faut toutefois rappeler que le surdiagnostic se gère d’abord en amont du dépistage, car une fois un diagnostic posé, même de tumeur de bas stade de malignité, ni la patiente ni le médecin ne seront jamais plus sereins. Un suivi au lieu d’une attitude interventionniste comporte tout autant son lot d’angoisses et d’inquiétudes pour la patiente, et des contraintes de suivis incessants.
Il faut donc qu’une femme soit impérativement informée AVANT de s’engager dans un processus de dépistage, pour choisir en connaissance de cause si oui ou non elle participera, car une participation au dépistage peut faire basculer une vie de femme saine en celle de malade de façon inutile. Il faut que les femmes soient informées de données essentielles comme du fait que le dépistage expose bien davantage au risque de surdiagnotics et de fausses alertes qu’il ne sauve des vies. Les outils d’aide à la décision permettent ce choix éclairé.
Des outils d’aide à la décision
Outil d’aide à la décision Cancer Rose 2024
Outils divers (petit outil illustré Cancer Rose et outils internationaux)
Affiche Cancer Rose sur la balance bénéfice risques du dépistage
Pour une décision en connaissance de cause, notre site « parlons mammo » rassemble divers outils d’aide à la décision.
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