Végétarisme et cancer

Que les habitudes alimentaires aient une influence sur le risque de développer un cancer, et que notamment chez les végétariens l'incidence des cancers soit plus faible que chez les personnes avec alimentation carnée, cela a déjà fait l'objet d'études scientifiques.[1]

Une publication plus récente [2]que celle sus-citée, analysant quatre-vingt-six études transversales et 10 études prospectives de cohorte rapporte un effet protecteur significatif d'un régime végétarien sur l'incidence et sur la mortalité par cardiopathie ischémique (-25%) , et sur l'incidence globale du cancer (-8%). Le régime végétalien permettrait une réduction significative du risque (-15%) global d'avoir un cancer.

Mais un billet du médecin essayiste et romancier, Dr Luc Perino, dont nous relayons souvent les articles [3] , témoigne d'un autre aspect du comportement des végétariens et végétaliens qui pourrait avoir un effet sur l'incidence réduite du cancer parmi ce groupe de personnes, et c'est la moindre participation aux dépistages.

Alimentation non-carnée et participation aux dépistages/billet de Luc Perino

Nous retranscrivons ici, avec l'aimable autorisation de Dr Perino, le billet que vous pouvez lire, parmi tant d'autres, sur le blog de l'auteur [4]:

Il n’est plus besoin de faire d’études pour prouver que la baisse de consommation de viande diminue l’incidence des maladies cardio-vasculaires. Le sujet ne fait plus débat depuis un demi-siècle. La diminution de consommation de viande et l’exercice physique ont contribué aux nouveaux gains d’espérance de vie constatés au cours des dernières décennies. 

Nous savons également que les régimes peu carnés diminuent le risque de cancer du côlon. Depuis quelques années, le nombre important de végétariens permet de faire des études de plus grande valeur statistique sur les effets de tels régimes sur la santé. La question des cancers a évidemment été abordée et il apparaît qu’outre le cancer du côlon, le régime végétarien diminue également des cancers aussi inattendus que celui du sein ou de la prostate. D’une manière générale, tous les risques de cancer sont abaissés de façon plus ou moins significative.

Les facteurs de confusion comme le tabac ont évidemment été pris en compte, et certaines études sont allées jusqu’à considérer d’autres facteurs de confusion tels que les traits de personnalité et d’autres éléments du mode de vie des végétariens raisonnables (hors véganes fanatiques). Par exemple, les femmes végétariennes prennent moins de traitements hormonaux de la ménopause et diminuent d’autant plus leur risque de cancer du sein.

Le plus amusant, si j’ose m’exprimer ainsi, est que les végétariens participent beaucoup moins aux programmes de dépistage organisé des cancers. Certains en concluront qu’ils sont alors porteurs de cancers méconnus qui se développeront tôt ou tard. Cette conclusion hâtive, quelque peu teinté d’idéologie pro-dépistage, est contredite par une mortalité globale par cancer plus faible chez les végétariens de tous âges suivis pendant longtemps.

Ce qui s’explique par le fait qu’une bonne part des cancers dépistés sont, soit de faux positifs, soit des cancers qui n’auraient jamais eu de manifestation clinique avant que la mort ne survienne par une autre cause.

Les végétariens ont donc moins de cancers cliniques, moins de cancers dépistés et moins de cancers virtuels ou infracliniques. Le bénéfice sanitaire de cette triple protection est encore plus grand que celui déjà constaté par la diminution de la mortalité. En effet, les angoisses liées à tous les dépistage et le couperet biographique que constitue une annonce de cancer aggravent la morbidité et la mortalité. On sait que tous les cancers, fussent-il cliniques, dépistés ou virtuels ont les mêmes répercussions psychologiques et biographiques.

Nous n’irons pas jusqu’à encourager les végétariens dans leur insouciance diagnostique, car cela pourrait choquer l’académie. Nous devons tout de même les féliciter pour leur perspicacité sanitaire et leur sérénité face au destin pathologique, sans oublier de louer leur altruisme climatique.

Etude sur la participation aux dépistages

Dans la bibliographie de ce billet, citée par l'auteur, nous trouvons en effet une étude publiée dans le BMJ en 2017 sur les comportements en santé, selon les groupes de population qui suivent des régimes alimentaires particuliers.[5]

31 260 participants ont été étudiés de quatre groupes de régimes (18 155 mangeurs de viande, 5012 mangeurs de poisson, 7 179 végétariens, 914 végétaliens), dans la cohorte britannique EPIC-Oxford[6]

Par rapport aux personnes à alimentation carnée, les femmes végétariennes et végétaliennes ont mentionné une participation plus faible au dépistage du cancer du sein, et les hommes végétariens étaient moins susceptibles de se soumettre au test PSA de dépistage du cancer de la prostate. 

Aucune différence n'a été observée chez les femmes pour le dépistage du cancer du col utérin. 

Pour les femmes et ce dans tous les groupes non consommateurs de viande il y avait aussi une moindre consommation de traitement hormonal substitutif de la ménopause par rapport aux mangeurs de viande. 

Une utilisation moindre a été observée pour toute médication en général chez les participants de tous les groupes non carnivores. 

Conclusion

Des différences de comportement, plutôt dans le sens d'une moindre utilisation du dépistage du cancer du sein, du dépistage du cancer prostatique, du traitement hormonal substitutif et globalement de médicaments ont été observées dans les groupes à régime non-carné. 

Apparemment ces groupes de la population sont ainsi moins exposés aux risques de développer des cancers, moins exposés aux cancers cliniques (révélés par symptômes), et aux cancers infra-cliniques (non symptomatiques), dont la sur-détection débridée par les dépistages massifs alimente les sur-diagnostics, et tout cela dans un contexte de moindre angoisse, moindre morbidité et moindre mortalité prématurée chez les végétariens, observée même à long terme, vraisemblablement en relation avec un comportement de vie général plus sain, et pas seulement due au végétarisme seul [7].

Références


[1] https://academic.oup.com/ajcn/article/89/5/1620S/4596951?searchresult=1

[2] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26853923/

[3] https://cancer-rose.fr/2017/07/04/les-billets-de-luc-perino/

[4]

https://lucperino.com/715/vegetariens-et-cancers.html

[5] https://bmjopen.bmj.com/content/7/12/e018245

[6] La composante Oxford de l'European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition ( EPIC ) est une cohorte prospective de 65 000 hommes et femmes vivant au Royaume-Uni, dont beaucoup sont végétariens.

(http://www.epic-oxford.org/home/)

[7] https://theconversation.com/les-vegetariens-vivent-ils-plus-longtemps-probablement-mais-pas-parce-quils-sont-vegetariens-72929

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Pandémie Covid-19 et prise en charge des cancers

Gustave-Roussy modélise l'impact du Covid-19 sur la prise en charge des cancers

11 novembre 2020

Dr C.Bour

L'inquiétude des patients quant à une éventuelle contamination par le coronavirus à l'hôpital, en particulier en cancérologie, entraîne leur venue plus tardive dans les centres de soins pour recevoir leurs traitements.

Des chercheurs de Gustave-Roussy à Villejuif (Val-de-Marne) ont réalisé une étude baptisée "Grouvid", basée sur un modèle mathématique de simulation visant à évaluer les impacts de la pandémie de Covid-19 sur l’organisation des soins de cancérologie. Les conséquences en termes de pronostic et l'éventuelle surmortalité qui en découlent, liées au décalage des prises en charge de malades diagnostiqués avec cancer pendant la période de confinement, sont ici étudiées et évaluées.

Grouvid présentation PDF

Ces travaux des chercheurs Aurelie Bardet1,2, Alderic Fraslin1,2, Matthieu Faron2,3, Isabelle Borget1,2, Lucile Ter-Minassian4, Jamila Marghadi5, Anne Aupérin1,2, Stefan Michiels1,2, Fabrice Barlesi6, Julia Bonastre1,2  ont été présentés au congrès virtuel de l’ESMO 2020 par Aurélie Bardet (voir PDF du congrès).

  • 1. Service de Biostatistique et d’Epidémiologie, Gustave Roussy
  • 2. Equipe de recherche en méthodologie statistique Oncostat Inserm 1018, Univ. Paris-Saclay, Ligue contre le cancer
  • 3. Service de chirurgie viscérale oncologique, Gustave Roussy
  • 4. Department of statistics, Oxford University, Oxford, United-Kingdom
  • 5. Service d’information médicale, Gustave Roussy
  • 6. Direction médicale et de la recherche clinique, Gustave Roussy, Univ. Paris-Saclay

Contenu du congrès virtuel, présentation de l'étude

Il s'agit d'un modèle de microsimulation pour évaluer l’impact du SRAS-CoV-2 sur les pronostics des cancers, sur l’organisation des soins de santé et les coûts de prise en charge.

A-Objectifs

Evaluer l’impact de la pandémie sur les patients "non-covids", atteints de cancer.
Il s'agit d'établir un modèle basé sur les données actuelles disponibles du centre Gustave Roussy pour modéliser les parcours individuels des malades.

L'épidémie de Covid-19 a conduit à une diminution du nombre de patients pris en charge pendant le confinement et à une limitation des ressources dédiées aux cancers, avec fermeture de l'unité de greffe de moelle, réduction des lits de soins intensifs chirurgicaux, réduction du nombre de salles d'opération, réduction des séances de chimiothérapie et de radiothérapie.

B-Résultats

1° Modification du flux des patients - Délais des traitements

  • 13,4 % des patients ont un retard pour leurs traitements de plus de 7 jours, principalement des patientes atteintes de cancer de la thyroïde et du sein
    délai médian = 55 jours, principalement en raison d'un retard inhérent au patient lui-même.
  • 5,2% des patients ont un retard de traitement supérieur 2 mois

2° Changements dans les soins médicaux


27 % des patients confinés voient leurs soins modifiés (principalement dans les cancers du sein et les pathologies gastro-intestinales) .

3° Ressources hospitalières


Deux ressources sont limitantes :
- la disponibilité des salles d’opération (pic d’activité attendu = mi-juin)
- la chimiothérapie (pic d’activité attendu = mi-octobre avec création de files d’attente)

4° Résultats sur les pronostics des cancers :

  • 2,0 % des patients présentent un changement majeur de leur pronostic de maladie avec
  • augmentation de 2,25 % des décès à 5 ans par cancer, principalement pour les cancers du foie, des sarcomes et de la tête et du cou => 49 décès supplémentaires.

5° Analyse de sensibilité du délai moyen de recours aux soins imputable aux patient


C'est l'estimation de l'impact d'une reprise étalée et régulière (uniforme) d'un retour des patients (du fait de cet étalement la médiane de retard de prise en charge est évaluée à 3,4 mois.) :

2,4 % des  patients présenteraient une modification majeure de leur pronostic, avec une augmentation de 4,60 % des décès à 5 ans.

C-Messages-clés et conclusion


Sur la base d’un scénario dans le contexte de l'Institut Gustave Roussy :

  • 2 % des patients présenteront un changement majeur de leur pronostic
  • 2 % de décès supplémentaires à 5 ans

Il persiste une grande incertitude sur les événements futurs et les comportements complexes pour pouvoir évaluer l’impact d'une 2e vague.

Commentaires Cancer Rose

L'étude Grouvid suggère que les retards de prise en charge, liés à la 1ère vague de Covid-19, pourraient être responsables d'un excès de mortalité par cancers de 2 à 5%, 5 ans après le début de la prise en charge. Ces retards de prise en charge sont dus à 2 facteurs :

  • la réticence des patients à se faire soigner par peur d'une contamination
  • et une réduction de la capacité de soins des hôpitaux.

Dans cette étude, il n'est nulle part question du dépistage, pas plus du dépistage du cancer du sein que de n'importe quel autre dépistage.

Contrairement à ce que laissent entendre  la Fondation ARC [i] ou Mr le Pr Kahn, président de la Ligue contre le Cancer [ii] [iii] [iv] [v] [vi] [vii] [viii],l'étude Grouvid n'apporte aucune information concernant les éventuelles retombées d'une moindre participation aux dépistages.

Il est déjà difficile d'extrapoler à la France des résultats qui ne concernent qu'un seul établissement. Vouloir les extrapoler pour estimer l'impact d'une diminution des dépistages relève de la pure fantaisie ... ou du mensonge délibéré.

Les victimes ? Les femmes, qui, incitées à fréquenter en cette période les cabinets médicaux, se voient ainsi mises en danger et exposées par ces comportements propagandistes. 

Les médias eux-mêmes, par manque de discernement et de nuance, alimentent ce climat anxiogène et mensonger.

A ce propos lire :

https://cancer-rose.fr/2020/10/06/langoisse-des-thuriferaires-du-rose-face-a-la-decroissance-de-participation/

Et également : https://cancer-rose.fr/2020/09/02/manipulation-de-linformation-sur-le-depistage-du-cancer-du-sein-comme-thematique-scientifique/


Références


                  [i] https://www.francetvinfo.fr/sante/cancer/covid-19-les-retards-de-depistage-du-cancer-de-sein-vont-entrainer-une-augmentation-de-la-mortalite-entre-1-et-5-dans-les-dix-ans-qui-viennent-selon-la-fondation-arc_4124525.html#xtref=https://mobile.francetvinf


                  [ii] https://www.sudouest.fr/2020/10/24/cancer-du-sein-axel-kahn-lance-un-cri-d-alarme-pour-inciter-au-depistage-8000781-4696.php


                  [iii] https://fr.news.yahoo.com/octobre-rose-axel-kahn-implore-085353145.html


                  [iv] https://www.europe1.fr/societe/debut-doctobre-rose-axel-kahn-alerte-sur-les-retards-de-diagnostic-des-cancers-du-sein-3995432


                  [v] https://www.topsante.com/medecine/cancers/cancer/covid-19-depistage-cancer-639344


                  [vi] https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Deprogrammation-doperations-Linquietude-immense-malades-cancer-2020-10-27-1201121508


                  [vii] http://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/chronique-covid-ndeg34-le-geneticien-axel-kahn-president-de-la-ligue-contre-le


                  [viii] https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/26/cancers-infarctus-avc-ces-pathologies-victimes-indirectes-du-covid-19_6057437_3244.html

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ACTIONS ENSEIGNEMENT CANCER ROSE 2020

Pour accéder à nos actions des années précédentes : https://cancer-rose.fr/2019/07/16/actions-enseignements-et-congres-de-cancer-rose/

Journées internationales sur le partenariat de soin avec le patient, Université Côte d'Azur

Visio-conférence lundi 28 et mardi 29/09/2020

Cliquez pour accéder au PDF de la présentation Dr C.Bour

Voici l'intégralité des interventions qui ont eu lieu lors des journées internationales du Centre d’Innovation du Partenariat avec les patients et le Public , ici :

https://ci3p.univ-cotedazur.fr/2020/06/06/journee-internationales-2020/

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Propagande du dépistage

Par Dr M.Gourmelon, 1 nov 2020

« 1 mensonge répété 1000 fois se transforme en vérité »

C’est un des principes bien connu de la propagande. (1)

Cela a été bien étudié pour ce qui est du domaine politique et plus particulièrement dans les dictatures. La phrase du titre est historiquement attribuée à Joseph Goebbels, il a dirigé, sous le régime nazi, le Ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande.

Mais la propagande n’est pas l’apanage des régimes totalitaires qu’ils soient de droite ou de gauche. Comme l’écrit Noam Chomsky « La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures. » « La propagande est un concept désignant un ensemble de techniques de persuasion, mis en œuvre pour propager avec tous les moyens disponibles, une idée, une opinion, une idéologie ou une doctrine et stimuler l'adoption de comportements au sein d'un public-cible. Ces techniques sont exercées sur une population afin de l'influencer, voire de l'endoctriner. » (2)

Il apparaît donc clairement que l’insistance à promouvoir le dépistage du cancer du sein par mammographie, tient de la propagande. En effet, il y a intention de « propager une doctrine » selon laquelle le dépistage sauve des vies et cela en contradiction totale avec ce que les études scientifiques indépendantes nous apprennent.

Le but : « l'adoption de comportements au sein d'un public-cible », ici pratiquer une mammographie de dépistage, au sein de la population- cible féminine. Il est notable que la volonté de promouvoir le dépistage du cancer du sein par mammographie est une constante de ces 20 dernières années qui s’est accentuée avec l’adoption du programme de dépistage organisé en 2004 faisant suite au plan cancer de 2003. (3)

Pourtant dès 2015, suite à la concertation citoyenne sur le sujet, le dépistage organisé aurait dû être arrêté. Mais il n’en a rien été car les conclusions de cette concertation ont été « confisquées » pour permettre la poursuite de ce dépistage. (4)

Tous les moyens sont bons pour le promouvoir. Les campagnes d’Octobre Rose qui reviennent années après années en témoignent.

Mais la propagande va plus loin.

LES AGENCES PUBLIQUES

« Favoriser le recours au dépistage quel que soient ses modalités » recommande le dernier rapport de l’IGAS organisme pourtant réputé indépendant. (5)

LEADERS D'OPINION ET MEDIAS

Mais aussi, tout « micro tendu », toute offre de parole dans les médias, que cela soit radio ou télévision ou presse écrite, permettent à de nombreux médecins de propager la propagande pour le dépistage.

Nous avons ainsi récemment entendu le Pr Axel KAHN, sommité médicale, président de la Ligue contre le cancer, lancer sur France Info un « cri d’alarme » en faveur de ce dépistage (6).

De nombreuses techniques de la propagande sont ainsi retrouvées dans cet « appel » (2)

  • peur
  • appel à l’autorité
  • affirmation fausse : « Le Covid-19 "est beaucoup moins grave que le cancer" »
  • « influence médiatique : radio, télévision, presse, publicité, internet. » est aussi bien présente car cet appel est relayé par : le journal Sud Ouest (7), Yahoo actualité (8), Europe 1 (9) Top Santé (10) La Croix (11) France Soir (12) liste non exhaustive.

Ici la crise du COVID19, pourtant éloignée de la problématique du cancer du sein, se trouve utilisée pour la promotion de son dépistage. De façon analogue a-t-on pu lire dans un article du Monde du 26 octobre 2020 (13) les propos suivants :

"Les chiffres sont aussi inquiétants s'agissant des dépistages, à l'arrêt pen­dant douze semaines. Le nombre de mammographies dans le cadre du dé­pistage organisé du cancer du sein de 50 à 74 ans s'est totalement effondré. Sur les seules régions Ile de France et Hauts­ de France, leur nombre est passé respec­tivement d’environ 14 000 et 9 000 de mi mars à début mai 2019 à zéro pen­dant le confinement, selon la Société française de radiologie."

Cet effondrement du dépistage qui inquiète tant le Pr Axel KAHN, permet dans un quotidien national de grand tirage d’affirmer à nouveau un mensonge : il n’y a rien d’inquiétant à ce qu’un dépistage qui n’a pas montré son bénéfice, ne soit plus réalisé.

ACTEURS MEDICAUX

Il est à noter que nombre de médecins qui font la promotion de ce dépistage, ont des liens d’intérêt très forts avec ce dernier.

La Société Française de Radiologie, trouve inquiétant que les chiffres de mammographies de dépistage se soient totalement effondrés. Mais est-ce la santé des femmes qui la préoccupe ? A moins que ce soient d'autres préoccupations, non médicales, qui tracassent cette société savante ? (14)

CONCLUSION

Ne nous laissons pas « aveugler » par la propagande. Soyons lucides et sachons déceler dans ces répétitions, encore et encore, portées par des médias plus soucieux de « buzz » que de travail critique, un effet de propagande.

Cette propagande et cette désinformation cesseront-elles un jour ? On peut en douter à la vue des dernières actualités. (5)

Et pourtant c’est le bien-être et la santé des femmes qui sont en jeu.

Références

(1) https://nospensees.fr/mensonge-repete-mille-se-transforme-t-verite/

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Propagande#Techniques_de_propagande

(3) https://cancer-rose.fr/2020/10/19/histoire-du-depistage-mammographique/

(4) https://formindep.fr/cancer-du-sein-la-concertation-confisquee/

(5) https://cancer-rose.fr/2020/10/21/ligas-recommande-le-maintien-de-la-promotion-du-depistage-du-cancer-du-sein-par-mammographie-en-lintensifiant/

(6) https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/video-octobre-rose-axel-kahn-implore-les-femmes-de-se-faire-depister-le-covid-19-est-beaucoup-moins-grave-que-le-cancer-du-sein_4154331.html

(7) https://www.sudouest.fr/2020/10/24/cancer-du-sein-axel-kahn-lance-un-cri-d-alarme-pour-inciter-au-depistage-8000781-4696.php

(8) https://fr.news.yahoo.com/octobre-rose-axel-kahn-implore-085353145.html?

(9) https://www.europe1.fr/societe/debut-doctobre-rose-axel-kahn-alerte-sur-les-retards-de-diagnostic-des-cancers-du-sein-3995432

(10) https://www.topsante.com/medecine/cancers/cancer/covid-19-depistage-cancer-639344

(11) https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Deprogrammation-doperations-Linquietude-immense-malades-cancer-2020-10-27-1201121508

(12) http://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/chronique-covid-ndeg34-le-geneticien-axel-kahn-president-de-la-ligue-contre-le

(13) https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/26/cancers-infarctus-avc-ces-pathologies-victimes-indirectes-du-covid-19_6057437_3244.html

(14) https://www.cairn.info/revue-les-tribunes-de-la-sante1-2016-3-page-21.htm#

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Carcinome in situ, le problème de son surdiagnostic lors des mammographies de dépistage

C.Bour, 21 octobre 2020

Qu'est-ce qu'un carcinome in situ ?

Le carcinome in situ (CIS) du sein est défini par la prolifération de cellules cancéreuses à l’intérieur d’un canal galactophore sans que les cellules ne dépassent la paroi du canal pour envahir le reste du sein.

Il est soit canalaire strict, se développant dans le canalicule excréteur du lait (carcinome canalaire in situ ou CCIS), ou bien dans le lobule, c'est à dire l'unité excrétrice autour du canalicule (carcinome lobulaire in situ ou CLIS).

Nous avons synthétisé les principales informations en un résumé pour une lecture rapide ici : https://cancer-rose.fr/2020/06/28/quest-ce-quun-carcinome-in-situ/

Dans la médiathèque vous trouverez également quelques exemples en images:

Un très intéressant blog de Donna Pinto y est consacré avec beaucoup d'informations très pratiques et utiles : https://dcis411.com/

Le carcinome canalaire in situ (CCIS) a été rarement diagnostiqué avant l'avènement du dépistage du sein, et à présent il représente 20 à 25% de tous les cancers du sein, cette augmentation étant directement corrélée à la surdétection par les programmes nationaux de dépistage systématique du cancer du sein. 

Pourtant, la plupart des lésions CCIS restent indolentes. 

Le problème

En dépit d'être une lésion pré-ou même non-invasive et bien que l'évolution naturelle de ce processus intracanalaire soit inconnue, le CCIS est encore considérée comme la forme précoce non obligatoire du (stade 0) cancer du sein. La crainte de ne pouvoir discerner les lésions inoffensives des formes potentiellement invasives conduit à proposer un traitement excessif de cette affection chez de nombreuses patientes.

Par conséquent la gestion classique, y compris en France, est de traiter toutes les lésions CCIS avec un traitement qui comprend soit une mastectomie, soit une chirurgie conservatrice du sein complétée par une radiothérapie. 

Le rapport Marmot au Royaume Uni ( rapport d'évaluation du dépistage, en 2012), a reconnu le fardeau du traitement excessif pour le bien-être des femmes[1].  En effet, les femmes atteintes de CCIS sont étiquetées comme «patientes cancéreuses», avec une anxiété concomitante malgré le fait que la plupart des lésions CCIS ne progresseront probablement jamais vers un cancer du sein invasif. ... Le traitement infligé (chirurgie et/ou radiothérapie) est donc excessif pour certaines, et vraisemblablement pour de très nombreuses femmes avec un fort impact négatif sur leur qualité de vie.

Cette forme particulière de cancer, que certains appellent "pré-cancer" ou "faux cancer" , et que certains considèrent même comme un non-cancer et seulement comme un marqueur de risque de cancer du sein, cette forme particulière alimente grandement le surdiagnostic, c'est à dire la découverte d'anomalies qui, si elles étaient restées méconnues, n'auraient jamais mis en danger la vie ou la santé de la femme.

Le problème du CCIS est qu'il est matérialisé très facilement par la mammographie en raison de son association avec des calcifications, que la mammographie détecte aisément.

Les données

Le nombre de femmes ayant reçu un diagnostic de CCIS au cours des dernières décennies suit en grande partie l'introduction du dépistage du cancer du sein en population, et ne fait que croître parallèlement à la participation au dépistage.[2] [3] [4] [5] [6]

Le taux standardisé européen (c'est à dire le taux ajusté à l'âge de la population européenne) des lésions in situ a quadruplé, passant de 4,90 pour 100 000 femmes en 1989 (représentant 4,5% de tous les diagnostics enregistrés comme cancer du sein) à 20,68 pour 100 000 femmes en 2011 (représentant 12,8% de tous les diagnostics de cancer du sein enregistrés[7] ). De toutes les lésions mammaires in situ signalées, 80% sont des CCIS.[8] [9]

Néanmoins, l'incidence de la mortalité par cancer du sein n'a pas diminué en même temps que la détection et le traitement du CCIS, ce qui indique que la prise en charge du CCIS ne réduit pas la mortalité spécifique par cancer du sein.

Un revue d'autopsies chez les femmes de tous âges a révélé une prévalence (cas existants) médiane de 8,9% (intervalle de 0 à 14,7%).  Pour les femmes âgées de plus de 40 ans, cette prévalence était de 7 à 39% [10] alors que le cancer du sein n'est diagnostiqué que chez 1% des femmes de la même tranche d'âge[11]. Ceci veut dire que ces lésions sont présentes de façon plus fréquente qu'on ne les diagnostique chez les femmes de la population vivante, et qu'un grand nombre de femmes sont porteuses de CCIS non détectés qui ne deviendraient jamais symptomatique, puisqu'on en trouve plus chez les femmes décédées d'autres causes que dans la population vivante dans le même temps.

le carcinome lobulaire classique in situ (LCIS), quant à lui, confère un risque de 1 à 2% par an de se développer en maladie invasive.[12] [13]

Ce qu'on sait aussi est que le grade du carcinome in situ trouvé n'est pas un bon indicateur fiable du risque de progression de cette lésion.[14] [15]

De plus les patientes diagnostiquées avec un CCIS ont un taux de survie spécifique au cancer du sein excellente d'environ 98% après 10 ans de suivi [16]  [17]  [18] [19] ainsi qu' une espérance de vie normale. Si le CCIS de bas grade (considéré comme une lésion à faible risque) évolue vers un cancer du sein invasif, il s'agira souvent d'une maladie invasive de grade inférieur, à croissance lente et détectable précocement, avec un excellent pronostic.

Mais malgré cet excellent pronostic et une espérance de vie normale, les femmes diagnostiquées avec un CCIS souffrent de stress et d'anxiété [20].  Des études rapportent que la plupart des femmes atteintes de CCIS (et de cancer du sein à un stade précoce) ont peu de connaissances sur leur état et ont des perceptions inexactes du risque de progression de leur maladie, et cette fausse perception est associée à une détresse psychologique importante.[21] [22] [23] [24] [25] [26]

Au regard de tous ces éléments on considère que la prise en charge actuelle du CCIS consiste en un traitement excessif.

Le problème du surtraitement

Actuellement, un traitement conservateur du sein pour le CCIS est fréquemment recommandé. Une mastectomie est conseillée si le CCIS est trop étendu pour permettre la conservation du sein. La radiothérapie est souvent associée, avérée efficace pour réduire le risque de récidive locale.

Mais on sait aussi que traiter les cancers canalaires in situ ne réduit pas la mortalité par cancer du sein ; également il est avéré que la prévention des récidives par radiothérapie ou mastectomie, elle non plus, ne réduirait pas le risque de mortalité par cancer du sein. Les traitements n'allongeraient pas non plus la survie ni au cancer du sein, ni la survie globale.[27]

En raison des effets secondaires de l'hormonothérapie et des résultats ambigus des essais cliniques, les femmes ménopausées atteintes de CCIS sont rarement traitées par endocrinothérapie dans de nombreux pays. 

Des pistes

Devant les résultats décevants de la prise en charge des carcinomes in situ sur la réduction des cancers invasifs, au vu de l'absence de retentissement sur la survie, de la mise en oeuvre de traitements finalement trop lourds pour les résultats observés, et au regard du retentissement psychologique majeur, plusieurs pays ont entrepris des essais cliniques visant à tester une simple surveillance active notamment pour le CIS de bas grade plutôt qu'un traitement agressif.

Trois essais cliniques ont randomisé des patientes avec CCIS à faible risque pour les répartir entre deux groupes, un groupe en surveillance active versus un groupe soumis au traitement standard. 

Un programme de recherche (PRECISION) a été initié, englobant ces 3 essais internationaux.

https://www.dcisprecision.org/wp-content/uploads/2020/08/DCIS-Nieuwsbrief-Final_140820.pdf

CONCLUSION

Il existe une incertitude sur la façon dont le CCIS se développe, et un consensus mondial fait défaut sur la meilleure façon de gérer cette lésion de manière optimale. 

Une meilleure compréhension de la biologie du CCIS et de l'évolution naturelle de la maladie est nécessaire pour aider les patients et les professionnels de santé à prendre des décisions de traitement plus éclairées, pour réduire le sur-traitement actuel du CCIS qui entraîne des dommages physiques et émotionnels pour les patients, et des coûts inutiles pour la société. 

Il est même urgent de recadrer les perceptions du risque auprès des patientes.

Les initiatives et les essais, on l'espère, contribueront à de meilleures connaissances et à une prise de décision éclairée entre les patients et les cliniciens.

Lire aussi : https://www.nature.com/articles/s41416-019-0478-6

Références


[1] Independent UK Panel on Breast Cancer Screening. The benefits and harms of breast cancer screening: an independent review. Lancet 380, P1778–P1786 (2012).

[2] Bleyer, A. & Welch, H. G. Effect of three decades of screening mammography on breast-cancer incidence. N. Engl. J. Med.367, 1998–2005 (2012).

[3] Bluekens, A. M., Holland, R., Karssemeijer, N., Broeders, M. J. & den Heeten, G. J. Comparison of digital screening mammography and screen-film mammography in the early detection of clinically relevant cancers: a multicenter study.Radiology 265, 707–714 (2012).

[4] Ernster, V. L., Ballard-Barbash, R., Barlow, W. E., Zheng, Y., Weaver, D. L., Cutter, G. et al. Detection of ductal carcinoma in situ in women undergoing screening mammography. J. Natl. Cancer Inst. 94, 1546–1554 (2002).

[5] Esserman, L. J., Thompson, I. M. Jr. & Reid, B. Overdiagnosis and overtreatment in cancer: an opportunity for improvement.JAMA 310, 797–798 (2013).

[6] Kuerer, H. M., Albarracin, C. T., Yang, W. T., Cardiff, R. D., Brewster, A. M., Symmans, W. F. et al. Ductal carcinoma in situ: state of the science and roadmap to advance the field. J. Clin. Oncol. 27, 279–288 (2009).

[7] https://www.nature.com/articles/s41416-019-0478-6

[8] Kuerer, H. M., Albarracin, C. T., Yang, W. T., Cardiff, R. D., Brewster, A. M., Symmans, W. F. et al. Ductal carcinoma in situ: state of the science and roadmap to advance the field. J. Clin. Oncol. 27, 279–288 (2009).

[9] Siziopikou, K. P. Ductal carcinoma in situ of the breast: current concepts and future directions. Arch. Pathol. Lab. Med.137, 462–466 (2013).

[10] Welch, H. G. & Black, W. C. Using autopsy series to estimate the disease ‘reservoir’ for ductal carcinoma in situ of the breast: h

[11] Siziopikou, K. P. Ductal carcinoma in situ of the breast: current concepts and future directions. Arch. Pathol. Lab. Med. 137, 462–466 (2013).

[12] Lakhani, S. R., Audretsch, W., Cleton-Jensen, A. M., Cutuli, B., Ellis, I., Eusebi, V. et al. The management of lobular carcinoma in situ (LCIS). Is LCIS the same as ductal carcinoma in situ (DCIS)? Eur. J. Cancer 42, 2205–2211 (2006).

[13] Ottesen, G. L., Graversen, H. P., Blichert-Toft, M., Christensen, I. J. & Andersen, J. A. Carcinoma in situ of the female breast. 10 year follow-up results of a prospective nationwide study. Breast Cancer Res. Treat. 62, 197–210 (2000).

[14] Elshof, L. E., Schaapveld, M., Schmidt, M. K., Rutgers, E. J., van Leeuwen, F. E. & Wesseling, J. Subsequent risk of ipsilateral and contralateral invasive breast cancer after treatment for ductal carcinoma in situ: incidence and the effect of radiotherapy in a population-based cohort of 10,090 women.Breast Cancer Res. Treat. 159, 553–563 (2016).

[15] Bijker, N., Peterse, J. L., Duchateau, L., Julien, J. P., Fentiman, I. S., Duval, C. et al. Risk factors for recurrence and metastasis after breast-conserving therapy for ductal carcinoma-in-situ: analysis of European Organization for Research and Treatment of Cancer Trial 10853. J. Clin. Oncol.19, 2263–2271 (2001).

[16] Worni, M., Akushevich, I., Greenup, R., Sarma, D., Ryser, M. D., Myers, E. R. et al. Trends in treatment patterns and outcomes for ductal carcinoma in situ. J. Natl. Cancer Inst.107, djv263 (2015).

[17] Morrow, M. & Katz, S. J. Addressing overtreatment in DCIS: what should physicians do now? J. Natl. Cancer Inst. 107, djv290 (2015).

[18] Fisher, E. R., Dignam, J., Tan-Chiu, E., Costantino, J., Fisher, B., Paik, S. et al. Pathologic findings from the National Surgical Adjuvant Breast Project (NSABP) eight-year update of Protocol B-17: intraductal carcinoma. Cancer 86, 429–438 (1999).

[19] Elshof, L. E., Schmidt, M. K., Rutgers, E. J. T., van Leeuwen, F. E., Wesseling, J. & Schaapveld, M. Cause-specific mortality in a population-based cohort of 9799 women treated for ductal carcinoma in situ. Ann. Surg. 267, 952–958 (2017).

[20] Ganz, P. A. Quality-of-life issues in patients with ductal carcinoma in situ. J. Natl. Cancer Inst. Monogr. 2010, 218–222 (2010).

[21] Hawley, S. T., Janz, N. K., Griffith, K. A., Jagsi, R., Friese, C. R., Kurian, A. W. et al. Recurrence risk perception and quality of life following treatment of breast cancer. Breast Cancer Res. Treat. 161, 557–565 (2017).

[22] Ruddy, K. J., Meyer, M. E., Giobbie-Hurder, A., Emmons, K. M., Weeks, J. C., Winer, E. P. et al. Long-term risk perceptions of women with ductal carcinoma in situ. Oncologist18, 362–368 (2013).

[23] Liu, Y., Pérez, M., Schootman, M., Aft, R. L., Gillanders, W. E., Ellis, M. J. et al. A longitudinal study of factors associated with perceived risk of recurrence in women with ductal carcinoma in situ and early-stage invasive breast cancer. Breast Cancer Res. Treat. 124, 835–844 (2010).

[24] van Gestel, Y. R. B. M., Voogd, A. C., Vingerhoets, A. J. J. M., Mols, F., Nieuwenhuijzen, G. A. P., van Driel, O. J. R. et al. A comparison of quality of life, disease impact and risk perception in women with invasive breast cancer and ductal carcinoma in situ. Eur. J. Cancer 43, 549–556 (2007).

[25] Partridge, A., Adloff, K., Blood, E., Dees, E. C., Kaelin, C., Golshan, M. et al. Risk perceptions and psychosocial outcomes of women with ductal carcinoma in situ: longitudinal results from a cohort study. J. Natl. Cancer Inst. 100, 243–251 (2008).

[26] Davey, C., White, V., Warne, C., Kitchen, P., Villanueva, E. & Erbas, B. Understanding a ductal carcinoma in situ diagnosis: patient views and surgeon descriptions. Eur. J. Cancer Care 20, 776–784 (2011).

[27] https://jamanetwork.com/journals/jamaoncology/fullarticle/2427491

[28] Comparison of operative versus medical endocrine therapy for low risk DCIS: the COMET Trial. http://www.pcori.org/research-results/2016/comparison-operative-versus-medical-endocrine-therapy-low-risk-dcis-comet.

[29] Hwang, E. S., Hyslop, T., Lynch, T., Frank, E., Pinto, D., Basila, D. et al. The COMET (Comparison of Operative to Monitoring and Endocrine Therapy) Trial: a phase III randomized trial for low-risk ductal carcinoma in situ (DCIS). BMJ Open 9, e026797 (2019).

[30] Francis, A., Thomas, J., Fallowfield, L., Wallis, M., Bartlett, J. M., Brookes, C. et al. Addressing overtreatment of screen detected DCIS; the LORIS trial. Eur. J. Cancer 51, 2296–2303 (2015).

[31] Elshof, L. E., Tryfonidis, K., Slaets, L., van Leeuwen-Stok, A. E., Skinner, V. P., Dif, N. et al. Feasibility of a prospective, randomised, open-label, international multicentre, phase III, non-inferiority trial to assess the safety of active surveillance for low risk ductal carcinoma in situ - The LORD study. Eur. J. Cancer 51, 1497–1510 (2015).

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L’IGAS recommande le maintien de la promotion du dépistage du cancer du sein par mammographie, en l’intensifiant

Dr M.Gourmelon

Deuxième volet après l'historique du dépistage décrivant comment le dépistage mammographique a été imposé : le rapport IGAS

Préambule : le plan cancer 2014/2019

Dans une ambiance de suspicion de plus en plus importante sur le bénéfice du dépistage, est lancé en France le plan cancer 2014/2019 qui fait suite aux deux précédents.

Un historique de la mise en place en France du dépistage du cancer du sein par mammographie est disponible (1)

L' ambition du plan est claire : « Guérir plus de personnes malades ». Pour ce faire, son objectif numéro 1 est « FAVORISER DES DIAGNOSTICS PLUS PRÉCOCES ». Ainsi il est écrit :

« Un diagnostic plus précoce permet, pour la majorité des cancers, un traitement plus efficace, avec un impact positif avéré sur le pronostic de la maladie. La détection des cancers à un stade débutant permet aussi de réduire la lourdeur et la durée des traitements et de diminuer l’importance des séquelles potentielles. Promouvoir des diagnostics précoces est donc un levier majeur d’amélioration de la prise en charge des patients atteints de cancer. »

Cette affirmation du diagnostic précoce qui sauve des vies, est toujours aujourd’hui en vigueur chez les autorités sanitaires françaises. (2). Pourtant cette affirmation est fausse, la preuve en a été apportée depuis longtemps. Un ouvrage lui est même dédié (3). Sur notre site, nous nous en sommes fait l’écho (4).

Mais le plan cancer 2014/2019, fort des certitudes qui sont les siennes et qui ne sont pas partagées par un nombre de plus en plus croissant de scientifiques, affirme :

« Réduire la mortalité et la lourdeur des traitements du cancer du sein et du cancer colorectal grâce aux dépistages » (5)

Une des actions préconisées est donc :

« Action 1.6 : Accroître l’efficacité des programmes de dépistage organisé du cancer du sein et du cancer colorectal. »

Malgré tout :

« Action 1.9 : Améliorer l’information des populations concernées par les dépistages pour leur permettre de faire des choix éclairés. »

Une question se posait donc dès 2014 : comment peut-on affirmer le bénéfice du dépistage du cancer du sein par mammographie et son développement, et dans le même temps vouloir que les femmes soient informées le mieux possible pour pouvoir faire un choix éclairé, en sachant que justement le bénéfice de ce dépistage est douteux ? Les auteurs de ce plan n’hésitaient pas ainsi à écrire :

« Mettre à la disposition de la population une information complète, précise, actualisée et accessible sur les recommandations et modalités de dépistage et sur leurs avantages et inconvénients. Développer des partenariats institutionnels ou associatifs pour faciliter la diffusion et l’appropriation de cette information. »

Comment « Mettre à la disposition de la population une information complète, précise, actualisée et accessible sur les recommandations et modalités de dépistage et sur leurs avantages et inconvénients. » quand l’objectif est justement de « Promouvoir des diagnostics précoces est donc un levier majeur d’amélioration de la prise en charge des patients atteints de cancer. »

Une «  information complète, précise, actualisée » est antinomique d’une volonté de promotion d’un dispositif dont les preuves de son efficacité étaient déjà « problématiques ». Et cela d’autant plus qu’une étude a montré que plus les femmes sont informées correctement sur ce dépistage, moins elles s’y soumettent. (6).

Le futur nous montrera que l’INCA a parfaitement rempli son rôle de promotion du dépistage mais pas celui d’information objective (7)

Donc dès la publication du plan cancer en 2014, le « germe » de la manipulation des femmes en faveur du dépistage du cancer du sein par mammographie était clairement assumé.

Ce long préambule m’a paru nécessaire pour bien situer le récent rapport de l’IGAS sur le plan cancer 2014/2019 et des préconisations faites pour l’avenir. (8) Je n’étudierai donc que ce que dit ce rapport sur le dépistage du cancer du sein par mammographie, sujet de l’association indépendante Cancer Rose (9)

Six années sont passées depuis la parution de ce plan cancer et la poursuite de ce plan s’annonce pour les prochaines années. (10).

L’INCA vient de lancer une plateforme de réflexion ouverte à tous les citoyens (11) dont un des axes principaux est « Améliorer la prévention » dans lequel on trouve « « 12. Améliorer l’accès aux dépistages » où 22 propositions sont listées, mais aussi « 13. Préparer le dépistage de demain » avec 16 propositions. (12) Le sujet est d’importance et nous y reviendront dans de prochains billets. Il montre à nouveau l’investissement de l’INCA dans la promotion du dépistage sans que jamais personne ne s’interroge sur la pertinence de ce dernier malgré les très nombreuses études parues depuis la mise en place du plan cancer 2014/2019 (13)

Que retenir du rapport de l’IGAS sur le plan cancer 2014/2019 ?

L’inspection de l’IGAS a été missionnée le 31 octobre 2019, par la ministre de la santé de l’époque le Dr Agnes BUZYN, suite aux décision du comité de pilotage du plan cancer 2014/2019.

C’est une évaluation des 5 ans de ce plan cancer qui doit être effectuée, pour « définir les orientations de la future stratégie décennale de lutte contre les cancers introduite par la loi n°2019-180 du 8 mars 2019. »

En clair, ces travaux et les recommandations qui vont être formulées vont avoir « force de loi » pour le « plan cancer 3 » pour les 10 ans à venir. (8) Comme il est écrit : « Le plan cancer 3 a été construit avec une implication interministérielle et s’inscrit dans la voie ouverte par les deux plans précédents »

Il est donc à craindre que ce rapport de l’IGAS, dans le domaine du dépistage du cancer du sein par mammographie, encourage la promotion du dépistage, ce qui serait la poursuite du « mauvais coup » porté aux femmes pour les 10 années à venir et cela au mépris de toutes les avancées scientifiques sur le sujet. Le rapport est très dense. Je ne retiendrai que certains éléments « symptomatiques »

Que dit ce rapport sur la problématique des dépistages en particulier pour celui du cancer du sein ? (8 p133 à 136)

« L’amélioration du taux de dépistage du cancer du sein demeure un enjeu majeur car l’objectif fixé est loin d’être atteint »

Et cela malgré de gros moyens mis en œuvre :

« Tous les deux ans, les centres régionaux de coordination des dépistages (CRCDC) envoient un courrier d’invitation personnalisé aux femmes âgées de 50 à 74 ans, à partir des fichiers transmis par les régimes d'assurance maladie pour leur proposer d’effectuer une mammographie de dépistage, complétée par un examen clinique des seins. »

« L’objectif figurant dans le plan cancer 3 était d’atteindre une couverture de dépistage du cancer du sein de 75 % pour les personnes à risque standard (moyen). »

Il est donc parfaitement clair que l’objectif est quantitatif : augmenter le recours au dépistage, et qu'à aucun moment ne se pose la question de l'intérêt qualitatif que peuvent en tirer les femmes. Pourtant ces mauvais chiffres du recours au dépistage avec même une baisse, interroge les auteurs :

« Les résultats présentés sur le site datés de mai 2019 soulignent qu’une légère baisse de la participation est observée ces dernières années. Les auteurs émettent plusieurs hypothèses pour l’expliquer cette baisse de participation : l'impact de la polémique nationale et internationale sur l'efficacité du dépistage du cancer du sein, une possible augmentation des démarches de dépistage individuel en raison du recours à la tomosynthèse non incluse dans le programme organisé, une éventuelle baisse de l'offre médicale en sénologie... »

Ils n’ignorent donc pas les interrogations même internationales sur l’intérêt de la mammographie de dépistage. Même la concertation citoyenne de 2016, n’est pas ignorée et sa conclusion est annexée au présent rapport sous le n°6 (14)

« Suite à cette concertation citoyenne, en avril 2017, un plan d’action pour la rénovation du dépistage organisé du cancer du sein a été élaboré. »

Sauf que ce n’est pas la rénovation du dépistage qui était demandée à l’issue de la concertation citoyenne en suivant les deux scénarios priorisé 1 et 2 . Mais l’arrêt de ce dépistage (15) (16 p133 à 137)

Tout au plus le scénario 2 indique « ...DÉPLOIEMENT D’UN NOUVEAU DÉPISTAGE ORGANISÉ PROFONDÉMENT MODIFIÉ ». Or cela n’a pas été pris en compte mais l’interprétation parfaitement malhonnête du Pr IFRAH président de l’INCa (1). Il apparaît donc clair que l’arrêt du dépistage est quelque chose d’inenvisageable pour les autorités sanitaires décideuses de ces plans cancers.

La lecture de toutes les études indépendantes sur le sujet de l’intérêt du dépistage du cancer du sein,  laisse songeur quant à la volonté toujours réaffirmée de maintenir ce dépistage, et cela malgré l’évidence d’une balance bénéfice/risque défavorable. Bien évidemment, comme ce dépistage reste une priorité, il ne peut pas malgré tout rester en l’état. Il doit évoluer :

« Un projet de construction d’un outil d’aide à la décision pour le dépistage organisé (DO) du cancer du sein en France porté par le Collège national des généralistes enseignant a bénéficié d’un financement en 2018 et 2019, par le biais du cancéropôle Ile de France, dans le cadre d’un appel à projet financé par l’INCa. Ce type d’outils apparaît prometteur pour faire évoluer les démarches et améliorer les conditions du dépistage. »

Dès janvier 2020, nous nous interrogions sur ce « ralliement » du CNGE sous la bannière de la promotion du dépistage du cancer du sein. (17) . Et cela d’autant plus que le CNGE paraissait bien ne pas être favorable en 2016 à cette promotion de la mammographie de dépistage. (18). Il semblerait que dès 2018, la politique du CNGE ait changé sur le sujet de ce dépistage (19). Cela a d’ailleurs été concrétisé par la création du groupe DEDICACES présenté au congrès 2018. Le recrutement du CNGE et le financement par l’INCA semblent ne pas être étrangers au revirement du CNGE sur le dépistage comme en témoigne la vidéo. (20 à partir de 11mn56)

Un outil pour permettre la décision éclairée des femmes sur le sujet peut paraître de prime abord quelque chose de très positif. Notre réflexion sur le sujet (21, 22) montre qu’il s’agit vraisemblablement d’un outil plus marketing et de manipulation qu’une réelle avancée. En effet seule l’information exhaustive, indépendante permet aux femmes de décider véritablement en conscience, mais alors elles choisissent de ne pas se soumettre au dépistage. (6)

Ce rapport de l’IGAS parle enfin d’une étude particulière sur la notion très à la mode de « dépistage personnalisé ».

« La France participe en outre à l’étude MY PeBS (My Personal Breast cancer Screening). Il s’agit d’une étude clinique randomisée menée à l’échelle européenne qui vise à évaluer les bénéfices d’un dépistage dont la fréquence sera adaptée au risque individuel de cancer du sein de chaque femme. Cette étude est financée par l'Union européenne »

Ce que ce rapport de l’IGAS oublie de mentionner c’est que cette étude, certes randomisée, est une étude de non infériorité et que ce choix ne permettra jamais de tirer la moindre conclusion quant à l’intérêt de ce nouveau dépistage personnalisé, et ce d’autant moins qu’il n’existe aucun bras contrôle sans dépistage permettant d’avoir une réelle comparaison. (23) De plus il existe un grave manquement éthique à l'information des femmes participantes, avec une brochure non conforme contenant une information tronquée. (24)

A propos de MyPeBS et pour plus d’informations techniques voir le site suivant (25).

Les recommandations de L’ IGAS

« Favoriser le recours au dépistage quel que soient ses modalités »

On ne peut être plus clair.

C’est donc une décision très claire de propagande qui est recommandée et cela dans la partie qui est consacrée au dépistage du cancer du sein. Sur quelle base cette recommandation de favoriser à tout prix le dépistage repose-t-elle ? Nous avons vu que ce n’est sûrement pas sur la base des études scientifiques sur le sujet. Il y a eu de très nombreuses personnes et institutions qui ont été auditionnées pour pouvoir rendre un tel rapport .

« La mission a réalisé de nombreuses auditions pour échanger avec les parties prenantes. Ainsi, près de 200 personnes ont été auditionnées, représentants des patients, des usagers, professionnels de santé, sociétés savantes, conseils nationaux professionnels, institutions... »

Revue de détails des personnes et institutions auditionnées.

La liste se trouve dans le rapport final (8) elle couvre les page 357 à 370.

Qu’y découvre-t-on ?

Une sélection uniquement en lien avec le dépistage du cancer du sein par mammographie

  • Institut national du cancer (INCa)

Pr Norbert IFRAH, président : le même qui président à l’époque du rapport de la concertation citoyenne sur le sujet a nié les conclusion de ce rapport (16) et imposé sa propre vison (26) / Frédéric DE BELS, chef du département dépistage

  • Haute autorité de santé (HAS)

Pr Dominique LE GULUDEC, Présidente

Agence qui a pris position en recommandant le dépistage (27, 28)

  • Conseil national professionnel d’oncologie

Pr Isabelle BARILLOT, présidente

Les oncologues sont les médecins qui profitent du surdiagnostic et du surtraitement causé par le dépistage. L’arrêt du dépistage leur serait préjudiciable.

  • Association française des soins de support (AFSOS)

Pr Ivan Krakowski, président

Idem oncologues

  • Société française de chirurgie oncologique

Pr Jean-Marc CLASSE, président

Idem oncologues.

  • Société française de gynécologie

Dr Joëlle BELAISH-ALART, présidente

Dr Anne LESUR, secrétaire générale

Les gynécologues sont les grands promoteurs de la mise en place du dépistage qu’ils continuent à soutenir et dont même certains membres incitent les femmes à pratiquer des mammographie dès 40 ans voire avant.

  • Société française d’oncologie médicale (SOFOM)**

Pr Stéphane CULINE, président

Idem oncologues

  • Société française de radiologie

Pr Jean-François MEDER, Président

Les radiologues réalisent les mammographies et tous les examens qui en découlent si anomalies. L’arrêt du dépistage serait pour eux aussi une perte d’activité nette.

  • Société française de radiothérapie oncologique (SFRO)

Pr Philippe GIRAUD, président

Idem oncologues

  • Unicancer

Cette structure coordonne l’étude MyPeBS (29), étude particulièrement « problématique) (23,24)

  • Association recherche contre le cancer (ARC)

Association qui fait la promotion d’octobre rose et de tout ce qui peut conduire à augmenter le recours au dépistage (30)

  • Ligue national contre le cancer

Pr Axel KAHN, président

Association prodépistage. Son président Axel KAHN profite de sa notoriété et ses fréquents passages dans les médias pour promouvoir le dépistage du cancer du sein par mammographie.

  • Les entreprises du médicament (LEEM)

La présence du lobby de l’industrie pharmaceutique est symptomatique des conclusions que l’on peut porter sur l’indépendance d’un tel rapport.

  • Centre régional de dépistage des cancers

Patricia SOLER-MICHEL, directrice médicale

Il n’est pas étonnant non plus de retrouver dans les interlocuteurs ceux dont le dépistage est le métier.

  • Centre Léon Bérard

BLAY, directeur et président d’Unicancer

Sophie BEAUPAIR, déléguée générale unicancer

Voir plus haut Unicancer.

  • Quels interlocuteurs manquent dans la liste des personnes rencontrées ?

Tous ceux qui ont une réflexion critique vis à vis du dépistage du cancer du sein par mammographie et en particulier l’association Cancer-Rose.

CONCLUSION

On peut lire sur le site de l'IGAS (Inspection générale des Affaires Sociales) ceci :

« Inspection générale interministérielle du secteur social, l’IGAS réalise des missions de contrôle, d’audit, d’expertise et d’évaluation, conseille les pouvoirs publics et apporte son concours à la conception et à la conduite de réformes.
Elle intervient à la demande des ministres ou du Premier ministre, mais aussi sur la base de son programme d’activité. 
» (31)

« L’IGAS est attentive depuis une vingtaine d’années (son premier document « Repères sur la déontologie à l’attention des membres de l’IGAS  » date de 1997) à la prévention des conflits d’intérêts, notamment dans l’affectation des missions aux inspecteurs. »

Si l’IGAS est « attentive à la prévention des conflits d’intérêt » concernant ses membres qui réalisent des missions, le moins que l’on peut dire c’est qu’elle n’est plus du tout attentive sur les conflits d’intérêt de ceux qu’elle auditionne. En effet, ce qui apparaît dans cette analyse, c’est que l’ensemble des acteurs qui ont intérêt à la poursuite ou au renforcement du dépistage a été auditionné. Et que ceux qui expriment un avis critique et indépendant ne l’ont pas été du tout.

Quelle crédibilité alors, d' un tel rapport ?

Comment accorder du crédit aux recommandations de l’IGAS, du moins dans notre domaine d’expertise qu’est le dépistage du cancer du sein par mammographie, quand l’IGAS se contente de prendre fait et cause pour la promotion de ce dépistage ? L’IGAS, de par sa fonction d’inspection, normalement indépendante, aurait dû s’étonner que la question de l’intérêt même du dépistage du cancer du sein par mammographie puisse ne pas être questionné dans ce plan cancer. Les inspecteurs, avec à leur tête un médecin, auraient dû signaler que la concertation citoyenne avait été bafouée, et auraient dû mentionner les deux scénarios proposés, dans chacun desquels le mot "arrêt" du dépistage apparaît.

Mais, l’IGAS avait- elle les moyens d’une telle analyse critique ?

Personne ne lui a imposé ses auditeurs. Elle les a elle-même choisi et sans limitation. Pourquoi alors tous ces lobbies dont celui de l’industrie pharmaceutique ? Pourquoi l’absence de tout interlocuteur critique ?

La réponse me paraît évidente : l’IGAS n’est composée que de fonctionnaires aux ordres des politiques. L’IGAS devait analyser le plan cancer 2014/2019 élaboré sous la présidence de François HOLLANDE et porté par Marisol TOURAINE, mais pas en discuter le bien fondé. Ce plan cancer, comme nous l’avons vu, prescrivait la promotion du dépistage du cancer du sein par mammographie.

Là est bien le problème. Qui pour remettre en cause ce dépistage ?

J’ai l’impression d’un train lancé vers une destination qui a aujourd’hui disparu mais qui ne peut plus s’arrêter. Un train, qui fait « la fortune » de beaucoup de professionnels de santé et est utilisé par nombres de structures et dont personne ne veut plus l’arrêt. Aujourd’hui où l’on nous parle de progrès, d’innovation, de « vérités d’hier qui ne sont plus les vérité d’aujourd’hui », j’ai le sentiment que tout cela est peut-être valable pour tout le reste mais pas pour le dépistage.

Ce n’est donc pas demain que les femmes arrêteront de subir surdiagnostic et surtraitement.

Ce n’est pas demain que la vie de certaines femmes ne sera plus bouleversée gravement à cause de ce dépistage.

En effet, les autorités sanitaires qui pourraient y remédier n’en manifestent pas le désir et cela malgré les belles paroles de décision médicale partagée.

Le constat qu’il n’existe dans le domaine de la santé aucun contre pouvoir aux décisions politiques et gouvernementales, quand celle-ci vont à l’encontre du « bien être des femmes » est bien amère.

Est-ce que cela peut changer un jour ? Nous n’en voyons aucun prémices et donc la propagande et la manipulation des femmes a visiblement encore de belles années devant elles. (32,33)

Références

(1) https://cancer-rose.fr/?p=8287

(2) https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Depistage-et-detection-precoce

(3) https://formindep.fr/depistage-du-cancer-du-sein-la-grande-illusion/

(4) https://cancer-rose.fr/2019/09/09/halsted-avait-tort/

(5) https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2014-02-03_Plan_cancer-2.pdf

(6) https://cancer-rose.fr/2020/09/08/information-objective-et-moindre-soumission-des-femmes-au-depistage/

(7) https://cancer-rose.fr/2020/01/02/david-contre-goliath-qui-informe-mieux-les-femmes-cancer-rose-ou-linca/

(8) https://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/2019-104r_tome_i_d.pdf

(9) https://cancer-rose.fr/que-faisons-nous/

(10) https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cancer/consultation-citoyenne-pour-le-cancer-consultation-citoyenne-pour-le-cancer_145489

(11) https://www.e-cancer.fr/Presse/Dossiers-et-communiques-de-presse/C-est-maintenant-que-se-decide-la-strategie-de-lutte-contre-les-cancers-des-10-prochaines-annees-l-Institut-national-du-cancer-vous-invite-a-prendre-la-parole

(12) https://consultation-cancer.fr/project/axe-1-ameliorer-la-prevention/consultation/consultation

(13) https://cancer-rose.fr/category/etudes/

(14) https://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/2019-104_r_tome_ii.pdf

(15) https://formindep.fr/cancer-du-sein-la-concertation-confisquee/

https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2019/07/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf / page 132

(16) https://www.e-cancer.fr/content/download/159251/2030523/file/Depistage%20cancer%20sein%20-%20rapport%20concertation%20-%20sept%202016.pdf

(17) https://cancer-rose.fr/2020/01/15/depistage-du-cancer-du-sein-decision-partagee-et-liens-dinteret-denseignants-de-medecine-generale

(18) https://www.cnge.fr/conseil_scientifique/productions_du_conseil_scientifique/linformation_faite_aux_femmes_pour_le_depistage_or/

(19)https://www.cnge.fr/le_cnge/adherer_cnge_college_academique/cp_cnge_janvier_2018_depistage_du_cancer_du_sein_p/

(20)https://www.cnge.fr/congres/congres_annuel_du_cnge_tours_2018/cnge_2018_recherche_dedicaces_decision_partagee_da/

(21) https://cancer-rose.fr/2020/01/22/faisabilite-dun-outil-daide-a-la-decision-sur-le-depistage-du-cancer-du-sein-a-la-francaise-selon-les-criteres-ipdas/

(22) https://cancer-rose.fr/2020/02/10/finalement-un-outil-daide-a-la-decision-oad-concernant-le-depistage-du-cancer-du-sein-a-t-il-une-quelconque-utilite/

(23) https://cancer-rose.fr/2019/12/10/etude-mypebs-un-scandale/

(24) https://cancer-rose.fr/my-pebs/2019/03/10/une-brochure-dinformation-conforme-a-la-loi/

(25) http://www.mypebs-en-questions.fr/index.php

(26) https://www.atoute.org/n/IMG/pdf/Courrier-Ministre-concertation-depistage-cancer-sein---.pdf

(27) https://www.has-sante.fr/jcms/c_433803/fr/depistage-du-cancer-du-sein-par-mammographie-evaluation-de-la-meta-analyse-de-gotzsche-et-olsen

(28) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2012-02/fiche_de_synthese_-_4_pages_-_participation_depistage_cancer_du_sein_2012-02-03_09-41-16_837.pdf

(29) http://www.unicancer.fr/mypebs-my-personal-breast-screening

(30) https://www.fondation-arc.org/cancer/cancer-sein/depistage-cancer

(31) https://www.igas.gouv.fr/

(32) https://cancer-rose.fr/2020/09/02/manipulation-de-linformation-sur-le-depistage-du-cancer-du-sein-comme-thematique-scientifique/

(33) https://cancer-rose.fr/2020/09/18/le-mepris-flagrant-du-consentement-eclaire-dans-le-depistage/

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Histoire du dépistage mammographique

Dr M.Gourmelon, Dr C.Bour, 19 octobre 2020

Historique de mise en place du dépistage organisé du cancer du sein par mammographie

Cet article est le premier d’une série qui va démontrer que, en opposition totale aux preuves scientifiques qui s’accumulent avec le temps, les autorités françaises, sourdes et aveugles, continuent plus que jamais la promotion du dépistage du cancer du sein par mammographie.

Premier volet, le déroulement de la stratégie de mise en place du dépistage, son développement jusqu’à aujourd’hui

1-On assiste à une intensification du recours au dépistage par mammographie entre 1980 et 2000.

Mais déjà en 2001 des scientifiques ont fait paraître une méta-analyse qui remet en cause les réalités de ce dépistage. La HAS (Haute Autorité de Santé), début 2002 qui a évalué cette étude écrit : « La méta-analyse de Gotzsche et Olsen remet en cause le consensus sur l’efficacité du dépistage du cancer du sein. » et conclut « L’évaluation de la méta-analyse de Gotzsche et Olsen, réalisée par l’ANAES avec l’aide d’un groupe d’experts pluridisciplinaire, conclut qu’il n’est pas légitime de remettre en question les recommandations de l’ANAES en faveur du dépistage du cancer du sein. » (1)

2-Publication des taux d’incidence qui sont en croissance sévère, et de la mortalité qui est stable, dans une revue d’épidémiologie, laquelle demande des « changements importants dans la pratique médicale »et « une analyse plus approfondie. » (2)

3- Jacques CHIRAC annonce dans le premier plan cancer 2003/2007, mesure 21 « Respecter l'engagement de généralisation du dépistage organisé du cancer du sein d’ici fin 2003,

en impliquant la médecine générale et libérale. ». Ce sera chose faite avec en 2004 le lancement en France du dépistage organisé du cancer du sein par mammographie. (3)

4-Lucien ABENHAÏM, Directeur général de la santé et Président de la Commission d’Orientation sur le Cancer annonce que d’un point de vue scientifique, une controverse est ouverte (4) (5).

5- Parution d’un article, en 2003, du lanceur d’alerte Bernard JUNOD, épidémiologiste, ancien médecin enseignant et chercheur à l'Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique de Rennes (6) relayé par une revue de santé publique française demandant à ne pas clore le débat. (7)

6-En 2004, le « British Medical Journal » publie des résultats démontrant le surdiagnostic du cancer du sein en Norvège et en Suède (8)

7-En 2006, article dans European Journal of Cancer (EJC) : les données officielles suédoises d’incidence et de mortalité sont incompatibles avec les résultats de l’essai des deux Comtés suédois (1985). Il consolide la méta-analyse de l’institut COCHRANE nordique de 2000. L’article est retiré puis re-publié. (9) (10)

8-Septembre 2006, l’Institut national du cancer (INCa) et l’institut de la veille sanitaire ont produit un document commun minimisant le surdiagnostic et mettant en doute la validité de l’article de l’EJC sur les biais de l’étude suédoise, et mentionne son retrait. (InVS, INCA. Dépistage du cancer du sein : que peut-on dire aujourd’hui des bénéfices attendus ? Septembre 2006. (11)

9-Malgré la re-publication de l’article, L’Institut National du Cancer et l’INstitut de la Veille Sanitaire ne sont pas revenus sur leurs affirmations.

Bien que les appels aient été de plus en plus pressants à partir de 2007, le débat sur la pertinence du dépistage du cancer du sein par mammographie, n’a pas été ouvert en France avant 2016.

10- de 2007 à 2009, différents dossiers de synthèse :

  • « L’Etat refuse le débat » Revue Prescrire ainsi que les dossiers Prescrire de 2006 avec leurs propres méta-analyses  (accès uniquement accessible aux abonnés)
  • « Aspects éthiques de l’ouverture d’un débat sur le dépistage du cancer du sein en France », module interprofessionnel de santé publique, ENSP, Rennes (12)
  • « Faut-il arrêter le dépistage du cancer du sein en France ? »-Revue Médecine (13)
  • L’action du Formindep (14)

11- En novembre 2011, la Haute Autorité de Santé se positionne clairement en faveur de la poursuite du dépistage :

« De ce point de vue, la HAS recommande aux pouvoirs publics : de maintenir le cap du dépistage organisé tout en le renforçant » (15)

Depuis cette date, la HAS n’a pas varié dans son soutien au dépistage (16)

Pourtant, des voix de plus en plus nombreuses affirment que le dépistage n’est pas bénéfique.

Un livre d’une kinésithérapeute Rachel CAMPERGUE a ainsi marqué les esprits en cette fin d’année 2011. (17)

12- Octobre 2012, Que choisir et Prescrire montent au créneau. 

On parle enfin du surdiagnostic (18)

13- Des liens d’intérêt très présents chez les partisans du dépistage :

Publication scientifique dans le Lancet, où ont été mises à jour les fausses déclarations d'intérêt de TABAR (19) qui était l'investigateur principal des essais suédois...

le Lancet et TABAR sont contraints d’effectuer des rectifications.

Le Docteur Jérome VIGUIER directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut national du cancer jusqu’en fin décembre 2018:

  • Il est leader d’opinion et apparaît souvent dans les médias (20) (21)
  • Il est membre du conseil scientifique d’EDIFICE de Roche depuis 2007. (22)

Les enquêtes EDIFICE-Roche sont réalisées selon
« Une méthodologie robuste pour suivre l’évolution de l’adhésion au dépistage des cancers depuis dix ans. » -
(EDIFICE : Etude sur le dépistage des cancers et ses facteurs de compliance qui a pour objectif « d’agir pour favoriser le dépistage précoce des cancers et notamment ceux du sein, du colon et de la prostate. » )

14- Dès la mi 2013, la COCHRANE, collaboration indépendante de chercheurs nordiques, connue pour son sérieux et son indépendance vis à vis de tous les lobbies, publiait une étude qui fait encore aujourd’hui autorité sur le peu d’intérêt du dépistage du cancer du sein par mammographie (23)

15- La concertation citoyenne française conclut à l'arrêt du dépistage dans ces deux scénarios

(24) ;  voir page 132 du rapport :

Scénario 1 : arrêt du programme de dépistage organisé, la pertinence d’une mammographie étant appréciée dans le cadre d’une relation médicale individualisée.

Scénario 2 : Arrêt du dépistage organisé tel qu’il existe aujourd’hui et mise en place d’un nouveau dépistage organisé, profondément modifié.

16- Les « contre-feux » sont alors allumés :

  • Le président de l’INCa, Norbert IFRAH intervient sur le plateau du Magazine de la Santé de France 5 du 04 octobre 2016. (25)
  • La lettre du président de l’INCa à la Ministre, est censée faire la synthèse du rapport.

Norbert IFRAH y dénigre violemment le premier scénario qu’il rejette d’emblée.

Il affirme que « de l’aveu même des rédacteurs du rapport»… celui-ci serait « très risqué, générateur d’iniquités et de pertes de chance ». (26)

Mais on ne trouve nulle trace de ces propos dans le rapport de la concertation.

La préférence du président de l’INCa va au second scénario, qu’il ré-interprète de façon malhonnête (25), le réduisant à un simple ajustement des pratiques actuelles. Dans sa lettre sa on peut ainsi lire :

Or, rappelons-le, le deuxième scénario est formulée de la façon suivante :

La proposition de réajustement ne vient qu’en complément de l’arrêt du dépistage actuel.

Cette interprétation malhonnête n’est sûrement pas un hasard, elle s’inscrit dans la logique du Plan Cancer 2014-2019.

17- Mme la Ministre Touraine se félicite du bon déroulement d’Octobre Rose dans la presse et exprime, dans son communiqué de presse du 3 octobre 2016 « La meilleure chance pour guérir du cancer du sein, c’est le dépistage. Pourtant, encore trop peu de femmes, d’après les autorités, ont recours au dépistage organisé. » (27)

18- Le plan d’action en 12 points de Mme Marisol Touraine annonce en préambule (avril 2017)  (28):

 « Son dépistage (celui du cancer du sein NDLR) est donc un enjeu majeur de santé publique ; pour réduire la mortalité et la morbidité liées au cancer du sein, mais également pour améliorer la qualité des prises en charges des personnes concernées. »

19 -Mme Agnes BUZYN, ancienne présidente de l’INCa est nommée ministre de la santé en mai 2017,dans le premier gouvernement PHILIPPE du nouveau président de la république Emmanuel MACRON.

20- L’inspection de l’IGAS a été missionnée le 31 octobre 2019, par la ministre de la santé de l’époque le Dr Agnes BUZYN suite aux décisions du  comité de pilotage du plan cancer 2014/2019.

Au total, 20 ans de développement en France du dépistage du cancer du sein par mammographie, au mépris des connaissances scientifiques.

Prochain article : comment l’IGAS, dans son rapport d’inspection, valide la stratégie de propagande du dépistage du cancer du sein par mammographie en demandant son intensification « ...quelles que soient ses modalités... » .

Références

(1) https://www.has-sante.fr/jcms/c_433803/fr/depistage-du-cancer-du-sein-par-mammographie-evaluation-de-la-meta-analyse-de-gotzsche-et-olsen

(2) Remontet L, Esteve J, Bouvier AM, et al. Cancer incidence and mortality in France
over the period 1978-2000. Rev Epidemiol Sante Publique, 2003, 51, 3-30.

(3) https://www.e-cancer.fr/content/download/59052/537324/file/Plan_cancer_2003-2007_MILC.pdf

(4)  Abenhaim L. Progrès contre le cancer ! Rev Epidemiol Sante Publique 2003, 3-30

(5) Abenhaïm L. Rapport de la Commission d'orientation sur le cancer. Ministère de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées, janvier 2003, 336 p.)

(6) Junod B, Masse R. Dépistage du cancer du sein et médicalisation en santé publique.
Santé publique 2003, 2, N°15 :125-129.

(7) Alla F, Deschamps JP. Dépistage des cancers : ne pas clore le débat… » Santé
Publique 2/2003 (Vol 15), p.123-124.

(8) Zahl PH, Strand GH, Maehlen J. Incidence of breast cancer in Norway and Sweden
during introduction of nationwide screening : prospective cohort study. BMJ 2004 Apr 17 ;328(7445) :921-4.

(9) Zahl PH, Gotzsche PC, Andersen JM, Maehlen J. Withdrawn : Results of the Two-County trial of mammography screening are not compatible with contemporaneous official Swedish breast cancer statistics. Eur J Cancer. 2006 Mar 9. Epub ahead of print.

(10) Zahl PH, Gotzsche PC, Andersen JM, Maehlen J. Results of the Two-County trial of
mammography screening are not compatible with contemporaneous official Swedish breast cancer statistics. Dan Med Bull. 2006 Nov ;53(4) :438-40.

(11) http://www.invs.sante.fr/publications/2006/cancer_sein_inca/cancer_sein_inca_invs.pdf

Document n’est plus accessible suite à son remplacement par Santé Publique France dès 2016.

(12) https://documentation.ehesp.fr/memoires/2007/mip/groupe_23.pdf

(13)https://www.jle.com/fr/revues/med/e-docs/faut_il_arreter_le_programme_francais_de_depistage_du_cancer_du_sein_par_mammographie__271191/article.phtml

(14) https://formindep.fr/?s=d%C3%A9pistage+cancer+sein

(15) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2012-02/fiche_de_synthese_-_4_pages_-_participation_depistage_cancer_du_sein_2012-02-03_09-41-16_837.pdf

(16) https://www.has-sante.fr/jcms/fc_2875171/fr/resultat-de-recherche-antidot-2019?text=depistage+du+cancer+du+sein&tmpParam=&opSearch=&types=guidelines

(17) https://formindep.fr/no-mammo-enquete-sur-le-depistage-du-cancer-du-sein/

(18 ) https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-information-autour-du-depistage-du-cancer-du-sein-les-epines-d-octobre-rose-n13783/

(19) https://formindep.fr/le-prestigieux-the-lancet-pris-en-defaut/

(20) https://www.youtube.com/watch?v=YxUqlGykMRw

(21) https://www.youtube.com/watch?list=PLdfhbAjnzbSnotLJaCVXunWbGakt21am_&v=6pwhVxZN7zg

(22) https://www.roche.fr/fr/pharma/cancer/depistage-cancers-france/depistage-cancer-sein.html

(23) https://www.cochrane.org/fr/CD001877/BREASTCA_depistage-du-cancer-du-sein-par-mammographie

(24) https://cancer-rose.fr/wp-content/uploads/2019/07/depistage-cancer-sein-rapport-concertation-sept-2016.pdf.

(25) https://formindep.fr/cancer-du-sein-la-concertation-confisquee/

(26) https://www.atoute.org/n/IMG/pdf/Courrier-Ministre-concertation-depistage-cancer-sein---.pdf

(27) http://solidarites-sante.gouv.fr/archives/archives-presse/archives-communiques-de-presse/article/marisol-touraine-salue-la-mobilisation-contre-le-cancer-du-sein-et-engage-la

(28) http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/plan-actions-renov-cancer-sein-2.pdf

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Qu’est-ce qu’une mammographie de dépistage ?

Il y a une différence entre une mammographie de dépistage et une mammographie de diagnostic.

  • La mammographie de dépistage, c'est celle, routinière, qu'on vous demande de réaliser tous les deux ans, même en l'absence de tout symptôme, sur convocation.
  • La mammographie de diagnostic, c'est celle qui est motivée par l'apparition d'un signe, d'un symptôme dans le sein. Ce symptôme nécessite une exploration par mammographie, parmi d'autres techniques d'imagerie, pour identifier, diagnostiquer le problème du sein.

Quels sont les signes majeurs qui doivent vous amener à consulter ?

  • Modification de l'arrondi, de la forme générale du sein (irrégularités, déformations...)
  • Rétraction du mamelon
  • Bosse ou tuméfaction d’apparition récente, surtout si elle est peu mobile à la palpation
  • Méplat, c'est-à-dire zone plus plane du sein, qui en rompt l'arrondi 
  • Écoulement sanglant
  • Rougeur inexpliquée
  • Grosseur dans l'aisselle, persistante ou dont le volume augmente
  • "Peau d'orange" avec apparition dans la zone concernée de  « capitons », de petites boursouflures perceptibles entre deux doigts
  • Plaie sur la peau, due à un cancer ulcérant 
  • Gonflement et durcissement du sein entier
  • Masse palpable en profondeur, survenue sans déformation extérieure visible

Attention, tous ces signes ne sont pas typiques de cancer ; ils peuvent également évoquer des maladies bénignes du sein ! Ils doivent néanmoins motiver à consulter.

La mammographie de dépistage n'est pas une méthode de prévention.

Prévenir une maladie, c’est faire en sorte qu’elle ne survienne pas. Par exemple, éviter le tabagisme est une bonne attitude de prévention par rapport au cancer du poumon.

Dépister, c'est rechercher une maladie chez une personne qui n’a aucun symptôme, et qui ne se plaint absolument de rien.

Répéter des mammographie, cela ne peut en aucun cas empêcher la survenue d'un cancer du sein. L'immage mammographique restitue ce qui est déjà présent dans l'organe.

Comment se passe un dépistage mammographique ?

En pratique la femme convoquée prend rendez-vous au cabinet de radiologie de son choix. On lui effectuera l'examen mammographique suivi d'un examen échographique selon le besoin (seins denses ou anomalie radiologique à préciser).

Ces images seront interprétées par le radiologue du cabinet qui est le "premier lecteur" de l'examen. Il fera un compte rendu et proposera une classification de l'examen (voir plus loin).

Ce dossier (clichés plus compte rendu du premier lecteur) est envoyé à la structure départementale de pilotage du dépistage selon le lieu d'habitation de la patiente.

Les images y seront revues par un radiologue, le "deuxième lecteur" venant d'un autre cabinet de radiologie ou d'une autre structure d'imagerie médicale, et qui ne connaît pas la patiente. Il établira son verdict sans l'avoir vue ni l'avoir interrogée, uniquement sur les images disponibles. Il 'notera' son verdict sous forme d'une classification, en concordance avec celle du premier lecteur ou au contraire en discordance, ce qui impliquera un rappel de la patiente pour qu'elle refasse des explorations supplémentaires.

La classification de la mammographie est une classification radiologique, selon la certitude plus ou moins forte que l'imagerie plaide en faveur d'une lésion cancéreuse. Ce n'est en aucun cas une classification de pronostic.

C'est en 1990 qu'a été mise au point la classification du ACR (American College of Radiology). Nous y trouvons 5 stades.

ACR 1 : normal, le sein est "rien à signaler".

ACR 2 : images qui ne sont que des anomalies bénignes, comme des petits ganglions axillaires, des microkystes, des calcifications bénignes, des images dont on ne sait pas toujours ce qu'elles sont mais qui sont inchangées depuis des lustres, des fibro-adénomes amorphes, ou des kystes bien connus déjà.

ACR 3 : image non inquiétante mais dont on voudrait vérifier le devenir, qui n'était pas connue avant, ou connue mais s'étant légèrement modifiée par rapport à d'anciens bilans. La conduite proposée est une seule surveillance à 4 ou à 6 mois, selon qu'il s'agisse de masses ou de calcifications, puis à un an éventuellement.

ACR 4 signifie qu'il y a très probablement un cancer, et qu'il s'agit d'une anomalie de toute façon suspecte, et à prélever. ACR4 implique donc d'office une biopsie, sous échographie (micro-biopsie) ou sous contrôle radiographique, par une procédure par mammotome (macro-biopsie), ou encore directement par biopsie-exérèse.

ACR 5 : l'anomalie est très fortement suspecte de malignité et les critères sémiologiques sont tout à fait évocateurs et typiques de malignité.

ACR 0 désigne un examen incomplet auquel il faudra adjoindre d'autres examens d'imagerie.

Pour plus d'explications et de détails lire ici : https://cancer-rose.fr/2018/11/11/de-la-classification-acr-mammographique/

Voici ci-dessous un schéma qui vous montre les situations possibles lors d'un dépistage mammographique.

Vous y voyez figurée la situation dite de "fausse alerte". C'est la suspicion d'un cancer, sur une image mammographique, mais qui ne se confirmera pas, cela après d'autres examens complémentaires.

Ces examens supplémentaires sont parfois lourds, et se soldent parfois même par des biopsies dont le nombre s’est largement accru depuis qu'on dépiste, cette situation étant favorisée par la double lecture.

Connaître une fausse alerte est souvent très stressant, car la femme doit attendre parfois plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant la confirmation de l’absence de maladie. Pour 1000 femmes au-dessus de 50 ans participant au dépistage pendant 20 ans, il y aurait en France environ 1000 fausses alertes conduisant à 150 à 200 biopsies inutiles.(Revue Prescrire, février 2015/Tome 35 N°376)

C'est, avec le surdiagnostic et la radiotoxicité le troisième effet néfaste du dépistage mammographique.

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L’angoisse des thuriféraires du rose face à la décroissance de participation au dépistage

6 octobre 2020

Dr C.Bour

https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/cancerologie/face-une-baisse-du-depistage-du-cancer-du-sein-linca-lance-une-campagne-loccasion-doctobre-rose

et

https://mobile.francetvinfo.fr/sante/cancer/covid-19-les-retards-de-depistage-du-cancer-de-sein-vont-entrainer-une-augmentation-de-la-mortalite-entre-1-et-5-dans-les-dix-ans-qui-viennent-selon-la-fondation-arc_4124525.html#xtref=https://mobile.francetvinf

La communication anxiogène d' Octobre Rose essaie de surfer sur la vague d'inquiétude qu'a suscitée l'épidémie auprès des oncologues, et tente à présent de mettre l'accent sur le dépistage. Le monde du rose s'inquiète, les femmes qu'on a longtemps manipulées[1], incitées[2] sans vergogne tout d'un coup semblent être moins enthousiastes de courir et encore moins de courir au dépistage.

"Il faut inciter tout le monde à poursuivre les campagnes de dépistage'', assure Mr le Pr. Eric Solary, président du conseil scientifique de la fondation ARC pour la recherche sur le cancer. "Les modèles indiquent que l'augmentation de la mortalité par cancer du sein se situera entre 1 et 5% dans les dix ans qui viennent."

"Face à une baisse du dépistage du cancer du sein, l’INCa lance une campagne à l'occasion d'Octobre rose", proclame le Quotidien du Médecin.

Que se passe-t-il ? La maison rose brûle ?

Analyse

Analysons sereinement les toujours fébriles messages de nos instituts et autorités sanitaires angoissées, tourmentées, épouvantées et en sempiternelle transe que les femmes puissent se détourner de leur précieux jouet rose.


1. A supposer qu'il y ait effectivement une surmortalité par cancers liée au COVID, dans les années à venir, il est évident que la cause n'en sera pas uniquement la moindre adhésion au dépistage de routine du cancer du sein mais avant tout un retard de prise en charge thérapeutique (par annulation des interventions non urgentes, par crainte des patients de se faire contaminer en allant à l'hôpital ou dans les salles d'attente des médecins,), de l'aveu même de Mr  Solary dans l'article, d'ailleurs.

2. L'argument principal à opposer à M. Solary est que le même modèle annonce une augmentation de 2 à 5% de la mortalité par cancer, cette augmentation annoncée va concerner tous les cancers, et pas seulement le cancer du sein.[3]

Il s'agit de l'étude Grouvid :

"Les retards de diagnostic et de traitements des cancers, liés à la première vague de coronavirus, pourraient se traduire par un excès de mortalité par cancers de 2 à 5%, cinq ans après le début de la prise en charge, selon une étude française rendue publique le vendredi 18 septembre. Ce sont les retards et décalages de venue des patients qui ont le plus de conséquences, montre la recherche présentée par la statisticienne Aurélie Bardet de l'institut Gustave-Roussy à Villejuif (Val-de-Marne)."
"Ces retards pourraient se traduire par une augmentation "a minima de 2% des décès par cancer", cinq ans après le diagnostic. Une surmortalité qui toucherait principalement les cancers du foie, les sarcomes et les cancers de la tête et du cou. Cette recherche est basée sur un modèle mathématique qui a permis de faire une évaluation des effets de la pandémie Covid-19 sur l'organisation des soins en cancérologie et les conséquences sur le pronostic, compte tenu des décalages liés au confinement." (Etude Grouvid)
https://mobile.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-une-surmortalite-par-cancers-de-2-a-5-liee-a-la-premiere-vague-de-l-epidemie-de-covid-19-selon-une-etude_4110821.html

Conclusion

Mr Solary soutient que "Les modèles indiquent" . Mais voilà, s'agissant du dépistage et de la campagne d'Octobre Rose, on est surtout dans la communication et bien peu dans la science.

Quels modèles, avec quelles données en entrée ?

"Les modèles indiquent", ça finit par sonner comme la chanson de Kaa du Livre de la Jungle : "aies confiaaaaaassssssss, crois-en moââââââ...".

Et ça on a du mal, parce qu'après toute la désinformation des femmes on devient forcément dubitatif de pouvoir faire confiance aveuglément à qui que ce soit...

Lire aussi propagande et conseil de l'ordre des médecins

Références


[1] https://cancer-rose.fr/2020/09/02/manipulation-de-linformation-sur-le-depistage-du-cancer-du-sein-comme-thematique-scientifique/

[2] https://cortecs.org/2016/05/

[3] https://mobile.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-une-surmortalite-par-cancers-de-2-a-5-liee-a-la-premiere-vague-de-l-epidemie-de-covid-19-selon-une-etude_4110821.html

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Conseil de l’Ordre et propagande du dépistage

Par Dr M.Gourmelon, 5 octobre 2020

Le Conseil de l’Ordre des médecins soutient la propagande en faveur du dépistage du cancer du sein par mammographie.

En date du 2 octobre 2020, le conseil de l’ordre des médecins a pris fait et cause pour le dépistage du cancer du sein par mammographie et cela en méconnaissance totale de la littérature scientifique sur le sujet.

Il le fait en relayant la promotion faite de ce dépistage par l’INCA à l'égard des professionnels de santé (1)

« L'intérêt est de pouvoir soigner ce cancer plus facilement et de limiter les séquelles liées à certains traitements. »

Or ce message est en contradiction totale avec les données françaises (2).

Cela n’empêche pas le conseil de l’ordre des médecins de participer à la propagande de l’ INCA (3) et par là même à la manipulation des femmes au sujet de ce dépistage (4) (5)

Faut il s’étonner d’un tel comportement de la part d’une telle institution ? Le rapport de la cour des comptes de fin 2019 apporte la réponse (6)

Pour mémoire, la presse a repris ce rapport avec des qualifications très dures à l’encontre du fonctionnement de ce conseil professionnel des médecins (7)

L’ordre des médecins a bien évidemment contesté ce rapport pourtant accablant (8)

Il aurait pu s’amender en 2020. Mais force est de constater qu’il ne l’a pas fait (9)

Le positionnement en faveur du dépistage du cancer du sein par mammographie fait-il partie des missions  de ce conseil professionnel ?

Un confrère sur Twitter s’interroge :

En effet, il est nulle part question pour le conseil de l’ordre d’une mission de promotion de dispositif de santé publique comme le dépistage ou de techniques médicales diverses (10)

Au contraire :

« l’Ordre défend l’indépendance et l’honneur de la profession médicale auprès de l’ensemble de la société française : usagers et citoyens, administrations et services de l’État, associations… Il assume un rôle moral, administratif, consultatif, juridictionnel et de conciliation. »

« Le respect de l’éthique et de la déontologie médicale est l’un des principaux champs de compétence de l’Ordre des médecins. »

Or un des article de ce code de déontologie stipule :

« ARTICLE R.4127-5 du CSP
Le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit. »

Est-ce respecter son indépendance professionnelle quand le conseil de l’ordre des médecin, sur Twitter prend fait et cause pour les messages de l’INCA en faveur du dépistage ?

Par ailleurs, un autre article du code de déontologie stipule :

ARTICLE R.4127-13 du CSP
Lorsque le médecin participe à une action d’information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public. Il doit se garder à cette occasion de toute attitude publicitaire, soit personnelle, soit en faveur des organismes où il exerce ou auxquels il prête son concours, soit en faveur d’une cause qui ne soit pas d’intérêt général.

Est-ce faire état de « données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public. » quand toutes les études scientifiques indépendantes montre que la balance bénéfice/risque du dépistage du cancer du sein est défavorable ? (11)

N’est-ce pas une « attitude publicitaire » « en faveur des organismes » comme l’INCA quand le conseil de l’ordre des médecins twitte « Médecins votre rôle est essentiel dans l’orientation des femmes vers le dépistage #CancerduSein https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Depistage-et-detection-precoce/Depistage-du-cancer-du-sein « ?

Au final le conseil de l’ordre des médecins, non content d’être le siège de dysfonctionnements  graves, outrepasse ses missions en faisant de la propagande pour le dépistage du cancer du sein en violant au passage plusieurs articles du code de déontologie qu’il a pour mission de faire appliquer et respecter .

Références

1 https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Depistage-et-detection-precoce/Depistage-du-cancer-du-sein

2 https://cancer-rose.fr/2019/08/09/explication-de-letude-sur-les-mastectomies-en-france/

3 https://cancer-rose.fr/2020/01/02/david-contre-goliath-qui-informe-mieux-les-femmes-cancer-rose-ou-linca/

4 https://cancer-rose.fr/2020/09/02/manipulation-de-linformation-sur-le-depistage-du-cancer-du-sein-comme-thematique-scientifique/

5 https://cancer-rose.fr/2020/09/08/information-objective-et-moindre-soumission-des-femmes-au-depistage/

6 https://www.ccomptes.fr/fr/publications/lordre-des-medecins

7 https://www.lepoint.fr/sante/l-ordre-des-medecins-se-fait-etriller-par-la-cour-des-comptes-09-12-2019-2352132_40.php

8 https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/communiques-presse/lordre-conteste-rapport-cour-comptes

9 https://twitter.com/i/events/1308871416335433729

10 https://www.conseil-national.medecin.fr/lordre-medecins/linstitution-ordinale/missions

11 https://cancer-rose.fr/2019/08/08/synthese-detudes-un-exces-de-mortalite-imputable-aux-traitements-lemportant-sur-le-benefice-du-depistage/

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